- Gérard BORVON, Plogoff. Un combat pour demain, Saint Thonan, éditions Cloitre, 2004.
- Xavier DAUMALIN, Sylvie DAVIET, Philippe MIOCHE (dir.), Territoires européens du charbon. Des origines aux reconversions , Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 2006, 280 p., 28 €
- Dominique DECEZE, Services publics. La grande braderie , Paris, J.-C. Gasewitch éditeur, 2007, 282 p
- Alèssi DELL'UMBRIA, C'est de la racaille ? Eh bien j'en suis ! A propos de la révolte de l'automne 2005 , Paris, L'échappée, 2006
- Nicolas DUBOST, Comités d'entreprise, syndicats, patrons. Le grand remue-ménage , Paris, L'Atelier, 2007, 150 p
- Vincent DUCLERT, Alfred Dreyfus, L'honneur d'un patriote, Paris, Fayard, Sources, Bibliographie, Chronologie, Index, 1259 p., 30 euros.
- Gérard FILOCHE, « La vie, la santé, l'amour sont précaires. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ? Faut il brûler le code du travail ?, Paris, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2006
- Annie FOURCAULT, Emmanuel BELLANGER, Mathieu FLONNEAU, Paris / Banlieue. Conflit et solidarités , Paris, Créaphis, 2007, 478 pages, 25 €. Et Alain FAURE, Claire LEVY-VROELANT, Une chambre en ville. Hôtels meublés et garnis parisiens (1860-1990), Paris, Créaphis, 2007, 383 pages, 32 €
- Nico HIRTT et Bernard LEGROS, L'école et la peste publicitaire , Bruxelles, Aden, 2007, 144 pages, 9 euros
- Maurice JOINET, Les grandes heures du mouvement ouvrier dans la Nièvre , Association culturelle ouvrière nivernaise, 1999,173 p
- Patrick LEHINGUE, Subunda. Coups de sonde dans l'océan des sondages , Bellecombe-en-Bauges, Editions du croquant, collection Savoir / Agir, 2007, 272 pages, 18,50 euros
- Jean-Marie MIGNON, Une histoire de l'éducation populaire , Paris, La Découverte, collection Alternatives sociales, 2007, 264 pages, 24 euros
- Jean-Philippe OULD AOUDIA, La bataille de Marignane , Paris, Tirésias, 2006, (complété d'un texte de Jean-François Gavoury), 200 pages, 20 euros
- Martine RAVACHE, Les années cool. Une jeunesse de rêves , Paris, Panama, 2006
- Patricia TOUCAS-TRUYEN, Michel DREYFUS, Les Coopérateurs. Deux siècles de pratiques coopératives , Paris, Editions de l'Atelier, 2005, 430 pages, 50 €
- Maxime VIVAS, La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du Pentagone , Bruxelles, Aden, 2007, 272 pages, 20 euros
- Serge WOLIKOW, Jean VIGREUX (collaboration), Les combats de la mémoire. La FNDIRP de 1945 à nos jours , Paris, Le cherche midi, 2006, 275 p
Gérard BORVON, Plogoff. Un combat pour demain, Saint Thonan, éditions Cloitre, 2004.
Ce livre s'inscrit explicitement dans la mémoire d'un mouvement social, en l'occurrence celui de la fin des années 70 contre la nucléarisation de l'Hexagone. Son auteur, professeur de physique dans la vie, a été une des figures phares du Clin (Comités locaux d'information nucléaire) qui a organisé la mobilisation contre la construction d'une centrale nucléaire à Plogoff, en Bretagne. Son livre retrace cette lutte (et quelques autres, comme la grande manifestation de 1977 contre Malville, le surrégénérateur de la région lyonnaise). Dans une perspective essentiellement chronologique, il décrit par le menu les actions entreprises pour informer et dénoncer ce projet. Son récit est parsemé de nombreuses anecdotes (ainsi, à titre d'illustration, la rencontre assez improbable entre des manifestants bretons et des policiers bretons à Malville) qui rendent le récit vivant, parfois picaresque. Finalement, Plogoff ne sera pas construit car un 10 mai 1981 le candidat Mitterrand est élu. Parmi ses propositions, l'abandon de la construction de la centrale de Plogoff. Mais pour en arriver là, une forte mobilisation (dont on peut regretter que la dimension nationale soit ici négligée. Après tout, il y eut des comités Plogoff à travers toute la France) a été nécessaire. Les animateurs de cette campagne (dont on aimerait connaître un peu plus la sociologie) s'étaient dotés de moyens importants, dont une radio libre (interdite à l'époque). Si le PCF est régulièrement brocardé au fil des pages pour son soutien indéfectible au nucléaire, les composantes politiques du mouvement ne sont guère évoquées. Si Plogoff n'a pas été construit, le combat se poursuit toujours une vingtaine d'années plus tard ainsi que nous y invite la dernière reproduction (parmi plusieurs autres, en couleur) de l'affiche du Tour de France pour sortir du nucléaire qui s'est déroulé en mai 2004.
Georges Ubbiali.
Xavier DAUMALIN, Sylvie DAVIET, Philippe MIOCHE (dir.), Territoires européens du charbon. Des origines aux reconversions , Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 2006, 280 p., 28 €. Juin 2007*
Cet ouvrage sur le charbon recueille les Actes d'un colloque tenu à Aix-en-Provence en 2004. Il fait la part belle aux réalités locales (bassin houiller des Bouches-du-Rhône mais aussi mines de bauxite), éclairées par des études concernant d'autres aires géographiques.
La contribution de X. Daumalin et Olivier Raveux, complétée par celle de Ph. Mioche et par le texte de Robert Mencherini sur l'implantation du socialisme dans le bassin minier, fait le point sur la naissance et le développement de l'activité charbonnière en Provence. Après des années 1830-1840 très difficiles pour les mineurs – le charbon était remonté au moyen de couffins d'une vingtaine de kilos portés sur le dos par des enfants empruntant les escaliers de la descenderie – la mine se mécanise. Confrontées au manque de main d'œuvre, comme dans d'autres bassins miniers, les compagnies sont obligées de construire des cités pour leurs ouvriers, de mettre en place des caisses de secours (dès 1865) et à l'aide de l'Eglise, de faire preuve de paternalisme : « En attachant la population ouvrière au sol, en augmentant son bien-être, nous remplissons un devoir en même temps que nous faisons une chose utile à nos véritables intérêts », explique crûment un dirigeant patronal. En son temps, Rolande Trempé avait fait les mêmes observations pour les mines de Carmaux. L'organisation des mineurs, évoquée par Mencherini, est donc tardive, 1903 pour le syndicat, 1905 pour le parti. Après 1920, le Parti communiste ne parvient pas à s'implanter vraiment, les principales positions électives étant occupées par des militants restés fidèles à la « vieille maison », souvent syndicalistes mineurs. Même en 1936, malgré ses progrès, le PCF n'empêche pas la réélection du député socialiste Félix Gouin. De même, après la guerre, sur 10 municipalités ouvrières, 7 sont dirigées par la SFIO, ce qui explique le succès du syndicat Force ouvrière (FO) à sa création. Le texte de G. Chastagneret sur les Asturies et celui de Q. Outram et N. Fishman sur les mines anglaises complètent ce dossier sur les origines.
