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- Jean-Yves CAMUS, Extrémismes en France. Faut-il en avoir peur ? , Paris, Milan Actu, 2006, 96 pages, 6,50 € - Daniel COQUEMA, Besancenot, Gluckstein, Laguiller… et quelques autres , Lulu, 2007 - Léon DE MATTIS, Mort à la démocratie , L'Altiplano, collection Agit'prop, 2007, 128 pages, 7 euros - ESTEBAN, Devenons des médi@s alternatifs ! Guide des médias alternatifs et des sources d'informations différentes , Le p'tit Gavroche, Lyon, 2006, 365 p - Guy KONOPNICKI, Elu ! , roman, Paris, Hugo&Cie, 2007, 192 pages, 15 € - Précis d'anti-électoralisme élémentaire. 120 motifs pour ne pas aller voter , Les nuits rouges, Paris, 2007 - Dominique REYNIE (sous la direction de), L'extrême gauche, moribonde ou renaissante ? , Quadrige / PUF, 2007, 240 pages, 15 €
Jean-Yves CAMUS, Extrémismes en France. Faut-il en avoir peur ? , Paris, Milan Actu, 2006, 96 pages, 6,50 €. Mai 2007* Avec les ouvrages respectifs de Philippe Raynaud et Christophe Bourseiller (voir leurs recensions sur notre site www.dissidences.net ), le petit opuscule de Jean-Yves Camus fait partie de ces nouveautés de la rentrée littéraire de l'automne consacrées au poids notable acquis désormais par l'extrême gauche en France. A la différence près que cette petite synthèse possède une visée plus large, puisque l'auteur, spécialiste reconnu de l'extrême droite, y aborde également, outre ce dernier champ politique, le cas de l'islamisme et des communautarismes (ces derniers étant pour lui le danger le plus sérieux vis-à-vis de la République (1)). Bien que le sous-titre puisse légitimement faire craindre une tendance au sensationnalisme, l'approche de Jean-Yves Camus est sérieuse et nuancée. Même s'il ne cache pas une conviction personnelle plutôt modérée ( « Doit-on combattre les extrémismes ? Oui, il le faut. (…) Derrière tout extrémisme politique, il y a bien sûr [sic] des militants aveuglés par l'intolérance de leur idéologie » , p.10), avec laquelle le désaccord doit être tout aussi transparent, il refuse l'amalgame des « extrêmes » (notion polysémique des plus floues, qui mériterait à elle seule une sérieuse réflexion critique), et n'exonère pas la responsabilité du système politique et économique dans l'essor de ces mouvances. Ainsi, il estime qu'une partie substantielle de l'électorat du Front national pourrait être récupéré par la gauche et la droite à condition de répondre à leurs attentes de protection de la part de l'Etat, de lutte contre les effets désastreux de la mondialisation et d'arrêt des privatisations. En ce qui concerne l'extrême gauche et le PCF, les développements de l'auteur sont assez classiques, avec parfois quelques raccourcis que l'on pourrait discuter, même si le format de l'ouvrage y est sans doute pour beaucoup. Ce qui est beaucoup plus gênant, c'est qu'en plus d'estimer que « (…) aujourd'hui il ne subsiste rien de l'extrême gauche maoïste (…) » (p.35), affirmation tout à fait erronée, il ne traite sous l'appellation d'extrême gauche que de Lutte ouvrière (LO) et de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), oubliant aussi bien le Parti des travailleurs (PT) que les diverses organisations se réclamant du mouvement libertaire (sans parler de l'ultra gauche). En outre, l'auteur, que l'on sent nettement moins familier de l'extrême gauche que de l'extrême droite, commet des erreurs d'analyse du programme des trotskystes : à titre d'exemples, on peut noter que contrairement à ce qu'il affirme, LO ne défend pas l'idée d'un parti unique et n'est pas « (…) coupé du mouvement social (…) » (p.38). Toutefois, ne prenant pas position sur la définition couramment véhiculée de LO comme « secte politique », Jean-Yves Camus adresse quelques compliments à l'Union communiste, entre autres d'avoir su garder ses distances avec le tiers-mondisme, le terrorisme ou les intégrismes religieux. Sur la LCR, vue plus comme une « gauche alternative radicale » , sa volonté fédératrice et son ouverture sont relevées, mais l'analyse demeure assez superficielle. Regrettons enfin l'absence de toute bibliographie indicative. Jean-Guillaume Lanuque (1) A cet égard, l'analyse de Jean-Yves Camus dénote certains emprunts au marxisme, comme lorsqu'il écrit, à propos de la remise en cause de l'identité suite à la mondialisation, que « L'ethnie et la religion deviennent dès lors des cadres de substitution. Ce sont aussi, et non accessoirement, des instruments de contrôle social qui peuvent être mis en avant par les classes dominantes pour faire oublier aux exclus que leur situation est avant tout causée par des modes de domination économique et qu'elle ne changera que si ceux-ci sont modifiés » (p.78).
