- Dominique ANDOLFATTO, PCF, de la mutation à la liquidation, Paris, Ed. du Rocher, 2005

- Jean-Marc BERLIERE, Franck LIAIGRE, Le sang des communistes. Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée. Automne 1941 , Paris, Fayard, 2004

- Jean-Pierre BESSE, Claude PENNETIER, Juin 40. La négociation secrète , Ed. Atelier, Paris, 2006

- Dominique BLOYET, Jean-Pierre SAUVAGE, La répression anticommuniste. Loire–Inférieure, 1939-1944 , La Crèche, Geste éditions, 2004, 380 p

- Michel BOUJUT, Le fanatique qu'il faut être. L'énigme Kanapa, Paris, Flammarion, 2004, 265 pages, 18 euros.

- Paul BOULLAND, Claude PENNETIER, Rossana VACCARO, André Marty, l'homme, l'affaire, l'archive , Paris, Codhos éditions, 2005, 190 pages, 12 euros

- Patrice COHEN-SEAT, Communisme. L'avenir d'une espérance , Paris, Calmann-Lévy, 2007, 232 pages, 15 euros

- Stéphane COURTOIS, dir., Communisme en France. De la révolution documentaire au renouveau historiographique, Paris, Cujas, 2007

- François FERRETTE, Le comité pour la IIIème Internationale et les débuts du communisme français (1919-1936), mémoire de maîtrise dirigé par Claude Pennetier, Paris I, 2004-2005, 199 pages

- Marcello FLORES, Histoire illustrée du communisme, Paris, Editions Place des victoires, 2004, 192 p.

- Jean-Jacques FOUCHE, Francis JUCHEREAU, Gérard MONEDIAIRE, Georges Guingouin. Chemin de résistances, Saint Paul, Edition Lucien Souny et cercle Gramsci, Limoges, 2003.

- Eric HOBSBAWM, Franc-tireur, autobiographie, Paris, Ramsay, 2005, 521 pages, traduit de l'anglais par Dominique Peters et Yves Coleman (éd. Penguin Books, 2002).

- Pierre JUQUIN, De battre mon cœur n'a jamais cessé. Mémoires , Paris, Archipel, 2006, 583 p

- Jean-Claude LAHAXE, Les Communistes à Marseille à l'apogée de la guerre froide, 1949-1954, Aix-en-Provence, PUP (Publications de l'Université de Provence), 2006, 292 p., 28 €

- Boswell LAIRD, Le communisme rural en France. Le Limousin et la Dordogne de 1920 à 1939 , Limoges, PULIM, 2006, 313 pages, 28 euros

- Marie Claire LAVABRE, François PLATONE, que reste-t-il du PCF ?, Paris, Autrement, avril 2003, 158 p, 13 euros.

- Dominique LEJEUNE, La peur du " rouge " en France - Des partageux aux gauchistes, collection " Histoire et société - Temps présents ", Belin, Paris, 2003, 304 pages, 19,90 Euros

- Roland LEROY (dir.), Un siècle d'Humanité 1904-2004, Paris, Le Cherche Midi, 2004, 466 p, 18 euros.

- Denis MARCELLE, Un couple d'enseignants communistes, 1936-1952, Paris, Harmattan, 2005

- Laurent MARIE, Le cinéma est à nous. Le PCF et le cinéma français de la Libération à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2005, 363 p, 31 euros.

- Roger MARTELLI et alii, Communisme. Quel avenir ?, Pantin, Le temps des cerises, 2002.

- Roger MARTELLI, Le communisme, Toulouse, Les essentiels Milan, 2005

- Frédérique MATONTI, Intellectuels communistes. Essai sur l'obéissance politique. La Nouvelle critique (1967-1980), Paris, La Découverte, 2005.

- Maroussia NAITCHENKO, Une jeune fille en guerre. La lutte antifasciste d’une génération, Paris, Imago, 2003, 418 p.

- Marcel PARENT, Camarade Camille. Militant communiste limousin, Paris, Le Temps des cerises, 2005

- Marcel PARENT, Georges Guingouin. Les écrits et les actes, Pantin, Le Temps des cerises, Neuvic Entier, Les éditions de la Veytizou, 2006, 227 pages, 18 euros.

- René PIQUET, Le soleil s'attarde comme une récompense. Regards sur un engagement politique , Paris, Le temps des cerises, 2007, 258 p

- Jean RABATE, Octave et Maria. Du Komintern à la Résistance , Le Temps des Cerises, 2007, 128 p, 14 euros

- Henry RACZYMOW, Avant le déluge, Paris, Phileas Fogg, 2005, 75 p. ; Reliques, Paris, Gallimard, 2005, 147 p.

- David SAINT-PIERRE, Maurice Laporte, une jeunesse révolutionnaire. Du communisme à l'anticommunisme (1916-1945), Québec, Presses de l'Université Laval, 2006, 149 p.

- Emmanuel TERRAY, Le troisième jour du communisme, Arles, Actes sud, 1992.

- Raymond TREPPO, La chance de ma vie , Paris, Publibook, 2007, 170 pages

- Frédérique VALENTIN-MC LEAN, Dissidents du Parti Communiste Français. La révolte des intellectuels communistes dans les années 70, Paris, L’Harmattan, 2006

- Georges VIDAL, La grande illusion ? Le Parti communiste français et la Défense nationale à l'époque du Front populaire , Lyon, PUL, 2006, 484 pages, 22 euros

 

 

 

 

Dominique ANDOLFATTO, PCF, de la mutation à la liquidation, Paris, Ed. du Rocher, 2005 septembre 2006*

Spécialiste de l’analyse du syndicalisme, thème sur lequel il a publié d’intéressants ouvrages, le politiste de Nancy est aussi apparenté à la revue Communisme et à l’équipe rassemblée autour de Stéphane Courtois, l’initiateur du Livre noir du communisme. La collection dans laquelle cet ouvrage est édité, dirigée par Stéphane Courtois s’intitule d’ailleurs, « Démocratie ou totalitarisme ». Peu de surprise donc en commençant la lecture de ce livre sur les orientations théoriques qui président à son écriture. Le communisme, donc le PCF est une forme totalitaire d’idéologie politique. Pas la peine donc de s’appesantir sur cette dimension, ce que l’auteur nous épargne à l’exception de quelques passages aussi virulents que brefs, qui permettent la lecture. A partir de ce postulat s’en ajoute un second, à savoir, ainsi que le titre le souligne, que le PCF est une formation politique en voie d’obsolescence rapide. Pendant trois cents pages l’auteur va donc multiplier les indicateurs de cette mort cérébrale du PCF. Tout commence par la rupture de l’Union de gauche (chap. I) et, surtout (le volume de pages l’indique) la chute du modèle soviétique. Un monde s’effondre (titre de la seconde partie). La tentative de Robert Hue d’engager une mutation se termine en impasse. Après un petit excursus sur la planète orthodoxe (quatrième partie), Andolfatto revient au chevet de l’agonisant pour décrire la phase finale, depuis l’accession de Marie-Georges Buffet au secrétariat général. Tous les indicateurs possibles sont mobilisés pour accréditer la thèse de la phase finale : les effectifs, la disparition des militants, les résultats électoraux, les liens avec la société civile (illustrée par les rapports avec la CGT), les comptes (après l’argent de Moscou, les fausses factures font l’objet d’un développement). Bref, l’agonie est bien avancée. Fort bien documenté (les fiches sont tenues à jour), ce livre serait nettement plus convaincant s’il était charpenté par une problématique un tantinet plus problématisée que celle du navire en train de couler. On voudrait en fournir deux illustrations. Le cas Robert Hue tout d’abord. Difficile de comprendre, avec la grille de lecture proposée, pourquoi et comment un pâlot bureaucrate de banlieue, formé au moule gris et terne des fonctionnaires du parti puisse précisément lancer la plus grande opération de rénovation de ce Parti. Comment l’hyper-conformisme génétique du PCF peut-il accoucher de la plus radicale des tentatives de mutation ? Le lecteur ne le saura pas. Seconde illustration des limites du modèle compréhensif mis en œuvre. Alors que le PCF est au ban de la société, selon l’analyse proposée, les résultats catastrophiques de l’élection présidentielle de 2002 contraignent la direction à lancer une souscription pour éponger la note. Et là, non seulement le PCF ne connaît pas la banqueroute, mais récolte les fruits d’une souscription d’un très fort montant. Andolfatto, conscient que l’argent des dessus de table ne saurait constituer l’explication même, ne peut s’empêcher d’ajouter que « La hauteur des fonds collectés par le parti laisse tout de même perplexe » (p. 260). Il convient alors que le PCF ne présente pas un encéphalogramme si plat que cela puisque « Face aux difficultés, tout un réseau de soutiens existe et peut-être mis à contribution », p. 260. Ce simple constat invalide largement la thèse sous-jacente de cet ouvrage. La question n’est pas, bien entendu, d’invalider le pronostic de la disparition plus ou moins rapide du PCF (ce qui, soit dit en passant, serait une première au monde), mais bien plutôt de s’interroger sur les raisons sociales, politiques et économiques qui permettent l’existence d’un parti se réclamant du communisme dans ce pays.

G.U.

 

Jean-Marc BERLIERE, Franck LIAIGRE, Le sang des communistes. Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée. Automne 1941 , Paris, Fayard, 2004. juillet 2007*

Avec ce livre écrit par deux respectables historiens, la résistance communiste durant les premiers mois de l'occupation allemande passe du statut de narration héroïque à l'histoire des pieds Nickelés, ce qui leur vaut d'ailleurs un féroce compte rendu de la part d'Annie Lacroix-Riz, figure de l'histoire officielle communiste sur son site (www.historiographie.info). En effet, nos deux auteurs s'attaquent au récit héroïque des premiers pas de la résistance communiste telle que le livre d'Albert Ouzoulias, Les bataillons de la jeunesse , Ed. Sociales, 1967, en avait dressé l'histoire. Berlière et Liaigre commencent par rappeler le contexte de cette résistance, à savoir le tournant complet que constitue l'entrée dans la lutte armée pour les communistes. Quelques mois plus tôt, dans le prolongement du pacte germano-soviétique une partie de la direction communiste était entrée en négociation avec les nazis pour faire reparaître légalement l' Humanité ( voir sur ce site le compte rendu de J.-P. Besse, C. Pennetier, Juin 40. La négociation secrète , ed. Ouvrières, 2007 ). Cet épisode légaliste coûtera très cher aux militants puisqu'il fera ressortir de l'illégalité une série de cadres et de militants qui seront arrêtés rapidement. Une fois la guerre contre l'URSS déclenchée, l'orientation du PCF change du tout au tout. Il faut s'attaquer à l'occupant et le frapper physiquement. Ce sera le rôle des bataillons de la jeunesse, ce groupe très réduit (au mieux 15 personnes) des jeunesses communistes parisiennes, de s'atteler à cette tâche. On connaît par le récit des rares survivants de ces bataillons (lire sur ce site les comptes rendus des livres de Naïtchenko et Rossel-Kirschen) la totale abnégation avec laquelle ces très jeunes militants s'engagent dans la lutte armée contre l'occupant. Rappelons que leur espérance de vie se comptait en mois pour la plupart d'entre eux. Loin d'une histoire magnifiée ou héroïque, les deux historiens montrent les extraordinaires difficultés qu'ils eurent pour se lancer dans la lutte armée : absence totale d'armement, impréparation complète à la lutte clandestine, moyen dérisoire, insouciance etc. Il ne faudra que quelques mois à la police française pour les repérer, les arrêter et les exécuter sans pitié. Ce livre, dont l'un des auteurs est également un des spécialistes de l'histoire de la police, est également un ouvrage présentant l'organisation des forces de répression française durant l'occupation. Sans le travail de la police française de Vichy, prolongeant le travail anticommuniste engagé dans les mois avant le déclenchement de la guerre, les forces d'occupation allemande auraient eu beaucoup plus de difficultés à venir à bout de cette résistance. Si l'on ne peut que constater au final le bilan extrêmement limité de cette première vague de lutte armée (quelques attentats, de faibles destructions), on n'est pour autant pas obligé de suivre l'avis des auteurs sur l'inutilité du sacrifice des jeunesses. Ce qui est sûr, c'est l'objet de l'ultime chapitre, c'est que le parti communiste a peu entretenu la mémoire des survivants, dont la politique d'attentat était en fait réprouvée par toutes les forces politiques, des gaullistes au trotskystes. Il n'est pas besoin du ton hautain avec lequel Liaigre/Berlière achèvent leur ouvrage pour convaincre le lecteur du hiatus existant entre la réalité des faits et la construction narrative qu'en offre ses mémorialistes .