Semblable approche comparatiste est mise en œuvre pour étudier les reconversions : réhabilitation des paysages dans les anciens bassins de lignite de l'ancienne Allemagne de l'Est (Michel Deshaies, Nancy 2), reconversion « ratée » du bassin de Decazeville (Alain Boscus, Toulouse le Mirail) ou encore dans le Nord-Pas-de-Calais. En Provence, un plan social avantageux a eu rapidement raison de la résistance des syndicats, mais beaucoup d'anciens mineurs ont du mal à vivre leur nouvelle condition de « jeunes retraités ». De même la ré-industrialisation des régions minières a été souvent un échec, particulièrement grave à Deacazeville. Un ouvrage riche, conclu par Denis Woronoff (historien spécialiste de l'industrie) et accompagné d'une bibliographie très complète.
Jean-Paul Salles.
Dominique DECEZE, Services publics. La grande braderie , Paris, J.-C. Gasewitch éditeur, 2007, 282 p. Juin 2007*
Ce journaliste s'était fait remarquer par la publication d'une vigoureuse dénonciation des conséquences de la privatisation de France Télécom, La machine à broyer sur les conditions de travail et sur la santé au travail. Avec ce nouvel essai, il élargit son propos à l'ensemble des services publics. Sous une forme très agréable à lire, il brosse un état des lieux des différents services publics en France : école, santé, transport, etc. Son constat est profondément inquiétant : l'ensemble des services publics, entreprise par entreprise, est soumis à un vaste plan de découpage par activité, préalable à leur privatisation. Le principe de cette découpe par activité s'illustre de manière très claire par la SNCF, désormais tronçonnée en autant de « centre de profits » qui doivent tous dégager des bénéfices, sous peine d'être transférés au secteur privé. Cette « rationalisation », vise à faire entrer de manière croissante le principe de la concurrence dans des domaines où cette dernière n'était précisément pas en mesure d'apporter les services requis. On le voit bien avec l'exemple de l'école, analysé de manière un peu rapide, hélas. L'éducation devenant de plus en plus un marché pour des prestataires privés, là aussi, la rationalité conduit à fermer de nombreuses écoles, en particulier rurales, conduisant à une accélération de la désertification, au recul d'une école de proximité et à une augmentation des distances parcourues par les élèves, ce qui a une incidence sur leur attention durant la journée et sur la pollution. Nourris de très nombreux exemples, ce livre dresse un portrait sans concession de ce recul des principes collectifs au profit d'une individualisation marchande. Selon l'auteur, la privatisation engagée depuis quelques années, gouvernement de gauche et de droite compris, « n'a pas fait mieux depuis la vente des biens nationaux après la Révolution française » (p. 271). Un cri d'alarme qui, souhaitons le, permettra de nourrir les mobilisations sociales, dont il est largement fait état au fil des pages du livre.
G.U.
Alèssi DELL'UMBRIA, C'est de la racaille ? Eh bien j'en suis ! A propos de la révolte de l'automne 2005 , Paris, L'échappée, 2006. décembre 2006*
Dans ce court texte (moins de 100 pages), l'auteur pousse une « gueulante » pour affirmer tout le bien qu'il faut penser des émeutes qui ont agité les banlieues des principales villes françaises durant l'hiver dernier. A partir d'une position libertaire affirmée (« voter n'est pas un acte, c'est une délégation de pouvoir. Réduire l'énergie d'une révolte à la simple participation aux scrutins électoraux, c'est la court-circuiter », p. 94), il en appelle au sens de la révolte contre les infra-conditions de vie réservées à ceux qui habitent en banlieue, lieu du ban comme il le rappelle dans le titre d'un de ses chapitres. Il voit dans les jacqueries une forme particulièrement radicale de remise en cause de la société d'oppression, au point de critiquer les adultes qui se sont interposés quand certains jeunes ont voulu incendier les écoles, au nom du fait que ces adultes ne se sont pas montrés très actifs pour dénoncer les brutalités policières.
La tendance du propos est de surpolitiser un mouvement qui portait une conscience assez peu claire de sa propre oppression, dans un désordre qui nuit au propos. On passe ainsi rapidement d'une critique de l'urbanisme à une dénonciation, quelques paragraphes plus loin, de l'automobile, symbole de « l'enfermement croissant des néo-urbains dans des trajectoires solitaires : elle offre une liberté de mouvement en échange d'un isolement croissant, qui rend cette liberté illusoire », p. 36. On eût aimé que ce discours soit porté par les jeunes qui lui ont donné une solution nettement plus radicale sous la forme de cocktails Molotov !! Il n'est pas sûr néanmoins que la sérialisation automobilistique ait beaucoup régressé depuis.
Ces proclamations enfiévrées sur la portée critique du mouvement des banlieues s'accompagnent de déclarations nettement plus ambiguës sur l'excès d'Etat, que ne dénierait pas un libéral bon teint, ainsi qu'en atteste le passage suivant « La désintégration des liens familiaux, de voisinage, de toute forme d'entraide directe au profit de l'assistance impersonnelle de l'administration, et la quasi impossibilité de se démerder par des petits métiers indépendants dans un pays aussi réglementé (… ) », p. 77, souligné par moi. La dénonciation sans distinction du monde entier (même Sud Rail est accusé, p. 89, de soutenir la LSQ, loi sur la Sécurité quotidienne) finit par lasser un lecteur qui n'en peut mais et qui ressort étourdi par une démonstration qui aurait mérité un peu plus de rigueur pour convaincre.
G.U.
Nicolas DUBOST, Comités d'entreprise, syndicats, patrons. Le grand remue-ménage , Paris, L'Atelier, 2007, 150 p. septembre 2007*
A la grande époque de l'établissement en entreprise, militant révolutionnaire à Révolution – scission maoïsante de la Ligue Communiste – , Nicolas Dubost était parti travailler à Renault Flins. Il en avait tiré un très beau livre de témoignage, Flins sans fin , publié chez Maspéro en 1979. Quelques trente ans plus tard, il nous revient avec un nouvel ouvrage. Comme on aurait aimé que l'histoire s'arrête !!! Depuis presque 20 ans, Dubost est devenu responsable d'une structure de formation des élus des comités d'entreprises. Le moins qu'on puisse dire est que l'évolution est assez radicale, dans le sens précisément de la déradicalisation… Une phrase suffit à résumer le propos tenu tout au long de ce nouvel opus : « Et pourtant, la vie n'est-elle pas une suite de compromis au quotidien ? », p. 44. Ce livre n'est qu'un long plaidoyer pour la négociation permanente et la « positive attitude » entre les institutions représentatives du personnel et les employeurs. Atttitude, selon lui, nécessaire pour ne pas « bloquer l'évolution nécessaire de notre société », p. 134. Bref, mis à part qu'il n'est pas écrit pas un représentant patronal ce livre mériterait de figurer parmi les manuels de base de la gestion intelligente des ressources humaines. Pour ceux qui essaieraient de comprendre un peu mieux les enjeux stratégiques de tels organes, il faut hélas aller lire ailleurs. Reste un ouvrage informé et vivant sur les dernières évolutions des CE. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas grand-chose non plus.
