- Séverine AUFFRET, Sapphô et compagnie. Pour une histoire des idées féministes , Loverval, Editions Labor, collection Quartier Libre, 2006, 288 pages, 15 euros

- Sara BERENGUER, coord., Mujeres Libres, des femmes libertaires en lutte. Mémoire vive de femmes libertaires dans la Révolution espagnole, Paris, Editions Los Solidarios-Le Monde libertaire, 2000, 329 p., 12 €. Préface de Thyde Rossel

- Marie-France BIED-CHARRETON, Usine de femmes, Paris, L'Harmattan, 2003.

- Danièle BUSSY GENEVOIS, coord., Les Espagnoles dans l'histoire. Une sociabilité démocratique (XIXe-XXe siècles), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2002, 285 p., 23 €

- Madeleine COLIN, Traces d'une vie dans la mouvance du siècle, Paris, Syllepse, 2007, 205 p., 15€. Préface de Bernard Thibault, avertissement de René Mouriaux

- Gonzague DE SALLMARD, Femme = danger ? Pour en finir avec le mythe de la femme dangereuse, Paris, Homnisphères, collection Décrypt'Age, 2007, 14 euros

- Sandrine DURY, Sept femmes au cœur de la tourmente. Quand l’histoire s’écrit au féminin, Paris, Ed. Médicis, 2003.

- Françoise FLAMENT, A tire d'elles. Itinéraires de féministes radicales des années 70, Rennes, PUR, 2007, 173 pages

- Eliane GUBIN, Catherine JACQUES, Florence ROCHEFORT, Brigitte STUDER, Françoise THEBAUD, Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.), Le siècle des féminismes, Paris, Editions de l'Atelier, 2004, 463 p, 27 euros.

- Roger-Henri GUERRAND, Francis RONSIN, Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances, Paris, Spartacus, 2001

- Anne GUILLOU, Pour en finir avec le matriarcat breton. Essai sur la condition féminine, Morlaix, Skol Vreizh, 2007, 174 p., 13 €

- Jessica LATHUS, Le féminisme et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de 1968 à 1978, Maîtrise, Université de La Rochelle, 2004, 150 p. + 100 p. de bibliographie et d’annexes.

- Jean-Yves LE NAOUR, Valenti Catherine, Histoire de l'avortement, XIX-XXe siècles, Paris, Seuil, 2003, 390 pages.

- Les Cahiers de Critique communiste , Femmes, genre, féminisme , Paris, Syllepse, 2007, 2007, 120 p

- Josette TRAT, Diane LAMOUREUX, Roland PFEFFERKORN., (dir.,), L'autonomie des femmes en question. Antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe, Paris, L'Harmattan, Bibliothèque du féminisme, 2006, 240 p, 21,50 euros.

- Sandrine TREINER (dir.), Le Livre noir de la condition des femmes, Paris, XO Editions, 2006, 777 pages.
Margaret MARUANI (dir.), Femmes, genre et sociétés, Paris, La Découverte, 2005, 480 pages.

- Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Histoire des femmes en France, XIXe-XXe siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005, 254 p., 15 euros.

- Howard ZINN, En suivant Emma. Pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste et féministe américaine , Marseille, Agone, collection Marginales, 2007 (2002 pour l'édition originale), 176 pages, 15 euros

 

 

 

Séverine AUFFRET, Sapphô et compagnie. Pour une histoire des idées féministes , Loverval, Editions Labor, collection Quartier Libre, 2006, 288 pages, 15 euros. février 2008*

Tout comme Gilles Geneviève et sa Raison puérile , le livre de Séverine Auffret est celui d'une actrice de l'Université populaire de Caen, dont le fondateur le plus connu n'est autre que Michel Onfray. Sa philosophie de la vie, très hédoniste, est d'ailleurs très proche de celle de ce dernier. A travers ce petit ouvrage, et en mettant à profit les apports de l'anthropologie ou de la psychanalyse, dans une vision différentialiste des sexes entrant quelque peu en conflit avec Simone de Beauvoir, son but est de repérer les idées féministes, qu'elle distingue du féminisme en tant que mouvement organisé qui ne vit pas le jour avant la seconde moitié du XIXème siècle.

Débutant son « archéologie » (terme qu'elle revendique totalement) par l'Antiquité, elle la cesse avec la fin du Moyen Âge, jugeant l'expression féministe plus explicite dans les siècles suivants. Centrant son propos sur l'Europe et plus largement sur un vaste bassin méditerranéen (un parti pris que l'on pourra toujours discuter), elle s'appuie sur un postulat assez marxisant, estimant que « Pour qu'il y ait des idées féministes, il faut que « ça bouge » du côté des structures de la famille et des rapports intersexués » (p. 18). Chez les incontournables Grecs, elle salue Sapphô tout en la mettant à part, estimant qu'elle n'exprima pas d'idées féministes dans la mesure où son époque, transition entre un temps où la femme était mieux considérée et le Vème siècle classique et phallocrate, ne le nécessitait pas. Pour la période de l'apogée d'Athènes, justement, des figures comme le réactionnaire Aristophane, Platon ou plus encore Aristote, qui semble évacuer complètement les femmes de son idéal, s'opposent au tragédien Euripide, défenseur de la femme, selon Séverine Auffret, à travers quelques figures de son théâtre (Mélanippe, Clytemnestre ou Médée). Dans le christianisme primitif, l'auteure semble voir un moment de l'histoire offrant une place meilleure aux femmes, mais son analyse de la figure de Marie force quelque peu le trait et semble faire preuve de beaucoup d'idéalisme.

