- Prosper ALFARIC, Jésus a-t-il existé ?, Paris, Coda, 2005, 324 pages, 25 euros.

- Jocelyn BEZECOURT et Gérard DA SILVA, Contre Benoît XVI. Le Vatican, ennemi des libertés , Paris, Syllepse, 2006, 224 p., 15 €

- Jacques BOUVERESSE, Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi , Marseille, Agone, collection Banc d'essais, 2007, 288 p., 24 €

- Paul C. BRUNO, Débaptisez-moi, pour l'amour de Dieu ! , Québec, Louise Courteau éditrice, 2006, 704 pages, 30 €

- Guillaume DOIZY / Jean-Bernard LALAUX, Et Dieu créa le rire ! Satires et caricatures de la Bible , Paris, Editions alternatives, 2006, 128 pages, 25 euros

- Guillaume DOIZY, Jean-Bernard LALAUX, A bas la calotte ! La caricature anticléricale et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Paris, Ed. Alternatives, 2005, 159 p.

- Guy DUCORNET, Surréalisme et Athéisme. « A la niche les glapisseurs de dieu ! » , Ginkgo éditeur, 2007, 264 pages, 13 euros

- Eve DUPERRAY (sous la direction de), 1905-2005 ou les Lumières voilées. La laïcité en question , Paris, Beauchesne, 2006, 166 pages, 21 €

- Bruno DURIEZ, Etienne FOUILLOUX, Denis PELLETIER, Nathalie VIET-DEPAULE, ss. dir., Les catholiques dans la République, 1905-2005, Paris, Atelier, 2005

- Cyrille GALLION, La peste monothéiste , Paris, Les éditions libertaires, 2007, 144 pages, 12 euros

- La Gloire des athées. Textes rationalistes et antireligieux de l’Antiquité à nos jours, anthologie, les nuits rouges, Paris, 2005, 648 pages, 23 euros.

- Jean-Paul GOUTEUX, La foi : une histoire culturelle du mal. En danger de croire, Paris, L'Harmattan, collection « Questions contemporaines », 1998, 144 pages.

- Jean-Paul GOUTEUX, Apologie du blasphème. En danger de croire , Paris, Syllepse, collection Utopie critique, 2006, 240 pages, 19 euros, préface de Marc Silberstein

- Michel GOZARD, Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’Histoire, Paris, Publibook, 2003, 306 pages, 25 euros.

- Rosa LUXEMBURG, Jean JAURES, Eglises et socialisme , Paris, Spartacus, 2006, 64 pages, 6 €

- Benoît MELY, De la séparation des Eglises et de l'Ecole. Mise en perspective historique. Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Lausanne, Editions Page deux, collection " Cahiers libres ", 2004, 718 pages, 43 €.

- Michel ONFRAY, Le christianisme hédoniste. Contre-histoire de la philosophie 2 , Paris, Grasset, 2006, 352 pages, 20,90 euros

- Michel ONFRAY, Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique , Paris, Grasset, 2005, 320 pages, 6,50 euros (édition du Livre de Poche)

- Paroles anticléricales, illustrées par Mareos Carrasquer, Saint Georges d’Oléron, Editions libertaires, 2005

 

 

 

Prosper ALFARIC, Jésus a-t-il existé ?, Paris, Coda, 2005, 324 pages, 25 euros.

Cet ouvrage n’est pas à proprement parler une véritable nouveauté, dans la mesure où son auteur est mort en 1955. A l’initiative de Michel Onfray, auteur d’un médiatique Traité d’athéologie, qui se fend ici de la préface, et de l’Union rationaliste, plusieurs des textes de cet érudit sont réédités, pour notre plus grand plaisir, d’autant qu’il s’agit d’une œuvre quasiment introuvable aujourd’hui. Prosper Alfaric, qui naquit en 1876, est en effet un ancien prêtre, qui par sa démarche intellectuelle rompit avec la foi pour devenir professeur d’histoire des religions à l’université de Strasbourg. Membre actif de la Ligue de l’enseignement puis de l’Union rationaliste, il s’intéressa tout particulièrement au problème de l’existence de Jésus, ce qui l’amena d’une position postulant la réalité d’un Jésus historique à la thèse de son inexistence. Ce volume rassemble donc plusieurs conférences abordant divers grands thèmes de l’histoire des premiers siècles du christianisme.
Dans « Les origines sociales du christianisme », il propose une grille d’analyse quasiment marxiste, qualifiant les sadducéens d’aristocrates juifs, les pharisiens de bourgeois et les zélotes de prolétaires nationalistes, tandis que les esséniens sont des prolétaires mystiques ! Avec « Le problème de Jésus », il recense les divers documents existant, en particulier les écrits du juif romanisé Flavius Josephe et les textes canoniques, en les soumettant à une critique impitoyable afin d’y débusquer les retouches postérieures à leurs dates de rédaction premières. Il dévoile ce faisant un véritable travail de révisionnisme de la part des chrétiens des premiers siècles, visant à faire accroire à l’existence réelle d’un messie purement spirituel, similaire aux figures d’autres religions désormais considérées comme de purs mythes. Solidement argumenté, son exposé se révèle relativement convaincant, hissant la thèse de l’inexistence de Jésus au rang d’hypothèse aussi valable qu’une autre. Selon lui, la naissance du Jésus historique puise à des sources païennes (les cultes antiques d’Osiris, d’Attis ou de Mithra), juives (l’attente du messie, le libérateur de la Palestine) et esséniennes (la figure du messie abstinent, pacifique et adepte de la pauvreté). Un texte inédit, « Les manuscrits de la Mer Morte », lui sert d’appui supplémentaire à la démonstration de cette filiation directe entre essénisme et christianisme. Pour appuyer davantage encore sa thèse, il compare Jésus au personnage de Simon le magicien, qui fut, semble-t-il, un messie semblable, fils de Dieu, ayant lui aussi son évangile, exécutant ses miracles, vivant sa passion et montant au ciel ; son analyse fine des textes polémiques contre le dit Simon se révèle fort intéressante, même si ses déductions peuvent ne pas faire l’unanimité.
Dans la continuité de ce travail de démythification, Prosper Alfaric s’attaque également au mythe de Marie, une mère vierge qui initialement n’existait pas, et qui selon lui fut créée pour contrer les thèses anti-juives de Marcion au milieu du IIème siècle. Poursuivant sur ce thème, il s’intéresse également à l’assomption de Marie, à l’histoire des papes dont il brosse un résumé jusqu’au XIème siècle, qui confirme la dimension pleinement humaine des affaires religieuses (bien qu’on puisse regretter l’absence de la seconde partie de cette brève histoire de la papauté), et fournit aussi une présentation de l’excommunication, retraçant son essor au Moyen Age central puis son déclin jusqu’à nos jours, jusqu’à un démontage en règle de la prétendue vision de la Vierge survenue à Fatima au Portugal en 1917 à l’aide d’une analyse solide. On restera par contre plus dubitatif vis-à-vis du texte « Dieu existe-t-il ? », dont les arguments en faveur de l’athéisme apparaissent un peu courts.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Jocelyn BEZECOURT et Gérard DA SILVA, Contre Benoît XVI. Le Vatican, ennemi des libertés , Paris, Syllepse, 2006, 224 p., 15 €. septembre 2007*