G.U.
Vincent DUCLERT, Alfred Dreyfus, L'honneur d'un patriote, Paris, Fayard, Sources, Bibliographie, Chronologie, Index, 1259 p., 30 euros. novembre 2006*
Bien sûr l'affaire Dreyfus est connue, grâce à d'excellents ouvrages qui ont précédé celui-ci (par exemple celui de Jean-Denis Bredin, l'Affaire, Julliard, 1983). Le livre de V. Duclert, dont la publication coïncide avec le centenaire de la réhabilitation de Dreyfus, n'apporte pas de révélations, son originalité est de nous faire vivre l'affaire à partir de ses deux principaux protagonistes, Alfred et Lucie Dreyfus. C'est ce qui fait son prix, rend sa lecture si poignante. Peu avant d'écrire cette somme, V. Duclert éditait leur correspondance (« Ecris-moi, écris-moi longuement… ». Correspondance de l'île du Diable, Paris, Mille et une nuits, 2005).
Si Dreyfus est apparu comme le coupable idéal, ce n'est pas seulement parce qu'il était juif et que, d'origine alsacienne, il avait encore de la famille à Mulhouse désormais allemande. Ancien polytechnicien, c'était un officier d'artillerie, typique de cette aile moderniste, scientifique, de l'armée, dont l'aile passéiste, attachée à la promotion par la cooptation et non au mérite, voyait l'ascension avec inquiétude. Avide de savoir, Dreyfus était considéré comme trop curieux. Après son arrestation, tout fut interprété à charge. Certains de sa culpabilité, ses accusateurs firent tout pour l'amener à avouer : lui cachant longtemps ce qu'on lui reprochait précisément, l'interrogeant dans le plus grand secret. Son principal accusateur, le Commandant Du Paty de Clam demanda même au commandant de la prison militaire où il était incarcéré s'il n'avait pas des lampes à projection assez fortes pour surprendre Dreyfus et le « démonter » (p.126), sinistre anticipation des procès staliniens. Malgré cette « entreprise de brutalisation », Dreyfus ne s'effondre pas, il clame son innocence au procès (19-22 décembre 1894), persuadé qu'il sera acquitté par les juges militaires, ses collègues officiers qu'il estime.
Après la condamnation, Du Paty de Clam revient à la charge : soit Dreyfus avoue et il subira une déportation clémente, accompagné de sa femme, soit il persiste et son régime sera très sévère. D'ailleurs le Parlement votera une loi à la va vite, le 9 février 1895, déclarant les îles du Salut, en Guyane, lieu de déportation pour les politiques, qui étaient jusqu'ici déportés en Nouvelle-Calédonie, lieu de séjour plus amène. La propagande nationaliste, antisémite, était telle que députés et sénateurs, écrit l'auteur, ont perdu « leur capacité de protection des libertés civiles ».
Heureusement, une minorité refusera de se laisser emporter par cette vague de chauvinisme, la famille bien sûr (sa femme, son frère Mathieu, le philosophe Lévy-Bruhl, cousin de Lucie), mais aussi Bernard Lazare, le petit cercle dissident de la Revue blanche (Félix Fénéon), Lucien Herr, bibliothécaire à l'ENS, qui convaincra ses amis socialistes de se mobiliser, et notamment Jean Jaurès, qui avait hésité au début à défendre Dreyfus, car il était officier et bourgeois – sa famille possédait plusieurs usines textiles à Mulhouse. Dans Les Preuves, achevées le 29 septembre 1898, Jaurès explique pourquoi les prolétaires doivent être solidaires de Dreyfus : « Si Dreyfus a été illégalement condamné, s'il est innocent, il n'est plus ni un officier, ni un bourgeois : il est dépouillé, par l'excès même du malheur, de tout caractère de classe, il n'est plus que l'humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer ».
Il ne manque rien bien sûr dans cet ouvrage, le fameux J'Accuse d'Emile Zola publié dans L'Aurore (13 janvier 1898), le procès de Rennes (août), avec l'évocation de l'intense activité de Victor Basch à la tête de la petite section locale de la Ligue des Droits de l'Homme. Mais les pages les plus nouvelles sont celles que l'auteur consacre aux 5 années de déportation en Guyane. Dreyfus est surveillé de manière ininterrompue, de jour comme de nuit, par des gardiens armés qui ont interdiction formelle de lui parler. Dans le Journal qu'il n'eut la force de tenir qu'au début, Dreyfus écrit ; « Jamais une figure sympathique, jamais ouvrir la bouche, comprimer nuit et jour son cerveau et son cœur ». Il est dans un dénuement matériel extrême, devant faire sa cuisine lui-même avec des moyens dérisoires. Sa correspondance lui est donnée avec retard, et à partir d'une certaine date, ce sont des copies des lettres arrivées qui lui sont données, vexation supplémentaire. Ce régime de terreur est aggravé le 4 septembre 1896 : il est mis aux fers la nuit (de 18 h. à 6 h. du matin), c'est le système dit de la « double boucle » qui enserre les chevilles, « mesure de sûreté » qui dure 2 mois et demi, le temps d'édifier une palissade entourant la case. Désormais, il ne voit plus la mer, la palissade rend bientôt la case insalubre, et Dreyfus ne reçoit aucune nouvelle des démarches faites en France en vue de sa réhabilitation. Il ne reçoit pas non plus de réponses aux nombreuses lettres qu'il envoie au Président de la République et aux autorités de la république. Autorités de la république actuelles qui n'ont pas jugé bon, en juin dernier, de transférer la dépouille de Dreyfus au Panthéon, ce que demandaient certains. En lui consacrant cet ouvrage, l'historien dresse une stèle remarquable à Dreyfus, et à travers lui aux hommes et aux femmes qui, confrontés à des pouvoirs tyranniques, ont conservé leur dignité.
Salles Jean-Paul.