Il en est d'ailleurs de même pour ses évocations de figures féminines dans l'Ancien Testament (l'ambiguïté d'Eve ne compense pas sa dominante nettement négative) ou dans le Coran et la tradition musulmane. Après ces chapitres qui constituent incontestablement le ventre mou de l'étude, le Moyen Âge donne l'occasion de se pencher sur des thèmes riches comme l'amour courtois ou chevaleresque, la sorcellerie ou l'émancipation féminine à travers les hérésies du Libre Esprit, déjà amplement étudiées par Raoul Vanegeim. Un ouvrage stimulant, qui force parfois un peu le trait, mais dont on regrettera surtout qu'il ne se poursuive pas plus loin dans le temps.

Jean-Guillaume Lanuque

 

Sara BERENGUER, coord., Mujeres Libres, des femmes libertaires en lutte. Mémoire vive de femmes libertaires dans la Révolution espagnole, Paris, Editions Los Solidarios-Le Monde libertaire, 2000, 329 p., 12 €. Préface de Thyde Rossel. février 2008*

Avec ce livre est portée à notre connaissance une page largement méconnue de la guerre d'Espagne. Celle-ci ne se résume ni à l'affrontement entre Républicains et Franquistes, ni au conflit dans le camp républicain entre staliniens et anti-staliniens. A l'intérieur même de la mouvance libertaire, des femmes se sont organisées pour lutter contre le machisme ambiant et ainsi associer plus étroitement les femmes au combat armé cotre le fascisme à partir de juillet 1936. Dès décembre 1934 est né le premier groupe Mujeres libres, en avril 1936 commence à paraître leur revue, il y aura 17 numéros jusqu'à l'automne 1938. L'éditeur a eu la bonne idée de reproduire quelques premières pages de la revue, en couleur, dans un cahier iconographique central important. Il donne aussi plusieurs extraits de la revue et des témoignages d'anciennes militantes, nous permettant de nous faire une idée de l'orientation d'une organisation qui a rassemblé jusqu'à 20.000 femmes, la plupart étant des travailleuses. Une importante réflexion est menée sur la meilleure éducation à donner aux enfants, privilégiant « la méthode de l'aide permettant l'épanouissement des richesses intrinsèques de chacun », évitant les punitions et les prix, « la mesquine compétition », en une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de Célestin Freinet. Une place importante est accordée à la puériculture, à l'éducation sexuelle, définie selon les termes de l'époque, comme « la connaissance du fonctionnement physiologique de notre organisme, plus spécialement l'aspect eugénique et sexologique » (p.220). Quant à la prostitution, elle est fermement combattue. Leur but n'est pas de l'aménager mais de l'éradiquer, en rendant les femmes économiquement indépendantes et en réalisant une profonde révolution sociale et morale. Elles se désolent d'ailleurs de voir nombre de leurs camarades hommes fréquenter les maisons de passe. Leur déception est grande aussi quand le mouvement libertaire et la CNT refusent de considérer la Fédération nationale de Mujeres libres comme une de ses branches, en octobre 1938. Jusqu'au bout par contre elles refusent de s'intégrer aux comités de l'organisation mise en place par le PCE, Asociacion de Mujeres Antifascistas (AMA), bien que cette attitude intransigeante les ait privées de tout appui matériel, un appui qu'elles ne purent malheureusement pas obtenir non plus de leurs propres camarades.

En exil les anciennes de Mujeres libres reprirent contact, recréèrent même des groupes, à Paris en 1962-63, publiant une revue de novembre 1964 jusqu'en décembre 1976, date à laquelle la revue Mujeres libres put reparaître à Barcelone. Extraordinaire ouvrage donc qui nous fait revivre l'histoire de ces « femmes libres ». Il est complété par des poèmes en espagnol, une orientation bibliographique :

-Nash Mary, Mujeres libres, 1936-39, Barcelona, Tusquets editor, traduit en français à La Pensée sauvage, 1977.

-Nash Mary, Mujer y movimiento obrero en Espana, 1931-36, Barcelona, Editorial Fontamara, 1981.

-Haroutiounian Sandrine, Mujeres libres, 1936-39, Université d'Aix-en-Provence, maîtrise de Langues étrangères, 1984.

-Ackelsberg Marta, Free Women of Spain. Anarchism and the Struggle for the emancipation of women, Indianapolis, Indiana University Press, 1991.

Salles Jean-Paul.

 

 

Marie-France BIED-CHARRETON, Usine de femmes, Paris, L'Harmattan, 2003.