Dans la foulée de ses nombreuses publications sur les matérialismes, du livre de Jean Rocchi sur Giordano Bruno ou des actes du colloque sur le centenaire de la loi de séparation des églises et de l'Etat, Syllepse a publié coup sur coup deux ouvrages anticléricaux, l' Apologie du blasphème (également chroniqué sur notre site) et ce Contre Benoît XVI , au contenu aussi impitoyable que sa couverture. En s'efforçant toujours de citer des textes émanant du pape actuel, ou du cardinal qu'il était auparavant, voire de certains de ses prédécesseurs, les deux auteurs mènent une attaque de l'Eglise catholique sous tous les angles. Certains thèmes sont connus, comme cette fidélité au dogme qui justifie la limitation de certaines libertés, celle de ne pas croire, celle de s'exprimer en toute licence, celle de divorcer ou d'avorter, celle de choisir sa mort, etc… D'autres ont désormais acquis une pertinence troublante, tel ce chapitre qui rappelle la satisfaction de la frange la plus extrêmement à droite de l'Eglise lors de l'élection de Benoît XVI, anticipant sur les tendances intégristes qu'il a récemment manifestées. Plus intéressants encore sont les développements sur le soutien implicite du Vatican au capitalisme (avec la condamnation subséquente de la Théologie de la libération) et la critique de la subsidiarité, principe qui s'est infiltré jusque dans les plus hautes sphères de l'Union européenne et dont la Libre pensée a fait un de ses chevaux de bataille. De même, la remise en cause insidieuse de la laïcité véritable par Benoît XVI ou la réactualisation de la tradition antisémite de l'Eglise sont plutôt solidement argumentées, tandis que l'analyse de la promotion de la figure de la Vierge Marie depuis le XIXème siècle, avec ce qu'elle véhicule comme idéologie « libérale-communautariste », s'avère à la fois stimulante et questionnante. Un tel ouvrage risque cependant de ne séduire que les convaincus d'avance, sans être lus par les catholiques, les premiers qui auraient besoin d'être sevrés.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Jacques BOUVERESSE, Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi , Marseille, Agone, collection Banc d'essais, 2007, 288 p., 24 €. septembre 2007*

Loin d'être un énième pamphlet contre les religions monothéistes ou un manifeste en faveur de l'athéisme, le nouveau livre de Jacques Bouveresse est en réalité un essai philosophique, dans lequel l'auteur engage la discussion avec d'autres penseurs, tels que Nietzsche, Renan, Freud, Debray ou Musil, au sujet de la notion de foi. Il évoque aussi Russell, dont l'argumentation contre le communisme vu comme une nouvelle religion, telle que Bouveresse la présente, manque singulièrement de pertinence. Partant du post modernisme si en vogue actuellement, Bouveresse critique la philosophie pragmatiste et le relativisme à l'égard de la science qu'il défend, la tendance à ne plus viser des vérités absolues mais seulement relatives. Plutôt que d'un retour du religieux, il préfère parler d'une offensive actuelle des pouvoirs religieux, qui profitent d'un affaiblissement du rationalisme pour le moins problématique, ainsi que de la volonté de se réfugier, pour bien des gens, dans une morale religieuse conçue comme une réponse à la perte de sens. Paradoxalement, il souligne que le regain de religiosité s'observe surtout chez ceux qui étaient a priori le moins pourvus de croyance religieuse, et dénonce le manque de respect dont souffrent surtout les agnostiques et les athées. Il en profite pour égratigner au passage un Ernest Renan, défenseur d'une religion naturelle, lui-même se gardant de toute attitude de croyance non profondément réfléchie. Enfin, il défend une définition de la religion plus précise que celle de certains critiques du laïcisme, stigmatisé comme une religion alternative, par exemple. Plus généralement, Jacques Bouveresse semble, bien que non croyant, favorable à la tolérance vis-à-vis de toutes les religions, estimant de surcroît que ces dernières l'ont désormais intégrée de manière définitive, ce dont on peut à bon droit douter (voir par exemple sur ce site les livres de Jean-Paul Gouteux, En danger de croire ). De cet ouvrage, qui compile un certain nombre d'articles, on regrettera une certaine abstraction qui rend le propos pour le moins exigeant, et une tendance à égrener les réflexions au fil de la plume. On ne le conseillera donc qu'aux amateurs éclairés du genre.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Paul C. BRUNO, Débaptisez-moi, pour l'amour de Dieu ! , Québec, Louise Courteau éditrice, 2006, 704 pages, 30 €. septembre 2007*

Ce copieux ouvrage est l'œuvre d'un autodidacte qui, tel un nouveau Voltaire mais sans le style, s'attaque à l'Eglise catholique et à ses dogmes tout en étant lui-même déiste, adepte de la téléologie et croyant en l'immortalité de l'âme. Son propos est majoritairement vulgarisateur, et son désir de traiter de tous les aspects du catholicisme l'entraîne soit à des oublis (sa bibliographie est en particulier fort lacunaire), soit à des erreurs qui apparaissent grossières pour des familiers de l'histoire (la naissance supposée de Jésus placée en l'an 0, ou la mention à deux reprises de Mussolini et ses communistes !).

Cela ne l'empêche pas de traquer sans pitié toutes les contradictions des Evangiles canoniques, et alors qu'il constate que les preuves indubitables de l'existence de Jésus sont inexistantes, il émet l'hypothèse que le Jésus historique aurait simulé sa mort pour mieux faire croire à sa résurrection ! De même, ayant souligné tout ce que les Evangiles ont de fabriqué à posteriori, il tente – naïvement - de retrouver le « vrai » message de Jésus, vision hautement subjective, voire d'emblée vouée à l'échec. D'autant que son choix d'un Jésus empreint d'amour sur terre entre en contradiction avec celui d'un Jésus mystificateur de sa propre mort… Par la suite, l'auteur s'efforce de démonter l'ensemble des dogmes de l'Eglise catholique, soulignant leur construction progressive au fil de l'histoire ainsi que leur large part d'emprunt aux antécédents païens. De même, il insiste sur la dimension totalitaire de cette institution, revenant à la fois sur les massacres opérés au nom du Dieu catholique tout au long des siècles et sur les rigidités sectaires du clergé lui-même. Enfin, il confronte les positions de l'Eglise sur différents thèmes (démocratie, sexualité…) pour en conclure à la déconnexion complète d'un discours dogmatique et de la réalité du monde actuel.