Gérard FILOCHE, « La vie, la santé, l'amour sont précaires. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ? Faut il brûler le code du travail ?, Paris, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2006. février 2007*
Ex trotskyste, dirigeant de l'aile gauche du PS, inspecteur du travail, Gérard Filoche possède toutes les qualités pour analyser les attaques en règle de la droite et du Medef (on ne sait qui épaule qui en la matière) contre le droit du travail. Ce nouvel opus propose un état du champ, largement dévasté, des réformes récentes en la matière. Le bilan est atterrant. Grâce à une connaissance très fine des questions de travail, Filoche livre une analyse convaincante des régressions en cours en matière de travail, d'emploi, de santé au travail, de salaires, de statut etc. A partir du processus de refondation sociale lancée par feu le CNPF contre les lois Aubry et les 35 h, il dissèque par le menu les multiples attaques contre les salariés. Grâce à un sens de la formule affirmée (« le licenciement, c'est la peine de mort du contrat de travail » ou « Quelle magnifique expression que le mot « sécurité » associé à « sociale ». C'est ce qu'il y a de plus beau dans notre pays, cette socialisation, cette mutualisation de la protection sociale. Loin d'être une charge, c'est un bonheur ! »), son livre se lit avec facilité et entrain. Parsemé de nombreux exemples, tirés de son expérience professionnelle, sa lecture en est aisée, même dans ses passages les plus techniques, par exemple sur l'analyse des différentes lois et décrets. Il offre des citations extraites de la presse ou des déclarations patronales vraiment illustratives (lire ainsi la déclaration du patron des patrons de l'hôtellerie p. 173-74) du fond de pensée barbare qui imprègne une bonne partie du patronat et de la droite. Si la charge anti-libérale/sarkozyste est très réussie, en revanche, on sent l'auteur nettement plus en difficulté pour défendre la politique menée par le PS. Il est contraint de reconnaître le bilan pour le moins limité de la gauche plurielle, y compris sur ses mesures phares comme les 35 h. S'il avance un certain nombre de propositions pour en renverser la vapeur en matière de travail, de salaires, d'emploi, ce ne sont pas des mesures inscrites dans le programme du PS, mais celle de son aile gauche. Avec le pâle bilan de l'action gouvernementale de la gauche, il se révèle peu convaincant pour défendre son parti aux prochaines élections présidentielles. Tout ce qu'il peut avancer, c'est que « si avec la gauche de retour, nous n'obtenons pas tout ce que nous voulons, nous pourrons quand même mieux résister, plus facilement en revenir à des combats menés sur notre terrain que sur celui de l'adversaire », p. 156. Pas de quoi motiver ses lecteurs à porter leur bulletin pour le/la candidat/e socialiste en 2007.
Annie FOURCAULT, Emmanuel BELLANGER, Mathieu FLONNEAU, Paris / Banlieue. Conflit et solidarités , Paris, Créaphis, 2007, 478 pages, 25 €.
Et Alain FAURE, Claire LEVY-VROELANT, Une chambre en ville. Hôtels meublés et garnis parisiens (1860-1990), Paris, Créaphis, 2007, 383 pages, 32 €. octobre 2007*
Accolés, ces deux ouvrages prouvent que l'histoire urbaine, principalement dans sa dimension sociale, demeure encore vivace. Paris / Banlieues se présente sous la forme d'un recueil destiné à présenter tous les éléments du débat sur l'histoire des relations entre Paris et sa banlieue . L'essentiel de l'ouvrage, après une introduction historiographique poussée, consiste en une riche anthologie doublée d'une iconographie de qualité portant sur plus de deux siècles de relations. Celles-ci, le Journal de Saint-Denis du 2 avril 1905 en donne sans doute l'une des descriptions les plus imagées : « Paris agit avec sa banlieue un peu à la façon du monsieur qui veut se débarrasser de ses punaises : il brûle du souffre dans sa chambre et immédiatement les punaises vont chez le voisin. » Une part des réalités et de l'imaginaire urbain banlieusard et parisien est là. Au fil de l'anthologie, s'esquissent ensuite des relations conflictuelles dont Vaillant-Couturier (1924), évoquant la banlieue rouge décrit la pérennité, par-delà la cassure haussmannienne : Paris a retrouvé en banlieue ses faubourgs . La vague, rouge et pérenne de 1935, confirme ces augures. Par définition, l'anthologie s'entend chronique. Pour qui s'intéresse au mouvement ouvrier et à ses marges, on retiendra la figure d'Henri Sellier, les premières préoccupations sur les villes satellites, les diverses descriptions de la « zone » entre la sèche statistique policière et la plume célinienne. Une chambre en ville paraît alors un utile complément à cette anthologie, par ailleurs très pointue en terme institutionnelle. Le garni, comme système, importe aux yeux des différents contributeurs qui en restituent la chronologie, et son âge d'or des années 20 et 30, jusqu'à son dernier avatar, l'hôtel de 3 e zone, supplétif miteux des manques d'une véritable politique du logement social.
En somme, au fil de ces nombreuses pages, c'est plus que le décor des luttes ouvrières, des luttes sociales, qui transparaît. C'est, de manière diffuse, un esprit des lieux qui imprègnent peu à peu le lecteur. Les figures du réformateur social, du militant communiste ou socialiste, du DAL, ou des coordinations de sans-papiers acquièrent sur cet horizon une épaisseur que peinent à restituer d'autres monographies, plus directement liées pourtant à ces objets d'étude. Tels quels, ces deux ouvrages participent en oblique des problématiques de Dissidences .
Vincent Chambarlhac
Nico HIRTT et Bernard LEGROS, L'école et la peste publicitaire , Bruxelles, Aden, 2007, 144 pages, 9 euros. février 2008*
Dans la lignée des ouvrages du premier dénonçant la marchandisation de l'école, Nico Hirtt et Bernard Legros (également enseignant) livrent un petit opuscule qui donne plusieurs pistes permettant de dénoncer l'intrusion de la publicité dans les enceintes scolaires, a contrario des finalités profondes de l'école. Sans aller jusqu'au cas extrême des Etats-Unis, les nombreux exemples qu'ils prennent en Belgique et en France sont déjà en eux-mêmes très inquiétants. Contre le totalitarisme publicitaire, qui postule que consommer suffit à s'épanouir, les deux auteurs opposent le barrage de la loi, le nécessaire éveil de l'esprit critique et un financement des écoles tel qu'il ne rende pas utile l'apport de fonds privés. La menace est sérieuse, les publicitaires ayant un double objectif, commercial bien sûr (tant il est vrai que les enfants influencent plus que jamais les choix d'achats des parents), mais également idéologique, en conditionnant les individus encore facilement malléables en prévision de l'âge adulte (la consommation jouant désormais pour les jeunes un « rôle d'insertion sociale »). Concrètement, la publicité et les marques s'introduisent dans les établissements scolaires par le biais de documents pédagogiques, affiches, distributeurs de boissons et de nourriture ou distribution d'échantillons gratuits. Toutefois, les auteurs vont sans doute un peu loin en dénonçant, par exemple, la publicité comme cause des émeutes des banlieues de l'automne 2005 (p.56) ou la citation de marques dans des cours sur la mondialisation : la nécessité d'exemples précis doit dans ce cas s'accompagner d'un évident sens de la nuance. Un exposé didactique très utile, qui propose pour terminer quelques solutions pour commencer la lutte, dans la lignée des mouvements anti-pub, même si on pourra toujours trouver que les mesures suggérées ne sont pas suffisamment radicales…
Jean-Guillaume Lanuque
Maurice JOINET, Les grandes heures du mouvement ouvrier dans la Nièvre , Association culturelle ouvrière nivernaise, 1999,173 p. novembre 2006*