Il y aurait quelque abus à suivre l'avis de l'éditeur sur la quatrième de couverture en prétendant que ce livre se lit comme un roman policier ! Dans le genre récit d'établi, le livre de Robert Linhart, L'établi (Minuit, 1978), demeure une référence insurpassable. Ce n'est certes pas par son style que le récit de l'auteure justifie la lecture. Pauvrement narratif, il aligne les anecdotes les unes après les autres, sans qu'aucune fulgurance ne vienne illuminer la lecture. Néanmoins, ce livre est tout à fait intéressant, et ce, à plusieurs titres.
Bien qu'elle ne nous fournisse aucun élément d'identification sur l'organisation, ce livre s'inscrit dans la longue saga des tentatives d'implantation dans la classe ouvrière de la part des maoïstes dans la période post-68. Le récit est centré sur l'usine, le travail. Pratiquement aucune allusion à la vie extérieure, si ce n'est les voyages aller-retour pour l'usine et quelques mots sur les étudiants venus en renfort pour distribuer les tracts. De plus, il s'agit d'un témoignage de femme, ce qui en constitue la vertu première. L'auteure, à une date non précisée (autour de 73-74), se fait embaucher comme OS à l'usine Grandin qui produit des télévisions et du matériel électronique. Même son livre se termine par une tentative de grève qui se révèle rapidement un échec, son récit décrivant longuement la pesanteur, l'inertie des réactions des ouvrières à la domination et l'exploitation dont elles sont victimes.
Un des éléments les plus instructifs est le poids de l'échec du mouvement de grève de Mai 68. Alors que ses collègues d'atelier étaient massivement en grève, l'inaboutissement de cette grève fait replonger les ouvrières, déqualifiées, dans l'apathie, la démoralisation et le rejet de toute tentative d'action un tant soit peu collective. Riches également sont les notes sur les questions politiques qui plombent l'activité syndicale ou encore les efforts prométhéens à fournir pour réussir à faire signer une pétition dans l'atelier sur des revendications que tout le monde pourtant partage ; riches, enfin, sont les observations sur le déclenchement de la grève, sa coalescence puis l'éclatement du groupe gréviste. On s'étonnera néanmoins que ce livre apparemment écrit en 1979 ne soit publié qu'un quart de siècle après son élaboration.

Georges Ubbiali.

 

Danièle BUSSY GENEVOIS, coord., Les Espagnoles dans l'histoire. Une sociabilité démocratique (XIXe-XXe siècles), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2002, 285 p., 23 €. février 2008*

Dans la lignée de Maurice Agulhon et de son travail sur les cercles dans la France bourgeoise, une dizaine d'universitaires espagnoles et françaises étudient les associations féminines ou féministes en Espagne de 1837 à 1978. Ouvrage ambitieux, mais inégal, qui nous éclaire sur la sociabilité féminine en Espagne et qui montre, s'il en était besoin, la terrible coupure qu'a constitué le coup d'Etat de Franco dans ce domaine comme dans tant d'autres. Les contributions les plus intéressantes évoquent les « liceos » (Marie-Claude Lécuyer de Paris VIII et surtout Concha Fagoaga de la Complutense de Madrid), associations culturelles très vivantes créées au XIXe siècle à l'initiative de femmes aisées. Mais celui de Madrid est aussi un lieu d'apprentissage politique et un centre d'initiative sociale, totalement indépendant de l'Eglise catholique. Deux des trois femmes députées, après l'obtention du droit de vote par les femmes en 1931, en furent membres. Bien sûr le franquisme mit fin à ces associations et ses principales animatrices prirent le chemin de l'exil ou se réfugièrent dans le silence.

La résistance des femmes au franquisme méritait mieux que les quelques lignes que lui consacre Mercedes Yusta, qui se contente d'ailleurs d'évoquer Saragosse et l'Aragon, mais la jeune historienne nous met sur la piste d'un livre important : Giuliana di Febo, Resistencia y movimiento de mujeres en España, 1936-76, Barcelona, Icaria, 1979. Le régime franquiste évolue à partir du milieu des années 1950, ce qui va permettre à des femmes tenaces, comme l'avocate Maria Telo Nuñez, de mener avec succès un combat patient pour une modification des lois concernant la femme et la famille (Maria Ruiz Franco, La Asociacion de Mujeres juristas durante el Franquismo). Marie-Aline Barrachina (Université de Nice) retrace l'histoire du féminisme en Espagne (le Deuxième sexe – 1949 - est traduit en catalan en 1966, la Femme mystifiée de Betty Friedan un peu plus tard) et rappelle le rôle important de Lidia Falcon. En 1975, le 8 mars est célébré pour la première fois depuis 1936, les groupes femmes se multiplient et « Vindicacion feminista », revue de haute tenue, naît en juillet 1978 peu avant les premières élections démocratiques (sa contribution : « Vindicacion feminista », aboutissement d'un processus, constitution d'un réseau, et aussi la maîtrise de Sophie Blanchet, Université de Poitiers, mars 2001).

Sur la question précise des femmes espagnoles confrontées au franquisme, la synthèse de Danièle Bussy Genevois parue dans le Tome V de l'Histoire des femmes en Occident, Plon, 1992, mérite d'être complétée et actualisée par le récit de l'universitaire madrilène Pilar Folguera Crespo, « El Franquismo. El retorno a la esfera privada (1939-75) », in Historia de las Mujeres en España, Madrid, Ed. Sintesis, 1997.

Salles Jean-Paul

 

Madeleine COLIN, Traces d'une vie dans la mouvance du siècle, Paris, Syllepse, 2007, 205 p., 15€. Préface de Bernard Thibault, avertissement de René Mouriaux. novembre 2007*

« Frêle et ardente », c'est ainsi que Madeleine Rebérioux décrit Madeleine Colin à l'occasion de sa mort ( Le Monde 27 janvier 2001). Elle était née en 1905. Syllepse a eu la bonne idée de rééditer son autobiographie publiée à compte d'auteur en 1990.

Employée du téléphone, parisienne, elle évolue jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale dans un milieu petit bourgeois peu préoccupé par les luttes sociales. Elle nous raconte son idylle platonique avec un bourgeois de 20 ans son aîné. On est en 1925 et à l'époque un rapport amical pouvait s'établir par la voix entre la dame du téléphone et un abonné. Et pour « un homme de qualité », une jeune fille, même audacieuse et imprudente, cela se respectait ! Bientôt mariée avec un petit patron, ils prennent leurs vacances dans le Midi en 1935 avec un cabriolet C4 Renault décapotable.