Daniel COQUEMA, Besancenot, Gluckstein, Laguiller… et quelques autres , Lulu, 2007. Mai 2007* N'essayez pas de chercher cet ouvrage chez votre libraire préféré, il est uniquement disponible par le biais du site Internet www.lulu.com . C'est apparemment le seul moyen qu'a trouvé son auteur, l'universitaire Daniel Coquema, pour le publier « face au blocus des maisons d'éditions traditionnelles » (extrait du texte de présentation), sous une forme qui témoigne d'ailleurs d'une certaine légèreté : aucune numérotation passée la page 75, un chapitre imprimé en double, pas d'index, de nombreuses fautes d'orthographe ou de mise en page… Le fond du livre permet de mieux comprendre l'adoption de cette solution pour son édition. Il s'agit en effet d'un mélange des deux précédents ouvrages de l'auteur, De Trotsky à Laguiller. Contribution à l'histoire de la IVe Internationale , sorti en 1997 (1), et Qui sont les trotskystes ? , publié sous le pseudonyme de Daniel Erouville (voir la recension sur notre site). Le plus surprenant est que le plan comme la majeure partie du texte sont identiques au mot près. Certes, l'introduction a été actualisée, tout comme le tableau des organisations trotskystes françaises d'aujourd'hui : reflétant toute la complexité de cette nébuleuse, il manque malheureusement cruellement d'explications. Quelques considérations sur les positions des dernières années de la part des trotskystes ainsi que sur la situation préélectorale ont également été ajoutées. Mais pour ce qui est des références bibliographiques, les ajouts récents ont été intégrés directement dans le corps du texte, et non au sein des notes de fin de chapitre antérieures. En outre, l'auteur n'a pas profité de l'occasion pour corriger erreurs de dates, redites et oublis (aucun développement sur la guerre civile espagnole, par exemple), ou pour actualiser quelque peu certains des aspects de son texte (les renvois à des sites Internet sont inexistants). Coquema semble se situer dans une dissidence partielle vis-à-vis du CCI du Parti des travailleurs (les références bibliographiques les plus nombreuses viennent de ce dernier), dont il partage l'essentiel de l'analyse « anti-pabliste » et la politique de reconstruction de la IVe Internationale (avec celle de l'Entente internationale des travailleurs), mais auquel il adresse divers reproches, entre autre une tendance réformiste syndicale, un activisme excessif et la « diplomatie secrète » de Lambert. Pour les autres principales organisations, on peut noter une sympathie relative très occasionnelle à l'égard de Lutte ouvrière (LO), généralement très critiquée, et beaucoup d'acrimonie envers la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui concentre le gros de ses attaques, avec le refus de lui accorder le qualificatif de trotskyste au profit de celui, implicite, de contre révolutionnaire. Dans l'ensemble, on retrouve de toute façon un travail centré sur les idées, plus politique et propagandiste qu'historique, non sans beaucoup de simplifications. Jean-Guillaume Lanuque (1) Je renvoie à ce sujet à la critique que j'avais écrite en son temps, « De Trotsky à Laguiller, ou le contre-exemple d'une histoire du trotskysme », in Critique Communiste , n° 148, printemps 1997, p. 91-92.