Voilà un livre d'histoire locale comme on aimerait pouvoir en lire sur chaque département de ce pays. Ce n'était pas évident, au départ, car il se trouve que l'auteur est prêtre de son état, même si celui-ci n'enlève rien à la qualité de son travail. J'irais même jusqu'à dire qu'il l'enrichit en prenant en compte, à sa mesure, l'existence d'un mouvement ouvrier chrétien dans le département. L'essentiel du livre est consacré à la période qui s'étend du milieu du XIX e au Front populaire. Quelques chapitres traitent de la période de la seconde guerre et esquissent des points de repères sur les années 1970. Il s'agit donc d'un livre d'histoire, parfaitement équilibré, qui se conclut par une utile bibliographie (mettant l'accent sur des travaux universitaires régionaux inédits), des éléments de biographies puisés dans le Maitron et même un aperçu sur la presse ouvrière nivernaise. Ajoutons, qu'en sous-titre, l'ouvrage porte la mention récits, documents et portraits. C'est un des intérêts, et pas des moindres, de ce livre d'être illustré de nombreuses cartes postales pour les périodes les plus anciennes, de photographies pour la période plus récente. Cet ensemble iconographique donne un caractère très vivant au texte. Qu'en est-il du texte précisément ? L'auteur fait le choix, parfaitement cohérent, d'inscrire cette histoire ouvrière dans les territoires de leur naissance. Pour qui ne connaît pas la Nièvre, le propos sera instructif. Quelle diversité de conditions de vie, de travail, de luttes, de groupes ouvriers dans un seul département ! A Nevers s'implantent les coopératives ouvrières des typographes, à proximité (Saincaize, Vauzelles) c'est le domaine des concentrations cheminotes. Vauzelles accueillera même le principal atelier de réparation des machines à vapeur de France. Cheminots qui développent également un centre important à Cosne-sur-Loire. A Fourchambault, c'est le domaine de la métallurgie. Un centre important jusqu'à l'entre-deux-guerres, avec des fiers ouvriers et ses luttes. Guérigny verra le développement de la métallurgie également, mais avec une aristocratie ouvrière liée à la production de chaînes de marine. A Saint-Léger des Vignes, c'est le domaine de la verrerie, tandis qu'à Décize c'est l'exploitation minière qui domine. L'organisation ouvrière naît cependant de l'exploitation de la forêt avec les flotteurs sur bois, puis les bûcherons qui organiseront les premiers syndicats. Cette histoire racontée s'inscrit dans le récit plus large d'une histoire sociale. Du fait de sa proximité avec Paris, la Nièvre y fournira un véritable prolétariat de nourrices aux familles bourgeoises, tandis que la capitale déverse sur le département ses orphelins, objets d'une exploitation éhontée. Si la composante chrétienne n'est pas négligée, l'auteur inscrit cette présence de l'Eglise dans une relation d'opposition au mouvement ouvrier et socialiste. Joinet fournit quelques utiles citations pour rappeler que l'Eglise en développant des organisations parmi les ouvriers souhaitait clairement instituer une religion de l'ordre. A l'issue de cette lecture, on souhaiterait que ce travail se poursuive et s'élargisse jusqu'à la période actuelle, tant il est riche de pistes, d'informations et même d'analyses.
Georges Ubbiali
Patrick LEHINGUE, Subunda. Coups de sonde dans l'océan des sondages , Bellecombe-en-Bauges, Editions du croquant, collection Savoir / Agir, 2007, 272 pages, 18,50 euros. octobre 2007*
La dernière campagne des élections présidentielles a une fois de plus démontré la place immense prise par les sondages dans l'analyse supposée de l'opinion, voire même dans la fabrication induite de cette même opinion. Professeur de sciences politiques à Amiens, Patrick Lehingue propose justement une étude pointue, érudite et nuancée de ce quasi cinquième pouvoir, intrinsèquement lié à celui des médias, en l'occurrence surtout les plus visibles, les sondages dit d'opinion. Après un retour sur la lexicologie et les origines historiques pour le moins mythifiées, autour du personnage de Gallup, Lehingue accumule les raisons de douter : erreurs répétées des sondages ; marge d'erreur due au grand nombre d'indécis et de réfractaires, et à la taille souvent réduite de l'échantillon ; fausse objectivité subséquente dans la constitution de l'échantillon censé être représentatif, avec une sous-représentation des moins aisés et diplômés ; opacité d'instituts totalement impliqués dans le jeu économique ; caractère en partie impressionniste des redressements ; utilisation d'une main d'œuvre d'enquêteurs majoritairement précaire, mal formée et peu motivée… Se situant dans la lignée d'un Pierre Bourdieu, Patrick Lehingue va plus loin en remettant en cause l'essence même des questionnements. Il souligne ainsi le caractère unique de chaque interaction sondeur / sondé, avec l'influence que le premier peut exercer, directement ou non, sur le second, et pointe fort justement le caractère biaisé de la plupart des questionnements : non contents d'être généralement fermés, ceux-ci mettent toutes les réponses sur un pied d'égalité, sans s'interroger sur la compréhension des termes et les connaissances des sujets traités de la part des questionnés, créant ainsi une véritable opinion publique fictive. Par ailleurs, ils renseignent davantage, par le choix des questions, sur les attentes et les préoccupations des catégories dominantes de la société que sur les opinions des masses. Si la dernière partie de l'ouvrage, qui s'interroge sur l'impact réel des sondages sur le public, s'avère un peu moins convaincante, Patrick Lehingue souhaitant conserver l'usage des sondages en modifiant un certain nombre de critères, on retiendra sa remarque sur le déclin du succès sondagier proportionnel aux progrès de la démocratie.
Jean-Guillaume Lanuque
Jean-Marie MIGNON, Une histoire de l'éducation populaire , Paris, La Découverte, collection Alternatives sociales, 2007, 264 pages, 24 euros. décembre 2007*
Cette synthèse de Jean-Marie Mignon part d'emblée avec un handicap, d'ailleurs assumé dans les premières pages : celui du flou de son sujet. Privilégiant une vision large, au risque d'un certain manque de cohérence, il s'efforce d'inclure dans l'éducation populaire tous ceux qui cherchent à compléter le travail de l'éducation nationale, mouvements de jeunesse, centres de vacances, qu'ils soient confessionnels ou laïques, avec pour objectif de favoriser la conscience individuelle, l'autonomie et le sens critique. On notera au passage tout ce que cette ambition d'éduquer aussi largement que possible l'ensemble de la population entretient comme lien avec l'idéal des mouvements révolutionnaires d'extrême gauche, non sans ambiguïté, d'ailleurs, ces actions réformistes pouvant également se substituer avec dommage au travail de préparation de la révolution.
Le plan, chronologique et couvrant la période de l'après Seconde Guerre jusqu'à aujourd'hui, apporte un grand nombre de données, mais a tendance à privilégier une histoire institutionnelle, au détriment d'exemples peut-être plus concrets. En outre, il met majoritairement l'accent sur la jeunesse, sans d'ailleurs jamais définir avec précision les contours de la notion. Brossant à grands traits le contexte et son évolution (1), sans problématique apparente, il montre bien en tout cas que tout au long du dernier demi siècle, l'éducation populaire a été sans cesse tiraillée entre la volonté de l'Etat de la contrôler et celle de toutes les associations de conserver en tant que « contre pouvoir » leur autonomie dans ce domaine, en plus du conflit interne à ces dernières entre laïcité et liberté au sens confessionnel du terme. Soumise à diverses tentations (celle de la professionnalisation avec les animateurs, par exemple) ou de nouveaux défis (l'aide aux immigrés, aux femmes, aux exclus, mais aussi la dépendance accrue et la perte de la flamme utopique et bénévole dans les deux dernières décennies du XXe siècle), l'éducation populaire apparaît, en particulier à la lumière de l'attitude des diverses majorités à son égard, comme ancrée à gauche. Les initiatives ont en tout cas eu pour beaucoup une postérité profonde, des Maisons des jeunes et de la culture aux foyers de jeunes travailleurs, en passant par les cinés clubs, et on saisit, avec ces quelques exemples, tout ce que ce livre a d'utile, offrant un panorama relativement exhaustif.