La guerre bouleverse sa vie : divorce, rencontre avec un militant du PC et Résistance, suivie de l'adhésion au PC et à la CGT. Vite remarquée par Benoît Frachon, elle devient secrétaire confédérale en 1955. Elle le restera jusqu'en 1969. Ceci nous vaut quelques précisions sur le genre de vie des bureaucrates syndicaux : voiture avec chauffeur, bureaux super-modernes, un peu mégalos, à Montreuil, nombreux séjours dans les pays de l'Est. En février 1957 – quelques mois après l'insurrection de 1956 – elle se fait huer à Budapest par des ouvrières du textile qui refusent de la croire quand elle dit que le sort des ouvrières françaises est moins enviable que le leur ! Elle a aussi la responsabilité d' Antoinette , le mensuel de la CGT en direction des femmes, de sa création en 1955 jusqu'en 1975. A ce poste, elle comprend vite que « les militants masculins du mouvement ouvrier ne sont pas fondamentalement différents de l'ensemble des hommes » : machistes, paternalistes…et répressifs. Prétextant un vote hostile à l'intervention soviétique en Afghanistan émis par Christiane Gilles, la nouvelle directrice d' Antoinette , la direction de la CGT la démet de ses fonctions en 1982. Simultanément une militante du Rhône, Georgette Vacher, se suicide, notamment en désaccord avec la majorité de l'UD qu'elle trouve trop timide sur les femmes. Cette grave crise entraîne l'exclusion de toute l'équipe de rédaction, dont la rédactrice en chef Chantal Rogerat, et à terme – 1990 – la disparition du journal.

Madeleine Colin a donc vu de près les méthodes staliniennes. Dans les années 1950 elle fut particulièrement choquée par l'hostilité du PC à la libéralisation de l'avortement et de la contraception, notamment de sa direction Thorez-Vermeersch. Elle est stupéfaite de voir « les militantes rivaliser de grossesses ; celles qui ne peuvent pas avoir d'enfant se dépêchent d'en adopter ». Malgré tout, persuadée qu'en France il n'y a pas d'issue politique en dehors d'une entente entre les deux grands partis de gauche, elle regarde les gauchistes avec scepticisme. Bien que favorable à une maternité libre et choisie, elle ne signe pas le manifeste des 343 (5 avril 1971). Et elle regrettera d'avoir soutenu une initiative de la LCR en faveur d'ouvrières belges licenciées pour avoir refusé le temps partiel imposé aux seules femmes : « Malgré nos divergences durables et profondes avec le PC, nous n'étions pas, nous ne sommes toujours pas, anticommunistes et ne voulions pas alimenter l'anticommunisme, même s'il se donnait l'apparence du féminisme » (p.155).

Avec Madeleine Rebérioux, Rolande Trempé, sa chère amie Madeleine Vignes et d'autres, Madeleine Colin est représentative d'une génération de femmes marquées par la guerre et la résistance. Conscientes du drame qu'a constitué l'introduction des méthodes staliniennes dans le mouvement ouvrier français, elles se révélèrent incapables de les combattre véritablement. Mais peut-être aussi, ceux et celles qu'on appelait les gauchistes ont-ils leur part de responsabilité. Leur schématisme, leur « léninisme pressé »…n'ont pas su convaincre ces femmes, remarquables à bien des égards.

Salles Jean-Paul.

 

Gonzague DE SALLMARD, Femme = danger ? Pour en finir avec le mythe de la femme dangereuse, Paris, Homnisphères, collection Décrypt'Age, 2007, 14 euros. février 2008*

Cet essai repose sur le constat suivant : de tous temps la femme a été considérée, par un homme soucieux d'asseoir son autorité, comme un être imparfait. L'auteur choisit d'emblée d'axer son étude sur la dangerosité supposée de la gent féminine. A qui doit-on l'édification de ce mythe, véritable « amalgame de fantasmes » ? Quelles étaient autrefois les femmes particulièrement menaçantes ? Qu'en est-il de ce mythe aujourd'hui ?

Dans un premier temps, l'essayiste se penche sur les origines du mythe : de l'Antiquité au XXème siècle, les philosophes (notamment Aristote…), médecins et clercs (aidés par les pédagogues et les artistes), effrayés par les règles ou la transmission possible de maladies, s'échinent à convaincre la population que les femmes sont des créatures à la physiologie spécifique - évidemment imparfaite comparée à celle des hommes- et à la psychologie dérangée. L'aliénation de la femme est rendue possible, outre par la force physique de l'homme, à grand renfort d'arguments « fallacieux, énoncé[s] de façon péremptoire[s], c'est-à-dire fondé[s] sur de prétendus savoirs philosophiques, médicaux ou théologiques. » affirme Gonzague de Sallmard. Ainsi un certain nombre de types féminins sont mis au pilori, leur point commun étant de mettre en péril le mâle: la syphilitique, la prostituée, la nymphomane, la femme adultère, la beauté fatale (fardée), sans oublier la jeune fille (l'adolescente).