Pourtant, aussi efficace que puisse être sa démonstration, elle perd sans doute de sa force en se consacrant quasi exclusivement au catholicisme, même si des piques sont de temps en temps adressées aux autres confessions. On se retrouve donc avec une compilation qui peut être utile, mais que le caractère incomplet et les faiblesses du raisonnement (son discours anticlérical va ainsi de pair avec un refus de prendre position dans le combat laïc) empêchent clairement de devenir une somme de référence.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Guillaume DOIZY / Jean-Bernard LALAUX, Et Dieu créa le rire ! Satires et caricatures de la Bible , Paris, Editions alternatives, 2006, 128 pages, 25 euros. septembre 2007*

Déjà auteurs d'un savoureux A bas la calotte ! La caricature anticléricale et la séparation de l'Eglise et de l'Etat (chroniqué sur ce site), Guillaume Doizy et Jean-Bernard Lalaux proposent avec ce bel ouvrage une plongée dans l'univers de la dérision anticléricale, en se fixant comme bornes chronologiques le XVIIIème siècle de Voltaire et les années 1930. Des bornes assez artificielles, au demeurant, dans la mesure où l'essentiel des documents datent de la seconde moitié du XIXème et du début du XXème, sans parler du caractère quelque peu arbitraire de clore l'anthologie à la veille de la Seconde Guerre mondiale. D'autant que dans leur intéressant article de synthèse qui ouvre le livre, les auteurs brossent un tableau de l'utilisation du rire contre les religions qui court jusqu'à aujourd'hui. Il n'en demeure pas moins que le recensement réalisé de textes et d'illustrations (toutes explicitées par des légendes bien fournies) est d'une grande richesse, et d'une belle qualité formelle. La cible privilégiée des caricaturistes est presque uniquement l'Ancien testament, la figure de Jésus étant peut-être encore largement respectée (à moins qu'il ne s'agisse plutôt d'un choix sélectif des anthologistes), celle de Mahomet n'étant traité qu'occasionnellement, européocentrisme oblige. Notons toutefois que les extraits de livres libres penseurs, telle La Bible comique de Beausapin (1883), fréquemment citée, férus de jeux de mots, ont souvent mieux vieilli que les dessins, dont l'audace, qui peut sembler limitée, est à remettre en perspective avec les mentalités et la législation de la Belle Epoque. De telles audaces ont en tout cas joué un rôle indéniable dans la laïcisation progressive des esprits, ainsi que le rappellent fort justement Doizy et Lalaux.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Guillaume DOIZY, Jean-Bernard LALAUX, A bas la calotte ! La caricature anticléricale et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Paris, Ed. Alternatives, 2005, 159 p.

En cette année de célébration du centenaire de la loi de 1905, voilà un ouvrage qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat, avec une belle vigueur. Selon ses auteurs, ce livre, largement illustré, est le premier consacré à la caricature anticléricale depuis 1906. Autant dire un évènement. Les deux complices, l’un (Guillaume Doizy) spécialiste de la caricature, préparant d’ailleurs une thèse sur ce sujet, et l’autre (Jean-Bernard Lalaux) ancien vice-président de la Libre pensée, ne cachent pas leur intention militante avec cet ouvrage : « L’Eglise et son rôle néfaste sur la société sont loin d’avoir disparus. C’est sans doute pourquoi les caricatures anticléricales de la Belle Epoque que nous avons commentées tout au long de ce livre, impertinentes et souvent drôles, semblent si vivantes et rappellent que la lutte contre les obscurantismes reste plus que jamais d’actualité » (p. 154). Le ton est donné. On ne trouvera pas sous leur plume un commentaire tiède et balancé sur cette histoire, mais une œuvre au vitriol. Disons le franchement, l’intérêt premier de ce livre ne réside pas dans le texte d’accompagnement, même si l’introduction présente fort bien les antécédents des luttes anti-religieuses, mais dans la richesse des illustrations. On a de la peine aujourd’hui à se représenter la violence et la haine qui existaient au sein du camp républicain et socialiste à l’égard de l’Eglise et de la religion. Les images de toute nature, essentiellement du dessin de presse, démontrent, s’il en était besoin, la nature de ce ressentiment. Curés pétomanes, bonnes sœurs licencieuses, archevêques cupides, moines obèses, ecclésiastiques pornographes (étonnamment, le sodomite nous est épargné), alcooliques, coprophages, pédérastes, jouisseurs, pas une figure de la dépravation n’épargne les représentants de l’Eglise. Une multitude de titres (Le Grelot, La Calotte, Les Corbeaux, L’Assiette au beurre, La Lanterne, etc.), de romans, de paroles de chansons, d’affiches se font fort de dénoncer l’emprise de l’Eglise sur la société. La trivialité et la hargne teintent de nombreuses illustrations. Rabelais est passé par là. La caricature animalise le prélat sous les traits de différents animaux : le corbeau évidemment, le cancrelat bien sûr, mais aussi l’âne, le porc, le hibou, la pieuvre, l’araignée, la chouette, la chèvre, bref toute les figures de la répulsion. On peut regretter dans ce pandémonium que la caricature socialiste, plus spécifiquement antireligieuse ou athée, ainsi que le rôle qu’elle joue dans la propagande, sans être négligés totalement, ne soient pas présentés plus spécifiquement. Ajoutons également qu’une bibliographie aurait enrichi l’ouvrage. De même, le perfectionniste eût aimé avoir des précisions sur l’origine de nombre de reproductions, dont la seule caractéristique commune est de faire partie de la collection privée des auteurs. Mais qu’à cela ne tienne, le lecteur appréciera la chute de cette exposition en constatant que, de nos jours, la caricature anticléricale n’a rien perdu de son caractère corrosif, avec des journaux comme le Canard enchaîné ou Charlie hebdo. On ne résistera pas à citer en guise d’hommage ultime à ce passionnant ouvrage une « Une » récente de Charlie Hebdo qui, au moment de l’agonie de Jean-Paul II n’hésitait pas à titrer : « Le Pape va mieux : il a canonisé deux yaourts ». Ite missa est !

Georges Ubbiali

 

Guy DUCORNET, Surréalisme et Athéisme. « A la niche les glapisseurs de dieu ! » , Ginkgo éditeur, 2007, 264 pages, 13 euros. septembre 2007*

Avec cet ouvrage, Ducornet rejoint les préoccupations de Dissidences, puisqu'il fustige la récupération d'un surréalisme inoffensif, préférant remettre en lumière un de ses aspects les plus révolutionnaires, la lutte antireligieuse. Ce faisant, il tient à replacer Breton à la place qu'il mérite dans l'histoire de l'athéisme. Dans cette optique, il rappelle d'abord les antécédents de ce combat, des libres penseurs aux premiers communards de la Grande Révolution, en passant par toutes les victimes des fanatismes religieux. Au-delà de ce catalogue un peu trop varié, il expose les formes de l'offensive surréaliste, un anticléricalisme primaire totalement revendiqué, qui se sert d'un humour à la fois outrancier et traditionnel en France, à grands coups d'insultes ou d'allusions scabreuses (« Dieu est un porc », Breton, 1928), dont plusieurs exemples écrits ou iconographiques sont exposés. Derrière cette hostilité fondamentale à toutes les religions, on trouve un athéisme particulier, hédoniste mais aussi séduit par l'ésotérisme et le sacré, le merveilleux. Vers le milieu du livre, Guy Ducornet a choisi de reproduire l'intégralité d'un tract surréaliste de 1948, dont le sous-titre de l'ouvrage reprend justement l'intitulé (1). Le jugeant fondamental et surtout plus que jamais d'actualité, il l'a fait resigner par un certain nombre de personnalités et le propose même traduit en neuf langues (une annexe tellement consistante qu'elle aurait sans doute davantage trouvé sa place sur Internet). Au final, une étude historique non exhaustive, mais intéressante. Regrettons toutefois que certaines illustrations soient parfois placées sans lien explicite avec le texte environnant…

