|
|
|
|||
|
- Alain AMICABILE, Remercie la neige. Une histoire du Pays-Haut lorrain , Paris, Syllepse, 2006 - Fahri BALLIU, La femme du diable. Nexhmije Hoxha, veuve du dictateur albanais Enver Hoxha , Lausanne, Favre, 2008 (2005 pour l'édition originale), 224 pages, 17 euros, préface d'Ismaïl Kadaré - Denis BERGER, Roger MARTELLI, Michèle RIOT-SARCEY, Francis SITEL, Pierre ZARKA, Révolution, les impensés d'un héritage , Paris, La Dispute, collection « Comptoir de la politique », 2009, 204 pages, 15 € - René BERTHIER, Digressions sur la révolution allemande , Paris, Les éditions libertaires, 2009, 188 p., 10 € - Christophe BOURSEILLER, A gauche toute ! Trotskistes, néo-staliniens, libertaires, « ultra-gauche », situationnistes, altermondialistes… , Paris, CNRS éditions, 2009, 216 pages, 18 euros - Christophe BOURSEILLER, Extrêmes gauches : la tentation de la réforme , Paris, Textuel, collection « Conversations pour demain », 2006, 108 pages, 17 euros - Alain BROSSAT, Sylvia KLINGBERG, Le yiddishland révolutionnaire , Paris, é ditions Syllepse, 2009, 291 p., 22 € - Théo COSME, Les émeutes en Grèce , Senonevero, Marseille, 2009, 136 p., 10 € - Gilles DAUVE et Karl NESIC, Au-delà de la démocratie , Paris, L'Harmattan, collection « Questions contemporaines », 2009, 186 pages, 17,50 euros - Maurice DOMMANGET, Histoire du drapeau rouge , Marseille, Le Mot et le Reste, collection « Attitudes », 2006, 552 pages, 25 euros - José GOTOVITCH, Anne MORELLI (dir.), Presse communiste, presse radicale (1919-2000). Passé, présent, avenir , Condé-sur-Noireau, Fil rouge / Aden, 2007, 20 euros - Claude GUILLON, Notre patience est à bout. 1792-1793, les écrits des Enragé(e)s , Paris, éditions Imho, collection Radicaux Libres, 2009, 184 pages, 15 euros - Florian HUMBERT, L’extrême gauche en Bourgogne. Le cas des maoïstes à Dijon et en Saône-et-Loire, 1968-1978, Master d’histoire, Université de Bourgogne, sous la direction de Jean Vigreux, 2005, 131 p. - Tudi KERNALEGENN, Drapeaux rouges et gwenn-ha-du. L’extrême gauche et la Bretagne dans les années 1970, Rennes, Apogée, 2005 - Philippe LARDINOIS, De Pierre Victor à Benny Lévy, de Mao à Moïse , Eupen, Editions Luc Pire, 2008, 235 pages - Loïc LE BARS, Eugène Péaud, un syndicaliste révolutionnaire, Paris, Syllepse/Institut de recherche de la FSU , 2007, 141 pages, préface de Claude Pennetier (p.7-21) et avant-propos de Jean Péaud, 15 € - Le choix communiste. Comprendre le présent. Changer l'avenir, Montreuil-sous-Bois, éditions Science marxiste, collection « Bibliothèque jeunes », 2009, 160 pages, 5 euros - Anne MORELLI, José GOTOVITCH, dir., Contester dans un pays prospère. L'extrême gauche en Belgique et au Canada , Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2007, 259 pages - Karim MROUE, Samir AMIN, Communistes dans le monde arabe , (préface de Georges Labica), Paris, Le Temps des Cerises, 2006, 226 pages, 14 € - Irène PEREIRA, Les grammaires de la contestation. Un guide de la gauche radicale , Paris, Les empêcheurs de tourner en rond / La découverte, 2010, 225 p., 14,5€ - Christine PINA, L’extrême gauche en Europe, Paris, Les notes de la Documentation française, 2005, 160 pages - Michaël PRAZAN, Adrien MINARD, Roger Garaudy. Itinéraire d'une négation , Paris, Calmann-Lévy, 2007, 448 pages, 20,90 euros - Julien RAIMBAULT, L'extrême gauche maoïste et trotskyste à Rennes entre 1968 et 1981, Université de Rennes II, Mémoire de DEA d'Histoire et Sciences sociales, sous la direction de Jacqueline Sainclivier, 2003, 135 pages + annexes. - Philippe RAYNAUD, L'extrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution , Paris, Autrement/Cevipof, 2006, 200 pages, 17 euros - Octavio RODRIGUEZ-ARAUJO, Gauches et gauchisme. De la première internationale à Porto Alegre, Nantes, L'Atalante, 2004. - André ROSSEL-KIRSCHEN, La mort à quinze ans , Paris, Fayard, 2005, 296 pages - Cyrille ROUGIER, La vie personnelle dans le militantisme d’extrême gauche. Les relations d’interdépendance entre sphère publique et sphère privée, Mémoire de M1 en Sociologie, sous la direction de Michel Jamet et Laetitia Bucaille, Bordeaux II, 2005, 80 p. - Jeannine VERDES-LEROUX, La foi des vaincus. Les "révolutionnaires" français de 1945 à 2005, Fayard, Paris, 2005, 528 pages.
Alain AMICABILE, Remercie la neige. Une histoire du Pays-Haut lorrain , Paris, Syllepse, 2006. février 2007* Voilà un témoignage qui ira droit au cœur des lecteurs qui s'intéressent à la fois à la vie politique française, à l'immigration italienne, à la sidérurgie lorraine et au mouvement syndical. Alain Amicabile est un ancien responsable du PCF qui a rompu avec ce parti au milieu des années 80 pour s'engager dans l'aventure des rénovateurs communistes. Opposition qui a connu son plus ample développement à l'occasion des élections présidentielles de 1988 par la présentation de la candidature du dissident communiste Pierre Juquin. En même temps qu'un exposé de son parcours politique, Amicabile nous livre son histoire personnelle de la sidérurgie lorraine, de ses luttes et de sa finale disparition au début des années 80. Illustré par de nombreuses photographies, ce livre de souvenirs présente un paysage aujourd'hui quasiment disparu, ainsi qu'il le souligne, tant l'arrêt des hauts fourneaux s'est accompagné d'un remodelage du paysage de la région de Longwy. Après avoir été permanent fédéral communiste, Amicabile a dû assurer sa reconversion professionnelle. Les passages qu'il consacre à cet épisode sont parmi les plus sensibles de son récit, tant on sent à fleur de peau poindre le sentiment du gâchis d'un parti qui s'est fait hara-kiri pour ne pas avoir écouté la parole de ses militants dans cette région. Pourtant, dans les dernières pages, Amicabile fait part des son engagement intact dans les luttes à venir, dans le prolongement de ce qu'il analyse comme une victoire du Non au référendum constitutionnel européen de 2005. Derrière le militant, point également le fils d'immigré. Le titre du livre est d'ailleurs inspiré de la phrase fétiche de son père « Ringrazo la neve ». En effet, c'est grâce à la neige qui tombait ce soir-là que son paternel, chanteur de bal, a pu rencontrer sa femme, la mère d'Alain. C'est d'ailleurs aussi grâce des circonstances inattendues que ce dernier rencontrera sa femme. Eternel descendant d'immigré, Amicabile raconte aussi avec émotion ses voyages au pays du père, regrettant la coupure qu'il éprouve au fil des ans avec le groupe familial originel. On lira avec intérêt ce livre plein d'émotion d'un homme, d'un militant, de ceux qui l'entourent (on en aperçoit quelques uns dans l'album photo qui conclut l'ouvrage) G. U.
Fahri BALLIU, La femme du diable. Nexhmije Hoxha, veuve du dictateur albanais Enver Hoxha , Lausanne, Favre, 2008 (2005 pour l'édition originale), 224 pages, 17 euros, préface d'Ismaïl Kadaré. février 2009* Mots clefs : Albanie, communisme, Hoxa. Ce livre, écrit par un Albanais ayant vécu l'époque de la dictature et devenu depuis patron de presse, s'inscrit parfaitement dans la lignée du Livre noir du communisme . Tellement parfaitement que son propos en devient immédiatement caricatural. Le titre, déjà, qui entre en résonance avec celui que Françoise Giroud avait choisi pour sa biographie de Jenny Marx, témoigne d'une vision pour le moins manichéenne et simpliste de la réalité. En fait, tout au long des pages de cet ouvrage, on doit subir un style ampoulé au possible, usant et abusant des points d'exclamation (que la traduction éventuellement mauvaise ne suffit pas à expliquer) se gargarisant de ses commentaires plus acerbes les uns que les autres, qui remplacent une analyse digne de ce nom. Quelques exemples parmi d'autres : « Elle continuera à s'enfoncer, avec Enver, dans ces labyrinthes du crime hantés par les voix des victimes. Une étrange impulsion macabre poussera ce couple pervers à enchaîner les exécutions. Une longue liste de gens assassinés sur les crêtes des montagnes criait vengeance ; la liste n'était pas encore close, que d'autres s'apprêtaient à y entrer ! » (p.41) ; « Même Nuremberg, où le monde entier jugeait le nazisme, ne connut pas une telle furie meurtrière comme celle qui souffle sur Tirana [en 1945] » (p.58) ; « Ces sacrifices farouches et barbares, conçus et commis par un esprit aussi criminel que satanique, annoncent le destin des Albanais et jettent les fondements de l'Etat communiste » (p.60) ; « Alors qu'à Tivar la terre est gorgée, à n'en plus pouvoir l'absorber, du sang des jeunes de Ferizaj et de tout le Kosovo, des jeunes naguère vigoureux comme des géants et sereins comme des enfants ! » (p.85). On l'aura compris, le langage est davantage celui de la démonologie que de la recherche argumentée et posée. On saura donc que le couple Hoxha était coupable de tous les maux, Nexhmije étant sans aucun doute la pire de toute, influençant jusqu'à son époux ; un discours moraliste véhiculant toutes les rumeurs possibles -Enver Hoxha homosexuel-, les prophéties creuses, et laissant apparaître au détour d'une phrase ses accointances personnelles (1). Quant à la biographie proprement dite, elle n'apparaît qu'en pointillés, manquant cruellement de dates, laissant de côté bien des aspects du parcours de Nexhmije, en étant bien trop allusif ou implicite, sans éclairages suffisantes sur le contexte national ni cartes permettant de suivre plus aisément les développements. Jusqu'à des contradictions dans les maigres tentatives d'explicitations du comportement de Nexhmije, mue tantôt par la soif du pouvoir, tantôt par la doctrine marxiste-léniniste… Derrière des questionnements intéressants, ainsi de la prégnance de la dictature stalinienne dans la vie politique de l'Albanie actuelle, de la centralité jouée par la question du Kosovo, ou de la réécriture de l'histoire dont témoignent les mémoires de Nexhmije Hoxha, on ne trouve donc que grandiloquence et insuffisances. Jean-Guillaume Lanuque (1) À savoir une faiblesse marquée pour la religion chrétienne ( « religion qui contient tous les aspects de la vie humaine : le repentir, la résurrection, la crucifixion, la miséricorde, le pardon, jusqu'à l'amour pour l'ennemi ! » p.116) et une admiration exclusive, outre pour son pays, à l'égard des Etats-Unis ( « (…) tout Albanais aurait raison de commencer et de finir sa journée sur cette prière : Dieu bénisse l'Amérique ! » p.196).