En fin d'ouvrage, Jean-Marie Mignon s'interroge sur les perspectives d'avenir de l'éducation populaire, prônant une indépendance nette vis-à-vis de l'Etat et une ouverture large, au risque d'ailleurs d'abandonner la laïcité à la française et des objectifs d'émancipation ambitieux, et en condamnant au passage les tenants du non au référendum sur le projet de constitution de l'UE… Mais comment expliquer l'absence de références aux pédagogues libertaires, tels que Sébastien Faure et sa Ruche ou les Libres enfants de Summerhill ? Ne serait-ce pas également réducteur de rejeter de l'éducation populaire le travail d'enseignants, certes soumis à des programmes, mais qui conservent une part de liberté pédagogique ? Et ne peut-on d'ailleurs pas aller jusqu'à intégrer à la sphère de l'éducation populaire le travail d'éducation mené par les organisations révolutionnaires ?
Jean-Guillaume Lanuque
(1) Non sans témoigner d'un manque excusable de connaissances sur l'extrême gauche, comme lorsqu'il considère que c'est l'éviction du PCF du gouvernement qui explique la vague de grèves de l'année 1947, ou quant il qualifie le virage à gauche des Jeunesses socialistes après guerre, virage sanctionné par la SFIO, de « pénible épisode trotskiste » (sic), p.62…
Jean-Philippe OULD AOUDIA, La bataille de Marignane , Paris, Tirésias, 2006, (complété d'un texte de Jean-François Gavoury), 200 pages, 20 euros. novembre 2006*
La bataille de Marignane est celle, notamment menée par l'auteur, contre la réhabilitation des tueurs de l'Organisation armée secrète (OAS), au premier rang desquels ceux des commandos « Delta » (la fraction la plus extrémiste de l'organisation à Alger), les déserteurs du 1 er REP Roger Degueldre, Albert Dovecar et de Claude Piegst, un civil, ainsi que du colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, « cerveau » des deux attentats manqués contre le général de Gaulle, à Pont-sur-Seine (8/9/1961) et au Petit-Clamart (22/8/1962). Le père de Jean-Philippe Ould Aoudia était l'un des six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés par l'OAS ; Jean-François Gavoury dresse lui le portrait de son père, le commissaire principal d'Alger, Roger Gavoury assassiné en 1961, le 31 mai, justement par Dovecar et Piegst.
Un livre militant donc. Pour les auteurs, il s'agit de mener la bataille mémorielle contre le révisionnisme actuel qui voit dans l'OAS des soldats perdus , des victimes … Cette réhabilitation passe par une série de stèles érigées sur le littoral méditerranéen de Nice à Perpignan. Toutes honorent l'OAS, toutes procèdent du lobbying d'associations d'extrême droite – dont l'ADIMAD – sur des municipalités plutôt favorables (ainsi celle de Simonpieri à Marignane, à suivre l'auteur). Ce révisionnisme monumental, combattu notamment par la Ligue des droits de l'homme (LDH) de Toulon, tourne ainsi le dos à l'amnistie : celle-ci, voulue par de Gaulle, réclamait l'oubli. Aujourd'hui, les tenants de l'Algérie française en appellent au devoir de mémoire pour réhabiliter leur cause. Tout l'intérêt du livre tient ainsi à ce qu'il cerne les tréfonds de la loi du 23 février 2005. Celle-ci s'inscrit dans un processus politique entamé sur le littoral méditerranéen, participe de petits calculs électoraux... L'auteur montre la porosité de l'UMP, notamment, à ces mémoires de l'extrême droite (ainsi de Simonpieri). En somme, l'adoption de la loi du 23 février 2005 n'est pas la « grosse connerie » que Jacques Chirac souhaite y voir. C'est le terme logique – et momentané sans doute – de cette volonté de l'extrême droite d'une réécriture de l'histoire depuis Vichy. Ainsi, les terroristes de l'OAS deviennent des martyrs, des victimes héroïques ; quant à leurs victimes, elles n'existent plus.
Un livre militant donc, mais surtout un retour informé sur ce qui se joue également dans le débat sur la colonisation.
Vincent Chambarlhac.
Martine RAVACHE, Les années cool. Une jeunesse de rêves , Paris, Panama, 2006. février 2007*
Voilà un livre qui devrait faire plaisir à ceux qui se le procureront. Si J.-Pierre Boyxou et Pierre Delannoy ont livré une version sérieuse du phénomène, L'aventure hippie (disponible en 10-18), Martine Ravache offre une version illustrée. A partir d'une sollicitation par la presse, l'auteure a recueilli de nombreuses photographies des « années cool ». Ce livre, sensible retiendra l'attention de ceux qui ont vécu, avec un brin de nostalgie, ces années là aussi bien que les plus jeunes. Ce qui frappe en feuilletant le volume, c'est l'insouciance qui préside à l'avenir de cette jeunesse. Dans les années 60 et 70, la question de du travail ne se pose pas franchement. Dans la société d'abondance, toutes les expériences et les rêves sont permis. Vie en communauté (se reporter en parallèle à la très intéressante analyse sociologique de B. Lacroix, L'utopie communautaire , PUF, 2006), voyage au bout du monde (Inde, Afghanistan, etc.), festival de musique (Ile de Wight), retour à la nature et tutti quanti. On n'est pas obligé de partager l'opinion de M. Ravache pour qui « L'aventure hippie a moins mal vieilli que les utopies militantes », p. 16, pour apprécier l'extraordinaire fraîcheur de ces photos. La nudité est de rigueur, surtout celle des hommes d'ailleurs (se reporter en particulier à cette extraordinaire Apollon au festival de Kralingen, 1970, nu au milieu de la foule), la drogue fait partie de la vie (photo d'une morceau de hasch d'environ un gramme), Frank Zappa exhibe une pancarte où s'affiche le mot « sex » , les accoutrements sont d'une folle inventivité, on mange en commun, à même la casserole, par terre. La page 226 permet de découvrir une parodie de carte postale à la maoïste où deux chevelus arborent la faucille et le marteau, la hache et la fourche, tandis que les femmes portent les enfants. Cette extraordinaire décontraction n'empêche pas certains de céder aux conventions bourgeoises les plus éculées. Tout un chacun peut bien être revêtu de peaux de bêtes, porter le cheveu long et le foulard (pour les filles), Catherine et Jacques, Brigitte et Yvon vont cependant se marier à la mairie de Malakoff, entourés de leurs témoins et familles, tandis qu'un policier goguenard assiste à la sortie de l'édifice de cet aréopage barbu (pour ces messieurs) et ventru (la grossesse de Madame étant bien avancée). S'ils n'ont pas changé fondamentalement et structurellement la société (le contraire se remarquerait), les hippies ont au moins tenté de vivre différemment les rapports sociaux. C'est précisément ce que nous invite à voir les photos de ce beau-livre…
G.U.