Jean-Guillaume Lanuque

(1) Celui qui a trouvé le titre de ce tract est Charles Duits, également connu en littérature pour avoir signé plusieurs romans de science-fiction, dont le réputé Ptah Hotep en 1971. Ce qui nous donne l'occasion de reprendre Ducornet lorsqu'au détour d'un passage, il semble résumer la science-fiction française de l'après-guerre aux délires du Matin des magiciens de Pauwels et Bergier…

 

Eve DUPERRAY (sous la direction de), 1905-2005 ou les Lumières voilées. La laïcité en question , Paris, Beauchesne, 2006, 166 pages, 21 €. septembre 2007*

Avec un décalage d'une année et demie, les éditions Beauchesne publient les actes du colloque tenu le 1 er octobre 2005 à Avignon, sur le thème de la laïcité, en lien avec le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Une dizaine de contributions figurent ici. A leur lecture, on mesure tout ce que cette notion véhicule encore comme divergences d'interprétation et même comme passions.

Si les textes de Jean-Paul Scot et de Jean-Marc Schiappa reviennent sur l'historique de cette loi, le premier par un recours au temps long, le second en valorisant le rôle de la Libre pensée dans ce combat, ceux d'autres intervenants s'intéressent davantage à l'actualité de la question laïque. Tandis que Bruno Etienne s'efforce d'apporter un éclairage nuancé sur ce qu'il appelle un « mythe fondateur de l'imaginaire français », en soulignant toutes les contradictions que la loi de 1905 a engendrées, et que d'autres insistent sur sa valeur de compromis permettant la pacification entre Français, certains s'interrogent sur la nécessité de la faire évoluer. Ainsi, Mohamed-Chérif Ferjani, tout en défendant le caractère universel de cette laïcité née en France, tend à désapprouver l'interdiction du voile musulman à l'école. Ainsi, Henri Pena-Ruiz qui, en plus de se fendre de la définition la plus synthétique de la laïcité créée par la loi de 1905 (« (…) union indissoluble de la liberté de conscience, de l'égalité sans hiérarchie des options spirituelles et de l'universalité de la sphère publique dévolue au seul bien commun  », p.64), se place en porte à faux vis-à-vis de Sarkozy en refusant le financement de la construction de mosquées par l'Etat. Ainsi, enfin, Yves-Charles Zarka, qui, tout en exprimant la nécessité pour l'islam de connaître un processus d'intégration à la République similaire à celui que connut le catholicisme, estime indispensable de lui attribuer des lieux de culte par le biais de l'Etat.

Néanmoins, en se centrant souvent sur l'islam, ces contributions les plus contemporaines négligent un certain nombre d'autres questions cruciales, seulement survolées, telles, par exemple, la place de l'athéisme dans l'expression spirituelle accordée sur la télévision publique, la survivance du Concordat en Alsace-Moselle ou le sujet sensible du financement d'écoles confessionnelles sur fonds publics… De quoi poursuivre des débats qui ne sont ici qu'entamés.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Bruno DURIEZ, Etienne FOUILLOUX, Denis PELLETIER, Nathalie VIET-DEPAULE, ss. dir., Les catholiques dans la République, 1905-2005, Paris, Atelier, 2005 octobre 2006*

Rassemblant une pléiade d’historiens et de sociologues, spécialistes reconnus de leur sujet, ce livre est une réussite totale. Ordonné autour d’une problématique commune, l’engagement dans l’espace public des catholiques ou plus précisément des mouvements catholiques, ce livre offre une synthèse de grande valeur. Ouvert par un chapitre érudit, de l’écriture souple et riche de Denis Pelletier rappelant les grandes étapes du ralliement des catholiques à la République, puis à la modernité tout court, quatre parties structurent le propos. Dans un premier moment, c’est la place des groupes sociaux qui est abordée, déclinée en paysannerie, ouvriers, patrons et cadres, intellectuels et enfin, un des chapitres les plus inédits, l’engagement catholique au féminin. La question des enjeux ordonne le deuxième mouvement. Sont abordés successivement le thème de l’enseignement, de la santé, de la médecine et de l’action sociale, le pauvreté, les loisirs, les missions humanitaires, la presse ou pour finir le couple et la sexualité. Difficile de rendre compte en détail de chacun de ces textes, si ce n’est pour souligner leur qualité informative (cf. l’amoncellement de notes) en même temps que l’acuité des analyses avancées. Si l’ouvrage se conclut par l’apport de la géopolitique des espaces (sélectionnés : Alsace, Nord, Marseille), préalablement ce sont les figures qui sont explorées. Certaines sont incontournables, les prêtres-ouvriers ou les catholiques en politique, d’autres sont plus inattendues, ainsi l’aumônier d’action catholique. Il revient à Yvon Tranvouez, dans un chapitre mêlant rigueur historique et problématisation sociologique, de présenter les figures idéales typiques de ces militants d’action catholique. La démarche adoptée pour construire ce livre polyphonique se révèle à la fois ambitieuse et aboutie. De nombreux paradoxes sont soulevés, ainsi la participation active des catholiques à la laïcisation du pays ou encore, la reprise des traditions bien françaises de la division organisationnelle de l’univers des catholiques à partir d’une ambition cléricale de reconquête des esprits. Evidemment, le lecteur de Dissidences en retiendra les chapitres directement consacrés au mouvement ouvrier catholique, l’espace syndical ouvert par la CFTC, le rôle de la JOC dans l’éveil politique de la jeunesse, voire le joyeux paradoxe que représente l’ouverture d’un espace d’émancipation féminine à travers des organisations qui leur sont spécifiquement dédiées en raison de leur nature féminine. Une très riche bibliographie complète la réussite totale de ce livre de référence.

G.U.