Denis BERGER, Roger MARTELLI, Michèle RIOT-SARCEY, Francis SITEL, Pierre ZARKA, Révolution, les impensés d'un héritage , Paris, La Dispute, collection « Comptoir de la politique », 2009, 204 pages, 15 €. Décembre 2009* Mots clefs : communisme – trotskysme – extrême gauche. Ce petit ouvrage, qui résulte de la rencontre et des échanges de cinq acteurs de la gauche de la gauche, issus pour l'essentiel de la mouvance communiste et trotskyste, s'inscrit dans le vaste processus d'inventaire provoqué par les conséquences de la disparition de l'URSS et du bloc de l'Est. Sans apparaître comme une pièce fondamentale à ce débat, cet ensemble apporte néanmoins quelques réflexions intéressantes. Michèle Riot-Sarcey, historienne des femmes et des utopies, insiste sur le nécessaire retour vers les vaincus de l'histoire et les possibles non advenus, en particulier du XIXème siècle, mais elle le fait à travers un propos un peu touffu et abstrait. Denis Berger, lui, brosse un intéressant tableau du monde d'aujourd'hui (évoquant un quasi fascisme islamique ou le bonapartisme de Sarkozy) pour insister sur le retour critique vers les expériences passées et appeler à des analyses approfondies des acteurs sociaux du changement. Roger Martelli, dans le prolongement de ses livres des années 1990, revient sur le stalinisme, qu'il voit comme une rupture avec le léninisme mais s'appuyant sur des failles réelles du bolchevisme ; il analyse également l'impossible déstalinisation totale, liée selon lui aux « carences des mémoires » au sein d'un mouvement communiste régulièrement expurgé. Francis Sitel, pour sa part, revient sur l'héritage du trotskysme, avec l'idée d'éviter aussi bien la crispation sur les acquis programmatiques que leur abandon généralisé. Il diagnostique pour l'essentiel une difficulté de la part des trotskystes à analyser l'évolution du réel, que ce soit celle de l'URSS (en particulier dans les années 1980, sous estimant la crise des idéaux socialistes) ou celle du capitalisme (vu avant tout comme mécanisme économique, conduisant à la sous estimation de l'offensive néo-libérale). Il estime parallèlement que la démarche des revendications transitoires est précieuse, tout en appelant à s'ouvrir davantage au mouvement ouvrier dans son ensemble et à construire un parti de type nouveau, loin de l'impossible parti révolutionnaire, peu adapté aux luttes politiques à court terme. Quant à Pierre Zarka, militant du PCF, il prône la recherche d'un vaste parti anticapitaliste, sous forme d'une fédération de militants riche de la diversité de ses composantes idéologiques, qui ne surplomberait pas les masses mais serait immergé en elles ; un espoir qui n'a de cohérence pour l'heure que sur le papier. Si chacun propose des pistes de réflexions diverses, dont plusieurs ont un goût de déjà lu voire de rappel d'évidences, la plupart d'entre eux se retrouvent sur certaines nécessités : tenir davantage compte des travaux de Foucault et des apports de la psychanalyse ; rejeter la notion de parti guide et le substitutisme (dans lequel Michèle Riot-Sarcey voit d'ailleurs une vision parallèle à l'idée de délégation du pouvoir défendue par le libéralisme) au profit d'un retour vers la démocratie de la base ; développer l'auto-organisation, et accepter la clôture de la période ouverte par Octobre et ses leçons. Gageons que le débat est loin d'être clos. Jean-Guillaume Lanuque
René BERTHIER, Digressions sur la révolution allemande , Paris, Les éditions libertaires, 2009, 188 p., 10 €. juillet 2009* Mots clés : Allemagne, conseil, ultra-gauche, spartakisme, première guerre mondiale, révolution, anarchisme, marxisme, social-démocratie, communisme de gauche. KAPD, bordiguisme Il faut prendre au sérieux le titre de cet ouvrage, en particulier l'idée de Digressions, sans quoi le lecteur sera profondément déçu de sa lecture. En effet, on n'apprend rien (ou si peu) sur le déroulement de la révolution allemande de 1918-1919. En fait, Berthier traite plutôt des à-côtés du mouvement révolutionnaire, à savoir les anarchistes et de leurs organisations syndicales (la FAUD) et de l'ultra-gauche (KAPD). De fait, ce livre se présente comme une tentative de bien différencier les courants ultra-gauches d'une conception libertaire. On retrouvera, sans grande surprise, un certain nombre de topiques de la pensée anarchiste, aussi bien au niveau théorique (réhabilitation de la pensée de Bakounine versus celle de Marx et surtout Engels) ou au niveau historique (Octobre 1917 comme coup d'Etat et pas comme révolution ; analyse de Brest-Litovsk comme coup d'arrêt du processus révolutionnaire en Russie, sans qu'il y ait d'ailleurs perception d'un hiatus avec l'affirmation précédente). Donc, rien de fondamentalement neuf dans ces propos, d'autant que le développement se fonde essentiellement sur des sources de seconde main (notons d'ailleurs au passage que, sauf inattention de notre part, le livre de D. Gauthier, La gauche communiste en Allemagne , réédition Les Nuits rouges, n'est pas mentionné). En fait l'objectif du texte se situe ailleurs : régler son compte aux courants ultra-gauches issus de la décomposition du KAPD, du bordiguisme (dont le rôle dans la révolution allemande doit tendre vers le zéro, mais le respect d'un minimum de logique chronologique n'est pas le fort de Berthier) ou de la gauche hollandaise, trop vite et facilement assimilés à l'anarchisme. Berthier conclut son analyse par une affirmation des plus discutables, qui contredit d'ailleurs une large partie de ce qu'il a développé auparavant, sur le fait que finalement la révolution allemande constitue un évènement secondaire dans l'histoire des révolutions du XX e siècle, la véritable révolution ayant eu lieu en Espagne (puisque les libertaires y ont joué un rôle de premier plan. CQFD). Pas à une contradiction près, l'auteur n'hésite pas, quelques lignes plus loin, à avancer que « Peut-être la révolution espagnole échoua-t-elle parce que les révolutionnaire allemands ne réussirent pas la leur », p. 172. C'est ce qu'en termes savants on peut caractériser comme une imputation causale hasardeuse, pour le moins. Après tout, pendant qu'on y est, dans une joyeuse ignorance de l'histoire européenne des tentatives révolutionnaires du début des années 20 à la proclamation de la République espagnole, pourquoi ne pas incriminer l'échec de Spartacus dans le mouvement révolutionnaire de 1936 ? Cette remarque ironique exprime en même temps l'absence de rigueur qui parcourt tout ce livre profondément décevant pour la connaissance d'un moment politique décisif pour toute l'histoire du XX e siècle. G.U.
Christophe BOURSEILLER, A gauche toute ! Trotskistes, néo-staliniens, libertaires, « ultra-gauche », situationnistes, altermondialistes… , Paris, CNRS éditions, 2009, 216 pages, 18 euros. Septembre 2009* Mots-clefs : extrême gauche – anarchisme – trotskysme – situationnisme. Ce nouvel ouvrage de Christophe Bourseiller est en fait une compilation de divers textes parus entre 1996 et 2008, et opportunément sortie en cette période d'élections européennes et de mise au premier plan de l'extrême gauche. Il n'y aurait d'ailleurs là rien de condamnable a priori, si le livre se révélait conforme à sa quatrième de couverture, qui vante ce « tour d'horizon complet (…) une étude documentée, une analyse rigoureuse et une somme passionnante » . Las, c'est loin d'être le cas. On peut d'abord s'étonner de l'incorporation de textes déjà parus dans des livres récents et non encore épuisés (ainsi des préfaces à La véritable histoire de Lutte ouvrière et à Surréalistes et situationnistes, vies parallèles , ou d'articles de la revue lancée par le dit Bourseiller, Archives et documents situationnistes ). Surtout, contrairement à ce que peut faire penser la photographie de couverture, pour le coup franchement commerciale, les trotskystes sont loin d'être privilégiés : la plus grosse partie du recueil est en effet dédiée aux situationnistes et à Guy Debord, avec le risque de surestimer cette composante minoritaire de l'extrême gauche. Les analyses proposées manquent en outre souvent de profondeur, d'explicitations de fond, sans parler de l'absence de synthèses dignes de ce nom et de redites, inévitables dans ce genre d'exercice de collage (ainsi de sa thèse d'une dichotomie entre invariants et modernistes (1)). On pourrait aussi trouver à redire à certaines affirmations -une Union communiste créditée de 8000 militants !- ou hypothèses avancées un peu trop précipitamment -la fondation du POI en 2008, et non en 2007, manifeste-t-elle bien sa volonté de « dépasser le trotskisme » , p.9, ou Julien Coupat et ses co-accusés considérés implicitement comme coupables dans la préface-, ainsi qu'au choix de reprendre des articles pour le moins fortement discutables -« Entre mythe et réalité, la véritable histoire des « hitléro-trotskistes », une pseudo réalité ayant « donné sens aux campagnes du PCF » (sic), p.41. Bref, un livre fait de bric et de broc, loin d'être la référence annoncée, dont on se demande à quel public il peut vraiment convenir. Jean-Guillaume Lanuque (1) Voir à cet égard notre critique de son livre d'entretiens, Extrêmes gauches : la tentation de la réforme , présente sur ce même site.
Christophe BOURSEILLER, Extrêmes gauches : la tentation de la réforme, Paris, Textuel, collection « Conversations pour demain », 2006, 108 pages, 17 euros. décembre 2006* Comme celui de Philippe Raynaud (chroniqué sur notre site www.dissidences.net ), ce nouveau livre de Christophe Bourseiller, auréolé de son récent statut d'enseignant à Sciences politiques, répond à une actualité politique de plus en plus dominée par les prochaines élections présidentielles et la possibilité pour l'extrême gauche d'y jouer un rôle d'arbitre. Plutôt que d'une nouvelle étude, il s'agit en fait d'entretiens réalisés avec Bertrand Richard, entretiens qui donnent furieusement l'impression d'avoir été préparés sans grande spontanéité. C. Bourseiller, après être revenu sur son itinéraire personnel, aborde l'analyse générale de l'extrême gauche française, soulignant à juste titre l'attraction d'une partie d'entre-elle pour une politique réformiste, dans le cadre toutefois bien ciblé d'une pratique syndicale ou du travail d'élus. Il énonce cependant des conclusions pour le moins discutables, comme lorsqu'il date « la véritable remontée d'influence (…) » de l'extrême gauche de 1989 et de la chute du Mur de Berlin, tant l'impact de ce dernier événement a été contrasté plusieurs années durant. De même, si sa coupure entre « modernistes et invariants » possède une certaine pertinence, elle ne constitue pas une grille d'analyse suffisante, en particulier au sein de la LCR pour laquelle cette dichotomie n'est pas aussi tranchée et peut même se trouver articulée au sein même de bien des militants. Enfin, sa distinction entre « extrême gauche », assumant un rôle d'éclaireur, et « gauche de la gauche », désireuse d'un retour « aux fondamentaux de leurs partis respectifs » (p. 27), PS ou PCF, manque de clarté et de totalisation. Osons une typologie alternative. Si l'on nomme « extrême gauche » l'ensemble des courants qui souhaitent un changement révolutionnaire, on peut la diviser en deux groupes : les « ultra gauches » (débarrassés de toute connotation péjorative), soucieuses de leur identité propre et irréductible (les maoïstes, certains trotskystes et libertaires, les communistes de gauche) d'une part, et la « gauche radicale », c'est-à-dire tous ceux (d'autres membres des familles trotskystes et libertaires) qui sont attachés à la connexion avec des secteurs de la gauche traditionnelle, réformiste (PCF, une partie du PS, voire des Verts). Dans cette optique, la « gauche de la gauche » désignerait simplement, alors, l'ensemble de ces secteurs et la « gauche radicale » déjà citée, susceptibles de collaborer ensemble à certains moments. La discussion mérite d'être lancée, d'autant que Christophe Bourseiller, sans doute échaudé par les diverses réactions négatives auxquelles il eut à faire face par le passé, l'appelle lui-même de ses vœux en conclusion (p.105). Plus généralement, si certains de ses développements constituent d'utiles vulgarisations, comme sur l'altermondialisme, les erreurs ou les simplifications ne manquent malheureusement pas. Citons, entre autres, des effectifs actuels de Lutte ouvrière certainement surévalués (8 000 militants ! p. 47), et un raccourci sur les origines de l'organisation, sans discontinuité apparente depuis 1939 ; des confusions sur la « grande scission » de 1952 et sur la notion de centralisme démocratique, partagée, contrairement à ce qu'il dit (p. 50), par les trois principales organisations trotskystes, mais interprétée différemment ; des conclusions exagérées, comme pour la « remise en question de l'internationalisme » au Parti des travailleurs ; des analyses manquant singulièrement de nuance, ainsi lorsqu'il affirme que « nous sommes face à des organisations qui parient sur la violence et le coup de force, au détriment de la voie électorale » (p. 55), négligeant a priori des scénarios révolutionnaires plus complexes… Dans la troisième partie, sur l'extrême gauche comme laboratoire d'idées, et la quatrième consacrée à l'avenir et la postérité des extrêmes gauches, ces défauts sont moins présents. C. Bourseiller y accorde plus de crédit, outre aux altermondialistes, à une partie des communistes de gauche (Pannekoek, Lefort, ou Debord et l'Internationale situationniste) qu'aux trotskystes, du fait de la supposée réconciliation qu'ils opèrent entre l'individu et le collectif, même si leurs limites sont soulignées. Il reste que cet ouvrage manque en partie son objectif, de par ses erreurs et ses manques (peu de choses sur l'anarchisme, encore moins sur le maoïsme), peut-être d'ailleurs du fait de son absence de réconciliation entre l'individu et le collectif d'une équipe de recherche ! Jean-Guillaume Lanuque PS : un mot sur le prix de ce petit opuscule, car avec 17 euros de demandé pour une centaine de pages, Textuel semble attendre trop de son lectorat potentiel…