G.U.

 

 

Jean-Pierre BESSE, Claude PENNETIER, Juin 40. La négociation secrète , Ed. Atelier, Paris, 2006. Juillet 2007*

Le récit auquel se livrent les deux historiens était pour l'essentiel connu à travers plusieurs ouvrages dont le dernier en date de Roger Bourderon ( La négociation. Eté 1940 : crise au PCF , Syllepse, 2001). De manière incontestable, on savait que la direction du PCF avait cherché à négocier avec l'occupant nazi la reparution légale de l'Humanité et la fin de l'interdiction de l'activité communiste. Même si le PCF et ses historiens à la solde avaient pendant longtemps nié cet épisode, la vérité historique avait été rétablie depuis bien longtemps. Pour autant, l'apport de cet ouvrage se révèle capital sur l'identité du communisme ou plus exactement du stalinisme. En effet, l'ouverture d'archives inédites à ce jour, celle de la police française en ce début de guerre a permis d'exhumer des archives un document absolument décisif, la déclaration d'intention du 20 juin 1940. Ce document qui se trouvait sur Denise Ginollin, militante communiste, au moment de son arrestation, représente l'argumentation élaborée par la direction clandestine du PCF à l'égard des autorités allemandes. Ce document, qui correspond à la « mise en œuvre des orientations politiques contraires aux intérêts vitaux du mouvement ouvrier, à ses traditions », ainsi que l'expliquent Besse et Pennetier p. 9, sera un véritable choc pour les lecteurs. L'antisémitisme le plus cru y est exhibé comme argument dans la discussion envisagée avec l'occupant nazi. A pas moins de trois reprises, le « juif » Mandel (président du conseil) y est dénoncé. Expression française des intérêts du stalinisme russe, les dirigeants communistes (Duclos, Tréand) pensent pouvoir s'appuyer sur le pacte germano-soviétique pour négocier une sortie de l'illégalité du Parti communiste avec l'occupant, dans le dos des autorités françaises. Durant plusieurs semaines, des rencontres ont lieu entre Otto Abetz et des délégations du PCF pour mettre au point ce processus. Parallèlement, le PCF fait sortir de la clandestinité plusieurs de ses dirigeants pour « reconquérir » les municipalités dont ils ont été exclus par le gouvernement français. Cette « sortie » des cadres de l'illégalité où ils étaient plongés depuis des mois se traduira par leur arrestation et déportation quelques mois plus tard. Ce que soulignent avec un grand intérêt les auteurs de l'ouvrage, au contraire de ligne de défense des communistes, c'est que le pacte germano-soviétique avait une autre ambition que strictement tactique de défense temporaire de l'Union soviétique. Le fait que des négociations avec les nazis aient eu lieu également dans d'autres pays (Belgique notamment) est là pour l'attester. Afin d'appliquer les directives staliniennes de soutien à la ligne soviétique, la direction du PCF a été tentée pendant un temps de s'accommoder de l'occupation nazie et de mettre entre parenthèse l'engagement antifasciste. Cet épisode fera finalement long feu. L'invasion de l'Union soviétique en 1941 permettra au PCF de réintégrer ses positions traditionnelles, qui fera de ce dernier le grand parti de la résistance. Dédié « Aux militants communistes qui ignorèrent le cours légaliste de leur direction et restèrent fidèles aux valeurs de l'antifascisme », cet ouvrage est un très grand livre, qui, sans verser le moins du monde dans l'anticommunisme, souligne bien au contraire les dérives de la version stalinienne du mouvement communiste. Que ce soient les attaques contre les trotskystes ou sur la proposition de plusieurs anciens députés communistes de témoigner à charge contre Blum dans ce qui deviendra le procès de Riom, c'est toute l'abjection du stalinisme qui s'étale au fil des pages. Il faudra attendre 1967 pour que le PCF reconnaisse ces tractations avec les nazis. Cette histoire appartient désormais au passé. Il n'en reste pas moins que sa connaissance doit irriguer l'action politique tant les plus hauts sentiments ont pu conduire aux pires crimes.

G.U.

 

Dominique BLOYET, Jean-Pierre SAUVAGE, La répression anticommuniste. Loire–Inférieure, 1939-1944 , La Crèche, Geste éditions, 2004, 380 p. juillet 2007*

Sur la base des archives départementales, d'un dépouillement de la presse locale, ainsi que des témoignages disponibles, ces deux historiens proposent un état de la répression contre l'activité de résistance conduite par le Parti communiste à Nantes et dans sa région. Un second volume est également prévu consacré aux mouvements et réseaux de résistants gaullistes. Fort heureusement, le récit commence avant l'invasion du territoire par les allemands. En effet, suite à la signature du Pacte germano-soviétique en août 39, le PCF est interdit, ses militants réprimés et emprisonnés. C'est dans ce cadre que se mettent en place les conditions de la clandestinité. Pourtant, sur injonction de Moscou, les auteurs ne cachent rien des tentatives de légalisation du Parti et de l' Humanité , dont le récit a été réalisé par le livre de Besse-Pennetier (voir le compte rendu sur ce site). Avec l'invasion de l'URSS, le PCF s'engage dans la lutte armée. Trois commandos sont envoyés depuis Paris pour conduire des attentats individuels à Rouen (échec), Bordeaux et Nantes. Le 20 octobre, un gradé allemand est abattu dans cette ville. Cette exécution conduira à la fusillade des otages de Châteaubriant, détenus otages, majoritairement communistes, depuis plusieurs mois. Cet attentat est désavoué par de Gaulle depuis Londres et le PCF n'ose le revendiquer ouvertement, du fait de la répression qu'il entraîne. Néanmoins, l'activité militaire communiste se poursuit durant l'hiver 41-42. Mais la traque des militants par la police française est d'une efficacité redoutable. Les uns après les autres, les groupes tombent. Les militants, arrêtés, sont torturés et parlent. C'est l'hécatombe dans les rangs communistes. En janvier 43 se déroule le procès des 42, procès sous juridiction allemande. La plupart des condamnés sont immédiatement exécutés. Si une lutte sourde continue d'opposer les résistants communistes aux forces d'occupation, la police française poursuit elle son travail de repérage, d'infiltration et finalement d'arrestation des militants. Alors que l'heure du débarquement allié s'approche, la totalité de la direction militaire et politique de la résistance dans le département est arrêtée en avril 1944. Malgré la lutte engagée pour la Libération, les arrestations et exécutions se poursuivent. Ecrit en hommage des militants (et rares militantes), ce livre en dresse une liste exhaustive. Rompant avec une vision héroïque de la lutte, les auteurs montrent bien le poids des trahisons, l'efficacité de la torture (pratiquée par la police de Vichy) pour faire parler les suppliciés, l'insouciance parfois avec laquelle est mené le travail clandestin. Un fait est clairement établi : sans la collaboration active de la police nationale, jamais l'occupant n'aurait réussi avec une telle efficacité à démanteler les groupes résistants, jusqu'aux derniers moments de l'affrontement. Des très nombreuses annexes, ainsi que des photographies de plusieurs dizaines de militants complètent cet ouvrage de référence. On regrettera simplement ici ou là les accents nationalistes des auteurs et des formulations pour le moins discutables, du style, « la souillure du drapeau » ou « leur terre violée ». Mais ce ne sont que péchés véniels dans un très bon livre.

G.U.

 

Michel BOUJUT, Le fanatique qu'il faut être. L'énigme Kanapa, Paris, Flammarion, 2004, 265 pages, 18 euros.

Ni une biographie, pas plus qu'un livre d'histoire, il s'agit plutôt d'un dialogue qu'entretient l'auteur avec son objet d'étude. L'auteur, journaliste et critique de cinéma, découvrant au hasard d'un jour dans une bibliothèque un numéro de La Nouvelle Critique, éprouve un intérêt soudain pour son rédacteur en chef, stalinien féroce " crétinisé " par Sartre (son ancien maître), dirigeant glaçant, éminence grise du PCF, de Thorez à Marchais, dont il fut le collaborateur le plus proche. Eternel stalinien ou éternel inconnu, Jean Kanapa traverse l'histoire du parti communiste français de 1945 à sa mort en 1978. Son parcours est celui d'un doctrinaire marxiste extrêmement virulent combattant toute forme de déviance. Membre du Bureau politique en 1975, Kanapa prend une place de premier plan dans les éphémères tournants communistes de ces années, partisan du programme commun de la gauche et promoteur de l'eurocommunisme.
Le voyage que s'autorise ici Michel Boujut s'attache alors au Kanapa stalinien, jdanovien, thorézien, essentiellement dogmatique. Rien de très nouveau sur l'homme, l'itinéraire de Kanapa nous est rendu épisodiquement (1) ; il dévoile plutôt l'archétype d'un stalinien et l'idéal type d'un engagement. Kanapa apparaît comme le symbole sinistre d'une époque et d'une culture singulière, on y retrouve davantage l'univers d'une génération d'intellectuels communistes de l'après guerre : des conflits idéologiques à l'imaginaire stalinien, d'une culture de la purge si redoutée à une destruction morale pour le banni. Des débats animés entre le cercle de Mounier (Esprit), l'équipe Kanapa (La Nouvelle Critique) et la famille Sartre (Les Temps Modernes) ; des confidences recueillies par Boujut de ceux qu'on appelle les " ex ", les mis au banc (P. Daix, D. Desanti, E. Morin…) ; un corpus qui construit au fil des pages les différentes facettes d'un personnage féroce, qui sur sa fin, mesura le désastre et la lucidité de son fanatisme.
De ces sentiments crus et excessifs de l'auteur, mais toujours ambivalents, le regard est double et le miroir s'ouvre ; ne nous y trompons pas, " le fanatique qu'il faut être " se confond entre les deux protagonistes : le fanatique Kanapa qui s'assume et un auteur troublement fasciné par son objet d'étude. L'ouvrage, se lisant d'une traite, est parcouru des mêmes interrogations, cette tentation au communisme, au fanatisme que Michel Boujut s'emploie à déshabiller.