Après cette revue étayée d'exemples, l'auteur nous invite à découvrir les principales faiblesses que l'on attribue depuis toujours à la femme : commérage, mensonge et propension à la folie, comme pour les émeutières [on remarquera à cet égard que le qualificatif hystérique reste gracieusement réservé à la femme !]. La responsabilité du christianisme dans la consolidation du mythe est ensuite vigoureusement affirmée : le mythe d'Adam et Eve (lu et interprété par les clercs avec misogynie), celui de Salomé et Hérodiade, les propos polémiques de Saint Paul, l'éducation religieuse des jeunes filles, ont toujours eu vocation à établir le caractère nuisible de la femme. Dans un second temps, l'ouvrage se propose d'étudier l'évolution du mythe du Moyen-Âge à nos jours en offrant un inventaire non exhaustif des boucs émissaires féminins en Occident : la sorcière, condamnée à d'horribles supplices car on craignait l'émergence de contre-pouvoir susceptible de déstabiliser l'autorité du roi, la femme seule, la castratrice (épouse et mère), l'androgyne, la femme active et enfin la femme politique. Achevant son parcours sur l'époque actuelle, l'auteur a soin de nous mettre en garde contre les dernières théories à la mode : la femme est une louve pour la femme, c'est pourquoi « les femmes préféreraient être dirigées par des hommes » ; « nombre de celles qui se lancent dans les affaires ne seraient […] que des frustrées martyris[ant] leurs collaboratrices pour se consoler de leur triste sort » etc…

De qualité, cet essai a le mérite de s'adresser à son lecteur sans jargon et dans un style limpide. Les inventaires abondamment nourris d'exemples tirés des arts, de la science, de la religion, de la philosophie, de la télévision offrent une lecture plaisante et enrichissante ainsi que de sérieux arguments pour les femmes (et pour de nombreux hommes, dieu merci !) qui auraient à défendre une position féministe. On apprécie aussi les fréquentes références à la littérature qui sont autant d'invitation à la lecture ou à la relecture de certaines œuvres, avec un regard neuf. Mais le sujet embrassé par l'auteur est vaste, sans doute plus propice à une entreprise collective, et le lecteur notera ici et là quelques imprécisions (l'intrigue des Liaisons dangereuses est résumée de façon erronée, ou Diderot est simplement cité parmi les antiféministes sans plus de justifications). Enfin à la sortie de ce livre, d'aucuns pourraient regretter une approche essentiellement occidentale, sans parler de quelques analyses qui susciteront discussion : ainsi, des figures de Eve ou Marie dans la Bible, dont il est difficile de faire des femmes nettement positives ; ainsi de certains jugements de l'auteur sur le mouvement féministe, qui témoignent d'un probable penchant pour une version modérée du féminisme.

Pauline Gegout et Jean-Guillaume Lanuque

 

Sandrine DURY, Sept femmes au cœur de la tourmente. Quand l’histoire s’écrit au féminin, Paris, Ed. Médicis, 2003. septembre 2006*

Sandrine Dury est psychanalyste de son état. Elle se propose, comme le titre y invite, à proposer une vision de l’histoire à partir du point de vue des femmes. La forme retenue est celle de l’entretien avec sept d’entre elles qui sont « entre les coulisses et le devant de la scène car elles s’attachent autant à leur féminité qu’à l’exercice de leurs fonctions ou de leurs passions ». L’éventail est large puisque se côtoie Laure Adler, Florence Artaud, Lucie Aubrac, Roselyne Bachelot, Gisèle Halimi. Les lecteurs de Dissidences retiendront surtout les discussions avec Marie-George Buffet et surtout Arlette Laguiller. Si l’on n’apprend rien de bien neuf de l’entretien avec la porte-parole de LO, deux aspects méritent néanmoins d’être retenu. Le premier est que Laguiller confirme que c’est un choix de ne pas avoir eu d’enfant, car il y a incompatibilité (ou en tous les cas, difficultés importantes) à vouloir cumuler engagement et enfantement ; « En ce qui concerne les enfants, je savais qu’il était difficile d’être dirigeante politique et d’assumer les deux. J’ai vraiment choisi, pas parce que j’étais une fille acariâtre qui n’avais d’amis et pas de compagnon, mais simplement parce que c’était mon choix » (p. 161). D’ailleurs, les exemples cités, ceux des deux autres députées de LO à l’époque du Parlement Européen, Amélie Bordes et Chantal Cauquil, mère chacune d’un enfant unique, indique que pour militer à LO il faut développer des pratiques en cours dans la petite bourgeoisie, celui de l’enfant unique, au moins pour exercer des responsabilités. Le second aspect qui ressort, de manière inconsciente des paroles de Laguiller, est précisément la pression et la constance du groupe sur la militante. C’est un peu, note l’auteure, comme si la dirigeante de LO n’avait pas « d’orientation un peu personnelles » (p. 175), mais n’était que l’expression du groupe au nom duquel elle parle. C’est une conception de l’engagement et du militantisme, qui certes n’est ni neuve ni originale, mais qui semble aujourd’hui en déshérence, y compris à l’extrême gauche. En tous les cas, pour qui veut lire avec les lunettes des sciences sociales, ce court recueil laisse entrevoir des perspectives intéressantes sur le fonctionnement de LO qui a déjà été abordé dans Dissidences (voir en particulier le numéro n° 9, oct. 2001)

G.U.

 

Françoise FLAMENT, A tire d'elles. Itinéraires de féministes radicales des années 70, Rennes, PUR, 2007, 173 pages. février 2008*

Françoise Flament livre ici onze itinéraires, dont le sien, de féministes radicales des années 70. Le propos s'ancre peu dans une histoire du militantisme féministe, bien que celui-ci transparaisse souvent au fil des entretiens ; A tire d'elles procède davantage du récit de vie, s'arrimant dans sa polyphonie à l'histoire sociale en devenir du féminisme. Onze prénoms donc, pour onze récits : la préface de Michelle Perrot décèle là l'écho du Saint Simonisme, résonne également dans ce choix le refus du nom de famille -expression patriarcale- propre à une part du féminisme des années 70.