Alain BROSSAT, Sylvia KLINGBERG, Le yiddishland révolutionnaire , Paris, é ditions Syllepse, 2009, 291 p., 22 €. août 2009* Mots clefs : Juifs, communisme, Bund, histoire 20 ème siècle. Syllepse a eu la bonne idée de republier Le yiddishland révolutionnaire 26 ans après sa première publication. Dans la préface à la nouvelle édition, les auteurs rappellent qu'à l'époque déjà ce livre était à contretemps et qu'il est de nouveau, aujourd'hui que s'est imposée « la nouvelle correction éthique » (p. 6), plus que jamais intempestif. Il n'a rien perdu pour autant de son intérêt, bien au contraire. Le yiddishland, ce sont les communautés juives d'Europe orientale. Le trajet des militants révolutionnaires qui en sont issus, étudié ici, concentre « le destin du mouvement ouvrier révolutionnaire au 20 ème siècle » (p. 20), de la révolution russe à la désillusion, en passant par la Guerre d'Espagne et la Résistance. De la sorte, ces pages offrent un éclairage particulier sur les contrastes de l'histoire politique, au croisement de la question nationale et de la question sociale, de l'antifascisme et de l'internationalisme. L'approche historique développée par Brossat et Klingberg constitue indéniablement l'une des qualités majeures de cet essai. Ayant recueilli une dizaine de témoignages d'anciens révolutionnaires juifs, les auteurs sont véritablement à l'écoute, respectueux de ce qui se dit, cherchant à comprendre plutôt qu'à encenser, à éclairer plutôt qu'à condamner. Il en va de même quand il s'agit de remettre ces paroles dans leur contexte. Ainsi, loin des images d' é pinal, ils décrivent toute la complexité et les contradictions du positionnement des bolcheviques par rapport à la « question juive » durant les premières années de la révolution russe (surtout les pages 180-191), du parti communiste palestinien, et des Juifs communistes en Roumanie, ex-Yougoslavie, Pologne après la Seconde Guerre mondiale. Ce faisant, en échappant à une simplification outrancière, en développant une critique globale et intelligente, le livre bouscule les visions un peu trop campées. D'une part, de manière convaincante, il évoque le « transfert d'utopie » entre l'instauration d'une société communiste (égalitaire, libre et arrachée à la xénophobie) et le « retour à la terre », la construction de l' é tat d'Israël. D'autre part, transparaît l'antisémitisme ancré profondément dans certains pays tels que la Pologne et l'Ukraine, mais aussi dans la mentalité et la politique du stalinisme et d'une frange considérable des cadres communistes. Enfin, au sein même du yiddishland, les différences ente classes sociales et entre organisations ne sont pas gommées, les auteurs revenant au gré des témoignages sur les manières relativement différentes qu'il y avait de vivre cette double identité : juif et rouge . Une double identité dont le génocide a annihilé le terreau, avant que l'échec du socialisme et l'abandon de l'internationalisme ne la brise complètement. D'où les positionnements ambivalents envers Israël où se sont installés toutes les personnes interrogées dans cet essai. Ce livre montre aussi, douloureusement, que l'antisémitisme dans les pays communistes était loin de se réduire à la période stalinienne. C'est effaré que le lecteur découvre l'encouragement fait aux cadres communistes juifs en Roumanie de « roumaniser » leur nom et les efforts déployés en Pologne pour « ménager l'antisémitisme de la population » (p. 257) après la Seconde Guerre mondiale, ce qui n'empêcha pas les autorités polonaises de lancer une campagne antisémite contre « les sionistes » en 1968. A l'heure où dans plusieurs pays comme l'Ukraine, les autorités cherchent à structurer l'oubli et à réhabiliter la part nauséabonde du passé, il est bon de mesurer l'ampleur et la permanence de cette plaie afin de mieux être en mesure de l'affronter. Tout juste regrettera-t-on que ne soit pas évoquée la dimension libertaire du yiddishland puisque ici sont étudiées trois organisations (le Bund, les Juifs communistes et Poale Zion) se réclamant du communisme ou de la social-démocratie, alors que le socialisme libertaire a aussi constitué le terreau des mouvements révolutionnaires juifs (voir Michaël Löwy, Rédemption et utopie : le judaïsme libertaire en Europe centrale. Une étude d'affinités électives, Paris, PUF, 1988). Frédéric Thomas
Théo COSME, Les émeutes en Grèce , Senonevero, Marseille, 2009, 136 p., 10 €. Mai 2011Mots clés : Théorie Communiste, communisation Les émeutes en Grèce est constitué de courts textes écrits par les groupes grecs TPTG ( Ta Paidia Tis Galarias ) et Blaumachen, deux groupes communistes anti-autoritaires, et d'un texte de Théorie Communiste (de 46 pages). La crise permanente de l'éducation (texte de TPTG) contribue à la compréhension du contexte des émeutes en retraçant et analysant les luttes récurrentes qui ont marquées l'éducation en Grèce pendant ces dernières années (manifestations, grèves et occupations d'universités) en opposition à la restructuration néolibérale de l'éducation publique (intensification du travail, diminution du financement, sélection plus grande). Luttes exprimant la crise de l'éducation comme vecteur d'ascension sociale et de légitimation des rapports capitalistes L'occupation, pas la démocratie ! (contribution de Blaumachen) s'appuie sur l'expérience du mouvement dans les universités en 2006 pour étayer une critique de la représentation et du formalisme démocratique, opposant participation et créativité aux rapports spectaculaires. D'autres articles (écrit en janvier et février 2009) retracent de façon détaillée les événements pendant la période des émeutes, depuis l'assassinat d'Alexis Grigoripoulos, 15 ans, par un policier en exercice. Est décrit l'enchaînement des combats de rue contre la police, des attaques contre les commissariats, banques et les commerces de luxe, des manifestation et des occupations (occupations d'universités, de bâtiments publics, et du siège de la centrale syndicale, qui ont été des centre d'organisation et d'information au mouvement et parfois ont servi aussi à réunir des assemblées de quartier). Mais ces différents textes valent surtout comme information factuelle (écrit « à chaud » et accompagné de tracts et déclarations des participants, ils nous font aussi un peu toucher l' « esprit » du mouvement) permettant de mieux appréhender le texte de Théorie communiste qui constitue le cœur de l'ouvrage et propose une analyse théorique des luttes. Le plancher de verre Pour Théorie Communiste (TC) les émeutes en Grèce, première réaction du prolétariat dans la période qui s'ouvre avec la crise capitaliste de 2008 marquent un nouveau développement dans la lutte des classes. La crise du capital est caractérisée comme une crise de sa reproduction, c'est pourquoi elle apparaitrait d'abord, comme en Grèce, dans « les secteurs de la société ou sa reproduction prend une forme spécialisé par rapport à la société même ». Ce qui fait en Grèce de la jeunesse précarisé (la « génération 600 € ») le principal acteur de cette crise de reproduction. Cela dans un contexte ou le capitalisme et l'Etat corrompu qui est son organe cristallisent au sein du mouvement étudiant une «défiance sociale, faite de haine et de mépris ». De cette situation découlent les caractéristiques du mouvement, sa composition, ses objectifs, ses pratiques, ses limites et ses résultats positifs. Ainsi selon TC : « De façons cohérente les objectifs, les cibles, de ces émeutes ont été les institutions où la reproduction du mode de production acquiert une forme séparée par rapport à la société dont elles sont les institutions de reproduction tant politiques qu'économiques et idéologiques, ainsi que les formes de la circulation dans lesquelles le capital fait retour à lui-même. ». Alors que la crise capitaliste apparaît comme une « panne d'avenir », la jeunesse, libre de toutes illusions politiques ne présente pas de revendications, elle s'en prend aux symboles de la civilisation marchande et aux institutions devenues incapable de jouer leur rôle dans la reproduction des rapports capitalistes en leur apportant une légitimation. C'est aussi la démocratie, aussi bien comme forme gouvernementale que comme mode de fonctionnement pour le mouvement qui est aussi contestée : « En tant que crise de la reproduction c'est l'existence même d'un rapport avec l'Etat et quelques institutions que ce soit qui est contestée : le mouvement ne produit ni revendications, ni représentant . » Un des apports importants des émeutes selon TC aura été d'éclairer « le moment coercition, comme inclus dans la reproduction du mode de production capitaliste et non comme simple répression policière… » . Mais « elles ont montrés cette inclusion comme étant, de façon interne, leur propre manque , dans la mesure où l'attaque de ce moment et de toutes les institutions qui le mettent en œuvre est demeuré séparé de la production. ». La séparation de ce mouvement d'avec la production (qui a participé à la force de son attaque concentrée contre les institutions séparée de la reproduction), a été sa limite, son « plancher de verre », sa réalisation essentielle est de l'avoir fait apparaître comme telle. Le fait que les instances de production soient restées étrangères au mouvement a contribué à son caractère minoritaire et à l'échec de ses tentatives d'élargissement, mais aussi à ce que l'appartenance de classe soit apparue comme une contrainte extérieure. Il y avait ainsi selon l'analyse de TC un balancement contradictoire au sein des luttes entre remise en cause de l'appartenance de classe (restée minoritaire du fait de sa séparation d'avec la production) et tentative de se développer comme mouvement d'auto-organisation prolétarienne (impuissante pour la même raison). Pour TC la deuxième tendance n'est pas capable de dépasser l'horizon du capitalisme, en effet « ce qui annonce la rupture ce n'est pas le refus des médiations mais la remise en cause de ce qui fait qu'il y a médiation : être une classe . ». C'est la tendance à la remise en cause de l'appartenance de classe qui porterait l'avenir, un avenir pour lequel la crise présente ouvre des possibilités : « Quand le rapport contradictoire entre le prolétariat et le capital se situe au niveau de la reproduction, la contradiction du prolétariat au capital contient la remise en cause du mouvement dans lequel il est lui-même reproduit comme classe. C'est là maintenant le contenu et l'enjeu de la lutte des classes ». Pour TC c'est donc la présence de cette remise en cause dans ses luttes qui caractérise le mouvement grec comme une avancée dans la lutte des classes : « Actuellement, la révolution est suspendue au dépassement d'une contradiction constitutive de la lutte de classe : être une classe est pour le prolétariat l'obstacle que sa lutte en tant que classe doit franchir/abolir. Les émeutes en Grèce ont posé cet obstacle, formalisé la contradiction et elles en sont restée là. Ce fut là leur limite, mais la contradiction est maintenant posée pratiquement pour ce cycle de lutte dans le capitalisme restructuré et sa crise. ». On a avec Les émeutes en Grèce un livre ambitieux, dense et stimulant sur le plan théorique. Son intérêt dépasse l'éclairage du mouvement grec qu'il décrit et analyse. Il nous semble en effet que les questions qu'il s'efforce de creuser sont des questions dont le mouvement révolutionnaire ne peut faire l'économie, s'il veut se hisser à la hauteur des enjeux actuels. Dennis Crowch