Hervé Chalton.

(1) Voir la thèse de Gérard Streiff, Jean Kanapa 1921-1978. Une singulière histoire du PCF, 2 tomes, Paris, L'Harmattan, 2002, 571 et 587 p. Voir également un compte rendu de cette biographie dans Dissidences, n° 12-13, janvier 2003, p. 94.

 

Paul BOULLAND, Claude PENNETIER, Rossana VACCARO, André Marty, l'homme, l'affaire, l'archive , Paris, Codhos éditions, 2005, 190 pages, 12 euros. janvier 2007*

Il est plusieurs manières de lire cet ouvrage collectif. La première tient à l'archive; elle constitue sans doute la part la plus suggestive du livre. L'inventaire et l'histoire des fonds composant les archives Marty en France offre plus qu'une simple recension, qu'un guide nécessaire vu leur richesse. Lire l'histoire de ces fonds, de leur constitution, c'est découvrir plusieurs manières de faire l'histoire. Pour le néophyte, l'introduction de Pascal Carreau sur la place des archives Marty dans les archives du PCF souligne ce que l'archive a de politique, ce que ses pérégrinations comme son classement dit de son usage par le mouvement communiste dans le cadre d'une véritable culture biographique - décrite ailleurs par Claude Pennetier et Bernard Pudal- par quoi s'assurer le contrôle des militants. L'obsession archivistique d'André Marty tient à cet usage. Elle rencontre, après son décès, Jean Maitron, à qui André Marty confiait par testament sa bibliothèque et les archives qu'il avait pu recoller après son éviction du PCF pour reconstituer sa carrière politique (1956). Paul Boulland, dans une courte présentation, montre que « Marty reste toute sa vie le héros de la Mer Noire et le chef des Brigades internationales, et que toute sa vie de nouveaux documents viennent illustrer et célébrer ce rôle » (p 125). La notice biographique de Jean Maitron, complétée par Claude Pennetier, qui clôt ce volume, glisse ainsi de l'archive à l'homme puisqu'elle s'achève sur l'examen de sa mémoire. André Marty paraît alors, dans son destin, unir les deux faces du culte de la personnalité : figure héroïque de la Mer noire, il est également l'objet de toute les calomnies. André Marty serait ainsi un révélateur du système stalinien.

L'homme donc, après l'archive. Quelques aspects seulement de sa personnalité apparaissent ici. Travaillant « André Marty à l'épreuve des archives », Claude Pennetier montre que celui-ci se conçoit en miroir du Fils du peuple incarné par Maurice Thorez. Le soin qu'il accorde au suivi de ses textes, notamment La révolte de la Mer noire (Marie Cécile Bouju, André Marty et les éditions du PCF ) procède sans doute de cette tentation charismatique qui lui sera finalement fatale (Axelle Brodiez, Le Secours populaire français entre Marty et Martin, deux mythes, deux affaires ). Il est l'homme de l'Internationale, figure charismatique (la Mer Noire, l'Espagne) occultée dès lors que le PCF nationalise sa culture. Les interventions de Rémy Skoutelsky (« les années militaires d'André Marty »), Georges Vidal (« André Marty et l'armée française dans les années 1930 ») reviennent sur le militaire qu'il fut. Dans une perspective qui annonce sans doute une part de la biographie à venir (en collaboration avec Claude Pennetier), Rémy Skoutelsky scrute des prédispositions à l'ethos stalinien : André Marty fut sans doute « fayot » auprès de ses supérieurs avant 1913, disposition propice ensuite à son parcours en stalinisme (p 39). Enfin, l'ensemble des interventions s'accordent sur la violence verbale du personnage, peignant ainsi la face sombre d'un personnage qui, s'il ne fut sans doute pas le Boucher d'Albacète décrit par les opposants du POUM et de la CNT (à suivre ici aussi Rémy Skoutelsky), sut toujours se montrer autoritaire, jusque dans les responsabilités politiques qu'il exerça un temps à L'Humanité (Alexandre Courban) et au Secours Rouge.

L'Affaire Marty, par contre, se devine, s'esquisse, plus qu'elle n'est abordée de front dans l'ouvrage. Ce sera sans doute une partie du sel de la biographie à venir. Pour le moment, l'ouvrage pointe qu' « André Marty est davantage un enjeu de mémoire qu'un acteur de l'histoire » (p 28). L'analyse thématique des fonds, le guide des archives Marty en France montrent, s'il en était besoin, que l'enjeu mémoriel est aussi archivistique ; laissant une trace, bataillant même pour celle-ci, André Marty se donnait les moyens d'une reconnaissance par l'histoire de son rôle d'acteur dans un système qui le congédia, finalement.

Vincent Chambarlhac

 

Patrice COHEN-SEAT, Communisme. L'avenir d'une espérance , Paris, Calmann-Lévy, 2007, 232 pages, 15 euros. janvier 2008*

Sous un titre qui se veut une réponse contradictoire au best seller de François Furet, Le passé d'une illusion , Patrice Cohen-Séat, un des dirigeants du PCF, livre un essai de vulgarisation destiné à comprendre la défaite cuisante de Marie-Georges Buffet à la présidentielle de 2007 et à réfléchir sur les solutions possibles permettant d'éviter la disparition pure et simple du parti et de son idéal, afin de passer d'une « civilisation de l'avoir » à une « civilisation de l'être ». Partisan d'un « tournant radical », il rappelle que la rénovation textuelle du Parti a été considérable, sans que cela soit suffisamment visible dans les actes. Il effectue justement un retour sur le passé, et sans repousser la révolution d'octobre, il souligne le « naufrage absolu » de l'URSS, manquant sans doute tout autant de nuances que les thuriféraires d'autrefois… Constatons toutefois que la vision de l'histoire du PCF est un peu trop souvent idyllique, sur la Seconde Guerre mondiale ou les guerres coloniales, en particulier.

Si les constats sur la situation actuelle engendreront un consensus assez large au sein de l'extrême gauche, en dehors de quelques exagérations ponctuelles (sur les « merveilles » que le capitalisme génère, p.124), certaines des orientations préconisées risquent d'être plus discutées. Ainsi, il semble accepter la démocratie française telle qu'elle est, tout en rêvant d'une « révolution démocratique », implicitement respectueuse du cadre actuel (sa référence à l'analyse de Marx qui souhaitait que l'Etat s'empare des moyens de production oublie également qu'il s'agissait non de l'Etat bourgeois, mais d'un Etat ouvrier, p.162). De même, sans remettre en cause la réalité de la lutte des classes, Cohen-Séat a toutefois tendance à pacifier l'essence révolutionnaire du communisme : il préconise de donner davantage de responsabilités aux salariés, afin d'atteindre à une meilleure efficacité, sans qu'un dépassement précis du capitalisme soit nettement envisagé. Il se tient d'autre part à distance respectable de la violence, et voit la révolution future davantage comme une somme de réformes successives.

Réalisme oblige, il ne préconise pas la sortie de l'UE (ni « du monde », sic !), mais recommande plutôt sa transformation, tout comme pour le FMI, l'OMC ou la Banque mondiale afin de ne plus imposer un développement à l'occidental. Enfin, situant le PCF hors des candidatures antisystèmes, il se révèle fort critique à l'égard de LO et de la LCR, de leur « isolement sectaire » (p.41), non sans simplifications occasionnelles (sur leur analyse du PS, par exemple, voir p.108), et refuse par conséquent toute idée de « conglomérat gauchiste » (p.39). Son souci de tenir davantage compte des libertés est désormais un élément largement accepté à la gauche du PCF, mais on reste à la sortie de son livre sur l'impression que le PCF qu'il appelle de ses vœux devrait reprendre le rôle tenu autrefois par la SFIO (avec des sensibilités diverses rassemblées comme courants), à côté d'un PS devenu nouveau parti radical, d'autant qu'il n'exclut pas du tout l'abandon du terme communisme…

Jean-Guillaume Lanuque

 

Stéphane COURTOIS, dir., Communisme en France. De la révolution documentaire au renouveau historiographique, Paris, Cujas, 2007. juillet 2007*

L'ouvrage rassemble les contributions du colloque éponyme du 11 mai 2006 organisé par le Centre de Recherches Hannah Arendt. Le titre vaut en soi problématique. Dans sa contribution introductive, Stéphane Courtois pointe sous l'angle de la chronique historiographique du communisme français, l'enjeu des contributions : répondre à l'apostrophe de Laird Boswell dans la Revue française de science politique (1), L'historiographie du communisme français est-elle dans une impasse ? Si Stéphane Courtois répond par la négative, indiquant le renouveau de la revue Communisme, plaidant pour une approche positiviste du phénomène communiste, les contributions réunies peinent finalement à acquiescer totalement au renouveau historiographique. Telles quelles, ces contributions se scindent en deux. Une première catégorie travaille l'objet communiste à partir du local (Sylvain Boulouque – le mouvement communiste dans l'Aube entre les deux guerres  ; Franck Liaigre – le PC et la lutte armé en Bretagne ) ou d'une entrée spécifique ( la municipalité d'Aubervilliers pour Maxime Guichard les fusillés communiste du Mont Valérien pour Brno Chiron). La seconde se fonde sur des interrogations plus amples, contractant des pistes balisées par des travaux antérieurs (Yves Santamaria, Le PC SFIC dans la lutte pour la paix  ; Michel Hastings, Anthropologiser le communisme français ) ou travaillant la question sur le temps présent (Dominique Andolfatto, Autour du XXXIII e congrès de mars 2006  ; Yolande Dilas-Rocherieux, Communisme et néo-communisme à l'heure de la mondialisation ).

Il y a peu à dire des monographies, explorant des cas limites, mais révélateur, de l'inscription politique, sociale et territoriale du PCF, ce que Frédéric Salmon nomme, après 1978, l'archipel communiste . En fait, l'ouvrage importe davantage pour ce qu'il esquisse de l'état des recherches sur le communisme. A cet égard, la contribution de Yolande Dilas-Rocherieux vaut signe. Partant d'une définition essentialiste - et pré-marxiste- du communisme comme lutte contre l'ordre social autour de la figure du pauvre, elle interroge le néo-communisme, brassant sous cette étiquette militants communistes et trotskistes, libertaires, altermondialistes… Filée sous le seul angle de l'utopie, la métaphore permet dans un premier temps l'amalgame et, dans un second temps, autorise à l'analyse de conclure sur le caractère composite, hétérogène du mouvement altermondialiste voué à succomber à ses contradictions internes, plus qu'à composer une nouvelle Internationale, qu'appellent de leurs vœux quelques militants. Où l'on voit là que l'historien et le politiste répugnent à la nouveauté : toujours le mort saisit le vif…, nonobstant les travaux d'Isabelle Sommier, Georges Ubbiali entre autres. En soi, cette interprétation de la mouvance altermondialisme au seul prisme du néo-communisme souligne le tropisme d'une part des collaborateurs de Communisme à étendre leur investigation du phénomène communiste à l'extrême gauche. Les travaux de François Furet sur l'illusion communiste , repris ensuite par Marc Lazar sous l'angle notamment des passions révolutionnaire et totalitaire, autorisent ce déplacement (2). En regard de cette pente, la proposition d'une anthropologisation du communisme français par Michel Hastings indique un autre questionnement, auquel Dissidences ne peut qu'acquiescer : «  est-on si sûr que tout est communiste dans le communisme ?  (p 276) ».