Au fil des textes une part du monde féministe des années 70 s'ébauche, entre Paris, Londres, la Californie, l'Italie… L'âpreté des luttes théoriques et militantes de la France d'après 68 vaut souvent repoussoir dans les entretiens ; pour Eva –l'une de ces féministes-, la lecture de Simone de Beauvoir n'eut aucun effet direct sur son engagement . Le radicalisme de ces féministes procède en grande partie du regard porté sur le lesbianisme ; leur féminisme est alors tout autant politique (grève de la femme, hommage à la femme inconnue…) que social. Par le choix des interviewées, l'expérience américaine –sinon californienne-, où s'invente par « autoformation » un féminisme (p 133), revient fréquemment. Ces parcours brossent moins un tableau qu'ils n'esquissent une conquête difficile d'une identité lesbienne dans laquelle la littérature et la recherche universitaire ont leur part comme également l'exercice d'un métier manuel. Le récit de Jean sur les charpentières californiennes, ou l'évocation de leur passage dans le Perche, dépayse singulièrement par opposition à une vision du féminisme réduit trop souvent aux luttes politiques. C'est là l'apport essentiel de ce court travail pour un lecteur peu averti de ces questions. La lecture peut s'y faire traversière, avant que de conclure sur la préface de Michelle Perrot comme l'ouverture de l'auteure qui informent a posteriori ces textes d'une archive du féminisme.

Survient alors une seconde lecture, plus inscrite dans les temps de l'histoire à l'image même de ce que tissent les correspondances entre ces itinéraires. L'originalité du féminisme américain contraste avec l'antériorité britannique sur ce point ; l'arme de la théorie dans les luttes paraît commune à la France et l'Italie autour de 68. Pour autant, à l'exception de Namascar qui clôt ces entretiens, toutes tiennent à distance la perspective marxiste et révolutionnaire. Une part du sel des récit tient aux courtes incises sur le machisme des organisations révolutionnaires ; le combat de ces féministes ressort au genre, se dépliant certes sur le front politique (Fhar), comme dans le champ littéraire, artistique, mais aussi dans le domaine de la formation professionnelle dans les métiers manuels, dans l'exercice de ces derniers… Parfois, les entretiens respirent de mots hérités d'un lexique passé, ouvrant à la mise en abyme des questionnements d'une époque l'autre : les thématiques de la contre-culture, de la communauté, ancrées dans les décennies 60/70 sont elles à prendre au pied de la lettre, où faut-il davantage les lire aujourd'hui dans la perspective constructiviste de la condition lesbienne ? Pièce versée à ce débat historiographique, A tire d'elles , parce qu'il procède d'abord du récit de vie, échappe à cette seule réduction.

Vincent Chambarlhac

 

Anne GUILLOU, Pour en finir avec le matriarcat breton. Essai sur la condition féminine, Morlaix, Skol Vreizh, 2007, 174 p., 13 €. février 2008*

En Bretagne, chacun a connu des femmes remarquables, femmes et veuves de marins notamment. De là à parler de matriarcat, il n'y a qu'un pas, que certains ont franchi allègrement. Une thèse a même été consacrée à cette question, en 1982, par Agnès Audibert. Un ordre ancien, préromain, aurait-il persisté dans cette seule région ? En effet, des auteurs comme Jules César ou Tacite font état de leur surprise en constatant que les femmes bretonnes agissent hors de la sphère domestique. En pays celte, la femme semblait jouir de droits supérieurs à ceux des femmes romaines ou franques.

Mais avec la christianisation de la Bretagne, ces traditions favorables aux femmes sont réduites à l'état de traces. Et ici comme dans le reste de l'Occident chrétien, c'est bien à un asservissement de la femme qu'on assiste. Les congrégations religieuses prospèrent jusqu'au XIXe siècle, illustrant cette idée que pour les femmes, « il y a de la noblesse à servir le maître, qu'on l'appelle Dieu, prêtre, mari, père ». Le XIXe siècle, à la suite du Code Napoléon, ne fera qu'accentuer cette mise en tutelle des femmes. Donc l'auteure écrit sagement « Si leurs ancêtres ont pu, dans des temps très lointains, bénéficier de droits moins inégalitaires qu'ailleurs, ce qui est difficile à prouver, les femmes bretonnes ont connu dès le Moyen Age le sort des autres femmes européennes, soit une domination sociale et économique et une réelle dépendance dans la sphère privée ».

Tout au plus consent-elle à parler de matricentrisme pour décrire cette place importante des mères, parfois excessives, surprotectrices…ce qui engendre d'autres maux pour les enfants. Les femmes de Bretagne devront donc attendre le XXe siècle, les luttes des femmes et les avancées législatives au niveau national, pour voir leur sort vraiment changer. A la recherche de formules chocs, l'auteure, professeur de sociologie à l'université de Bretagne occidentale, n'hésite pas à qualifier le XXe siècle de siècle des Lumières pour les femmes, en attendant le XXIe siècle qui sera, dit-elle, celui de l'avènement des pères. A voir. Regrettons une bibliographie indigente et l'absence de notes infrapaginales.