Gilles DAUVE et Karl NESIC, Au-delà de la démocratie , Paris, L'Harmattan, collection « Questions contemporaines », 2009, 186 pages, 17,50 euros. juin 2009* Mots clefs : démocratie - communisme de gauche / ultra gauche Gilles Dauvé et Karl Nesic, tous deux inscrits dans la mouvance des communistes de gauche, proposent avec cet essai une réflexion et un retour historique sur la démocratie que l'on peut à certains égards rapprocher du livre de Luciano Canfora (voir la chronique sur ce site). D'emblée, ils explicitent bien en quoi la démocratie ne constitue pas à leurs yeux un absolu indépassable, puisqu'ils voient en elle un cadre limitatif des luttes, d'un communisme dans les actes, et lui estiment supérieurs l'auto-organisation et la « réappropriation collective des conditions d'existence », à l'image de ce que la Commune de Paris avait commencé à réaliser, mais également de ce qui apparaît lors de grèves ou d'insurrections. Si leur plan semble de prime abord strictement chronologique, il dévide en réalité une réflexion au fil de la plume, faite d'aller retours. L'objet de leur analyse est avant tout la démocratie moderne, qui se résume pour l'essentiel au droit de vote et au pluralisme qui l'accompagne. Selon eux, la démocratie est bien l'idéal institutionnel du capitalisme, la concurrence politique qui l'accompagne répondant à la concurrence de la sphère économique ; le soutien des impérialismes à telle ou telle dictature ne dépendant que de l'assurance d'une nécessaire stabilité. La société de consommation contemporaine a ainsi besoin de ce régime a priori le plus sûr et stable, capable désormais de dissoudre les identités de classes, quand bien même il est basé sur une violence fondatrice généralement refoulée. Ils n'en rappellent pas moins le caractère extrêmement réduit et sélectif des choix soumis au vote, ne portant jamais sur le fond socio-économique, ainsi que la dimension anesthésiante, délégitimante, de la démocratie vis-à-vis de toute contestation, tant elle est capable d'intégrer une partie des dominés et de faire espérer une éventuelle amélioration de sa forme extérieure. Mais ils refusent tout autant une éventuelle démocratie des opprimés, le communisme ne se résumant pas pour eux à une simple administration, surtout corsetée par des conditions démocratiques fortement limitatives. Leur volonté de changement total est à cet égard particulièrement ambitieuse, exigeante, voire décourageante, traversée par un profond impératif d'action et le refus de séparation des pouvoirs, des individus ou des fonctions, entre autres. Dans le même ordre d'idée, ils écartent toute menace fasciste actuelle, étant donné que le mouvement n'est plus aussi puissant et la bourgeoisie plus aussi divisée que dans les précédents historiques, et refusent l'antifascisme qui ne peut dès lors que « consolider la démocratie » (p.61). De même, le « démocratisme radical » contemporain, ainsi de l'altermondialisme, qui ne s'attaque pas à l'Etat démocratique, ne peut que le servir (les réformes impulsées par Chavez l'ayant ainsi revitalisé, selon eux). Autre exemple d'analyse dérangeante, leur qualification de Mai 68 comme sommet quasi révolutionnaire avec un début d'autonomie et d'autogestion larges (vite stoppées), qui ne pouvait qu'être suivi d'un inévitable déclin (un point de vue facilité par le recul et le poids du fait accompli, néanmoins). Un ensemble d'analyses qui stimulent indéniablement la réflexion, quand bien même certaines d'entre-elles peuvent heurter les convictions d'une partie des mouvements révolutionnaires… Jean-Guillaume Lanuque
Maurice DOMMANGET, Histoire du drapeau rouge , Marseille, Le Mot et le Reste, collection « Attitudes », 2006, 552 pages, 25 euros. février 2008* Après avoir réédité son Histoire du 1 er mai (voir la recension sur ce site), les dynamiques éditions marseillaises ressortent fort logiquement le second volet de ce diptyque, quarante ans après la première édition, sous une forme irréprochable (en dehors d'une couverture qui dépasse le cadre chronologique choisi, Che Guevara se situant après la veille de la Seconde Guerre mondiale…). Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit là d'un classique de l'histoire du mouvement ouvrier, largement fourni en données érudites, textes, mais aussi chansons d'époque. Maurice Dommanget y donne en effet une belle leçon d'investigation scientifique à travers un plan strictement chronologique, revendiquant son engagement, mais faisant preuve d'une rigueur claire en abordant un thème, celui du symbolisme, qui allait devenir plus couru dans la décennie des années 70. Les origines du drapeau rouge restent pour l'essentiel assez floues, tout au moins avant la Révolution. C'est en effet à compter de cette période hautement fondatrice que le drapeau rouge, utilisé d'abord comme symbole du retour à l'ordre par la bourgeoisie, fut repris par une partie de la population pour retourner son sens premier, non sans résistances et sans éclipses temporaires, de la même manière que le vocable de trotskysme, primitivement insultant, fut assumé par les « bolcheviks léninistes ». Histoire cyclique, donc, avec le rôle essentiel de 1848 et de la Commune de Paris, qui conduisent à imposer le symbolisme du drapeau rouge, promesse de République sociale, mais également étendard de l'internationalisme. On connaît bien sûr la fameuse intervention de Lamartine en 1848, que Dommanget ne se prive pas de remettre à sa place en ce qui concerne la pertinence historique de ses arguments ; pour lui, d'ailleurs, il est indispensable de choisir clairement entre le drapeau tricolore et le drapeau rouge, sans accommodement entre eux. Tout cela se fait lentement, avec dans la décennie des années 1880 une concurrence latente entre drapeau rouge et drapeau noir. A compter de 1890, le drapeau rouge apparaît clairement comme une des composantes du mouvement socialiste, au même titre que le 1 er mai (sic), avec des moments forts de sa mondialisation, essentiellement 1905 et 1917 en Russie, surtout. On notera tout de même que Dommanget signale ce qui semble être la première utilisation explicite du drapeau rouge comme marque d'un Etat communiste, dans l'Etat de Cahuila au Mexique en février 1912, avec toutefois un manque de précisions gênant. On relèvera également l'opposition persistante du pouvoir en place à l'affichage du drapeau rouge, rival direct de l'emblème national, aujourd'hui encore. En conclusion, Dommanget revient sur le fétichisme dont est entouré le drapeau rouge, abordant ainsi le thème de la mystique révolutionnaire, sur lequel il y a encore de longs développements à écrire. Roland Breton a ajouté à l'œuvre une postface qui survole la destinée du drapeau rouge depuis le second conflit mondial, mais pour intéressantes que soient ses analyses de drapeaux nationaux, il se penche quasi exclusivement sur le camp « socialiste », sans aborder les nombreuses utilisations de l'emblème par l'extrême gauche, avec ses multiples déclinaisons… Le sujet d'une nouvelle somme ? Jean-Guillaume Lanuque
José GOTOVITCH, Anne MORELLI (dir.), Presse communiste, presse radicale (1919-2000). Passé, présent, avenir , Condé-sur-Noireau, Fil rouge / Aden, 2007, 20 euros. juillet 2007* Sous ce titre, José Gotovitch et Anne Morelli publient les contributions d'un colloque organisé par le Centre d'Histoire et de Sociologie des Gauches (Université libre de Bruxelles) en octobre 2005. Mêlant témoignages et études, Presse communiste … alterne les monographies sur la presse radicale en Belgique, France, Italie, Grande-Bretagne, Luxembourg, Egypte. Une courte introduction souligne l'intérêt d'une démarche, implicitement comparatiste : poires et prunes s'y mêlent selon José Gotovitch. Sur le siècle, la compilation des monographies pointe le rétrécissement du spectre du journal militant : naguère créés par l'ensemble de la sphère socialiste (socialisme, communisme, syndicalisme, extrême gauche), les journaux militants sont aujourd'hui le seul fait de l'extrême gauche : la social-démocratie n'a cure de cette presse à vocation didactique, en France comme ailleurs. Peu ou prou, l'ensemble des contributions souscrit à ces propos d'un lecteur d'Hebdo75 (Belgique) : « ce n'est pas la presse qui fera la Révolution, ce qu'on lui demande, c'est de signaler, au plus grand nombre possible, que cette Révolution est possible, nécessaire, et que certains y travaillent un peu partout, de plus en plus. » Dans cette perspective, la presse radicale a vocation didactique, pédagogique, parfois analytique, comme le souligne Georges Ubbiali à propos des Cahiers de la Taupe. Trois familles politiques sur le siècle ont contribuée à façonner cette presse. Les socialistes sont relativement absents, hors l'intervention de Pierre Van Dongen sur Louis de Brouckère. Le pôle communiste apparaît dans toutes ses singularités. Celui d'une presse militante, informée, capable en France de construire des organisations de masse comme les Comités de Défense de l'Humanité (Alexandre Courban), capable également d'interactions avec la CGTU (Sylvain Boulouque). Sous les plumes de Léon Strauss, François Olivier Utard ou Henri Wehenkel, la presse communiste paraît travaillée par la dialectique des questions nationale (Luxembourg, Lorraine, Alsace)… Les mécomptes du Drapeau rouge, organe du Parti communiste belge, ébauchent sous la plume de Nicolas Naif, comme par les souvenirs de Georgette Smolski, Jacques Moins, une histoire en creux du communisme belge. Luciana Castellina évoque ensuite le poids d'Il Manifesto sur l'extrême gauche italienne, l'autonomie relative dont il dispose, son rayonnement. Mais c'est le pôle trotskiste qui concentre finalement les contributions les plus neuves sur un secteur historiographique en déshérence du fait de sa sujétion aux études sur le communisme et le socialisme, du fait également de sa dissidence politique, parfois byzantine. Nicolas Latteur évoque la trajectoire de La Gauche, organe de combat socialiste, tenu en partie par les trotskistes belges, les syndicalistes proches de Georges Renard. Son article doit se lire en contrepoint des mémoires de Georges Dobbeleer, naguère chroniquée sur Dissidences (Georges Dobbeleer, Sur les traces de la révolution, itinéraire d'un trotskiste belge). Scrutant les Cahiers de la Taupe, Georges Ubbiali montre notamment comment cette entreprise s'inscrit en contrepoint des éditions Maspero, de Rouge, dans l'actualité des questions sociales soulevées par Mai 68. Mathieu Beys, pour la Belgique, travaille la même matière, narrant l'histoire d'une presse libérée, radicale et éphémère : Notre Temps, Hebdo, Pour. La comparaison qu'il tente avec Libération pose davantage question. Outre-quiévrain, à le suivre, l'aventure est paradigmatique ; lue de France, celle-ci ne semble pas aussi fondatrice pour l'objet du colloque, sinon à déchiffrer dans ces tentatives de presse radicale une propédeutique pour un journalisme professionnel (cf. sur ce point Pierre Rimbert, Libération de Sartre à Rotschild, Paris, Raison d'Agir, 2005, également chroniqué sur notre site). La presse radicale serait ainsi une expérience formatrice parce qu'une antichambre du professionnalisme. Ici réside sans doute l'une des limites de ces contributions prises sous le double feu d'une histoire du mouvement ouvrier et d'une histoire culturelle et économique de la presse encore balbutiante. La presse radicale est-elle une entreprise de presse analysable suivant les méthodologies en vigueur ? Si la thèse d'Alexandre Courban, consacrée à L'Humanité (L'Humanité, Histoire politique, sociale et culturelle d'un journal du mouvement ouvrier français, 2005), illustre toutes les vertus de cette problématique, son application à d'autres feuilles, moins pérennes, sacrifie l'effervescence et les desseins militants sur l'autel d'une rationalité fondée sur la professionnalisation de la presse. Derechef, ces feuilles ne sont plus objets d'histoire, mais signes d'une culture politique, signes également d'un échec à construire dans la durée. Le sel de ces expériences s'estompe alors doublement puisque, situées dans l'horizon des cultures politiques, elles ne sauraient dire autre chose que le simple ressassement topographique d'un ethos politique déjà donné, déjà là au prix de l'oubli de l'instant et de ses nécessités (politique, révolutionnaire…). Puisque également, l'analyse ne prend jamais au mot l'esprit de ces entreprises et la croyance en une presse qui, plus qu'un maillon du politique, serait aussi un ferment des luttes. Soit la croyance naïve et héritée du XIX e siècle quand l'écrit était nécessairement émancipateur et représentatif. Pourtant, la dimension utopique n'est jamais absente de la presse radicale. Vincent Chambarlhac.