Tel quel, l'ouvrage peut-il constituer une réponse à l'apostrophe de Laird Boswell ? La positivité documentaire renouvelle finalement peu l'historiographie. A tout le moins, ce colloque signale une école, une manière d'entendre l'histoire du communisme, son étrangeté comme l'indique Michel Hastings. Dans le sillage du Siècle des communismes , il est sans doute d'autres manière d'entendre cette histoire… de la conceptualiser ?

Vincent Chambarlhac

(1) Laird Boswell, « L'historiographie du communisme français est-elle dans une impasse ? », Revue française de science politique , n° 5/6, octobre / décembre 2005.

(2) François Furet, Le passé d'une illusion , Paris, Plon, 1995. Et Marc Lazar, Le communisme, une passion française , Paris, Perrin, 2003.

 

François FERRETTE, Le comité pour la IIIème Internationale et les débuts du communisme français (1919-1936), mémoire de maîtrise dirigé par Claude Pennetier, Paris I, 2004-2005, 199 pages

L’introduction, dans les limites du genre et de l’écriture d’un mémoire de maîtrise, précise le choix du sujet et ses bornes chronologiques. Saisir le Comité pour la IIIème Internationale, dans sa brièveté chronologique (1919-1921) comme un objet d’histoire à part entière implique pour l’auteur de questionner d’emblée les récits, puis l’historiographie, relatifs à la question. La borne chronologique de 1936 s’éclaire ainsi quand le PCF fixe une histoire canonique du comité, bien que discutée par les mémoires singulières des acteurs. Ce choix en engage d’autres : la lecture de la structuration du Comité débouche ensuite sur l’étude d’une génération militante, pour ensuite se resserrer dans l’analyse prosopographique de parcours militants. In fine, l’auteur interroge alors la manière dont une part de ces militants put s’affranchir du grand récit militant de la IIème Internationale décrit par Marc Angenot (1).
Comment se saisir des récits courant jusqu’en 1980 sur le Comité pour la IIIeme Internationale ? Prenant le curseur commémoratif, la démonstration s’épuise parfois en confondant les registres. D’une part, la date retenue -celle du Congrès de Strasbourg (février 1920)- impose à l’auteur de fréquentes références à Tours qui ne serait pas l’événement fondateur. Si l’analyse se fixe la mémoire comme objet, il ne s’agit pas de discuter ces représentations mais d’en éclairer les structures ; la défense de Strasbourg contre Tours assimile toute référence à ce dernier congrès comme participant d’une vulgate communiste –dont l’édition critique du Congrès en 1980 porterait encore la marque. En outre, tout à son travail mémoriel, François Ferrette juge sur le même plan des registres d’écriture discordants. Les récits de 1930, le récit unifié par Fréville de l’histoire du Comité en 1936, se mêlent à d’autres lectures commémoratives à tel point qu’on ne sait, dans l’examen des productions de l’Institut Maurice Thorez après 1964, ce qui relève du témoignage publié repris comme tel et des catégories d’analyse forgées par l’IMT. A ce jeu, la téléologie guette (p 56). L’examen de l’historiographie connaît les mêmes travers. Certes créditée de la première thèse scientifique sur les origines du communisme français, Annie Kriegel est comparée aux ouvrages de Gérard Walter et Jacques Fauvet, sans même la distinction des registres d’analyse, le poids des sources ; Boris Souvarine, dans son ouvrage de 1981 (Autour du Congrès de Tours) intéresse davantage l’auteur –il est à la fois acteur et historien. L’appel –rapide- aux travaux de Marie Claire Lavabre souligne que pour François Ferrette historiographie et récits sont finalement autant de productions mémorielles (pourquoi pas ? mais à quelle(s) fin(s) cette indistinction ?) qu’une conclusion à propos de la semaine commémorative organisée par le PCF en 2000 permet d’approcher : « l’équation Comité de la 3eme Internationale = révolution d’octobre = défense de l’URSS pourrait se transformer en une équation différente, adaptée à notre temps : Comité de la 3eme Internationale = révolution = changement de société ». Certes, mais alors quel est l’objet du mémoire : l’usage d’une référence (le Comité) ou l’histoire d’une structure déterminante dans la fondation du PCF ?
La seconde partie consacrée à l’implantation et à la visibilité du Comité est plus convaincante.
Elle s’ouvre sur la genèse des comités et les moyens propagandistes mis en œuvre. L’étude plus fine du Nord Pas de Calais et de la région parisienne précise la quotidienneté de ce travail. Elle débouche sur une relecture du Congrès de Strasbourg et des manipulations –imputables aux « centristes »- entourant le décompte de la motion pour une adhésion immédiate à la IIIeme Internationale. Cet épisode accentue la pression sur la SFIO, Tours survient. Une décision de l’IC met fin (1921) au Comité. En conclusion, François Ferrette discute les chiffres donnés par Annie Kriegel sur le Comité, estimant que celui-ci dispose d’une base plus large (10 000 personnes environ), ramifiée, irriguant le premier communisme français ; cartes et tableaux en annexes supportent la démonstration. Elle ouvre sur une étude générationnelle fondée sur la reconnaissance d’un groupe de militants (100) issus du Comité formant un réseau dans le PC, soit la « gauche du PC ». L’exercice de fonctions d’encadrement dans le Comité ou dans le PCF précise les contours de l’échantillon. Il n’y a pas d’homogénéité idéologique dans ce corpus comme le souligne l’appréhension des trajectoires dans le PCF : le Comité n’a donc pas intrinsèquement joué un rôle formateur, d’autant que la moyenne d’age des militants est de 36,5 ans au moment de l’entrée dans le PCF. Le corpus donne cependant la part belle aux « révolutionnaires » face aux « centristes » dans le Comité. Les seconds s’intègrent (Louis Sellier, Marcel Cachin) davantage à la bolchevisation que les premiers. Pour l’auteur, la culture et les pratiques politiques engendrées par la forme du Comité (subversion des institutions partidiaires) constituent la cible principale de la bolchevisation (déclenchée en 1924). Marcel Cachin incarne lui une option plus à même de plaire aux orientations de l’IC à partir de 1930, augurant pour François Ferrette d’un retour aux grands récits militants de la IIeme Internationale dont Cachin serait le dépositaire. Le tournant de 1934 parachève alors une mutation entreprise bien avant visant à renier le projet révolutionnaire fondateur du PCF, porté par le courant « révolutionnaire »du Comité.
A la lecture, le travail de François Ferrette laisse des regrets. Ceux des promesses non tenues de la première partie sur l’historiographie et la mémoire pour construire l’objet Comité. Ceux surtout d’une étude plus fouillée de la prosopographie et du devenir des membres du corpus que laissait présager le brio de la seconde partie. Le choix d’un retour dans la conclusion générale sur les possibles révolutionnaires de 1921 tourne, à mes yeux, le dos à ce que le Comité permet d’entrevoir : une lecture plus fine des origines du communisme français, différente de la compulsion « totalitaire » qui affecte le renouveau des études sur ce sujet, souvent portées par l’apport de François Furet et Pierre Rosanvalon (2).

Vincent Chambarlhac.

(1) Marc Angenot, Les grands récits militants des XIXe et XXe siècles, religions de l’humanité et science de l’histoire, Paris, L’Harmattan, 2000.

(2) Cf. l’édition électronique par la fondation Jean Jaurès (note 42) du travail de Romain Ducoulombier (Le premier communisme français, un homme nouveau pour régénérer le socialisme ?) Et Vincent Chambarlhac, « Réviser les origines du communisme français ? 1789-1989 : allers et retours ? », disponible en version électronique sur le site de Dissidences.

 

 

Marcello FLORES, Histoire illustrée du communisme, Paris, Editions Place des victoires, 2004, 192 p.