Salles Jean-Paul

 

Les Cahiers de Critique communiste , Femmes, genre, féminisme , Paris, Syllepse, 2007, 2007, 120 p. février 2008*

Dans le prolongement des précédents volumes (Classe ouvrière, salariat, lutte de classes ; Droit et émancipation ; Travail, critique du travail et émancipation pour citer les derniers titres parus), les Cahiers de la revue théorique de la LCR proposent un nouveau recueil de textes consacrés aux luttes des femmes. Comme le veut l'esprit de la collection, il s'agit de courts articles, rassemblés autour d'une thématique fédératrice, et complété s par une bibliographie permettant de prolonger la lecture. Disons le tout net, l'intérêt de ce recueil est grand, en même temps la forme se contente bien souvent de mettre en appétit sans réellement satisfaire le cerveau du lecteur. Les sept contributions proposées présentent de multiples facettes du thème. L'histoire oubliée d u courant « féministe lutte de classes » est abordée par J. Trat. Basé sur sa thèse, dont l'édition serait la bienvenue, cette contribution est l'une des plus charpentée du recueil. La présentation de l'action du collectif Féminin-Masculin de Vitry créé après la mort de Sohanne se réalise sous forme d'entretien avec son initiatrice. C'est sous forme d'entretien également avec une universitaire (Elsa Dolin) que sont présentées les théories du Queer , développées Outre-atlantique notamment par Judith Butler. Pour de nombreux lecteurs, cette introduction constituera une première approche et la découverte d'un continent intellectuel assez neuf, même si la conviction du matérialisme du queer reste à réaliser. L'oppression des femmes et la question de la mondialisation (S. Treillet) constitue une bonne synthèse sur les contradictions induite s par la globalisation capitaliste (mise au travail des femmes et rupture des rapports traditionnels). La question de la santé, et singulièrement du s ida dans les luttes féministes et gaies est traitée par G. Girard, la seule contribution masculine du recueil. Le rapprochement proposé entre les mobilisations des femmes et celles des homosexuels mériterait un développement plus conséquent car le caractère minoritaire des luttes n'induit pas automatiquement le rapprochement souhaité. La parenté dans la forme des mobilisations n'induit pas une proximité sur le fond. Claudie Lesselier dresse un succinct mais très intéressant panorama des mouvements de femmes de l'immigration dans l'hexagone. Et pour conclure, D. Dozolme et M. Gelly s'attaque à l'offensive masculiniste. Leur propos est cinglant, contre ces associations qui prétendent défendre les droits des pères « dominés » par leurs femmes. Il apparaît néanmoins assez réducteur de réduire ces mouvements à des rassemblements de père violents, violeurs et pédophiles, s'unissant pour défendre leur droit à prolonger leur turpitudes.

G.U.

 

Jessica LATHUS, Le féminisme et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de 1968 à 1978, Maîtrise, Université de La Rochelle, 2004, 150 p. + 100 p. de bibliographie et d’annexes.

L’auteure, très intéressée par le féminisme, étudie l’intervention d’un mouvement d’extrême gauche, la LCR, dans le mouvement des femmes au cours des années 1970. Bousculée au début par l’irruption du féminisme, la LCR ne tarde pas à s’engager, dans le cadre du MLAC notamment, dans la lutte pour la libéralisation de l’avortement, puis dans la lutte contre le viol, certain(e)s demandant la criminalisation de cet attentat fait aux femmes. Cependant d’autres militant(e)s s’interrogent sur la validité de cet appel aux tribunaux « bourgeois ». Par contre c’est unanimement que l’organisation aborde le problème de la prostitution, refusant de la considérer comme un métier comme un autre, car « la prostitution ce n’est pas mal, ça fait mal ».
J. Lathus attire également notre attention sur une question moins souvent traitée, la position de la LCR sur la maternité. Il n’est pas question pour la LCR de refuser la maternité, mais de demander des mesures spécifiques pour les mères travailleuses, aboutissant à une prise en charge collective des enfants par la société (notamment des crèches gratuites, ouvertes 24 heures sur 24). Egalement, Rouge se mobilise en 1972-73 pour soutenir la lutte des filles-mères des foyers d’Issy-les-Moulineaux et du Plessis-Robinson, véritables ghettos où les jeunes mères célibataires sont soumises à une surveillance constante, les visites extérieures étant interdites.
Dans une deuxième partie, elle montre l’implication particulière de la LCR dans la lutte des femmes travailleuses, ce qui amène l’organisation à prendre précocement ses distances avec le MLF, qui se soucie de toutes les femmes et qui voit dans l’homme en général l’oppresseur. Pour la Ligue, comme pour d’autres groupes d’extrême gauche, l’AMR ou Révolution !, il ne faut pas se tromper d’ennemis, c’est le capitalisme qu’il faut combattre. D’où la tentative d’enraciner ce combat dans l’entreprise, le quartier, avec la création des Groupes femmes, la tentative de les coordonner, de leur donner une visibilité, en manifestant le 8 mars ou le 1er mai. De même la LCR encourage ses militantes ouvrières à créer dans les syndicats des Commissions femmes.
C’est la troisième partie au titre alléchant, « Les femmes dans la LCR », qui tient le moins ses promesses. J. Lathus en dit trop peu sur la place des femmes dans le parti politique LCR, peut-être parce qu’elle n’a pas eu le temps de mener les entretiens prévus. Elle est donc rapide sur le phallocratisme d’une organisation très tentée en début de décennie par un modèle viril. De même, elle passe vite sur le renversement de situation à partir du milieu des années 1970, du fait de la possibilité pour les militantes de s’organiser dans des groupes femmes à l’intérieur même de l’organisation, les groupes Sand. Les mâles de la Ligue vont passer un mauvais quart d’heure, à la différence de ceux de l’OCI, ils doivent changer de comportement ou démissionner. Effectivement, la vie pour les femmes militantes devient plus facile en fin de période, les militants de Rouen par exemple ouvrent une Maison des enfants, pour prendre en charge collectivement les enfants au moins une partie de la semaine.
Un travail intéressant, donc, même si on l’aurait aimé plus complet ici ou là, et un peu moins encombré de maladresses de forme.