Claude GUILLON, Notre patience est à bout. 1792-1793, les écrits des Enragé(e)s , Paris, éditions Imho, collection Radicaux Libres, 2009, 184 pages, 15 euros. juin 2009* Mots clefs : Révolution française – extrême gauche. Claude Guillon, qui a déjà par le passé livré des études consacrées aux Enragés de la Révolution (signalons en particulier Deux enragés de la Révolution. Leclerc de Lyon et Pauline Léon , Baye 2000, éditions La digitale), propose ici une sélection de certains de leurs textes, largement pourvus d'un appareil critique de sa main. Il insiste tout au long du livre sur les parallèles entre revendications des Enragés et débats actuels au sein de la gauche de la gauche en particulier, illustrant parfaitement l'actualité dont on revêt systématiquement les combats du passé. Il prend d'ailleurs lui-même clairement parti, appelant à « continuer la révolution » au lieu de l'enterrer ; un axe qui relie les modérés d'alors aux politiques dominants d'aujourd'hui (et à certains historiens). Son introduction revient également sur l'historiographie de ces Enragés qui avaient pour noms Jacques Roux, Théophile Leclerc, Claire Lacombe, Jean-François Varlet ou Pauline Léon, formant un courant ayant des convergences d'idées plus qu'un parti, et considérés tantôt comme les pionniers du communisme en France, tantôt comme d'irresponsables gauchistes face aux Montagnards. La sélection de textes s'articule en trois grandes thématiques qui sont autant de chapitres. Le premier, dédié à « Démocratie directe et mandat impératif », est un des plus passionnants : on y trouve en effet défendue la notion du mandat impératif et du contrôle des électeurs sur leurs élus, jusqu'à la révocabilité, dans le cadre des « assemblées primaires », celles des districts de Paris. Le texte de Varlet, « Projet d'un mandat spécial et impératif », est tout particulièrement saisissant, critiquant le cumul des fonctions et défendant aussi bien le principe d'une éducation nationale obligatoire pour tous, que la séparation des églises et de l' é tat, non sans quelques limites toutefois (ainsi d'un objectif d'égalité sociale somme toute timide). Le second chapitre porte sur « Pauvreté, vie chère et subsistances », présentant des revendications ayant comme axe commun le contrôle accru de l' é tat et la population sur l'économie - avec le célèbre « Manifeste des Enragés » -, tandis que le dernier chapitre, « « Sans être féministe »… La lutte des femmes pour leurs droits » apparaît plus timide sur le plan des propositions concrètes, surtout liée à l'armement des femmes et à l'instauration d'une justice révolutionnaire. En conclusion, Claude Guillon tente une esquisse très brève de la postérité des Enragés, finalement assez modérément revendiquée en tant que telle par les anarchistes en particulier ; une approche qu'il conviendrait de systématiser et d'approfondir. Quelques notices biographiques détaillées et une copieuse bibliographie complètent cet ensemble, idéal pour une première approche. Jean-Guillaume Lanuque
Florian HUMBERT, L’extrême gauche en Bourgogne. Le cas des maoïstes à Dijon et en Saône-et-Loire, 1968-1978, Master d’histoire, Université de Bourgogne, sous la direction de Jean Vigreux, 2005, 131 p. Exit les anciennes maîtrises. Avec la réforme dite LMD des études universitaires, le traditionnel mémoire de maîtrise a disparu et se voit remplacé par un Master. Avec ce travail, nous inaugurons la nouvelle « cuvée » des mémoires universitaires de 4e année. Ce volume de Florian Humbert se présente en deux parties, la première composée de trois chapitres, rédigés, et la seconde présentant le plan détaillé de deux parties (« Sociologie des militants et du militantisme ML » et « Les groupes maoïstes face aux populations locales ») de trois chapitres chacun, soit au total six chapitres à venir. C’est évidemment assez frustrant pour le lecteur, mais le mémoire de Master étant envisagé sur deux années, il faudra désormais s’en accommoder. Tout au moins peut-on espérer, dans ce cas-ci, que la prochaine année permette à l’étudiant de finaliser le programme de travail ainsi esquissé. A partir de la notion de culture politique, l’auteur entend analyser ce que fut la pratique des groupes maoïstes dans deux espaces assez différents (une ville, un département), qu’il justifie. S’il conclut à l’absence d’une culture politique maoïste bourguignonne, ie localisée, c’est sans doute bien par le manque cruel de sources, dont il ne cesse de se plaindre tout au long de son mémoire. En effet, mis à part deux entretiens, d’ailleurs assez confus (ils sont reproduits en annexes), il ne dispose que de très rares sources pour conduire son exploration. La plupart des documents utilisés sont en fait des documents d’origine nationale. C’est à partir de cette documentation rare qu’il peut repérer l’existence de deux courants, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) sur Dijon et l’Union des communistes de France (UCF) en Saône-et-Loire, avec une absence totale de la Gauche prolétarienne (GP). A partir d’une analyse des chants (perspective assez innovante) et de l’iconographie, il en déduit l’appartenance du maoïsme à la culture communiste. Un des aspects esquissé, le plus intéressant, est la tentative d’implantation (en Saône-et-Loire) du marxisme-léninisme en milieu rural. Mais l’analyse tourne court là aussi du fait des limites documentaires. On regrettera que la littérature grise (en particulier les mémoires de maîtrise sur ce thème) n’ait pas été mieux exploitée. Et surtout, on attend la suite. Georges Ubbiali
Tudi KERNALEGENN, Drapeaux rouges et gwenn-ha-du. L’extrême gauche et la Bretagne dans les années 1970, Rennes, Apogée, 2005 avril 2006* Ce livre étant l’édition a peine retouchée d’un travail universitaire de DEA que Dissidences avait chroniqué dans son numéro 14-15 (2004), nous republions le texte que nous lui avions consacré alors. JPS
Philippe LARDINOIS, De Pierre Victor à Benny Lévy, de Mao à Moïse , Eupen, Editions Luc Pire, 2008, 235 pages. septembre 2008* Comme le titre l'indique, c'est un itinéraire intellectuel que s'attache à saisir Philippe Lardinois, la trajectoire saisissante -tel est le sous-titre- de Pierre Victor mué en Benny Lévy au détour des année 80. Philippe Lardinois prend soin d'éclairer la vacuité de la formule de Mao à Moïse (p. 10), pour autant son livre déçoit. Il déçoit car il s'écrit en miroir seulement des écrits de Pierre Victor -Benny Lévy-, des romans de Jean Rolin, et surtout -malheureusement- de Génération d'Hamon et Rotman qui scelle le personnage de Pierre Victor. Il déçoit puisqu'il ne tient pas ses promesses, celles de comprendre un itinéraire intellectuel par l'abord de situations monstrueuses -de contextes enchâssés- par quoi Pierre Victor se construit et déconstruit. Or, la contextualisation réclamait sans doute davantage qu'un corpus trop bien cousu de références bâties autour et à partir du personnage qu'est Pierre Victor. Si nous ne sommes plus, avec Philippe Lardinois, dans le domaine du légendaire, trop souvent l'analyse participe encore de l'exégèse ; la fascination de l'auteur pour un sujet qui évidemment s'y prête l'explique. Que retenir alors pour qui s'intéresse à cet itinéraire dans l'extrême gauche ? Construit par l'exil, le déracinement du juif égyptien réfugié en Belgique, puis en France, Pierre Victor connaît cette dernière par Sartre qu'il lit dès le lycée. On saisit là une part d'un compagnonnage singulier que l'on retrouvera après la Gauche prolétarienne quand Pierre Victor, secrétaire de Sartre, se brouillera avec les sartriens des Temps modernes . Mais le sel de l'ouvrage tient aux courtes incises -souvent d'ailleurs des citations de Pierre Victor- qui croquent un tempérament ascétique. Ainsi, p. 123, Pierre Victor évoque-t-il Bruay en Artois : « il y avait nous. Et il y avait les autres, ceux qui avaient choisi la voie du marxisme libidinal, du joyeux immoraliste. Ce pôle là nos l'avons vraiment emmerdé. Et il a trouvé une brèche avec les fumeuses et fameuses histoires d'avortement. Bruay était le terrain sur lequel on pouvait enfin nous traiter de ringard . » Il y a là une piste que n'explore pas Philippe Lardinois, dont la plume se voue à l'exploration d'une singularité retournée à la tradition rabbinique. Au sein du mouvement ouvrier, l'expression fait sens autrement, rappelant la propension des révolutionnaires belges et français à se considérer comme des saints laïcs, sinon comme des jansénistes -ainsi d'une part de la Gauche révolutionnaire dans les années trente. On le voit, même dénoncée, la formule de Mao à Moïse plombe l'analyse de ce que Pierre Victor pouvait représenter pour l'extrême gauche française. L'homme s'est construit en personnage, et cette construction dicte encore la manière dont on peut l'entendre, fusse contradictoirement par la fascination (un intellectuel retourné à la tradition juive) / la dérision (un illuminé) : la réalité de ce que fut Pierre Victor pour une part de l'extrême gauche française doit se chercher également à l'écart de cette statue qu'il se cisela, de cette condition juive qu'il excipe comme causalité suprême, et que Phillipe Lardinois reprend. Pierre Victor est là l'objet de digressions intéressantes, ailleurs héros romanesque (chez Rolin comme chez Hamon/ Rotman). Il n'est pas encore objet d'histoire. Vincent Chambarlhac
Loïc LE BARS, Eugène Péaud, un syndicaliste révolutionnaire, Paris, Syllepse/Institut de recherche de la FSU , 2007, 141 pages, préface de Claude Pennetier (p.7-21) et avant-propos de Jean Péaud, 15 €. aout 2008* Ce livre est un bel hommage à un homme intègre. Eugène Péaud (1905-76) appartient à cette génération d'instituteurs ruraux, adeptes de l'éthique du « refus de parvenir », illustrée par Louis et Gabrielle Bouët, Claudie et Jean Cornec, Jean Aulas, l'ardéchois Gilbert Serret, ou Maurice Dommanget surnommé « le prolétaire en veston », comme le rappelle Claude Pennetier dans son excellente préface. Refusant le stalinisme dès la fin des années 1920 -il fut exclu du PC en novembre-décembre 1928-, il ne devint jamais anticommuniste. L'auteur le définit comme un « compagnon de route critique du trotskysme », auquel sa femme adhèrera un bref moment à la Libération. Ce compagnonnage n'ira pas jusqu'à l'adhésion du fait du « sectarisme des trotskystes », « groupes de militants issus du microcosme parisien », écrit l'auteur non sans arguments. Outre son engagement dans le SNI, au sein de la tendance Ecole Emancipée, et son militantisme en faveur de l'école laïque -en Vendée, malgré le Front populaire, l'école privée continue à scolariser 33.000 élèves à la veille de la guerre contre 25.000 pour l'école publique-, Eugène Péaud s'engage à la SFIO au moment du Front populaire (au sein de la Gauche révolutionnaire), puis au PSOP, à l'UGS et enfin au PSU dès sa naissance. Déplacé d'office par Vichy dans un village du haut bocage, au cœur de la Vendée blanche, dans un poste qualifié officiellement de « déshérité », il ne prit pas part à la résistance active. De plus, la tonalité patriotique de la Résistance n'avait rien pour le séduire, lui le militant resté attaché aux idéaux internationalistes. En 1950, c'est le souci de défendre les communistes yougoslaves qui l'amena à séjourner une quinzaine de jours dans ce pays avec deux autres institutrices de Vendée. On a du mal aujourd'hui à comprendre l'hystérie dont le PC a été capable contre « les Eugène Péaud, les Madeleine Donaud, les Hélène Coutenceau, ces agents de Tito, ces agents recruteurs travaillant pour le compte des fascistes de Belgrade ». Ces affirmations étaient portées aux yeux du grand public par des affiches apposées sur les murs de la Roche-sur -Yon. Heureusement, attaché à son « petit pays » -ce voyage en Yougoslavie fut son seul voyage à l'étranger-, Eugène Péaud était implanté, et ses calomniateurs en furent pour leurs frais. Passionné de théâtre, fervent sportif (il ne cessa de pratiquer le football, joueur puis dirigeant du Football Club Yonnais), il reçut au moment des épreuves de nombreuses marques de sympathie et d'affection. Toujours militant du PSU en mai 68, les fameux événements coïncident avec des problèmes de santé pour lui. Tout en ne renonçant jamais à la lutte pour une société plus juste et plus humaine, c'est désormais dans le cadre de la Fédération générale des retraités qu'il s'exprime et qu'il agit. Quand il séjournait à Paris chez son fils Jean, qui signe l'avant-propos, il participait aux réunions du « Cercle Socialisme » qui invitait André Gorz, Mohamed Harbi, Michel Pablo ou Pierre Naville. Jean-Paul Salles
Le choix communiste. Comprendre le présent. Changer l'avenir, Montreuil-sous-Bois, éditions Science marxiste, collection « Bibliothèque jeunes », 2009, 160 pages, 5 euros. Novembre 2009* Mots clefs : marxisme - léninisme – communisme. Jusqu'à présent, les éditions Science marxiste avaient surtout attiré notre attention du fait de leurs rééditions de qualité d'ouvrages de Marx, Engels, Lénine ou Trotsky (1). Avec ce petit opuscule, ils invitent la jeunesse à rejoindre leur organisation militante, et offrent ainsi une vue générale de leurs conceptions politiques. Lutte communiste (LC), d'origine italienne, s'inscrit très clairement dans la filiation marxiste-léniniste, considérant en particulier que la période des guerres et des révolutions ouverte en 1914, diagnostiquée par Lénine dans son ouvrage L'impérialisme, stade suprême du capitalisme (une référence majeure pour LC), est toujours d'actualité. La période ouverte par les événements de 1989-1991 est toutefois comparée au XVIème siècle, de par le tournant qu'elle représenterait. Le marxisme est une science, dont la validité est vérifiée par la justesse de ses « prophéties scientifiques » : mise en place d'un marché mondial, domination des Etats-Unis, évolution des classes vers toujours plus de clarté sur l'opposition bourgeoisie versus prolétariat, etc... Les idéologies dominantes, parmi lesquelles l'écologie, sont donc condamnées, tout comme l'usage des drogues ! Concernant l'URSS et les autres Etats de ce type, il s'agit pour les auteurs d'une réaction à la révolution bolchevique sous la forme d'un capitalisme d'Etat. On notera surtout une insistance marquée quant aux considérations géopolitiques, plus exactement sur les rivalités inter-impérialistes entre puissances sur le déclin (Etats-Unis, Japon, Union européenne) et puissances émergentes (au premier rang desquelles la Chine), annonciatrices de guerres futures. Le propos est vulgarisateur, très accessible, enrichi de quelques exemples actuels bien choisis, au risque néanmoins d'une certaine simplification. Surtout, on ne trouve aucun développement sur la tactique, les mots d'ordre que doit défendre l'organisation bolchevique actuelle, qualifiée par les auteurs de « Parti-science » (sic). Finalement, LC se place donc dans une veine finalement assez proche du bordiguisme, un bordiguisme teinté de trotskysme. Un défaut de forme à relever : la plupart des citations sont référencées en fin de volume, par auteur et non par ordre d'apparition, un parti pris fort peu pratique. Jean-Guillaume Lanuque (1) Voir les critiques sur notre site de Marx, La guerre civile en France ; Engels, Antidühring ;Trotsky, Les guerres balkaniques ; Lénine, La maladie infantile du communisme.