Hormis la préface de l'historien français Pierre Milza, qui s'inscrit ici dans le paradigme totalitaire dominant, par sa vision idéologique d'un communisme vu comme héritier direct du " jacobinisme exterminateur de 1793 ", ce qui l'a conduit à " étendre son ombre cauchemardesque sur la mémoire collective de l'humanité " (p.6) (1), tout dans ce volume est Italie. Il s'agit en effet de la traduction d'un ouvrage publié en 2003 par un des spécialistes transalpin du monde communiste, auquel il a consacré plusieurs ouvrages, Marcello Flores, professeur à l'université de Sienne, par la protéiforme maison d'édition Giunti (2). En dix chapitres, l'auteur, qui ne prétend nullement faire œuvre novatrice sur l'histoire de ce courant politique, brosse l'évolution du mouvement communiste depuis ses prodromes du XIXe siècle (" Un spectre hante l'Europe ") jusqu'à la perestroïka et à la chute au début des années 90 du XXe siècle. Le regard qu'il propose sur cette histoire est plutôt critique, tout en restant totalement en dehors de l'école révisionniste anticommuniste (3). A partir du modèle soviétique, Flores développe l'ensemble des expériences communistes mondiales, y compris celles concernant des cas plus ou moins bien connus, comme pour le Kérala (un Etat de l'Inde) ou l'Indonésie, par exemple.
Néanmoins, comme son titre l'indique, l'attrait principal d'un tel livre réside - aurait dû résider, devrions-nous plutôt dire - dans son iconographie. D'un point de vue quantitatif l'objectif semble atteint : 417 images, des photographies en écrasante majorité mais aussi des dessins, caricatures, affiches, bannières, banderoles, peintures, cartes et graphiques. Un tel corpus pouvait permettre de faire voir à quoi ressemblait cette expérience historique unique. Un tel corpus devait conduire " à une histoire des modalités du faire-croire " dans le monde communiste, pour reprendre une expression, appliquée à une autre époque, de l'historien Philippe Poirrier (4). Force est de constater que l'on se trouve loin du compte, aussi bien dans ce qui est montré que dans la manière dont ça l'est. C'est peu dire que de déplorer le manque presque total d'attention portée non seulement à l'appareil critique de cette iconographie, mais également aux images elles-mêmes. Les photographies, certaines pleine page tandis que d'autres sont réduites à l'état de vignettes lilliputiennes, ne comportent aucun nom d'auteur, aucune dimension, avec des dates et des légendes imprécises voire farfelues (Léonid Brejnev à une réunion du Komintern p. 103 !) ; beaucoup sont recadrées ou pires, détourées, pour ne laisser qu'un ou deux personnages emblématiques, par-dessus du texte, comme dans n'importe quel news magazine : ainsi Karl Marx et sa fille Jenny (p. 9), Karl Radek et Zinoviev (p. 33), Lénine (p. 34), Mao Zedong (p. 86), Enrico Berlinguer (p. 154) etc. Des peintures subissent le même sort : ainsi le lecteur ne peut réellement juger d'un tableau de M.V. Nesterov de 1903 (portrait en pied ? portrait de groupe ? scène d'intérieur ? d'extérieur ?) puisque n'est extrait que le visage de Maxime Gorki pour illustrer un " écrivain pour le peuple " (p. 39). Les reproductions de caricatures ou d'affiches sont elles aussi sans auteurs ni dates ou dimensions y compris lorsqu'il s'agit d'œuvres très connues. Ainsi, de l'affiche où l'on voit Lénine balayant le globe de ses monarques, capitalistes et autres patriarches orthodoxes (p. 46) ou bien pour celle intitulée " Vive la troisième Internationale communiste " (p. 78), le lecteur devra se reporter à d'autres ouvrages pour apprendre qu'il s'agit d'une œuvre de Viktor Deni de 1920, pour la première, et de Sergei Ivanov de 1920 (26 x 35), après le second congrès du Komintern, pour la seconde. Enfin, dernier exemple du laisser-aller avec lequel la recherche ( ?) iconographique fut menée, une photo célèbre montrant Mao Zedong chevauchant avec quelques combattants, dans les montagnes du Chen-si du Nord, en 1947 (p. 76-77) est la photo retouchée de 1976, la chute de la " bande des quatre " ayant alors provoqué l' " effacement " de la femme de Mao, Jiang Qing, qui chevauchait derrière le groupe sur l'original (5). Arrêtons là cette énumération à propos de la forme. La légitimité et la pertinence des images choisies, en fonction des thèmes abordés, sont également sujettes à caution. Ainsi, pourquoi toutes ces photos convenues et inutiles de dirigeants souriants à l'objectif ou à la caméra : Trotski et Natalia Sedova, Staline et Iéjov, Tito, Nasser et Nehru, Khrouchtchev (5 fois), Gomulka, Mao et Lin Piao, Gorbatchev ? Présenter des clichés de dirigeants politiques, à fortiori de dirigeants communistes, n'a d'intérêt que dans une analyse des stratégies de positionnement au plan national ou international, en fonction de l'époque, des alliés à rechercher, des ennemis à débusquer, en un mot des objectifs de chacun, toutes choses absentes ici. Il y a pourtant un certain nombre de documents inédits dans cet ouvrage, en particulier ceux qui concernent l'Italie : par exemple une médaille commémorant l'occupation des usines métallurgiques en 1920 (p. 48), un tract clandestin de propagande de la CGL (équivalent de la CGT) en 1930 (p. 91) ou des photographies de manifestations et de manifestants dans les années 50 (p. 108, 122-123). Mais rien, hélas, sur les circonstances et les différentes étapes de leur création pas plus que sur les auteurs ou les supports de diffusion.
On l'aura compris, nous n'avons pas affaire à une histoire sociale des représentations communistes, mais bien plus prosaïquement à un panorama du communisme mondial (mal) illustré, au sens où des illustrations ne sont là que pour agrémenter le texte. Rejetons d'emblée l'objection à propos d'ouvrages " grand public " qui n'auraient que faire de ces postures scientifiques, à moins de postuler un double mépris, à l'encontre d'abord des lecteurs et ensuite des recherches actuelles, restreintes ainsi à un public élitiste. A l'évidence, l'édition, en ce début de XXIe siècle, d'ouvrages de cette teneur pourrait contredire une affirmation d'Annie Duprat, une des spécialistes de l'histoire de la caricature, lorsqu'elle affirme qu'un " des acquis fondamentaux des réflexions historiographiques récentes est de redonner à l'iconographie une place au service de l'histoire (6) ", tout en confortant cependant un bilan plus pessimiste, celui de Michel Pastoureau et Claudia Rabel, qui, bien que médiévistes, l'élargissent à toutes les époques, notant que " l'étude des images reste, au sein des études historiques, la parente pauvre, la dernière roue du carrosse (7) ".
Pourtant, une histoire du " visuel communiste " est bien entendu possible. Il s'agirait de dégager des logiques d'élaboration, de production et de réception. à partir d'un dépouillement exhaustif des multiples traces iconographiques laissées par les différents appareils d'agit prop des organisations communistes mondiales : par exemple dans les années 30 en Allemagne l'AIZ (Magazine illustré des ouvriers) avec les photomontages de John Heartfield ou l'Association des artistes de l'Allemagne révolutionnaire nommée aussi " Groupe rouge ", avec George Grosz, Otto Dix ou Otto Griebel, au Mexique le Syndicat des travailleurs techniques, peintres et sculpteurs avec les peintres muralistes Diego Rivera et David Alfaro Siqueiros ou en URSS la création du Bureau international des artistes révolutionnaires. Si l'on se borne à l'Union soviétique, certaines recherches récentes font apparaître le rôle mobilisateur et les fonctions politiques de l'affiche (8) ou du photo-journalisme. Les noms et le travail propagandiste de Evgueni Khaldei (9), auteur de la photographie du soldat de l'Armée rouge plantant le drapeau soviétique sur le toit du Reichstag en mai 1945 (10), de Dmitri Baltermants (11) ou de Boris Ignatovitch (12), ces artistes engagés sur le " front idéologique " de la photographie prolétarienne dans un premier temps, de la photographie anti-fasciste ensuite, commencent à sortir de l'ombre. De même que le parcours de cinéastes tels Roman Karmen (13). Dans des domaines proches, des ouvrages sur la Guerre d'Espagne (14) restituent aux photographies tout leur statut de documents historiques à part entière.
Pour terminer, on ne peut donc que regretter que Marcello Flores, auteur par ailleurs de communications ou d'articles pénétrants sur le " révisionnisme " anti-communiste à l'œuvre dans la société italienne d'aujourd'hui (15), se soit laissé entraîner à une telle commande.

Christian Beuvain et Georges Ubbiali.

(1) Quiconque possède dans sa bibliothèque l'ouvrage que cet auteur, alors maître-assistant à l'IEP de Paris, publia avec Marianne Benteli, Le fascisme au XXe siècle, Paris, Publications de l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Editions Richelieu, coll. " L'Univers contemporain ", 1973, pourra remarquer qu'à cette époque Pierre Milza n'hésitait pas à caractériser le fascisme comme un " régime[s] d'exception mis en place ou accepté[s] par la classe dirigeante dans le cadre du système capitaliste " alors que ce dernier se trouve dans une période de concentration et de fusion, dans laquelle " Lénine verra la phase ultime du capitalisme et le fondement de l'impérialisme " (p. 387 et 7). Mais c'était il y a plus de trente ans…
(2) Notons d'ailleurs qu'un autre ouvrage, publié simultanément, est consacré au fascisme : Francesca Tacchi, Histoire illustrée du fascisme, Paris, Editions Place des victoires, 2004.
(3) A cet égard, on ne peut manquer de s'étonner, une fois de plus, de la légèreté des pratiques éditoriales consistant à faire préfacer des livres par des rédacteurs aux antipodes idéologiques de l'auteur.
(4) Philippe Poirrier, Les enjeux de l'histoire culturelle, Paris, Le Seuil, " Points-Histoire ", 2004, p. 313.
(5) Pour cet exemple précis, on se reportera à Alain Jaubert, Le commissariat aux archives. Les photos qui falsifient l'histoire, Paris, Editions Bernard Barrault, 1986, p. 124.
(6) Annie Duprat, " Le roi, la chasse et le parapluie ou comment l'historien fait parler les images ", Genèses, n°27, juin 1997, p. 109.
(7) Michel Pastoureau, Claudia Rabel, " Histoire des images, des symboles et de l'imaginaire ", in Jean-Claude Sshmitt, Otto Gerhard Oexele (dir.), Les tendances actuelles de l'histoire du Moyen-Âge en France et en Allemagne, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, p. 595-616.
(8) Victoria E.Bonnell, Iconography of Power. Soviet Political Posters under Lenin and Stalin, Berkeley, University of California Press, 1997.
(9) Mark Gosset, Khaldei, un photoreporter en Union soviétique, Paris, Editions Le Chêne, 2004.
(10) Cette photographie, superbe image de propagande, fut construite, donc rejouée et rephotographiée suivant une dramaturgie précise.
(11) " Dmitri Baltermants rétrospective ", exposition à la Maison européenne de la photographie, à Paris, au printemps 2005. Un catalogue est disponible.
(12) Olga Ivanova, " L'obliquité et l'empaquetage : deux procédés novateurs dans la photographie soviétique des années 1920-1930 et leur application par Boris Ignatovitch ", Histoire de l'art, n°52, juin 2003, p. 57-68.
(13) Patrick Barberis, Dominique Chapuis, Roman Karmen. Une légende rouge, Paris Le Seuil, 2002, et des mêmes un documentaire télé, " Roman Karmen, un cinéaste au service de la Révolution ", Kuiv Production et Arte France, 2001, 90mn.
(14) Michel Lefebvre, Remy Skoutelsky, Les Brigades Internationales. Images retrouvées, Paris, Le Seuil, 2003, et " La guerre civile espagnole. Des photographies pour l'histoire ", Catalogue, Paris, Marval, 2001.
(15) Marcello Flores, " Le débat italien sur le communisme entre chronique et histoire ", Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°68, octobre-décembre 2002, numéro sur la journée d'études du 29 mai 2001, Paris, sur " Nazisme, fascisme, communisme : débats et controverses historiographiques en Allemagne et en Italie ", et " Un révisionnisme à l'italienne ", Le Magazine Littéraire, n° 407, " L'Italie d'aujourd'hui ", mars 2002.

 


Jean-Jacques FOUCHE, Francis JUCHEREAU, Gérard MONEDIAIRE, Georges Guingouin. Chemin de résistances, Saint Paul, Edition Lucien Souny et cercle Gramsci, Limoges, 2003. novembre 2006*

Georges Guingouin fait partie de ces individus proprement extraordinaires. Militant communiste au moment du Front populaire, il en devient secrétaire à Limoges. La guerre venue, il fut parmi les premiers résistants de France, au moment où la direction du PC négociait la reparution de l' Humanité avec l'occupant nazi. Cette autonomie politique lui vaudra à la Libération d'être exclu du PC. Plusieurs ouvrages lui ont été consacrés (Taubmann, 1994 ; Guingouin et Monédiaire, 1983, ainsi que son autobiographie, 1974). Cet ouvrage, écrit à trois mains est d'une autre facture, puisqu'il n'explique absolument pas le rôle que Guingouin a joué dans l'histoire ouvrière et l'histoire résistante de son département. Il s'agit tout d'abord d'un entretien, à notre avis, l'aspect le plus intéressant du livre, en 2002, qui est retranscrit intégralement. Guinguoin y aborde quelques aspects de son parcours. Surtout, il revient, avec une vigueur intentamée sur la critique du PCF et de sa politique, rappelant au passage que si les communistes ont éliminés de manière systématique ceux qui avaient été les héros de la résistance au nazisme, ils ont en même temps promu un Geoges Marchais qui s'était rendu volontairement au STO. Malgré la chute des régimes despotiques de l'Est, il rappelle qu'à son avis le communisme demeure l'avenir de l'humanité, à condition de se souvenir que « la vie de l'humanité réside dans le mouvement des masses » (p. 31). Le seconde texte, ampoulé, de Monédiaire rappelle les sacrifices de Guingouin, tandis que J.J. Fouché présente en conclusion le Cyclope, un tableau de Paul Rebeyrolle, sous titré : Hommage à Georges Guingouin.

G. U.

Taubmann Michel, L'affaire Guingouin , Lucien Souny, 1994

Guingouin Georges, Monédiaire Gérard, Georges Guingouin, premier maquisard de France , Lucien Souny, 1983

Guingouin Geroges, Quatre ans de lutte sur le sol limousin , Hachette, 1974

 

 

 

Eric HOBSBAWM, Franc-tireur, autobiographie, Paris, Ramsay, 2005, 521 pages, traduit de l'anglais par Dominique Peters et Yves Coleman (éd. Penguin Books, 2002).