 

Cyrille GALLION, La peste monothéiste , Paris, Les éditions libertaires, 2007, 144 pages, 12 euros. septembre 2007*

Ce petit ouvrage, qui a priori semblait relever davantage du pamphlet (outre le titre, on nous recommande quelques « torches culs », la Bible et le Coran), se révèle à la lecture nettement plus fin et nuancé, avec de nombreuses informations sérieuses et détaillées. Si le titre indique clairement que les trois religions monothéistes seront les cibles principales, dans une optique d'athéisme offensif proche de celle du récent Apologie du blasphème de Jean-Paul Gouteux (voir le compte rendu sur ce site), l'acception retenue par Cyrille Gallion du fait religieux est en réalité bien plus large, puisqu'elle inclut aussi bien la foi politique que l'aveuglement sportif, le scientisme contemporain ou l'acte de consommer… Condamnant le principe de soumission contenue dans toutes ces formes de religion, l'auteur s'avère plus surprenant quand il estime que le protestantisme comme l'islam (comparativement au catholicisme, par exemple) sont des religions plus totalitaires et prégnantes car elles sollicitent bien plus l'individu en permanence…

Après un rapide tableau des religions actuelles dans le monde, Cyrille Gallion revient sur quelques aspects de l'histoire : il fait ainsi sienne la remise en cause de la christianisation profonde des populations au Moyen Âge, ce dont découle une relativisation de la déchristianisation initiée au XVIII ème siècle, tout comme la thèse mythique de Jésus, penchant pour une apparition du christianisme au cours du II ème siècle seulement. On devine là l'influence de Vaneigem, en particulier. Toutefois, ses « rappels historiques » restent partiels, essentiellement centrés sur le catholicisme et la France. En abordant l'actualité du combat anticlérical, Cyrille Gallion redevient plus offensif et irrévérencieux, en distinguant cependant les croyants progressistes du totalitarisme des religions. Constatant la culpabilisation dans laquelle sont entretenue les libres penseurs, et la complicité des pouvoirs et des médias avec les Eglises, il revendique une laïcité sans concessions et formule un certain nombre de revendications concrètes : liberté totale d'expression, interdiction de tout signe religieux dans la sphère publique (y compris les grandes croix dressées à de nombreux carrefours), refus d'un enseignement religieux pour les enfants (mais pas d'une histoire des religions à l'école publique), fin du financement de l'Etat aux diverses confessions, etc.… Il aborde également le thème de la contamination par le religieux du mouvement anarchiste, mais de manière bien trop brève. Une lecture roborative !

Jean-Guillaume Lanuque

 

La Gloire des athées. Textes rationalistes et antireligieux de l’Antiquité à nos jours, anthologie, les nuits rouges, Paris, 2005, 648 pages, 23 euros.

C’est une imposante et passionnante anthologie que nous proposent ici les nuits rouges, sous un titre un tantinet prétentieux et une couverture provocante à souhait. Quatre-vingt neuf extraits ont été retenus, systématiquement présentés et replacés dans leur contexte. Un des grands intérêts de l’entreprise est sa volonté de pluralisme géographique, en plus d’une progression chronologique plus classique. Ainsi, de courts textes égyptiens, chinois ou indiens témoignent du doute, voire même de la critique féroce à l’égard des croyances et de ceux qui en vivent (« Les Charvakas » du VIème siècle avant notre ère). Bao Jin Yang, quant à lui, propose une vision de l’évolution du monde privée d’intervention divine, et passant d’un communisme primitif mystique au temps de la hiérarchie et de l’injustice. Autre ensemble très présent, celui des penseurs issus du monde arabo-musulman entre le VIIIème et le XIIème siècles, qui, à défaut d’être directement athées, partagent souvent la vision d’un univers éternel et incréé, et ne se privent pas d’exalter les plaisirs sensuels tout en fustigeant Mahomet et le Coran dans des lignes qui auraient sans doute du mal aujourd’hui à franchir le barrage du politiquement correct !
De manière plus prévisible, les auteurs antiques grecs et latins sont également présents, mais que ce soit pour Pline, Sextus ou même Lucrèce, on ne peut pas les qualifier d’athées, tout au plus de sceptiques matérialistes, dans la mesure où tout en s’interrogeant sur les différences entre religions, à la manière d’un Sextus l’empirique, ils n’excluent pas l’existence d’une divinité, assimilée comme chez Pline à la nature. De même, inclure un extrait de L’éloge de la folie d’Erasme était-il bien approprié, dans la mesure où cette œuvre littéraire qui contient des pages critiques sur l’Eglise ne remet pas en cause la foi catholique de l’auteur ? A l’inverse, Frédéric II, qui était clairement athée, n’est pas cité. Autre reproche que l’on peut faire, celui du choix des extraits : le curé Meslier, véritable communiste athée, a ainsi écrit des pages plus directes que sa présentation un rien poussive ; de même, le texte de Panizza, intéressante dénonciation des prisons, n’aborde qu’à sa toute fin le thème de la religion. Mais on touche là à la difficulté d’opérer une sélection pertinente lorsque le corpus retenu est aussi large.
Quoi qu’il en soit, on découvre quelques penseurs intéressants de la fin du Moyen Âge et des débuts de l’époque moderne, tels Pomponazzi, l’adversaire de Calvin Jacques Gruet ou l’avant-gardiste Giordano Bruno. Viennent ensuite les libertins du XVIIème siècle (le décapant Vanini, surtout, et Cyrano avec son pari de Pascal inversé), les philosophes défenseurs de la liberté religieuse (Spinoza, Pierre Bayle, les disciples de Locke…), ceux des Lumières, particulièrement les plus radicaux dans leur pensée (La Mettrie, Diderot, d’Holbach, Sade), puis des grands noms du XIXème et du XXème (Marx et Engels, Proudhon, Freud) voisinant avec certains moins connus (le poète victorien Swinburne ou le chinois communisant Lou Sin). Parmi ces derniers, le texte de la courageuse Madalyn Murray O’Hair évoque la difficile lutte des athées et autres libres penseurs aux Etats-Unis.
Reste que ce recueil, contrairement à ce que pourrait laisser entendre son titre, présente un éventail assez large de positions vis-à-vis des divinités et d’engagements sociaux (les Carmates, hérésie égalitaire de l’Islam au Xème siècle, Sylvain Maréchal ou Bakounine voisinent ainsi avec Schopenhauer, Stirner, Nietzsche ou Pierre Gripari, de la Nouvelle Droite). On n’en a pas moins ici un large éventail stylistique (poèmes, essais, dialogues, lettres, et même chansons de Béranger et de Léo Ferré) et de contenu quand à l’esprit critique s’exerçant à l’égard des religions et/ou des divinités.

Jean-Guillaume Lanuque

 


Jean-Paul GOUTEUX, La foi : une histoire culturelle du mal. En danger de croire, Paris, L'Harmattan, collection « Questions contemporaines », 1998, 144 pages. novembre 2006*

Jean-Paul Gouteux, auteur du récent Apologie du blasphème chez Syllepse, avait déjà commis il y a quelques années un premier volet de sa réflexion sur la foi et ses dangers. Plus essai que catalogue d'exemples, et non dénué de redondances, ce petit ouvrage énonce son idée force : la foi, qu'elle soit religieuse ou laïque, est à combattre, dans la mesure où la seule démarche spirituelle valable est la méthode scientifique, qui favorise le doute et l'évolution. Cela nous donne quelques réflexions stimulantes, comme lorsqu'il considère l'intégrisme aussi légitime que la vision plus modérée des religions pour ce qui est du respect de ce que serait l'essence de ces dernières, ou, plus prévisible, lorsqu'il constate un certain unanimisme autour de la valeur supposée positive des religions.