Patricia TOUCAS-TRUYEN, Michel DREYFUS, Les Coopérateurs. Deux siècles de pratiques coopératives , Paris, Editions de l'Atelier, 2005, 430 pages, 50 €. juin 2007*
Publié dans la collection Jean Maitron, l'ouvrage est consacré pour moitié – plus de 200 pages – aux biographies des coopérateurs, rédigées par de nombreux auteurs et coordonnées par Patricia Toucas-Truyen et Michel Dreyfus. La liste est éclectique, l'universitaire Célestin Bouglé voisine avec Philippe Buchez, créateur en 1840 du journal L'Atelier , Victor Considérant avec Ferdinand Buisson, apôtre de la laïcité, ou encore Gaston Prache, ami de René Belin de la CGT, compromis comme lui dans la Collaboration, et Jean Raffarin, le père de l'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin, actif dans la coopération agricole dans les années 1960.
Plus original et tout à fait utile, une centaine de pages sont consacrées aux organisations de la coopération, donnant pour chacune d'entre elles une fiche et une bibliographie : par exemple le Familistère de Guise, l'Ecole de Saint-Claude ou la célèbre Verrerie ouvrière d'Albi. On y trouve même la Camif !
Enfin, les cent premières pages de l'ouvrage consistent en une histoire succincte de la coopération réalisée par Patricia Toucas-Truyen. L'auteure introduit son étude de la coopération en France en rappelant que ce mouvement est né simultanément dans plusieurs pays en Europe du Nord : en Grande-Bretagne en 1844 avec la coopérative de consommation de Rochdale près de Manchester, en Allemagne en 1849 avec les coopératives de crédit Raiffeisen. En France, avant 1848, priment les coopératives de production. Le mouvement réussira à survivre au Second Empire, mais il ne prend son envol que sous la IIIe République radicale. Pour une fraction non négligeable du mouvement ouvrier français, imprégnée de conceptions proudhoniennes, la coopération apparaît comme une voie d'émancipation possible. C'est la naissance de l'économie sociale. Certaines coopératives de consommation, comme La Bellevilloise à Paris, affichent une belle santé, ne se contentant pas d'ouvrir épiceries ou boucheries, mais créant aussi une bibliothèque, une chorale, une université populaire. Les présidents du Conseil radicaux encouragent ces coopératives de production en leur ouvrant les adjudications de l'Etat et des collectivités publiques. A la veille de la guerre de 1914-1918, ce sont des restaurants coopératifs qui permettent aux étudiants et aux ouvrières parisiennes de manger sainement à bon marché. Les chrétiens sociaux ne sont pas étrangers à ces entreprises. Le mouvement redémarre après la guerre et s'épanouit dans les années 1920 : une chaire d'économie sociale est même créée en 1925 au Collège de France pour Charles Gide. Le nombre des sociétaires consommateurs est passé de 876.000 en 1914 à 2,3 millions en 1922. La collaboration de certaines figures éminentes de la Coopération avec le régime de Vichy nuira beaucoup au mouvement. Malgré quelques entreprises originales comme celle de Marcel Barbu dans la région de Valence après la guerre, la coopération ne semble pas avoir été réveillée par le grand élan de 1968. Mais la question, nous semble-t-il, mériterait d'être précisée, le passage sur cette période étant bien rapide.
Au total un ouvrage de référence, conclu par une riche bibliographie. Regrettons seulement son prix exorbitant , ce qui de fait réserve son acquisition aux bibliothèques, ce qu'elles ne manqueront sûrement pas de faire, comme je l'espère.
Jean-Paul Salles
Maxime VIVAS, La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du Pentagone , Bruxelles, Aden, 2007, 272 pages, 20 euros. mai 2008*
Ce livre-enquête est un véritable acte d'accusation lancé contre l'association RSF, et son médiatique et inamovible dirigeant, Robert Ménard. Pour l'auteur, ils se substituent à un authentique syndicalisme journalistique, et ne défendent qu'une liberté d'expression aveugle, au risque de s'incliner devant des mensonges ; plus, RSF est qualifié de soutien des puissants, des possédants et de l'impérialisme étatsunien. A l'appui de sa thèse, selon laquelle Ménard et son organisation s'en prennent plus volontiers au Tiers monde qu'aux pays riches, par opportunisme financier, l'auteur accumule les exemples. Ainsi, parmi les financements de RSF, on trouve des organismes dépendants de la CIA et du gouvernement de Washington. Au passage, Vivas s'étonne des 20% du budget de RSF dévolus aux seuls frais de fonctionnement, une proportion nettement plus élevée que pour les autres ONG.
Surtout, de nombreux exemples sont pris pour montrer le soutien implicite accordé aux Etats-Unis et à l'OTAN : lors du bombardement de la télévision serbe en 1999, des tirs sur le QG de la presse à Bagdad durant l'offensive de 2003… Toutefois, Maxime Vivas manifeste parfois une certaine tendance à tirer la couverture à lui, à tordre le bâton dans le sens de sa démonstration, au risque parfois de se révéler moins convaincant (les retards de réaction de RSF ne sont pas nécessairement significatifs (1)). Il n'en reste pas moins que lorsque RSF et Robert Ménard s'en prennent à Cuba ou au Venezuela de Chavez, la coupe déborde vite, et le parti pris est net, comparativement au traitement auquel ont droit les Etats-Unis (aucune défense de Mumia Abu-Jamal, par exemple, et une différence de traitement ahurissante dans des affaires de journalistes renvoyés car non munis des bons visas). Maxime Vivas termine en restant optimiste sur les chances d'une réforme démocratique interne de RSF contre l'autoritarisme de Ménard.
Jean-Guillaume Lanuque
(1) La caricature n'est d'ailleurs pas toujours évitée : « A Cuba, il suffit qu'un ignare cupide installe dans sa cuisine un télécopieur pour que RSF lui accorde symboliquement le Prix Albert Londres dans l'heure qui suit », p. 96.
Serge WOLIKOW, Jean VIGREUX (collaboration), Les combats de la mémoire. La FNDIRP de 1945 à nos jours , Paris, Le cherche midi, 2006, 275 p. Mai 2007*
Serge Wolikow (en collaboration avec Jean Vigreux), nous livre ici une première histoire globale de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), association « Loi de 1901 » fondée en octobre 1945. La lecture de cet ouvrage permet de prendre conscience qu'il est parfaitement possible de faire une « histoire sociale du politique, qui s'intéresse autant aux dimensions culturelles et politiques qu'aux acteurs, aux porteurs de cette mémoire qui ont œuvré à une histoire collective » (p. 23). Cette approche laisse apparaître la structuration profonde du cheminement de cette organisation née au lendemain de la Libération en raison des horreurs de la Seconde guerre mondiale, ainsi que les axes durables autour desquels son action s'est organisée.