Eric Hobsbawn se définit comme issu de la classe moyenne viennoise. Né à la fin de la guerre de 1914-18 à Vienne, dans une famille juive, moderne, polyglotte, il a été aussi un véritable globe-trotter. Scolarisé en Allemagne, étudiant et professeur au Royaume-Uni dans la célèbre université de Cambridge, enseignant aux Etats-Unis, il a parcouru l'Amérique latine et se déclare amoureux de l'Italie et de la France, au point de revenir chaque année pour ce dernier pays. Finalement, lui le communiste, qu'on peut qualifier d'orthodoxe, ne s'est pas senti à l'aise dans un seul pays, l'URSS! Ayant séjourné dans ce pays en 1954, écoeuré par la paranoïa de l'espionnage qu'il y découvre, il n'a aucune envie d'y retourner. Paradoxalement c'est en URSS que son oeuvre sera la moins diffusée. Même en Grande-Bretagne, pendant la guerre froide, il réussit à publier son Ere des révolutions (1789-1848).
L'intérêt principal de cet ouvrage, c'est de nous permettre de comprendre comment un intellectuel brillant a pu rester jusqu'à ces dernières années membre d'un parti stalinien. Ayant assisté à Berlin à la montée et à la victoire du nazisme, il nous dit "Le temps que j'ai passé à Berlin (1931-33) a fait de moi un communiste à vie". Certes il reconnaît que la politique du Parti communiste a été "une idiotie suicidaire", mais la force du PC lui laisse un souvenir inoubliable. Il décrit ainsi la dernière manifestation du PC, le 25 janvier 1933 : "Nous étions soudés. Je rentrai chez moi encore en transe. Quand, isolé en Grande-Bretagne, deux ans plus tard, je réfléchis aux bases de mon engagement communiste, ce sentiment d'extase de masse en était une des composantes". A côté, que pèse la voix des communistes dissidents, étouffée! Il reconnaît aussi que les communistes, comme lui, dont le parti ne vint jamais au pouvoir, eurent la tache plus facile. Certes, mais comment un intellectuel de son envergure a pu ainsi s'en laisser compter : "Nous n'imaginions pas, nous ne pouvions imaginer ce qui était imposé aux peuples soviétiques sous Staline (...) nous refusions de croire les rares personnes qui nous disaient ce qu'elles savaient ou ce qu'elles soupçonnaient". Certes, il reconnaît que certains de ses camarades, ébranlés par la crise yougoslave ont quitté le parti après la guerre, l'un d'entre eux, Brian Pearce, historien membre du PC, a rejoint un groupe trotskyste. Un autre, Perry Anderson, créateur de la New Left Review, évolue dans l'orbite de la Quatrième Internationale. Mais lui reste au PC, "seul acteur de poids". Les trois groupes trotskystes rivaux des années 1960, écrit-il, regroupent au total moins d’une centaine de militants.
Il manifeste d'ailleurs beaucoup de condescendance et même de mépris pour la nouvelle extrême gauche des années 1960-70. Contrairement à cette génération, écrit-il, ceux de la génération de l'entre-deux-guerres entraient dans la voie de la révolution pour la vie, et non "comme dans un club Med politique". Aveuglement, incompréhension sont les mots qui nous viennent à l'esprit quand on lit ce type de phrase. On préfèrera l'évocation qu'il fait de Cambridge des années 1930, mélange d'archaïsme et de modernité, lieu de tolérance, où il rencontre notamment de nombreux étudiants venus de l'Inde, de Ceylan, futurs cadres des partis communistes locaux. Dans une formule imagée, il dit que faire des études à Cambridge à cette époque, "c'est comme jouir publiquement de la compagnie constante et enviée d'une femme admirée par tous"!

Jean-Paul Salles.

 

Pierre JUQUIN, De battre mon cœur n'a jamais cessé. Mémoires , Paris, Archipel, 2006, 583 p. juillet 2007*

Ce livre de l'ancien dirigeant communiste aurait pu s'appeler Autocritques , si le même Juquin n'avait déjà utilisé ce titre en 1987 pour un de ses précédents ouvrages. Ce nouvel opus est passionnant à lire à plus d'un titre. Tout d'abord parce que Juquin écrit bien. Loin de ces livres vaguement dictés à un auditeur complaisant puis mis en forme par ce dernier, le texte de Juquin possède le corps et l'ampleur d'une bonne plume. Ensuite, parce que, Pierre Juquin fut des décennies durant un des dirigeants majeurs du Parti communiste français, membre de son CC, de son Bureau Politique, de nombreuses instances, en particulier avec des responsabilités en lien avec les pays de l'Est, au premier chef de l'ex-RDA. Juquin, en effet, agrégé d'allemand (il raconte d'ailleurs avec humour comment souhaitant préparer l'agrégation de philosophie, l'ENS envisageant pour lui celle d'histoire, le compromis tomba sur celle d'allemand) a suivi de très près l'évolution politique de ce pays du fait de ses compétences linguistiques. A travers son témoignage très vivant et parfaitement documenté du fait de ses multiples expériences, il nous offre une vision de l'intérieur des couches bureaucratiques dominantes des anciens pays de l'Est. Il se demande d'ailleurs (et nous aussi, tant la rupture sera tardive) comment ce système put fonctionner, tant l'incompétence, l'absence de sensibilité populaire, l'inculture, le cynisme et autres aspects négatifs y prédominaient. Une seule illustration du climat qui règne : alors que la censure est féroce en RDA, les membres du BP y visionnent tous les films soumis à la censure : «  Un jour, le responsable de la censure, Kurt Hager (…) se fera projeter quatre ou cinq fois Le dernier Tango à Paris, avant de l'interdire à ses concitoyens  », p. 133. A raison de notes multiples et fréquentes, Juquin fait comprendre l'imposture et la pourriture profonde du socialisme « réellement existant » au fil de son récit. Il consacre également de longues et passionnantes pages à la formation du cadre thorézien, proche collaborateur de Thorez qu'il fut. Cette connaissance intime du haut appareil communiste lui permet de dresser d'intéressants portraits de nombreux dirigeants (Kanapa, Marchais, ou encore Aragon). Passionnants, quoique parfois un peu trop détaillés sont également les chapitres consacrés à aux tractations avec le PS sur la construction de l'Union de la Gauche, dont il fut un des principaux négociateurs du côté PCF. Il livre d'ailleurs des extraits verbatim de ces nombreuses séquences qui permettent de suivre au plus près la logique communiste dans cette affaire, d'où finalement il sortira vaincu. A partir du milieu des années 80, avec tout un courant du PC (les rénovateurs), Juquin rentre en dissidence face à la glaciation du Parti, son déclin accéléré, élection après élection, mais aussi au délitement marqué du bloc de l'Est (on lira ses réactions face au coup d'Etat de Jaruselski en 81 ou la campagne contre l'installation des SS 20). On peut d'ailleurs regretter que cette période soit traitée de manière nettement moins détaillée et systématique que d'autres. Par exemple, sur sa candidature à la présidentielle 1988, on apprend assez peu de choses sur la dynamique enclenchée et encore moins sur l'échec subi. Il fait malgré tout de beaux portraits de Maurice Najman, le « pabliste », et de René Dumont, « prophète et pionnier de l'écologie ». De son évolution politique ultérieure, il ne présente que des fragments. Après un passage express chez les Verts, il préside le mouvement Agir de Martine Aubry, soutient Jospin à la présidentielle 95 puis Hue en 2002. Il conclut ses très riches mémoires en se présentant comme un humaniste bon teint, soucieux de marier l'écologie et le socialisme.

G.U.

 

Jean-Claude LAHAXE, Les Communistes à Marseille à l'apogée de la guerre froide, 1949-1954, Aix-en-Provence, PUP (Publications de l'Université de Provence), 2006, 292 p, 28 €. Mars 2007*

En choisissant de limiter son étude à la première moitié des années 1950, l'auteur de cet ouvrage, tiré d'une thèse dirigée par Jean-Marie Guillon, nous fait faire un voyage plein d'enseignements au cœur du stalinisme. C'est l'apogée du système : très haut dans le ciel brille l'astre Staline, accompagné des étoiles Thorez pour la France, François Billoux pour la Provence, « apparatchik » bien oublié aujourd'hui. Bien sûr l'anniversaire de chacun d'entre eux est bruyamment fêté, entre autres le 50 e anniversaire de F. Billoux le 17 mai 1953. Les épouses des « grands hommes », Jeannette Thorez-Vermeersch par exemple, partageant leur charisme, ne se privent pas d'intervenir dans la vie du parti, destituant celui-ci parce que, pendant la guerre, il n'appartenait pas à la bonne organisation de Résistance, rétrogradant tel autre que les électeurs avaient eu le mauvais goût de placer avant le héros local F. Billoux.

Le dernier tiers de l'ouvrage est particulièrement passionnant : il nous montre les différentes formes de sociabilité mises en œuvre par le parti. Il ne possédait pas moins de 39 bars à Marseille en 1948. Outre les réunions de cellules, le parti organise des goûters et des séances récréatives pour les enfants, les personnes âgées, des bals, des arbres de Noël et même des élections de « miss ». Commémorations de la révolution d'Octobre et du Congrès de Tours se succèdent, de même que l'anniversaire de l'Appel du 10 Juillet 1940, appel à la résistance soi disant lancé par le PC à cette date alors qu'il est postérieur. Pour crédibiliser cette imposture un faux numéro de l'Humanité a été réalisé par le PC après la guerre (Voir le dernier ouvrage qui l'évoque : Besse Jean-Pierre, Pennetier Claude, Juin 40, la négociation secrète , Paris, Editions de l'Atelier).

Au cours de cette période de guerre froide, l'exaltation de la « saine » jeunesse soviétique est de rigueur alors que « l'invasion du chewing-gum » et du coca-Cola est dénoncée, le dernier menaçant « notre pastis et nos apéritifs français ». Le puritanisme caractéristique du PC à cette époque, qui amène par exemple M. Thorez à se désolidariser de son camarade Jacques Derogy, journaliste ayant dénoncé les drames de l'avortement clandestin, n'est peut-être pas assez souligné par l'auteur. Dans sa lettre ouverte à Derogy (publiée dans l'Humanité du 2 mai 1956) Thorez n'est pas loin de penser que le « birth control » est une invention de l'impérialisme américain destinée à affaiblir le peuple de France.

Mais ne sont oubliées ni les cérémonies de remise des cartes, ni les obsèques des membres du parti au cours desquelles est mise en place une véritable liturgie funèbre communiste. Tous ces moments sont l'occasion de renforcer les liens entre les membres de la « famille » communiste, autour des valeurs de « fidélité, de probité, de sens des responsabilités ». La fédération communiste des Bouches-du-Rhône intervient aussi dans le champ culturel, commandant des œuvres picturales à des artistes militants ou sympathisants, destinées à exalter la lutte des dockers du port de Marseille (l'une d'entre elles, réalisée par Antoine Serra, proche stylistiquement d'André Fougeron et du réalisme socialiste, est reproduite en couverture). L'histoire du groupe Cinépax, dirigé par le cinéaste communiste Paul Carpita, est rappelé : son film « Le rendez-vous des quais », vite interdit par la censure, a été réalisé grâce à l'aide financière du PC. Bien évidemment les liens entre militants se renforcent aussi par l'action, les manifestations ou les grèves, minutieusement détaillées par l'auteur, des grèves de plus en plus politiques, de plus en plus minoritaires. Le refus de charger des armes pour l'armée française engagée en Indochine ou de décharger les armes venues des Etats-Unis se heurte à une sévère répression. Malgré l'association à cette lutte de celle pour des augmentations de salaires, cette action dure périclite peu à peu au printemps 1950.