Les monothéismes sont particulièrement dénoncés, du fait de leur dimension totalitaire, de leur violence intrinsèque et de leur intolérance consubstantielle à leur certitude de détenir la Vérité. Néanmoins, on peut rester sceptique, d'une part quant à son jugement sur les polythéismes, en particulier antiques, considérés comme plus tolérants par essence que les monothéismes, et d'autre part par son constat de la mort du marxisme, alors qu'il parle d'un marxisme ossifié. De même, son modèle de demande d'excommunication, qui figure à la fin du livre, et qu'il invite à envoyer au pape, n'est pas exempt d'une certaine naïveté (mieux vaut encore une demande de débaptisation). L'auteur semble être en effet un humaniste individualiste, non dépourvu de certaines tendances anarchisantes, et son propos peut en tout cas inciter à la réflexion, sans pour autant que l'on fasse siennes l'ensemble de ses analyses.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Jean-Paul GOUTEUX, Apologie du blasphème. En danger de croire , Paris, Syllepse, collection Utopie critique, 2006, 240 pages, 19 euros, préface de Marc Silberstein. janvier 2007*

Poursuivant dans la voie d'un matérialisme antireligieux, après la publication du Contre Benoît XVI , les éditions Syllepse proposent la suite d'un premier volume du scientifique Jean-Paul Gouteux, En danger de croire , paru chez L'Harmattan en 1998. Ce livre se pense comme le manifeste d'un athéisme offensif et non plus défensif, ayant comme objectif avoué de toucher et de convaincre les croyants. Et la charge est lourde, en effet, parfois même à la limite de la caricature (p. 87 la foi, maladie mentale?).

Néanmoins, cet opuscule s'avère précieux, car il compile toute une série d'arguments certes classiques, mais efficaces, contre les trois monothéismes en particulier (1) : l'immoralité du Dieu unique, coupable de véritables génocides dans la Bible ; l'infériorité de la femme, codifiée aussi bien dans la Bible que dans le Coran ; la fascination pour la souffrance, avec l'exemple édifiant de Mère Térésa, qui refusait de délivrer des analgésiques à ses « patients » ; les histoires jalonnées de violences meurtrières du judaïsme, du christianisme et de l'islam, toujours d'actualité aujourd'hui ; le racisme véhiculé par le christianisme, et le soutien dont il fit preuve dans l'entreprise de colonisation et ses horreurs ; le lien implicite et explicite entre le catholicisme et les dictatures d'extrême droite… Concernant la figure de Jésus, si JP Gouteux ne cache pas sa préférence pour la thèse mythique, il trouve plus efficace de relever ce qui, dans les quatre évangiles canoniques, vient contredire l'idée d'un Jésus pacifique et aimant son prochain.

Le seul bémol dans cet acte d'accusation concerne l'animisme, en lien avec le rapport affectif que l'auteur entretient avec l'Afrique : il est en effet jugé plus innocent et humaniste, contrairement à la transcendance des monothéismes, ce qui n'écarte pourtant pas le problème fondateur de la religiosité. Il est par contre plus cohérent lorsqu'il condamne toutes les idéologies totalisantes, potentiellement totalitaires. Si la religion juive est un peu moins attaquée, le christianisme et l'islam sont des cibles privilégiées. Par rapport à ces derniers, justement, JP Gouteux défend la loi française contre le port de signes religieux à l'école, et récuse à juste titre le relativisme vis-à-vis des droits de l'homme ainsi que l'amalgame fait par certains entre islamophobie et racisme anti-arabe, raccourci intellectuel d'une consternante bêtise. Plusieurs points étudiés sont d'ailleurs très instructifs, du passage du journal Le Monde sous les fourches caudines des « valeurs du christianisme » (p. 125) à l'affaire Louis Chagneau, professeur sanctionné pour avoir parlé à ses élèves du massacre avéré d'une tribu juive par Mahomet (p.131).

En outre, l'auteur développe longuement le cas du génocide du Rwanda et la complicité du clergé catholique dans l'affaire, ainsi que la guerre menée par les islamistes du Soudan contre leur minorité noire du sud. Cependant, on reste dubitatif sur la pertinence de ces exemples pour démontrer la perversité de la religion, qui n'est pas la seule en cause en l'espèce, malgré un luxe de détails bienvenu. Son argument selon lequel les monothéismes ont tendance à défendre les libertés quand ils sont minoritaires, et à devenir intolérants une fois au pouvoir, est nettement plus juste. Il termine son procès à charge par une défense raisonnée et raisonnable d'une morale humaniste, soumise à une constante révision. Stimulant, cet ouvrage est malheureusement en partie gâché par de trop nombreuses fautes de relecture.

Jean-Guillaume Lanuque

(1) L'hindouisme n'est pas oublié, et même si son racisme social et son intolérance sont stigmatisés, on regrettera qu'il ne fasse pas l'objet de développements plus fournis.

 

 

Michel GOZARD, Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’Histoire, Paris, Publibook, 2003, 306 pages, 25 euros. septembre 2006*

Ce livre, condensé d’un travail de six cent pages passé plutôt inaperçu au moment de sa parution, s’inscrit, tout comme un Prosper Alfaric récemment réédité (voir sur ce même site), dans la mouvance de la thèse dite mythique, celle qui estime que l’existence d’un Jésus historique n’est pas fondée. On mesure, même en restant prudent, les conséquences révolutionnaires d’une telle hypothèse ! Ses premiers chapitres reviennent sur les arguments traditionnels que sont la non mention de Jésus dans les écrits de contemporains ou d’auteurs non chrétiens des débuts du IIème siècle (sauf par ajouts ultérieurs de copistes) et le caractère peu fiable des Evangiles.
A cet égard certaines des démonstrations de l’auteur suscitent la réflexion, telles l’existence au Ier siècle de plusieurs Jésus connus, ou les nombreuses incohérences internes aux Evangiles canoniques (comme le non respect du sabbat par les dignitaires juifs venus inspecter le tombeau le lendemain de sa crucifixion dans Matthieu). Sur les miracles, au sujet desquels les quatre évangélistes se contredisent, Michel Gozard y voit de simples métaphores.
Surtout, s’appuyant sur la thèse d’une rédaction originale des Evangiles en hébreux, il démontre que les noms des divers personnages ont un sens approprié à leur rôle respectif, et relève les possibles erreurs de traduction lors du passage en grec (juifs ou judéens ?).
Ainsi, relevant les multiples références ou reprises d’épisodes de l’Ancien Testament (que ce soit dans les actions ou les discours de Jésus), il prend ses distances avec la thèse du noyau historique contenu dans les quatre Evangiles pour émettre l’hypothèse de textes messianiques écrits non au passé, mais au futur (une possibilité conjugale crédible en hébreux, langue qui ne comporte que deux temps, l’imparfait et le parfait, qui peut se traduire aussi bien en présent qu’en futur !), des récits d’anticipation, en somme, destinés à imaginer ce que pourra être et faire le messie tant attendu.
Ce faisant, il ne situe plus la rédaction des Evangiles dans la deuxième moitié du Ier siècle, mais dans son premier quart, avec une préférence pour 25-27. La suite de son étude sur la naissance du christianisme et son accession progressive au rang de religion unique de l’empire romain, s’avère moins intéressante. On notera tout de même un grand nombre d’annexes qui reviennent sur des questions controversées. Une lecture stimulante, en dépit de quelques remarques un peu faciles et d’un ton parfois légèrement condescendant.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Rosa LUXEMBURG, Jean JAURES, Eglises et socialisme , Paris, Spartacus, 2006, 64 pages, 6 €. Mars 2007*