Anne MORELLI, José GOTOVITCH, dir., Contester dans un pays prospère. L'extrême gauche en Belgique et au Canada , Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2007, 259 pages. aout 2008* Fruit d'un colloque tenu dans le cadre du Centre d'histoire et de sociologie des gauches de l'Université libre de Bruxelles, ce livre souffre de deux défauts importants, qui, sans en limiter l'intérêt pèsent néanmoins sur la lecture. Le premier a trait à l'absence de définition claire et synthétique du terme même d'extrême gauche. Que la notion d'extrême gauche renvoie à des situations variables dans le temps et l'espace est tout à fait recevable. Néanmoins, la difficulté à circonscrire la notion, constatée dans l'introduction, amène finalement les responsables éditoriaux à éviter de répondre de fait au contenu. Résultat pratique, plusieurs articles abordent le Parti Communiste, aucun ne traite du trotskysme, si ce n'est sous une forme allusive. Le second écueil renvoie à la fois à la volonté comparative et au rapport à l'histoire. Il suffit de s'intéresser à la table des matières pour constater le différentiel existant dans le traitement de la comparaison. En effet, la première partie consacrée à la période du début du XXe siècle à 1945 ne comprend que des articles consacrés à la Belgique. La synthèse de trois pages, « L'extrême gauche au Canada de 1914 à 1945 », ne saurait se comparer aux quatre articles fouillés sur l'histoire belge. Au-delà de cette construction bancale, les contributions rassemblées dans ce recueil retiennent l'attention du lecteur. J. Gillen présente la faiblesse endémique du mouvement anarchiste, dès sa naissance, en Belgique. F. Bolle se penche sur l'articulation entre le mouvement de grève et le développement d'un courant socialiste radical, qui donnera naissance au PCB au milieu des années 20. Son article est très fouillé et du plus grand intérêt. L'article de J. Gotovitch porte également sur les liens au syndicalisme, en particulier du rôle que joue la centrale des mineurs. Enfin, la dernière contribution de cette première partie porte sur une revue, les Cahiers socialistes, indépendants du POB, qui se prolongera après la seconde guerre mondiale dans une version européaniste du socialisme. La seconde partie, de 1945 à nos jours comprend à la fois des éclairages sur le Canada et sur la Belgique. Après quelques pages de présentation synthétique sur le Canada, elle s'ouvre par un précieux article sur les liens entre la gauche montréalaise et le nationalisme dans les années 60. Sous la plume de S. Mills, le lecteur trouvera l'analyse d'une littérature méconnue sur une partie du monde peu fréquentée généralement sous cet angle là. La contribution de M Comby sur le Frap à Montréal précise à partir d'une monographie les difficultés d'articulation entre le développement d'un parti prolétarien et le nationalisme. Deux autres contributions sur le mouvement altermondialiste et l'analyse, assez scholastique, de la lutte sur les sans papiers parachèvent l'approche consacrée au Québec. Enfin, on retiendra parmi les deux papiers proposés sur la Belgique, outre la contribution sur les Euromarches de chômeurs (J. Faniel), l'excellent texte de B. Hemmerijckx sur Mai 68 et le monde ouvrier en Belgique. Par le biais de cet article, le mouvement de Mai se voit aborder par une situation rarement évoquée et pourtant du plus grand intérêt. Enfin, pour conclure ces riches développements, l'ouvrage se conclut par un étonnant témoignage d'un groupe bruxellois, Les Piments rouges. Originellement issus du PCB, les animateurs de cette association politico-culturelle analyse leurs pratiques militantes au début des années 2000 et leur éloignement progressif de la matrice communiste pour un mélange de nature plus communiste libertaire. Un régal inattendu qui conclut un volume aussi déséquilibré qu'il est passionnant. G.U.
Karim MROUE, Samir AMIN, Communistes dans le monde arabe , (préface de Georges Labica), Paris, Le Temps des Cerises, 2006, 226 pages, 14 €. Avril 2007* Ce recueil composé principalement de textes de Karim Mroué, dirigeant du Parti communiste libanais pendant près de trente ans, et de l'Egyptien Samir Amin, théoricien marxiste en économie politique (1), s'avère aussi inégal qu'intéressant. La première contribution, « Interrogations et considérations sur les événements du Liban », rédigée par Karim Mroué en plein cœur de la récente intervention militaire d'Israël au Liban sud, apparaît un peu courte : si le Hezbollah comme les Etats arabes despotiques sont critiqués, le droit revendiqué pour le Liban à la « liberté, souveraineté et à l'indépendance » semble assez limité. Le dialogue qu'il a avec le philosophe marocain Abdel Ilah Belkeziz nous fait découvrir un communiste solidaire des expériences soviétique ou chinoise (il va jusqu'à analyser le soulèvement hongrois de 1956 comme étant « de caractère fasciste »), mais critique, défendant un marxisme évolutif, le pluralisme, et critiquant la répression de la place Tien An Men, à Pékin, en 1989, un peu à la manière d'un rénovateur. N'épargnant pas Gorbatchev, accusé d'être fort peu socialiste, il revient sur certains fragments de l'histoire du Parti communiste libanais, comme son souci d'éviter la guerre et la partition dans les années 1970, puis ce qu'il qualifie d' « illusions » concernant les changements progressistes que la guerre une fois en cours aurait pu permettre d'amener. Revendiquant un autre modèle d'organisation partisane que le modèle léniniste (vu à travers les lunettes staliniennes), et un bloc de classes non limité à la seule classe ouvrière, ainsi qu'une réforme de fond des Nations unies, il considère toutefois qu'aujourd'hui, la tâche prioritaire dans les pays arabes est le renversement du despotisme, sans se fixer pour l'heure d'objectifs directement socialistes, combinant ainsi éléments de réévaluation et fidélité à certains aspects de la doctrine communiste orthodoxe. Dans son second texte intitulé « Leçons de mon expérience dans le Parti communiste libanais », après avoir souligné son relatif isolement à compter des années 1980 quant à ses efforts de réforme du Parti, il effectue un rappel historique synthétique intéressant sur les divers mouvements communistes dans les pays arabes, particulièrement ceux du Moyen Orient. Le tableau qu'il en dresse conclut à leur échec, en dépit du courage des militants et de certaines luttes menées, les causes étant essentiellement une inféodation trop marquée à l'égard de l'URSS, la répression des pouvoir en place, une tendance marquée à la scission et une certaine distance entre le corpus idéologique et la réalité sociale archaïque de tous ces pays arabes. Samir Amin, de son côté, avec « Les communistes égyptiens face au défi de la modernité et de l'impérialisme », revient sur plusieurs épisodes de l'histoire du mouvement communiste égyptien, particulièrement son attitude à l'égard de la révolution de Nasser, qu'il qualifie pour sa part de « projet bourgeois ». On pourra comparer son témoignage avec celui de la militante Didar Fawzi-Rossano (2). Par exemple, pour celle-ci, qui militait dans un groupe communiste [le Mouvement égyptien de libération nationale, de Henri Curiel, fondé en 1943, dit Hadeto ] opposé à celui de Samir Amin [le Parti communiste égyptien dit Raya ], il fallait soutenir, au début, le groupe des Officiers libres autour de Nasser et leur projet de réforme agraire. Le Parti Raya , lui, au contraire, le combattit, même si plus tard, en 1958-1959, lors de ce qu'il nomme « la lune de miel entre les communistes et le régime, à la suite de la nationalisation de Suez » (p. 188), Samir Amin travailla dans le secteur public avec d'autres économistes marxistes. Un ouvrage très inégal, donc, et qui rend d'autant plus demandeur à l'égard d'études de fond sur les tentatives d'enracinement (réussies comme en Irak dans les années 1950-1960, ou avortées) et l'impact de l'extrême gauche, au sens large, dans le monde arabe. Nous devons cependant lui reconnaître un mérite, celui de replacer et de réimplanter dans l'espace public et savant la question de la révolution au Moyen-Orient. En effet, cet espace est en butte depuis plus de trente ans, encore plus que les autres espaces mondiaux, au retour du refoulé , toutes ces anciennes forces réactionnaires et obscurantistes, tant politiques que religieuses – qui prennent ici le visage d'un islam politique, force d'« adaptation au statut subordonné du capitalisme comprador » pour reprendre les termes de Samir Amin justement, dans un texte récent (3) – un moment domptées ou tenues en lisière de la centralité des pouvoirs. Une histoire à construire des mouvements émancipateurs dans cet espace (communistes maghrébins, palestiniens ou soudanais, Ethiopie de Mengistu, luttes au Yémen et à Aden, communistes irakiens du Front populaire de lutte armée en 1968, etc.) devra prendre appui sur les quelques recherches existantes, outre les travaux de Samir Amin, comme par exemple celles de Maxime Rodinson (4), René Gallissot (5), Mahmoud Hussein (6), Jacques Berque (7), Walter Laqueur (8), Hanna Batatu (9) ou Didier Monciaud (10). Un futur challenge pour l'équipe de Dissidences , peut-être…. Christian Beuvain, Jean-Guillaume Lanuque (1) Les ouvrages de Samir Amin figuraient, dans les années 1970, dans toute bonne bibliothèque du militant révolutionnaire ; citons, parmi une production abondante, L'accumulation à l'échelle mondiale (Anthropos, 1970), Le développement inégal (Editions de Minuit, 1973), La crise de l'impérialisme (Editions de Minuit, 1975) ou, qui concerne directement le sujet de cette recension, La nation arabe. Nationalisme et luttes de classes (Editions de Minuit, 1976). Samir Amin retrace son parcours, en 1993, dans Itinéraire intellectuel. Regards sur le demi-siècle 1945-1990 , Paris, L'Harmattan. (2) Didar Fawzy-Rossano, Mémoires d'une militante communiste (1952-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens , Paris, L'Harmattan, 1997. (3) Samir Amin, L'islam politique , 15 janvier 2007, http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4617 (4) Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman , Paris, Le Seuil, 1972. (5) Ce spécialiste dirigea un certain nombre d'études dans l'ouvrage intitulé Mouvement ouvrier, communisme et nationalismes dans le monde arabe , Paris, Editions ouvrières, 1978, ainsi que la partie consacrée aux « Références socialistes dans le monde arabe » du tome 4 de la monumentale Histoire générale du socialisme pilotée par Jacques Droz aux Presses Universitaires de France en 1978, réédition dans la collection « Quadrige » en 1997. (6) Mahmoud Hussein, L'Egypte. Lutte de classes et libération nationale , tome 1 et 2, Paris, François Maspero, « Petite collection », 1971. (7) Jacques Berque, L'Egypte : impérialisme et révolution , Paris, Gallimard, 1967. (8) Walter Laqueur, Communism and Nationalism in the Middle-East , London, 1956 (9) Les livres de Hanna Batatu ne sont pas (encore ?) traduits en français. Tariq Ali cite et utilise ses travaux dans son ouvrage Bush à Babylone , Paris, La Fabrique éditions, 2004. En particulier The Old Social Classes and the Revolutionary Movements in Irak : A Study of Irak's Old Landed and Commercial Classes and of its Communists, Ba'athists and Free Officers , Princeton, 1978. (10) Ce doctorant, chercheur associé au GRENAMO (Groupe de recherche sur le Maghreb et le Moyen-Orient de Paris VII Diderot), travaille sur l'Egypte et a publié des articles, en particulier dans les Cahiers d'histoire (il est membre du comité de rédaction) : par exemple, dans le n° 89, « Le fonds Moyen-Orient de l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam ». Il a également participé au colloque sur la presse communiste et radicale (Bruxelles, 20-21 octobre 2005) : « L'expérience du journal al-Damîr (1945-1946) en Egypte : entre tribune ouvrière et journal communiste ». Les actes viennent de sortir sous la direction de José Gotovitch et Anne Morelli, Presse communiste. Presse radicale (1919-2000) , Bruxelles, Aden, 2007, 352 pages.