Certes les effectifs de la fédération communiste se sont réduits au cours de la période, les mouvements de masse voient leurs effectifs fondre, mais elle garde, durant les années de guerre froide, une capacité d'action importante à Marseille. L'homogénéité d'un noyau de cadres expérimentés l'explique. Cet ouvrage, qui vient à la suite d'un mémoire de DEA consacré par l'auteur aux « Mouvements de dockers (1949-50). Reflet de la Guerre froide et spécificité marseillaise » (1997), constitue une bonne approche du « communisme marseillais » qui, stalinisme oblige, partage bien des caractéristiques avec le communisme hexagonal. Les sources utilisées par l'auteur sont rappelées en fin d'ouvrage, mais regrettons encore une fois l'absence de bibliographie récapitulative.

Salles Jean-Paul.

 

 

Denis MARCELLE, Un couple d'enseignants communistes, 1936-1952, Paris, Harmattan, 2005

" Au soir de ma vie, j'ai accepté de parler ", écrit l'auteure dans ce texte de témoignage. Il ne s'agit pas vraiment d'une réelle autobiographie, de par son caractère partiel tout d'abord. Ensuite, il est moins question d'elle que de son mari, André Blanc. Elle fut mariée à lui, jusqu'à leur divorce en 1952. La cause de leur divorce, selon elle, est à rechercher précisément dans les tracas politiques que le PCF a causé à leur couple.
En effet, mariée à un militant, héros de la résistance, Marcelle Denis fut prise dans les affres du stalinisme. Partie vivre en Croatie après la guerre pour les études de géographie de son mari, leur couple fut impliqué dans la rupture titiste. A l'occasion d'un voyage à Paris, elle fut convoquée par une commission du CC du PCF afin de s'expliquer sur leur installation dans ce " pays fasciste " ; Tito ayant rompu avec le Kominform, la Yougoslavie ne pouvait qu'être un pays réactionnaire. Leur couple ne résista pas à la pression de cette " affaire ". Le milieu enseignant et intellectuel dans lequel ils évoluaient ne les soutint en aucune manière.
Après la rupture avec le Parti, elle et son ex-époux se turent, passant l'éponge sur la lâcheté de leurs amis et relations. Ce récit se lit d'une seule traite. Mais derrière l'histoire de ce couple se lit aussi une autre histoire, celle du sort d'une femme du milieu du XXe siècle. En effet, bien que séparée formellement de son mari, Marcelle Denis continua à lui servir de femme de l'ombre, présente en permanence à ses côtés jusqu'à son suicide final. Une vie au service de, pourrait-on dire, jusqu'à ce livre final pour laver la mémoire souillée de celui qui fut le seul homme de sa vie.

GU

 

Boswell LAIRD, Le communisme rural en France. Le Limousin et la Dordogne de 1920 à 1939 , Limoges, PULIM, 2006, 313 pages, 28 euros. février 2007*

Les Presses universitaires de Limoges publient la thèse soutenue en 1998 par Laird Boswell sur le communisme rural. La traduction française paraît d'autant plus tardive que l'ouvrage n'a pas fait l'objet d'une refonte de son appareil scientifique, bien que depuis 1998, et sous l'effet notamment des propositions de Laird Boswell, les études sur le communisme rural se soient multipliées.

Tel quel, l'ouvrage prend comme cible la cartographie électorale pratiquée par les historiens et politistes français depuis André Siegfried, via François Goguel, Emmanuel Todd. Pour Laird Boswell, celle-ci, lorsqu'elle entend fonder scientifiquement l'intuition de Daniel Halévy sur le gauchissement générationnel des paysans en politique (aïeux montagnards, grands-parents radical-socialistes, parents socialistes, rejetons communistes), procède d'une corrélation par intimidation (p. 61). A le suivre, l'argument d'une tradition « rouge » des campagnes est obscur, il naît scientifiquement de coïncidences cartographiques fortuites (p. 74). En aparté, l'historien anglo-saxon lie l'impasse heuristique dans laquelle s'enfermeraient les tenants de la tradition à la formation des historiens français, inextricablement mêlée à la géographie… En soit, la vigueur de la charge résulte de la confrontation de l'approche anglo-saxonne de l'histoire avec l'histoire politique française, appliquée au communisme. Laird Boswell construit sa démonstration à partir des propositions d'Eric Hobsbawm – qu'il ne cite pas – sur l'invention des traditions (1). Le communisme rural n'est donc pas, dans le cadre géographique de la démonstration, l'héritier des fureurs paysannes du XIX e siècle naguère décrites par Alain Corbin ( Le village des cannibales ). Il n'est pas non plus l'expression d'une politique du peuple que propose de mesurer sur la longue durée Roger Dupuy (2), il n'est pas exactement non plus l'effet d'une politisation des campagnes par la République. Le communisme rural est pour lui l'expression d'une utilisation de l'arène politique pour défendre l'identité paysanne malmenée par la crise des années Trente (p. 288), soit une réaction face à l'immobilisme de l'Etat devant le délitement des sociétés paysannes. L'un des succès des communistes tient ainsi à la manière dont ils se mobilisent pour défendre les agriculteurs saisis par les huissiers, expropriés. Le communisme rural surgit là où les filets des notables et de la religion ne sont plus, ou s'avèrent impropres à défendre la communauté villageoise. L'analyse scalaire fouillée à laquelle se livre Laird Boswell montre alors que le communisme rural prend là où les notables radicaux n'ont pas de raison d'être, dans des zones dominées par l'indifférence religieuse.

Dans cette perspective, le communisme rural dispose de traits spécifiques qui le distinguent du communisme saisi par le haut, par les villes. Il est d'abord construit par des individualités remarquables, comme Marius Vazeilles, militant du Krestintern. La propagande, et l'adhésion, se comprennent dans une société d'interconnaissance, où l'irruption de l'étranger génère la suspicion. Le communisme des champs est ainsi imperméable au communisme des villes ; pour Laird Boswell il est autochtone, quasiment auto-fondé à partir du legs de la SFIO de la Belle époque qui entreprit les campagnes (3). L'auteur renverse ainsi des perspectives canoniques : ce n'est pas la Résistance qui fonde le succès du communisme rural après-guerre, mais son antériorité dans les années Trente. De même, ce n'est pas le syndicalisme paysan qui enfante le communisme au village, mais ce dernier qui nourrit le premier. Au sein de la société villageoise, cette interconnaissance aboutit à des résultats paradoxaux : le meilleur des candidats pour le PCF est rarement le meilleur des militants… La propagande communiste au village repose sur quelques thèmes. Dans le Limousin marqué par le pacifisme de la minorité socialiste de la Grande Guerre elle se nourrit du mythe de la révolution russe, dans l'évidence ambiguë du mot d'ordre  la terre à ceux qui la travaillent . Sur le fond, le communisme rural est d'abord l'expression de petits propriétaires – à l'instar du socialisme de la Belle époque –, il s'intègre à la lutte des petits contre les gros . Pour autant, ces traits s'apparentent peu à la culture républicaine, sinon au prix de leur décontextualisation : pour Laird Boswell, le succès du communisme rural tient d'abord à une identité paysanne qu'il défend face à l'Etat (4).

Il faut donc lire Laird Boswell, nonobstant l'historicité des notes de bas de pages. Il faut le lire puisqu'à sa manière il permet un regard nouveau, non seulement sur le fait communiste, mais sur la pratique de l'histoire politique en France ces vingt dernières années. Laird Boswell, dans un article de 2005, souhaitait reconceptualiser l'histoire du communisme, qu'il juge dans une impasse. La traduction de sa thèse par les Presses universitaires de Limoges participe de cette visée. Il est ainsi plusieurs manières d'entendre l'histoire politique, de sonder la pertinence des concepts de culture, de tempéraments, politiques.

Vincent Chambarlhac

(1) Eric Hobsbawm, Inventing the tradition . L'ouvrage est enfin traduit en français aux éditions Amsterdam (Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), L'invention de la tradition , Paris, Amsterdam, 2006).

(2) Roger Dupuy, La politique du peuple , Paris, Albin Michel, collection « Evolution de l'Humanité », 2002.

(3) Vincent Chambarlhac et alii, Histoire documentaire du parti socialiste , tome 1, L'entreprise socialiste (1905-1920) , Dijon, EUD, 2005.

(4) Ma lecture de Laird Boswell diffère ainsi de celle d'Edouard Lynch, Édouard Lynch, « Laird BOSWELL, Rural Communism in France, 1920-1939 , Itahca/Londres, Cornell University Press, 1998, 266 p. », Ruralia [En ligne],1999-05 - Varia,. Mis en ligne le : 25 janvier 2005. Disponible sur : http://ruralia.revues.org/document131.html. Référence du 2 décembre 2006.

 

Marie Claire LAVABRE, François PLATONE, que reste-t-il du PCF ?, Paris, Autrement, avril 2003, 158 p, 13 euros.

Tous deux chercheurs au centre d'études de la vie politique française, M. C. Lavabre (1) et F. Platone nous offrent un ouvrage s'articulant autour de deux grands axes.
Descriptifs dans un premier temps, nos deux auteurs établissent un état des lieux du PCF en soutenant la thèse que son organisation, désirant évoluer en signe d'adaptation à son environnement, s'est finalement compromis en annihilant ses propres capacités d'action. Analyse historique d'abord, le PCF, au fil de ses congrès nationaux, se lie progressivement d'amitié avec la démocratie abandonnant le modèle passé ayant prévalu pendant plus d'un demi siècle. Par le prisme sociologique ensuite, le PCF autrefois ouvrier, jeune et actif est aujourd'hui un parti vieillissant et perdant de sa prépondérance ouvrière. On assiste à la disparition progressive du phénomène de " contre société ", le PCF devenant le parti politique le plus représentatif de la société française par sa composition sociale. Au pied du mur, à vouloir s'adapter systématiquement à son environnement, l'organisation abandonne ses propres valeurs, qu'elles soient gênantes (le centralisme démocratique), singulières (l'ouvriérisation du parti), ou tribunitiennes (le parti de la classe ouvrière) ; un certain nombre de principes qui autrefois faisaient alors sa force.
Cette argumentation construite, Lavabre et Platone s'emploient ensuite à définir les causes pour en donner les " remèdes " ! Entre explications exogènes (évolution de la société, effondrement des régimes socialistes, évolution des modes de scrutin) et endogènes (loyauté à l'égard de l'Union Soviétique, stratégie d'alliance floue avec les socialistes, luttes internes et épurations périodiques), nos deux auteurs exposent les " recettes " pour une éventuelle reconstruction du PCF ou au moins de sa spécificité. Que reste-t-il du PCF ? à quoi sert le PCF ? telles seraient les variables redéfinies dans ce livre. Contre l'idée communément admise du déclin, et comparé aux autres forces politiques (excepté l'extrême gauche !), le PCF garde des atouts pour rebondir. Il ne va pas si mal en terme d'adhésion, son implantation locale est enviable, il reste une clé indispensable à une majorité de gauche… il ne lui manque alors plus qu'à trouver des espaces politiques, idéologiques et sociaux à investir.
Sorte d'état des lieux, où le politique déborde parfois sur l'étude scientifique, ce petit livre reste à lire pour qui cherche à mieux comprendre le PCF de ces trente dernières années. On peut regretter l'absence d'une analyse comparative des groupes politiques d'extrême gauche, alternatif à un PCF en perte de réaction.