Léon DE MATTIS, Mort à la démocratie , L'Altiplano, collection Agit'prop, 2007, 128 pages, 7 euros. Mai 2007* Dans ce court et incisif pamphlet, Léon de Mattis revient, dans le premiers tiers de son développement, sur son expérience des coulisses des élections municipales à Paris en 1989. Jeune militant du PS, il y a été confronté aux manœuvres de constitution des listes, aux petits enjeux de personnes et aux querelles picrocholines de pouvoir, ce qui l'a amené à refuser depuis toute participation aux élections, aussi bien comme candidat que comme électeur. Il expose ensuite, c'est là le plus intéressant, les arguments allant à l'appui de sa thèse de dénonciation de l'illusion démocratique, derrière laquelle les inégalités sociales subsistent : les modes de scrutin limitatifs de la volonté populaire (l'exemple des Etats-Unis étant le plus extrême) ; le poids du système qui uniformise les politiques gouvernementales ; les calculs de résultats électoraux sans prendre véritablement en compte les abstentions et les non inscrits ; le caractère ponctuel du choix démocratique face à des luttes régulières ; l'injustice du droit de vote réservé aux nationaux… On se trouve ainsi face à une position anarchiste « classique », d'autant que Léon de Mattis critique l'oppression de l'Etat et le principe même de la représentation, qu'elle soit politique, syndicale ou autre, n'épargnant pas non plus les candidats de l'extrême gauche trotskyste, « révolutionnaires officiels des partis bureaucratiques » (p. 79). Notons toutefois qu'il dénonce ainsi le fonctionnement de la démocratie, qu'il ne qualifie jamais, comme si toute démocratie devait fonctionner de la sorte et présenter les mêmes tares… Sa dernière partie, enfin, est assez logiquement consacrée au démontage théorique et pratique de l'Etat, instrument de domination capitaliste, comme du droit bourgeois, opposés à une société libre à construire, sans argent et sans loi ; cela l'amène d'ailleurs à vanter les émeutes des banlieues de l'automne 2005, qui prenaient pour cibles les instruments de l'Etat, en demeurant trop évasif sur les perspectives concrètes. Jean-Guillaume Lanuque
ESTEBAN, Devenons des médi@s alternatifs ! Guide des médias alternatifs et des sources d'informations différentes , Le p'tit Gavroche, Lyon, 2006, 365 p. Mai 2007* Dont' hate the media, become the media! C'est en partant de cet adage prononcé par un rappeur que ce livre-ressource a été conçu. Bref, il s'agit d'un annuaire de la presse « différente », alternative, qui peut se publier en France. Evidemment la plongée dans cet univers est particulièrement riche, au risque parfois de ressembler à un inventaire à la Prévert. Prenons la lettre U, qui présente les entrées suivantes : Union pacifiste, Universaliste, Urban ecologist (the), Union des télévisons de service public et qui se conclut par Utopie critique (revue que nous présentons dans notre Revue des revues, disponible sur ce site). Si l'on peut regretter que Dissidences n'y figure pas (pas encore, soyons optimistes et souhaitons une nouvelle édition !), le panorama proposé est des plus intéressants. Ainsi qu'on a pu le constater avec la lette U, cette recension recouvre en effet non seulement la presse écrite, mais aussi les radios et la télévision. Un index thématique permet de s'y retrouver assez facilement (ex. d'entrée : paix ou vélo). Bref, ce petit guide est une mine pour découvrir un large panel de ce qui se publie dans l'Hexagone en dehors des médias dominants. Après l'avoir lu, vous ne pourrez plus dire, « Je ne le savais pas ». Un site permet d'actualiser les informations , www.guidaltern.org . G.U.
Guy KONOPNICKI, Elu ! , roman, Paris, Hugo&Cie, 2007, 192 pages, 15 €. Mai 2007* Les romans de politique-fiction constituent un genre particulièrement conjoncturel, et qui, de ce fait, vieillissent souvent extrêmement vite. Avec Elu ! , Guy Konopnicki, fils du militant communiste Raphaël Konopnicki (responsable des Francs-tireurs et partisans à Cannes sous l'Occupation) ex-communiste lui-même (il fut dirigeant de l'Union des étudiants communistes de 1968 à 1970, puis de la tendance « Renouveau » au sein de l'UNEF dès 1970, avant de quitter le Parti en 1978) romancier prolixe (1), journaliste familier des enquêtes sur le FN (2) et actuel chroniqueur à Marianne , imagine un scénario catastrophe qui dépasse les peurs de 2002, sous la forme d'un témoignage à posteriori qui rappelle des uchronies (l'uchronie est la reconstruction historique d'événements fictifs, dans un temps qui « aurait pu être », à partir d'un fait établi (3)) comme La République populaire de France , de Maurice Goldring, Je brûle Paris (1928) du révolutionnaire polonais Bruno Jasienski (Editions Le Félin, 2003) ou le très récent Complot contre l'Amérique de Philippe Roth (Gallimard, 2006) dans lequel le héros de l'aviation Charles Lindbergh bat aux élections de 1940 F.D. Roosevelt et installe un régime nazi aux Etats-Unis. Dans le récit de Guy Konopnicki, à la suite du second tour des élections présidentielles, qui