Irène PEREIRA, Les grammaires de la contestation. Un guide de la gauche radicale , Paris, Les empêcheurs de tourner en rond / La découverte, 2010, 225 p., 14,5€. Mai 2011* Mots clés : Philosophie, anarchie, marxisme, démocratie, extrême gauche, socialisme, république, Qu'est ce que l'extrême gauche (ou plus exactement la gauche radicale) ? C'est à partir d'une approche marquée par les travaux de Luc Boltanski, une analyse des controverses qui opposent les différents courants, qu'Irène Pereira propose de fournir un guide, ou plus exactement une cartographie de cet univers politique. L'approche pourrait être contestable : après tout les positionnements politiques sont aussi –et sans doute avant tout– des pratiques plutôt que des discours ou des grammaires, pour reprendre le vocabulaire de la sociologie pragmatiste. En fait, le résultat se montre nettement plus intéressant et instructif que les présupposés théoriques pouvaient le laisser penser. Selon elle, trois grammaires organisent l'espace des discours de la gauche radicale. La grammaire républicaine sociale, mettant la notion de citoyen au centre de son appréhension politique. Vient ensuite la grammaire socialiste où c'est le prolétariat qui occupe la place décisive, avec deux sous-catégories, le courant léniniste et le courant syndicaliste d'action directe. Arrive enfin la grammaire nietzschéenne, où ce sont les minorités (dans leur diversité et leur variété) qui dominent le discours. A partir de trois enjeux politiques, que sont la question démocratique, la place de l'économie et enfin la défense des droits multiculturels, l'auteure s'efforce de décrire les positionnements politiques mis en œuvre par cette gauche radicale. Le propos se déploie en trois temps. Dans une première partie, il s'agit de balayer les références théoriques de cette gauche radicale. S'il accepte de laisser de côté l'aspect « name dropping » de cette partie, le lecteur pourra se faire une idée assez précise des références théoriques sous entendant les différentes cultures politiques, même s'il s'agit plus d'un survol que d'un réel développement. Soit dit en passant, I. Perreira n'a pas peur d'avancer un certain nombre de jugements qui mériteraient pour le moins d'être discuté. Dire, à propos de la grammaire léniniste que « le risque de répression empêche le parti d'être organisé démocratiquement », (p. 63) constitue un raccourci pour le moins discutable. Affirmer quelques lignes plus bas que « Si le léninisme implique, à terme, le dépérissement de l'Etat, dans un premier temps, il s'agit de le conserver pour l'utiliser comme instrument d'une politique révolutionnaire sous la direction du parti dont la dictature est censée représenter celle du prolétariat », c'est tout simplement répéter un argument de nature stalinienne, bien éloigné d'une conception léniniste. La seconde partie est consacrée à une analyse des positionnements des différentes organisations. Si l'on peut regretter les raccourcis (l'engagement total est de nature léniniste, l'engagement distancié connote le courant libertaire, p.126), l'auteure développe une photographie correcte des différentes organisations actuellement en compétition dans l'hexagone. Elle en conclut que sur le fond, il y aurait finalement assez peu de différences idéologiques entre ces différentes familles, mais seulement des modus operandi (« La différence est plus dans la manière d'opérer que dans les prises de positions idéologiques : constitution d'un front pour le Parti de gauche, d'un nouveau parti sur des bases plus larges pour l'ancienne LCR, processus de fédération pour la Fase », p. 161). Ce tropisme favorable à un dépassement des cultures organisationnelles, l'amène, en dernière partie à développer l'idée d'un compromis entre les grammaires. C'est dans cette partie que se révèlent le plus crûment les limites du cadre théorique adopté. Pourquoi compromis et non pas dépassement ou fusion ? Irène Perreira ne répond pas franchement à cette interrogation. Cela l'amène in fine à développer un penchant intellectualiste, avec des affirmations parfois stupéfiantes de naïveté : « Ces références n'ont pas pour ambition de retracer l'histoire réelle de la gauche (…) », p. 219, peut elle ainsi avancer. Mais, on rentre, là, dans la discussion du cadre théorique développé. Irène Perreira se contente, pour sa part, en conclusion, de plaider pour son rattachement à la grammaire syndicaliste d'action directe, ce qui distingue son approche du positionnement de Sophie Heine ( Penser à gauche . Pour un réformisme radical, Aden, 2010, compte rendu sur ce site) Georges Ubbiali
Christine PINA, L’extrême gauche en Europe, Paris, Les notes de la Documentation française, 2005, 160 pages. mai 2006* Quelle définition donner à l’extrême gauche en Europe ? Comment saisir son actualité « paradoxale » comme son extrême diversité ? Pour l’auteure (1), l’extrême gauche est un laboratoire (pour observer les liens passé / présent, les compromis et les adaptations, les scissions, les mutations), un acteur politique européen et se comprend en regard des systèmes politiques et des Etats. De facto, le poids de l’extrême gauche dans les mouvements sociaux et culturels, s’il est noté, demeure en dehors du champ de son analyse. Ouvrage de vulgarisation, le travail de Christine Pina, s’il s’avère plus sérieux que ceux d’un Antoine Bourseiller (pourtant régulièrement cité en notes de bas de page) ou d’un Christopher Nick, énonce trop souvent des données généralement connues, appuyées en outre sur une bibliographie plus que contestable : des titres souvent datés (le Dictionnaire de l’extrême gauche de 1945 à nos jours de Roland Biard publié en 1978 (Belfond), par exemple), et strictement aucun travail universitaire, alors qu’ils se sont pourtant multipliés ces toutes dernières années : citons par exemple les DEA de Florence Joshua, Céline Malaisé, Karim Landais ou Julien Raimbault, ainsi que les thèses de Alain Cuénot et de Jean-Paul Salles, membre par ailleurs de la rédaction de notre collectif de recherches Dissidences, collectif lui aussi ignoré par Christine Pina (2). Sans doute faut-il chercher là la source de plusieurs erreurs historiques voire d’analyses politiques superficielles. Christian Beuvain, Vincent Chambarlhac et Jean-Guillaume Lanuque. (1) Christine Pina, qui est maître de conférence en science politique à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, travaille sur les comportements politiques et l’univers religieux : son ouvrage Voyage au pays des charismatiques (Editions de l’Atelier, 2001) est issu de sa thèse de doctorat.
Michaël PRAZAN, Adrien MINARD, Roger Garaudy. Itinéraire d'une négation , Paris, Calmann-Lévy, 2007, 448 pages, 20,90 euros. novembre 2007* Habitué des enquêtes consacrées aux marges de l'extrême gauche -l'armée rouge japonaise ou l'itinéraire atypique de Pierre Goldman-, le journaliste Michaël Prazan, aidé du jeune agrégé d'histoire Adrien Minard, a choisi de s'intéresser à Roger Garaudy, et plus précisément à ses accointances avec les milieux négationnistes… au risque, d'ailleurs, de constituer un procès à charge, tant ce sujet reste encore ultra sensible aujourd'hui. Après avoir relaté l'affaire Garaudy qui fit les unes de l'actualité en 1996, principalement du fait du soutien que l'intellectuel reçut de la part de l'abbé Pierre, les deux auteurs retracent le parcours biographique de Garaudy. Engagé très tôt au sein du PCF, il est par contre plus surprenant de le voir préalablement affirmer son militantisme protestant. Néanmoins, la volonté des deux auteurs de déceler chez Garaudy des signes de son inclination ultérieure, comme pour sa négation du goulag lors du procès Kravchenko, les conduit à certains excès : ainsi, voir dans des accusations sur la famille Rothschild, symbole du capitalisme français, des relents d'antisémitisme, relève d'une singulière méconnaissance du discours communiste (note 2, page 70). L'autre principal défaut du livre, c'est un parti pris latent et une certaine tendance à critiquer un large spectre de personnalités, de manière parfois insuffisamment nuancée. Après son exclusion du Parti en 1970, Garaudy se confondra avec certaines tendances de l'époque, extrême gauche autogestionnaire (l'AMR soutiendra d'ailleurs un temps son projet de candidature à l'élection présidentielle de 1981), écologie, théologie de la libération, spiritualismes divers… D'une rencontre avec une jeune femme palestinienne semble découler sa conversion à l'islam, en 1982, et la radicalisation de son antisionisme, au risque de tomber dans l'excès. Les auteurs développent ainsi très largement l'affaire de son fameux livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne , explicitant de manière assez pointue son choix de la Vieille Taupe de Pierre Guillaume, les réseaux qui lui apportèrent leur soutien, et surtout restituant l'ensemble du procès qui s'ensuivit à partir des minutes. Ils consacrent aussi un bon nombre de pages à l'audience de Garaudy dans les pays arabes et en Iran, non sans un peu d'hyperbolisme, en faisant de Garaudy le « principal inspirateur du négationnisme d'Etat » (p.364) de la République islamique… On a donc là un exposé utile de la dérive d'une certaine extrême gauche, sur laquelle il conviendrait de mener une étude plus minutieuse et approfondie. Jean-Guillaume Lanuque
Julien RAIMBAULT, L'extrême gauche maoïste et trotskyste à Rennes entre 1968 et 1981, Université de Rennes II, Mémoire de DEA d'Histoire et Sciences sociales, sous la direction de Jacqueline Sainclivier, 2003, 135 pages + annexes. Est-il besoin, quand on consacre un mémoire à un tel sujet, de remonter aux origines, de nous infliger un retour obligatoirement fastidieux et superficiel, sur les origines du communisme ? En tout cas l'auteur prouve qu'il connaît parfaitement la bibliographie, mais on ne prend véritablement intérêt à ce travail qu'à partir de la page 105, quand est abordée la situation de l'extrême gauche à Rennes. Pour ce faire, l'auteur utilise les rapports des officiers des renseignements généraux, mais il aurait intérêt à solliciter davantage les nombreux fonds privés, qu'il a d'ailleurs identifiés, déposés par d'anciens militants, aux Archives départementales d'Ille et Vilaine, à Rennes, comme au centre d'Histoire du Travail, à Nantes. Qu'il n'oublie pas les précieuses biographies données par la presse militante au moment de la mort des militants. Nous pensons à celle de Paul Nughes, un des fondateurs de la JCR à Nantes, parue dans Rouge n°1347 (30 mars-5 avril 1989). L'utilisation de telles sources, mais sans doute l'auteur l'a-t-il prévu pour ses recherches à venir, aurait permis d'éviter une certaine sécheresse. Le tout petit groupe qu'était la JCR à Rennes avant 1968 - pas plus de 15 militants -, a été capable, semble-t-il, de ne réaliser qu'un seul numéro de son journal, L'Antidote, en janvier 1968. Après Mai 68, ses effectifs ont triplé ; à la rentrée universitaire suivante, les militants regroupés autour de Rouge rassemblent 250 personnes à la Faculté sur le thème " Après mai, les tâches du mouvement étudiant ". Ces données chiffrées, apportées par l'auteur, sont intéressantes, mais elles nous laissent sur notre faim. Mais peut-être est-ce le but de ce mémoire, susciter l'intérêt, la thèse devant satisfaire notre curiosité. Jean-Paul Salles.