(1) Marie Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, FNSP, 1994.

Hervé Chalton.

 

Dominique LEJEUNE, La peur du " rouge " en France - Des partageux aux gauchistes, collection " Histoire et société - Temps présents ", Belin, Paris, 2003, 304 pages, 19,90 Euros

Dominique Lejeune, auteur de divers manuels pour étudiants et spécialisé plus particulièrement dans l'histoire de la France durant la seconde moitié du XIXe siècle, propose ici une synthèse sur un sujet particulièrement intéressant, déjà partiellement exploré par Jean-Jacques Becker et Serge Berstein avec leur premier volume de l'Histoire de l'anticommunisme en France, ou pour la Belgique par l'ouvrage collectif La peur du rouge, dirigé par Pascal Delwit et José Gotovitch. A la différence de cet ouvrage, plus resserré et portant sur la période 1917-1940, l'étude de Dominique Lejeune veut embrasser l'ensemble du XIXe et du XXe siècle, en se limitant seulement au cadre français.
Partant de l'apparition du terme péjoratif de rouge en 1834, qu'il lie à la séparation croissante alors en train de s'opérer entre patrons et ouvriers, il constate l'évolution de ceux qu'il désigne, démocrates socialistes pré-radicaux à l'époque de la IIème République, révolutionnaires ouvriers sous le Second Empire et lors de la Commune, anarchistes, socialistes et syndicalistes à l'orée du XXème siècle… A plusieurs reprises, l'auteur insiste sur les conséquences de cette peur parfois panique parmi les classes dirigeantes, du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte au " délire verbal " des Versaillais, démontrant bien le rôle essentiel de cette angoisse dans l'évolution de la société française, entre autres.
Néanmoins, cette étude transversale ne remplit pas toutes les promesses que l'on pouvait placer en elle : les analyses sont souvent partielles, voire superficielles ; des répétitions semblent témoigner d'un résultat insuffisamment relu ; le plan choisi n'évite pas certaines coupures pour le moins surprenantes (le chapitre 3 de la deuxième partie va ainsi de 1890 à 1920, sans mettre assez en valeur la coupure de 1917) ; enfin, à partir de l'apparition du PCF en France, l'accent se porte au moins autant sur la peur du rouge que sur la description de l'univers communiste ; au contraire, la période post-68 est survolée de manière très généraliste, sans véritable axes directeurs. De plus, si la peur du rouge a bien évolué, elle n'en existe pas moins toujours aujourd'hui, contrairement à la sous-estimation de l'auteur . Le sujet reste donc encore à approfondir.

Jean-Guillaume Lanuque.

 

 

Roland LEROY (dir.), Un siècle d'Humanité 1904-2004, Paris, Le Cherche Midi, 2004, 466 p, 18 euros.

C'est le 18 avril 1904 que naît le journal L'Humanité fondé par Jean Jaurès, 4 pages vendues 5 centimes à l'aube du siècle, ayant pour objectif de " donner à toutes les intelligences le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde ". Aujourd'hui tenu par le " capitalisme " tant fustigé, organe du PCF après le congrès de Tours en 1920, le quotidien fût longtemps l'un des instruments de propagande du parti communiste avec ses moments fastes, de clandestinité, d'affection ou de détachement du lecteur. En somme 100 ans d'histoire commémorés par cet ouvrage dirigé et préfacé par R. Leroy, ancien directeur de L'Huma.
Il s'agit donc d'une sélection d'articles, découpés annuellement et précédés d'un chapeau rappelant au fil des ans les évènements marquants, qu'ils soient rattachés au mouvement communiste comme à la vie politique, sociale et culturelle du 20e siècle. Comme le souligne bien R. Leroy, le choix des articles " inévitablement arbitraire " n'en est pas moins affecté d'un certain subjectivisme selon les décennies. On a plaisir à découvrir certains écrits, singuliers et lourds de symboles, d'épisodes mis en lumière et parfois oubliés. On peut néanmoins s'interroger sur l'absence d'articles de grands dirigeants communistes, rédacteurs assidus - Barbé, Celor, Doriot, Ferrat ou même Marty - cadres politiques épurés au " grandes " heures du stalinisme ! Cette manière de relire L'Humanité, organe officiel du PCF, support idéologique et instrument de propagande, ne reflète pas toujours l'orientation politique menée par le parti et contrôlée par Moscou. Est par exemple substituée au reflet de la ligne classe contre classe (1928-1934), une ligne jugée unitaire dès janvier 1933 (1), on a parfois l'image d'un quotidien véritablement inséré dans la vie politique nationale, fort d'une tradition française, idéologiquement et organisationnellement indépendant.
Les pages défilant, on se réjouit pourtant de retrouver tour à tour de grandes plumes littéraires - Anatole France, Eluard, Aragon, Triolet… - d'illustres acteurs politiques - Blum, Cachin, Thorez… - ayant jalonnés l'histoire du journal comme celle du parti communiste, indéniablement lié l'un à l'autre durant plus d'un demi siècle. Ouvrage de commémoration (2), ces 500 pages pour 100 ans d'histoire donnent à relire le 20e siècle autrement et à un prix tout de même confortable.

(1) " 1933 […] le parti communiste propose l'action commune aux socialistes " (p. 140). Cette affirmation fait alors planer le doute sur l'orientation prise par le PCF qui en février, suite aux remontrances de Moscou, abandonne ce choix opportuniste. Cette ligne n'est véritablement adoptée qu'en mai 1934.
(2) Voir également l'ouvrage illustré de Bernard Chambaz, L'Humanité 1904-2004. Cent ans d'histoire du journal communiste, Paris, Seuil, avril 2004, 368 p.

Hervé Chalton.

 

 

Laurent MARIE, Le cinéma est à nous. Le PCF et le cinéma français de la Libération à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2005, 363 p, 31 euros. octobre 2006*

En détournant le titre du film de Jean Renoir de 1936, La vie est à nous, l’historien Laurent Marie place d’emblée son ouvrage dans une double filiation, celle du communisme (parents militants et passage dans les rangs des Jeunesses communistes pour lui-même) et celle des salles obscures, délaissées par ses parents par manque de temps mais qu’il fréquenta, lui, assidûment. Cet ouvrage est issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2000, ce qui semble plutôt banal dans le monde des éditions publiant des travaux universitaires, sauf qu’à l’origine cette thèse fut rédigée en anglais et soutenue à l’Université de Warwick (Coventry, Royaume-Uni), puis ensuite traduite en français, et là, de la part d’un Français, c’est déjà plus inhabituel ! Egalement inhabituel est le fait de prendre les rapports entre le communisme et le cinéma comme « interlocuteur principal » d’une recherche, même si quelques balises jalonnent déjà ce domaine, articles ou communications, d’ailleurs, plus souvent que travaux de synthèse. On se bornera ici à citer, puisque ce n’est pas notre propos de tracer un bilan historiographique de ce champ d’études, quelques recherches comme par exemple celles de Tangui Perron qui intègrent les productions communistes dans l’ensemble plus vaste du « cinéma ouvrier » ou du « cinéma militant », celles sur les réalisateurs Louis Daquin, Jean-Paul Le Chanois ou sur le longtemps censuré et occulté Paul Carpita, de Olivier Barrot sur L’Ecran français, revue de cinéma liée au Parti communiste, de Patricia Hubert-Lacombe sur les répercussions de la guerre froide dans le cinéma français, sans omettre les différentes interprétations à propos des fameux accords Blum-Byrnes du 28 mai 1946, prémices d’une guerre froide culturelle en gestation.
A travers une approche chronologico-thématique, Laurent Marie se charge de « mettre en lumière le rapport dialectique entre politique et critique cinématographiques » (p. 11) de la Libération – moment où le Parti communiste, force politique incontournable, décide de surveiller très scrupuleusement et très jalousement le cinéma hexagonal – à nos jours, alors que ce même parti se retrouve quasi marginalisé, du moins sur le plan électoral. Trois axes structurent donc cette approche: Quel est le type de cinéma préconisé et privilégié par le Parti ? Quelle est l’évolution idéologique des positions de la critique cinématographique ? Que ressort-il de la confrontation entre les deux discours, politiques et cinématographiques ? Ont été écartés de la recherche de Laurent Marie les productions cinématographiques du Parti communiste ainsi que les représentations du communisme par le cinéma: avis à de futurs chercheurs ! Les sources utilisées sont, outre les différents organes de presse du Parti qui répercutent les décisions des dirigeants et qui impulsent toutes les campagnes idéologiques – en tenant compte toutefois du fait que L’Humanité ne possède pas les mêmes fonctions que France nouvelle ou bien sûr L’Ecran français –, les archives de la direction du PCF, ainsi que des archives privées, comme par exemple celles de Georges Sadoul, Jean-Paul Le Chanois ou Gérard Philippe.
Né à la toute fin du XIXe siècle, le cinématographe, devenu, à l’époque du capitalisme hégémonique, tout à la fois un « art » (le 7e suivant la formule consacrée), une industrie culturelle, un média de masse et donc un puissant vecteur idéologique, ne pouvait pas ne pas être l’objet d’une certaine attention de la part d’organisations révolutionnaires. Même si sa fonction propagandiste ne fut pas si aisée à être acceptée, d’une part, puis à se mettre en place, d’autre part, la révolution bolchevique en 1917 en Russie – référence commune à plusieurs générations de militants marxistes, orthodoxes ou dissidents – contribua fortement à le faire admettre, et pas seulement parce que Lénine aurait prophétisé que « de tous les arts, le plus important (…) c’est l’art cinématographique ». Délaissant la période de l’entre-deux-guerres, encore insuffisamment propice à ses yeux pour une mise en perspective satisfaisante du communisme français et des productions nationales, Laurent Marie s’attache donc dans cet ouvrage à retracer tous les épisodes majeurs de cette histoire, privilégiant néanmoins les années de la Libération et de la guerre froide, sans pour autant négliger, bien sûr les décennies suivantes. En effet, sur les dix chapitres que compte cette étude, il s’en trouve quatre (de la page 17 aux pages 133, soit environ 1/3 du total) qui traitent des différents événements attachés à la décennie des « galopantes années cinquante », pour reprendre ici l’expression de Dominique Desanti. Il est vrai qu’entre l’épuration, la bataille pour un cinéma français indépendant et le contrôle de ses structures, la lutte contre les accords Blum-Byrnes avec le Comité de défense du cinéma français (fondé le 19 décembre 1947 par la CGT et le PCF), les campagnes contre la « domestication des écrans » français par les Etats-Unis et contre la « chasse aux Rouges » à Hollywood, avec, en contre point, l’éloge appuy&eacut