A l'occasion des soixante-dix ans des éditions Spartacus ( Spartacus est d'abord né, en décembre 1934, grâce au militant René Lefeuvre, comme journal marxiste proche des thèses de R.Luxemburg), certains titres parmi les plus anciens du catalogue ont été réédités. Ici, il s'agit d'une brochure de Rosa Luxemburg, justement, de 1905, publiée en français en 1935, et d'un discours de Jean Jaurès de 1904 prononcé à la Chambre des députés dans le contexte du combat pour la séparation des Eglises et de l'Etat. Dans son texte, volontairement très accessible, R. Luxemburg souligne l'opposition du clergé chrétien face au socialisme, toujours d'actualité ; elle brosse également un rappel historique qui ne remet pas en cause l'existence de Jésus, mais se révèle caricatural concernant l'analyse de l'empire romain, même si elle explique avec beaucoup de pédagogie comment le clergé chrétien s'est peu à peu développé comme caste parasitaire. Son propos demeure toutefois propagandiste, et comme tel quelque peu simplificateur, dressé à grands traits. Sans être totalement négative, elle fait preuve de dialectique en rapprochant l'idéologie originelle du christianisme, partiellement communiste, de celle du socialisme, tout comme Jaurès qui encense la part de lumière et de synthèse des acquis antérieurs contenus dans le message de Jésus, et voue aux gémonies la part d'absolutisme. C'est d'ailleurs ce qui le conduit à prendre fermement position contre l'enseignement par les congrégations, du fait de leur non reconnaissance de la liberté de croyance. Là encore, un plaidoyer (certes à vocation consensuelle) pour l'éducation laïque encore pertinent aujourd'hui, alors que l'école privée progresse dans les brèches d'une société de plus en plus dérégulée.

Jean-Guillaume Lanuque

 

 

Benoît MELY, De la séparation des Eglises et de l'Ecole. Mise en perspective historique. Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Lausanne, Editions Page deux, collection " Cahiers libres ", 2004, 718 pages, 43 €.

Le remarquable ouvrage du regretté Benoît Mély (1951-juin 2003) militant de l'Union rationaliste et chercheur, vaut par son ampleur et son sérieux, autant que par sa facilité de lecture et l'originalité de sa démarche. Ce travail est issu d'une thèse de doctorat en sciences de l'éducation, soutenue de façon posthume le 11 octobre 2003. Centré sur la période 1789-1914 (bien qu'une importante première partie aille bien en deçà), il mène en parallèle l'étude de son sujet dans quatre pays européens : l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie. Il relativise, à cette occasion, aussi bien la soi-disant " exception française " que l'autre pont-aux-ânes des pseudo-spécialistes de la question, celui de l'explication des différences par l'opposition pays protestants/pays catholiques. Les politiques étatiques oscillent entre séparation " soft " et volonté de contrôle des Eglises et les laïques entre un enseignement critique sans dogme et le recours à une idéologie de rechange. Ce qui intéresse plus proprement notre revue dans cet ouvrage, à part la mouvance politique qui fut celle de son auteur, sont les parties consacrées à l'orientation sur ces questions du mouvement ouvrier et socialiste, en particulier en dehors de la France (mais je surestime sans doute le degré de connaissance de nos débats hexagonaux).
La question de la séparation ne pose pas de problème, et séparation complète, non seulement des confessions, mais de la Religion au sens générique. C'est un cas particulier de la séparation engagée antérieurement du sacré et du profane, de la croyance et de la raison, de l'Eglise et de l'Etat - minima démocratiques dont le mouvement ouvrier ne peut que se réclamer. En revanche, la question de l'alternative scolaire, elle, fait débat. Quels liens avec l'Etat (monopole ? liberté de l'enseignement - pourquoi pas des écoles privées laïques, ou même socialistes, prises en charge par les syndicats? enseignement public non étatique ? avec, à côté de la question de l'émancipation de l'école, celle de l'enseignant), quel type d'enseignement ( laïque ou " de classe " ? les deux termes étant évidemment à définir), revendique-t-on l'école unique ou maintient-on deux réseaux d'école afin que les fils de prolétaires ne se mélangent pas avec ceux des bourgeois ? Sans oublier l'orientation plus générale vis-à-vis des religions : doit-on prôner l'athéisme et mettre au programme l'abolition des cultes, ou - dans un souci d'écarter ce qui divise sur le non-essentiel - s'en tenir à la religion " affaire privée " tout en combattant toute vélléité cléricale ? Ou même aller au-delà et, partant des aspects contradictoires des convictions religieuses, appeler les croyants au combat commun au nom même de certaines de leurs valeurs qui ne sont qu'habillage religieux de leurs aspirations sociales ? L'alliance des " laïcs " ne porte-t-elle pas en elle une collaboration de classes contre-productive pour le combat prolétarien ? (en témoigne, par exemple, la devise originelle de la Ligue de l'Enseignement : " Pour la patrie, par le livre et par l'épée " ). Sans parler de ceux qui pensent que le combat anticlérical est un dérivatif qui empêche de s'attaquer aux racines du mal : le capitalisme (ce qui peut être un alibi opportuniste qui fonctionne aussi pour ne pas mener d'autres batailles, féministes ou antiracistes par exemple. Ainsi, les sociaux-démocrates de Bavière voteront, semble-t-il sans état d'âme, le budget des cultes dès 1894). De même que certains avaient mis Dreyfus et ceux qui l'avaient condamné dans le même sac, d'autres (et parfois les mêmes) ne voient pas de différence entre l'école publique et l'école privée de la France de cette époque : dans les deux cas c'est l'école de la bourgeoisie. Quand Marx dit qu'il faut savoir " pratiquer le plus de brèches possibles ", il passerait facilement pour réformiste.
C'est un débat fructueux entre Anarchistes et Blanquistes d'un côté, pour lesquels la lutte antireligieuse est première et pré-condition des succès prolétariens, marxistes de l'autre, non sans nuances diverses dans chacun des deux courants (anarchistes et marxistes, par exemple, sont anti-étatistes à la différence des Blanquistes), quelques grands précurseurs (parfois hors du mouvement ouvrier, mais en pleine révolution, comme Condorcet, certes girondin, mais féministe et avec une position radicale sur l'Ecole) et quelques inclassables, comme Jaurès, débat d'où sortiront les orientations du XX°siècle post-guerre de 14-18. Difficile d'étiqueter comme " gauchistes " ou " droitières " des positions non stabilisées, qui se cherchent encore, ou qui évoluent au fil des ans et des confrontations avec la pratique. Le débat, qui ne touchera pas, en tant qu'instance (j'allais écrire Eglise !), la IIe Internationale, mais qui touchera ses sections, marquées par des contextes nationaux spécifiques, ne sera pas sans postérité, ni chassés-croisés. Benoît Mély aide ainsi aussi à la réflexion sur notre passé plus récent et notre présent.