Philippe RAYNAUD, L'extrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution , Paris, Autrement/Cevipof, 2006, 200 pages, 17 euros. novembre 2006* L'auteur, universitaire titré, a vécu le bon score électoral récent de l'extrême gauche (10% aux présidentielles de 2002) comme un cauchemar plutôt que comme une divine surprise ! Rappelons qu'aux municipales de 1977 les listes unitaires LO-LCR-OCT avaient souvent frôlé, voire dépassé, dans les quartiers populaires, ce chiffre de 10%. Nul doute donc que l'approche des élections présidentielles et législatives de 2007 soit pour beaucoup dans la parution de son ouvrage, tout comme le livre de Christophe Bourseiller (1), ce qui suscite un certain soupçon d'opportunisme. « Une illusion toujours vivante qui pèse lourdement sur la politique française », c'est ainsi qu'il parle du courant politique qu'il étudie, avec la volonté de faire un « ouvrage de référence » (4 e de couverture). Disons tout de suite qu'il n'atteint pas son but : le livre ressemble plutôt à un patchwork, juxtaposant dans une première partie un développement – bien rapide – sur l'altermondialisme, un chapitre un peu plus achevé sur le trotskysme, et deux chapitres sur la fracture coloniale et « l'extrême gauche et le Moyen-Orient ». Mais rien n'est dit des libertaires pourtant très présents dans les diverses mobilisations ces dernières années. Quant à la deuxième partie, c'est la reprise, plus développée, d'un article de l'auteur « De l'extrême gauche en philosophie » paru dans la revue Le Débat (n° 105, 1999). Les constants jugements de valeur autant portés sur les personnes que sur les œuvres nous gênent beaucoup. Alain Badiou est qualifié « d'homme du monde aussi courtois que distingué » (p.151), mais ce « talent considérable » est mis « au service d'une politique qu'on est en droit de juger atroce » (p.152). Quant à « l'œuvre théorique » (les guillemets sont de l'auteur) de Daniel Bensaïd, elle est caractérisée par une « inimitable combinaison de dogmatisme, d'éclectisme, de roublardise et de fausse bonhomie » (p. 24). Enfin, mais ce ne sont que des exemples, Edwy Plenel est disqualifié à ses yeux par un article écrit par lui dans Rouge alors qu'il avait 20 ans (p. 90 note 15), alors qu'il eût été beaucoup plus intéressant de commenter cette page de Rouge sur laquelle apparaissent deux articles contradictoires sur le même sujet, le Moyen-Orient. Les identités des trois principaux groupes trotskystes, particulièrement stables sur la longue période, sont plutôt bien définies, sauf pour LO, mais sans la moindre originalité : la LCR accueillante à toutes les formes de contestation, les militants du PT (ex OCI) plutôt actifs à FO qu'à la CFDT, arc-boutés sur la défense des « acquis », « de la laïcité aux 36.000 communes ». Les insuffisances sur LO proviennent d'une méconnaissance d'un certain nombre de travaux et de réflexions, menées notamment dans notre revue Dissidences que l'auteur ne semble pas connaître. Il aurait trouvé aussi des éléments intéressants dans la contribution faite par Georges Ubbiali au colloque de Dijon sur l'histoire du trotskysme (2002) publiée dans les Cahiers Léon Trotsky n° 79 (décembre 2002). Mais l'auteur ne semble connaître que le livre d'entretiens de Robert Barcia, le principal dirigeant de LO, menés par Christophe Bourseiller. En outre, cette présentation des trois principales organisations est basée, de manière très discutable, sur « (…) un principe heuristique [sic] simple : si la capacité autocritique des mouvements trotskistes est très réduite, le mal qu'ils disent les uns des autres est toujours vrai [re-sic] (…) » ! Les quelques réflexions intéressantes, comme sur les raisons possibles de la longévité des trotskysmes en France (transmission d'une mémoire, incarnation d'un communisme radical et division entre eux qui permet de s'accrocher à des publics divers), s'en trouvent donc fort isolées. Certaines des remarques de l'auteur sont même empreintes de légèreté : est-il pertinent d'attribuer au mouvement des « (…) poussées épuratrices propres aux mouvements sectaires (…) » (p. 57) sans avancer de nuances ? Comment peut-on parler sans préciser plus, en note 26 p.78, « d'islamistes trotskystes » ? Trotsky-Ben Laden même combat ? En outre, les approximations, mélis-mélos et erreurs historiques, sans être nécessairement dominantes, parsèment les pages, dûes sans doute à une bibliographie pour le moins partielle, sinon partiale (2). En fait, cet essai, loin d'être une synthèse globale et approfondie sur l'extrême gauche actuelle, est plutôt une tentative de butinage au fil des envies de son auteur. La conclusion, intitulée d'ailleurs « l'avenir d'une illusion ? », est donc logique : tablant sur l'aspect essentiellement conjoncturel de l'essor de la gauche radicale, il espère que cet aiguillon permettra de revenir à une politique française axée sur la « modération ». Philippe Raynaud ne croit en effet pas vraiment à un virage réformiste de la LCR, encore moins des deux autres organisations trotskystes. Il estime donc cette idéologie nocive pour la démocratie libérale. Jean-Paul Salles et Jean-Guillaume Lanuque (1) Extrêmes gauches : la tentation de la réforme , Paris, Textuel, collection Conversations pour demain, 2006 (voir la recension sur notre site). (2) Citons ainsi un George Orwell adoubé ancien trotskyste, la tactique d'entrisme sui generis de Pablo vue comme concernant seulement l'entrée dans les Partis communistes, ou une division du trotskysme français en trois dès la fin des années 40…
Octavio RODRIGUEZ-ARAUJO, Gauches et gauchisme. De la première internationale à Porto Alegre, Nantes, L'Atalante, 2004. L'auteur de ce manuel de l'histoire de la gauche internationale est un ancien dirigeant du Parti Révolutionnaire des Travailleurs (section mexicaine de la IVe Internationale), par ailleurs enseignant à l'Université Autonome de Mexico. Cette synthèse vaut essentiellement par le fait qu'elle est écrite par un tel personnage qui offre au lecteur de nombreux aperçus sur les ouvrages d'Amérique du Sud. Pour le reste, l'histoire qu'il raconte est déjà disponible en grande partie ailleurs (sources qu'il cite, honnêtement, par ailleurs). L'originalité du livre réside essentiellement dans les 60 dernières pages consacrées au sujet, nettement moins balisé, des guérillas latino-américaine, ainsi qu'au post-marxisme et à Porto Alegre. Son engagement en faveur de l'EZLN lui permet de souligner l'importance de ce mouvement pour la gauche du continent : après la faillite de la social-démocratie, des partis communistes, de la guérilla, le mouvement conduit par le sous-commandant Marcos, avec ses limites militaires évidentes, a montré qu'une transformation du monde constituait un objectif envisageable dans un continent marqué par des décennies de défaites et de répression. Le prolongement des mouvements sociaux autour du mouvement altermondialiste représente également un nouveau visage pour la gauche, assez novateur par rapport à la période précédente. Pourtant les différentes forums qui se sont tenus jusqu'à ce jour n'ont pas permis de définir une nouvelle stratégie pour un combat anticapitaliste offensif, à la hauteur de ce qui est nécessaire. " La communauté d'action n'a pas su se convertir en une communauté théorique ", écrit-il en conclusion. Ce relatif pessimisme sur la capacité qu'aurait le mouvement altermondialiste à dépasser ce stade de définition d'un projet commun est discuté par Michael Löwy dans sa préface, qui ne partage pas l'analyse et qui, pour sa part, pronostique un avenir beaucoup plus ouvert. S'il n'est guère possible de trancher, cet essai apporte de nombreux éléments de connaissance pour se faire une idée plus précise. On regrettera simplement que l'éditeur n'ait pas pris la peine d'enrichir le livre d'une bibliographie finale. Georges Ubbiali. André ROSSEL-KIRSCHEN, La mort à quinze ans , Paris, Fayard, 2005, 296 pages. juillet 2007* Ainsi qu'on peut le lire sur la couverture, ce livre est composé d'un long entretien avec Gilles Perrault. Il s'agit en effet d'un témoignage provoqué par l'écrivain avec celui qui fut le plus jeune résistant condamné durant la seconde guerre mondiale en France. Jeune militant communiste, juif d'origine roumaine, André Kirschen abattit en effet en plein Paris, au cœur même du quartier le plus densément peuplé d'Allemands, un militaire ennemi. Il avait quinze ans à peine et venait de tuer un officier, selon lui. On était le 10 septembre 1941. Il faisait partie de l'OS, l'organisation spéciale, cette structure mise sur pied par des jeunes communistes pour lutter contre l'occupant. De cette génération de jeunes, très jeunes résistants, issus du mouvement communiste, il ne subsiste que très peu de survivants. Mal organisé, absolument novice en matière de lutte clandestine, son groupe va rapidement tomber. Tous ses camarades de combat seront fusillés au Mont Valérien. Il sera le seul à y échapper du fait de son jeune âge. André Rossel-Kirschen raconte son expérience avec une humilité rare. Pendant qu'il est emprisonné en Allemagne, son père et son frère seront fusillés pour fait de résistance, sa mère déportée à Auschwitz. Avec une simplicité forte, le vieillard qu'il est devenu entre temps, raconte cette jeunesse faite de faim, d'enfermement, de torture (par des policiers français). Loin d'être un héros, Rossel-Kirschen parle sous les coups, donne certaines informations. A la fin de la guerre, abruti par la faim et les marches forcées, il n'échappe à la mort que de peu. C'est ce témoignage absolument essentiel qui nous est donné à lire à travers cet entretien. Un livre essentiel pour dire l'opposition absolue au nazisme qui a conduit un tout jeune homme à s'engager pour y résister. Il apprendra, vingt ans après les faits, que l'officier qu'il pensait avoir tué n'avait en fait été que blessé. Malgré le bilan assez limité que font Berlière et Liaigre de cette première forme de lutte armée ( Le sang des communistes. Les bataillons de la jeunesse dans la lutte armée , Fayard, 2006, chroniqué sur ce site), l'engagement physique de ces jeunes idéalistes suscite le respect et l'admiration en une période où certains se réjouissent de voir Papon enterré avec la légion d'honneur. On lira en parallèle le livre également passionnant de sa camarade de combat, Maroussia Naïtchenko, Une jeune fille en guerre , également disponible sur ce site. G.U.
Cyrille ROUGIER, La vie personnelle dans le militantisme d’extrême gauche. Les relations d’interdépendance entre sphère publique et sphère privée, Mémoire de M1 en Sociologie, sous la direction de Michel Jamet et Laetitia Bucaille, Bordeaux II, 2005, 80 p. juillet 2006* Cyrille Rougier a l’ambition d’étudier la façon dont les militants articulent militantisme et vie privée. Finalement sa recherche se limite à la LCR, son corpus étant constitué par 12 entretiens réalisés auprès de militant(e)s de la section de Bordeaux, une des plus importantes de France après l’adhésion en 2000 du groupe bordelais de Voix Des Travailleurs, une scission de LO. Justement dans l’échantillon observé – qui représente environ 10% de l’effectif total – figurent 6 anciens militants de LO-VDT. Jean-Paul Salles
Jeannine VERDES-LEROUX, La foi des vaincus. Les "révolutionnaires" français de 1945 à 2005, Fayard, Paris, 2005, 528 pages. Déjà auteure dans les années 80 de plusieurs études liées au mouvement communiste (Au service du Parti, Le réveil des somnambules), Jeannine Verdès-Leroux entend avec ce volumineux ouvrage faire la lumière sur la " vraie " nature du militantisme communiste, aussi bien sous sa forme canonique (le PCF) que sous ses incarnations hétérodoxes (castrisme, maoïsme et trotskysme). Mais d'emblée, le côté accusateur et sans nuance du propos interpelle le lecteur, et ce dès le titre : sans parler du terme subjectif et relatif de vaincus (par qui ? de quoi ?) et de la mise entre guillemets de révolutionnaires, celui de foi tend à accréditer l'idée selon laquelle " le communisme n'est pas de l'ordre d'une opinion politique " (p.62), ni d'un savoir, mais d'une croyance, avec tout ce que cela peut comporter d'aveuglement et de fanatisme, dépassant les qualités personnelles éventuelles. Certes, la comparaison avec la religion est utile, mais à condition de ne pas être exclusive et de s'appuyer sur des développements bien argumentés. Jean-Guillaume Lanuque.
|
|||
| nous contacter | ||||