Evidemment, la mémoire du passé, qui constitue une matrice partagée sans nuance, qu'elle le soit par les acteurs eux-mêmes ou par leurs descendants une fois les témoins retirés, joue. Cette mémoire, qui n'est pas seulement celle de l'horreur partagée puisqu'elle concerne également les pratiques militantes acquises dans le cadre des camps (notamment et particulièrement à Ravensbrück), fut en effet matrice pour l'engagement qui s'y noua parfois et qui fut alors pérennisé dans le cadre de cette organisation. Apparaît alors comme fondateur le rêve d'unité de tous les déportés et internés ainsi qu'une recherche d'égalité, ce qui rattache un peu plus cette organisation au mouvement ouvrier. L'unité fut cherchée, tentée à plusieurs reprises et l'échec de cette démarche fut patent aussi bien lors de la fondation, qui vit le refus au dernier moment de la FNDIR d'intégrer une structure commune que, quelques années plus tard, lorsqu'une crise survint dans le contexte de la guerre froide en 1949, qui conduisit à une série de démissions. De loin en loin l'histoire de la FNDIRP fut marquée par des espoirs de rapprochement puis de réalisation de l'unité avec les autres mouvements de déportés. Ainsi le moment du 25 e anniversaire de la Libération vit un regain d'activités dans ce domaine. Mais le bilan fut toujours mince et il fallut attendre les années 1980 pour qu'une ébauche d'unité se mette à exister autour d'une Fondation pour la mémoire de la Déportation ouverte à toutes les organisations et créée à l'initiative de la FNDIRP et à laquelle ses consoeurs se sont effectivement associées.
L'autre tendance est de l'ordre des contingences qui ont déterminé partiellement, surdéterminé parfois, cet itinéraire. De manière permanente la FNDIRP a du prendre en compte les réalités et leurs évolutions des situations nationales et internationales. Ainsi la période de la guerre froide a rendu problématique le positionnement d'une organisation qui était en proximité réelle du Parti communiste français mais qui s'est efforcée de maintenir et de faire vivre en ses rangs une certaine diversité politique, ce a quoi elle est assez bien parvenue, à l'exception de la crise de 1949, que nous avons déjà évoqué. Pourtant elle eu des difficultés à trouver une position fasse à la question des droits de l'homme en URSS qui satisfasse ses membres. L'engagement fut également réel dans les turbulences qui ont marqué la vie politique française, en particulier durant les années 1950 et 1960, notamment durant la crise de 1958. Le rapport aux pouvoirs publics, y compris dans le domaine des activités particulières de l'organisation, n'a jamais été anodin, facilitant ou rendant plus difficile l'action. Ainsi lorsqu'il s'est agi de mener campagne pour que les responsables de la déportation aient un procès, le fait que Robert Badinter, ministre de la justice d'un gouvernement de gauche, ait obtenu du parlement que des lois soient votées qui donnaient de nouvelles possibilités aux associations pour se porter partie-civile a pesé. De manière plus globale, le changement de République en 1958 à profondément modifié les canaux d'accès aux pouvoirs publics : les structures parlementaires étant largement mises hors-jeu, il convenait de s'adresser davantage à l'exécutif.
Mais, et il nous semble qu'il faut particulièrement insister sur ce point, une part majeure de l'activité de cette association fut consacrée à la prise en charge des intérêts des anciens déportés. Cette permanence exista quel que soit le contexte, bien qu'il ait fallu le prendre en compte. Nous envisagions précédemment l'idée d'égalité. L'exigence d'un même traitement pour tous les déportés, qu'ils soient, par exemple, « ethniques » ou politiques fut mise en avant dés la naissance de l'organisation. Ce fut un principe d'origine auquel la FNDIRP ne dérogea jamais et qui explique par ailleurs pour une part l'échec de l'unité lors du congrès fondateur d'octobre 1945. Cette prise en charge de la défense des intérêts d'un groupe passa par des canaux assez attendus, notamment l'intervention systématique auprès des pouvoirs publics afin d'obtenir que des cas individuels soient tranchés favorablement pour eux, en particulier lorsqu'une discrimination implicite touchait ceux qui avaient été déportés en raison de leur activité politique. Mais l'une des spécificités de la FNDIRP, qui explique pour une large part le maintien de son influence dans le monde des déportés, est d'avoir trouvé les moyens pour mettre en place et faire fonctionner tout un ensemble de services offerts aux déportés afin notamment de prendre en charge des pathologies propres à l'expérience des camps : sites de radiographie, de diagnostic, organisation de consultations, installation d'une clinique, sont autant d'exemples de cette capacité à développer un militantisme de services.
Enfin une dernière orientation lourde est apparue durant les deux dernières décennies. Les années 1980 ont en effet été le moment où un chantier initié dès l'origine passa au premier plan. Le témoignage, le maintien d'une mémoire de la Déportation, ont toujours occupé l'esprit des hommes et des femmes de la FNDIRP (chapitre 6) que cela se fasse par les symboles, les commémorations ou encore les lieux de mémoire. De fait, comme le rappelle l'un des auteurs, la FNDIRP apparaît comme « passeur » voire « porteur »(p. 237) d'une mémoire spécifique à la déportation. Elle a participé d'une lutte contre l'oubli et ce de manière continue. Mais à partir du moment où les militants et particulièrement les dirigeants ont commencé à disparaître, le problème a été appréhendé autrement et la question de la mémoire, de sa transmission est devenue lancinante et a conduit à l'émergence de structures et de démarches diverses qui marquèrent le passage « entre histoire et mémoire » (p. 242). Cette préoccupation donna lieu à différentes démarches. Les procès qui se tinrent à cette époque, ceux de Paul Touvier, Klaus Barbie ou Maurice Papon ont constitué des moments importants de construction et de défense d'une mémoire et ont été envisagés immédiatement, notamment pour leur vertu pédagogique pour les générations à venir (p. 194). Mais parmi les registres de cette forme d'action, l'un attire tout particulièrement l'attention d'un enseignant d'histoire en lycée. En effet, l'association a pour une part dirigé son action vers les publics scolaires, intervenant par exemple pour que la période de la Seconde guerre mondiale figure au programme d'histoire. Enfin, l'une des caractéristiques de cette démarche fut l'association de la communauté scientifique aux travaux menés. A cet égard, les réalisations de la FND sont révélatrices, aussi bien dans la constitution d'une vidéothèque en association avec l'Institut d'histoire du temps présent (IHTP), que dans la recension des déportés en lien avec l'université de Caen, ou encore dans l'élaboration d'un guide des ressources documentaires conservées en France sur la Déportation en lien avec les Archives Nationales. Ajoutons enfin que cette réorientation des priorités est avancée comme l'une des clefs du maintien du dynamisme de cette association.
En résumé l'ouvrage proposé constitue une approche complexe et complète qui permet de comprendre comment un mouvement du milieu associatif, porteur d'engagements personnels durables, a traversé le premier demi-siècle de son existence, entre permanences, ruptures et mutations (1).
Stéphane Paquelin.
(1) La FNDIRP possède son site Internet : http://www.fndirp.asso.fr