Jean-Pierre Debourdeau.

 

Michel ONFRAY, Le christianisme hédoniste. Contre-histoire de la philosophie 2 , Paris, Grasset, 2006, 352 pages, 20,90 euros. janvier 2007*

Après l'Antiquité pré-chrétienne, abordée dans Les sagesses antiques (voir sur notre site), Michel Onfray embrasse plus de quinze siècles, du Ier au XVIIème exactement, afin de faire connaître des philosophes méconnus ou tombés dans l'oubli, mais qui tous partagent une approche hédoniste. Domination du christianisme oblige, la première catégorie de penseurs concerne des hérétiques, les gnostiques. Considérant le corps comme une prison pour l'esprit, seul élément de bien en ce monde, et se croyant prédestinés, ils en déduisent, à l'encontre des chrétiens, que le corps doit « épuiser ses possibles ». Des personnalités comme Simon le magicien, Carpocrate ou Basilide sont ainsi amenés à contester la morale et les valeurs dominantes, le mariage, voire même la propriété, jugés nocifs : des révolutionnaires sans le savoir, en somme.

Les partisans du Libre-Esprit au Moyen-Age vont encore plus loin, puisqu'ils considèrent l'être humain comme divin depuis le rachat du péché originel par le Christ. C'est ainsi qu'Amaury de Bône défend le panthéisme et refuse les sacrements ainsi que l'Eglise instituée, tout en considérant paradis et enfer comme de strictes métaphores, et la sexualité comme un don de Dieu ; le matérialisme est là sous-jacent. Néanmoins, on peut rester dubitatif sur les sources utilisées, en particulier les condamnations de la part des autorités ecclésiales, nécessairement caricaturales, et qu'Onfray utilise parfois trop largement (1). Willem Cornelisz d'Anvers, de son côté, vante la pauvreté originelle mais aussi la confiscation des richesses d'autrui pour pouvoir vivre.

Le Moyen Age ne retient de toute façon pas autant Michel Onfray que Raoul Vaneigem (membre de l'Internationale situationniste de 1961 à 1970, sa somme sur La résistance au christianisme chez Fayard en 1996 demeure incontournable), et la Renaissance occupe plus de la moitié de l'ouvrage. Ce sont les représentants d'un christianisme épicurien qui l'intéressent alors, et on ne frôle là que par la bande notre champ d'études, comme par exemple lorsque Erasme affirme son anticléricalisme ou révèle de légères influences matérialistes (complémentarité de l'âme et du corps, importance des cinq sens). Mais c'est à Montaigne, « un des plus grands philosophes de toute l'histoire des temps » (p. 295), que l'auteur consacre les analyses les plus fournies, et de cette plongée en profondeur dans l'œuvre d'un homme, on retiendra, derrière un catholicisme de convenance, des positions matérialistes (éloge de la vie pratique, âme inséparable du corps), un raisonnement quasiment dialectique et une philosophie de la vie très épicurienne (éviter la souffrance et rechercher le plaisir à l'ombre de dieux lointains et indifférents).

Jean-Guillaume Lanuque

(1) Quant à son argument selon lequel Jérôme Bosch ne serait pas hérétique du fait de l'admiration de Philippe II à son égard, il ne tient pas compte de tout ce qu'une peinture peut véhiculer et générer comme interprétations contradictoires, surtout celles, extrêmement riches, de ce précurseur du surréalisme.

 

Michel ONFRAY, Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique , Paris, Grasset, 2005, 320 pages, 6,50 euros (édition du Livre de Poche). avril 2008*

Avant de se lancer dans son entreprise de Contre-histoire de la philosophie (voir les chroniques des volumes sur ce site), Michel Onfray avait livré un Traité d'athéologie , succès de librairie et source de diverses polémiques et réponses de la part des croyants. Il y défendait en effet un athéisme convaincu, offensif, dirigé surtout contre les cadres religieux plutôt que contre les croyants de base, avec en ligne de mire la déconstruction des monothéismes et même de la morale chrétienne (dont un libre arbitre qu'il oppose au déterminisme social), pour un immanentisme radical. On y trouve cependant des travers propres au personnage, un ton péremptoire, un goût fréquent du style pour le style, et une certaine tendance à la répétition. Si ses réflexions sur la persistance de la religion dans notre société laïcisée sont frappées au coin du bon sens, on appréciera davantage sa prise de position en faveur d'un Jésus mythique et ses rappels sur le caractère éminemment construit et humain de ces échafaudages théologiques, que ce soit la Bible, le Nouveau Testament ou le Coran. Pour le reste, Onfray insiste sur la pulsion de mort nichée au cœur de chaque monothéisme, accumulant les exemples (sans assez de nuance) de haine du corps, des sciences et du matérialisme, du monde réel ou des femmes ; on demeurera plus sceptique sur sa critique quelque peu unilatérale de la libre pensée et de ses angles d'attaque, la volonté d'éducation des consciences défendue par Onfray apparaissant par trop timide… Une première approche, qu'il convient ensuite d'approfondir.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Paroles anticléricales, illustrées par Mareos Carrasquer, Saint Georges d’Oléron, Editions libertaires, 2005

Les éditions libertaires poursuivent, à leur manière, la célébration de l’anniversaire de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Ce petit livre vaut d’abord par les magnifiques illustrations en couleur d’un jeune peintre, fils d’émigrés espagnols. Des éléments biographiques de l’artiste sont d’ailleurs présentés en fin d’ouvrage. Pour le reste, plus que de paroles anticléricales, ce sont plutôt des citations antireligieuses dont il s’agit, extraites des œuvres de personnages divers, Bakounine au premier chef, mais aussi Victor Hugo, Cavanna, Pierre Louÿs, Pierre Desprogres ainsi que quelques autres. Le recueil, qui offre au lecteur l’occasion de conforter tout le mal qu’il y a penser de la religion, s’ouvre par une citation de Rimbaud, que l’on ne résiste pas à citer in extenso : « J’étais bien jeune, et Christ a souillé mes haleines. Il me banda jusqu’à la gorge de dégoûts ! (…) Et mon cœur et ma chair par ta chair embrassée/fourmillent du baiser putride de Jésus », pour se conclure sur Voltaire : « La religion existe depuis que le premier hypocrite a rencontré le premier imbécile ». Nul doute que les lecteurs de ce beau petit livre ne feront pas partie de ces catégories…

Georges Ubbiali

 

 

Mouvement social

Anticléricalisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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