oppose Ségolène Royal à Jean-Marie Le Pen, ce dernier se retrouve élu président avec à peine plus de 50% des suffrages. Emettons d'emblée quelques réserves sur l'enchaînement hypothétique qui conduit à cette « divine surprise » (sic !) : la position ambiguë de la « gauche de la gauche » en est un élément essentiel, elle qui est accusée de manipuler la jeunesse pour la mettre en mouvement (sans parler d'un amalgame entre juif et sioniste assez déplaisant car généralisé à pratiquement toute l'extrême gauche) et de prôner l'abstention au second tour, alors que l'on peut assez facilement deviner que les consignes de vote seraient majoritairement claires ; sans parler du fait qu'il est difficile de croire à un vote aussi large pour Le Pen, comme le second tour de 2002 l'a justement démontré, même avec cette montée de la peur que Konopnicki imagine (4). On pourra néanmoins, au-delà des piques contre l'extrême gauche ou Serge Moati, apprécier quelques dialogues imaginaires entre personnalités politiques connues assez bien sentis, et des situations qui ne manquent pas d'humour. Après cette explication de la victoire lepéniste, qui occupe quasiment la moitié du roman, et s'appuie sur une répartition assez juste des votes de Sarkozy et de Bayrou, on se retrouve dans une France au bord de la guerre civile (situation encouragée en sous main par des agents du FN), contexte bien rendu, avec un isolement relatif au niveau européen et mondial, et un gouvernement dirigé par Marine Le Pen qui témoigne de la connaissance assez fine par Konopnicki des cercles dirigeants du FN et de ses idées. Malgré une alliance en voie de cristallisation tant avec l'Iran qu'avec le Vénézuéla de Chavez (rapprochement nettement plus discutable), et malgré l'utilisation assez pertinente de l'article 16, Le Pen ne parvient pas à se maintenir au pouvoir, face à un front républicain qui se substitue bien vite (et de manière, pour le coup, trop peu développée) à une situation pré-révolutionnaire, et permet, tel un deus ex machina, de renouer le lien entre élus et électeurs, mais surtout face à l'effondrement économique du pays lié à l'application du programme frontiste… Cette seconde partie du livre est en tout cas plus convaincante, et même effrayante, de par la facilité avec laquelle certaines catégories de la population (la police ou les chauffeurs routiers, en particulier) s'accommodent fort bien de la victoire de Le Pen. On regrettera simplement une fin bien trop rapide. Jean-Guillaume Lanuque (1) Parmi des dizaines de titres, citons des polars signés Konop à la Série noire (Gallimard) dont Poulet casher , des romans prenant appui sur la sociabilité des juifs communistes ( Au chic ouvrier , Hallier/Albin Michel, 1980), les combats internationalistes ou les fantômes de l'histoire ( Les cahiers de Prague , Balland, 2006 et Ligne 9 , J-C. Gawsewitch Editeur, 2005) ou des pamphlets tels 1920-2020 : Vive le centenaire du PCF (Hallier/Albin Michel, 1978). (2) Les filières noires , chez Denoël en 1997. (3) Sur ce sujet, on consultera Eric B. Henriet, L'histoire revisitée. Panorama de l'uchronie sous toutes ses formes , Amiens, Encrage Editions, 1999. (4) Ce sentiment de peur imaginé par l'auteur est le titre, bien réel, de l'édition du Monde du jeudi 5 avril 2007 : « Peur, sentiment d'humiliation : le terreau du vote Le Pen ».
Précis d'anti-électoralisme élémentaire. 120 motifs pour ne pas aller voter , Les nuits rouges, Paris, 2007. Mai 2007* Voilà une réjouissante anthologie qui est publiée à quelques encablures de la présidentielle. Le titre est sans ambiguïté quant au contenu. Raoul Villette qui écrit l'introduction précise que la plupart des extraits émanent d'écrits anarchistes. Il en profite d'ailleurs au passage pour lancer une pique aux libertaires qui ont appelé à voter Chirac, contre Le Pen, au deuxième tour de la présidentielle en 2002. Les différentes contributions, souvent assez courtes, sont regroupées en six thèmes : l'imposture démocratique, la mystification électorale, la corruption parlementaire, la souveraineté fictive de l'électeur, la propagande capitaliste, l'abstention et au-delà. Sans grande surprise, la première signature est celle de Bakounine. En revanche, au fil du volume, on découvre des noms assez surprenants, voire franchement inattendus. Marx et Engels occupent une bonne place. En revanche, on n'attend pas franchement Alexis de Tocqueville ou l'élitiste Gaetano Mosca. Les journalistes du Monde diplomatique, Igancio Ramonet ou Christian de Brie ont droit à plusieurs mentions. On retrouve le Krivine de l'immédiat après 68, auteur d'un « La farce électorale ». Jacques Ellul ou James Burnham, qui conclut ce recueil, figurent sans doute parmi les plumes les plus inattendues de ce recueil qui intéressera aussi ceux qui déposeront un bulletin dans l'urne en 2007. Tout au moins, après lecture, ils le feront en étant plus conscients des limites de la démocratie actuelle, dont l'élection du Président de la République constitue le plus important déni. G.U.
Dominique REYNIE (sous la direction de), L'extrême gauche, moribonde ou renaissante ? , Quadrige / PUF, 2007, 240 pages, 15 €. Mai 2007* Cet ouvrage collectif rassemble neuf contributions qui ont en commun, outre leur sujet, d'être écrites par des chercheurs orbitant essentiellement (et d'une manière sans doute trop peu ouverte) autour du CEVIPOF et de l'Institut d'études politiques de Paris, à commencer par son coordinateur, souvent sollicité par les médias. Au-delà d'un titre pour le moins discutable, et qui n'est d'ailleurs jamais discuté de manière synthétique dans l'ouvrage, on peut s'interroger sur la pertinence de certaines analyses. Ainsi, Dominique Reynié, dans « La gauche pure », écrit-il que l'extrême gauche « est une gauche figée dans un monde en plein mouvement » (p.14), une formule d'ailleurs réversible qu'il faut impérativement nuancer, au risque de tomber dans les ornières de certaines idées reçues. Outre ces conclusions discutables (« Signe majeur de son décrochage historique, elle ne parvient plus à comprendre les mutations de l'économie globalisée », p.27), qui relativisent à notre sens bien trop à la baisse la capacité d'influence des trotskystes, on notera une prédominance un peu trop exclusive des résultats électoraux pour aborder l'extrême gauche (en l'occurrence essentiellement trotskyste). Cela nous vaut toutefois une bonne étude de Christine Pina sur « L'extrême gauche dans les élections présidentielles », qui peut servir de base à un bilan sur celles qui viennent de se terminer (avril/mai 2007), et une autre de Christophe Broquet sur « L'extrême gauche aux élections législatives, européennes et locales », moins concluante toutefois en raison d'un déficit occasionnel d'explications. Enfin, Vincent Tiberj (lui aussi sollicité par les médias) se penche sur « l'électorat trotskyste » au travers de données chiffrées trop partielles (autour d'intentions de vote pour les présidentielles de 1988, 1995 et 2002), et de calculs parfois un peu abscons ; il conclut néanmoins de façon intéressante à la constitution d'une base électorale solide mais réduite pour l'extrême gauche trotskyste, tandis que le gros des voix qui se portent sur elle sert plus souvent à influencer le reste de la gauche. Les idées de cette « gauche de la gauche » (voir notre réflexion sur cette typologie dans la recension, sur ce même site www.dissidences.net , du dernier ouvrage de Christophe Bourseiller, Extrêmes gauches : la tentation de la réforme ) sont analysées par Marc Lazar et Guy Groux. Le premier, historien bien connu du communisme, y voit un ensemble composite, sans toujours faire preuve de pertinence (opposition inappropriée entre la défense des acquis, et une attitude plus offensive vue comme essentiellement mythique), et en penchant implicitement plutôt pour une social-démocratisation nette du Parti socialiste. Le second s'intéresse surtout à l'analyse du monde du travail, pour constater que contrairement aux années 1970, l'extrême gauche est restée attachée à des schémas anciens sans tenir vraiment compte de l'institutionnalisation et de l'individualisation croissantes des conflits sociaux. La troisième partie de l'ouvrage porte plus spécifiquement sur le mouvement altermondialiste. Corinne Deloy nous propose une petite synthèse utile sur l'altermondialisme, ses origines, sa structure et son fonctionnement, mais en y incorporant malheureusement des jugements de valeur éminemment subjectifs et peu argumentés, comme lorsqu'elle estime que la désobéissance civile contredit la démocratie (mais quelle démocratie ?), qu'elle dénonce une certaine dérive v Donc, un ensemble plutôt intéressant mais pour le moins inégal. Jean-Guillaume Lanuque
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