Jean-Paul Salles

 

 

 

Jean-Yves LE NAOUR, Valenti Catherine, Histoire de l'avortement, XIX-XXe siècles, Paris, Seuil, 2003, 390 pages.

En Occident, l'Eglise catholique assimile depuis le Haut Moyen Age l'avortement à un homicide. Mais, une tradition plus ancienne, celle d'Aristote, affirme que l'embryon n'a pas de vie propre avant 40 jours pour un mâle, 80 jours pour un embryon féminin… Malgré le caractère machiste de cette affirmation, elle permettra à certain(e)s de faire la différence entre " être vivant " et " être animé " (c'est-à-dire, celui qui a une âme, " anima " en latin). Ainsi, au XVIIe siècle, Louise Bourgeois, sage-femme de la reine, se prononce pour l'avortement si la mère est en danger de mort. Les médecins du XIXe siècle sont allés dans cette direction, l'Académie de médecine reconnaissant, en 1852, l'avortement thérapeutique. Quant aux néo-malthusiens, militants libertaires, très actifs au début du XXe siècle, ils justifient l'interruption de grossesse par l'idée, très moderne, que toute femme a le droit de disposer de son corps.
Cette remontée dans le temps, à laquelle se livrent les deux auteurs, est précieuse pour comprendre les débats et les combats menés au XXe siècle. Les " repopulateurs ", adversaires acharnés de l'avortement, qu'ils accusaient de menacer la " race française ", profiteront de l'intermède de Vichy pour faire passer une loi (15 février 1942), qui permet de condamner les " avorteuses " à des peines criminelles. L'une d'entre elles sera effectivement guillotinée le 30 juillet 1943, Pétain ayant refusé la grâce (Claude Chabrol a remarquablement raconté cette histoire dans " Une affaire de femmes ", film de 1988). Après la guerre, avorteuses et avorteurs restent les ennemis de la nation. Le Parti communiste par exemple, ne modifie sa position hostile à l'avortement, et même à la contraception, qu'au milieu des années 1960. L'histoire du combat des années 1970, le vote de la loi Veil (1974), sont plus connus, mais le rappel des actions menées par les adversaires de l'avortement, comme l'association Laissez-les-Vivre, est utile. Les auteurs démontrent bien les liens existant entre ce lobby anti-IVG et certains secteurs de la droite classique. Une utile bibliographie complète cet ouvrage qui fera désormais référence sur cette question.

Jean-Paul Salles.

 

 

Eliane GUBIN, Catherine JACQUES, Florence ROCHEFORT, Brigitte STUDER, Françoise THEBAUD, Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.), Le siècle des féminismes, Paris, Editions de l'Atelier, 2004, 463 p, 27 euros.

Presque trente auteures, de diverses nationalités, réunies pour le bilan d'un siècle. Aux communismes jalonnant et construisant ce 20e siècle, les féminismes l'érigent comme celui de ses combats, de ses libérations, de ses émancipations identitaires. L'histoire du féminisme est fluctuante, les mouvements avancent puis reculent selon les contextes favorables ou tragiques ; la disparité des organisations et des engagements justifient alors le pluriel du terme, adopté par les auteures. Ces variations, en terme de revendications, de formes de mobilisation, de conceptions militantes, ces divers lieux et temporalités servent de support à cette synthèse, optant pour un découpage thématique et structuré en six grandes parties.
Loin de se résumer en quelques lignes, à une seule finalité recherchée et aboutie, ou à une chronologie progressive et linéaire de progrès, ce livre est conçu pour aborder un thème indépendamment des autres, une multitude d'entrées sont disponibles aux lecteurs, où l'histoire rend alors compte des approches ou actions partagées, quelque fois embrouillées, de militant(e)s, femmes et hommes, aspirant à l'égalité et à la libération des femmes.
Ouvrons nous d'abord aux débats historiographiques ; l'acquis d'une perspective historique en deux grandes vagues - de la IIIe République (recherche de l'égalité des sexes) à l'après- guerre (recherche de l'épanouissement personnel) - amène à désigner deux courants, universaliste et différentialiste, à construire des notions clés et indispensables (sexe et genre, patriarcat) pour parler de rapports sociaux de sexe.
Entrons ensuite dans l'histoire de ce siècle. Impulsion mondiale au terme du 19e siècle, les réseaux internationaux se développent jusqu'à la veille de la première guerre mondiale. L'Union sacrée éclate le mouvement qui, dans les années 1930, se positionne alors soit dans le camp pacifiste et antifasciste, soit dans une posture de responsabilité citoyenne en valorisant une politique maternaliste qui n'a pas de peine à trouver ses partisans, en phase avec le modèle patriarcal de l'Etat providence de l'époque. Entre les années 1920 et les années 1960, le féminisme est confronté à des oppositions redoutables, l'âpreté des luttes, les ruptures au cours du siècle puis la guerre de 1939 sonnent le glas des mouvements féministes ; il est remis à l'honneur dans les années 1960-70 par des femmes pensant d'ailleurs vivre l'année zéro du féminisme.

En s'ouvrant dès lors au chapitre des pratiques militantes, les distinctions et évolutions entre les deux vagues prennent encore toute leur importance. La première, réformiste, conserve un seuil de transgression. Parole limitée, le modèle du militantisme est la parole écrite, symbolisée par un certain nombre de personnalités. C'est d'une autre manière que la deuxième vague combat les règles et les hiérarchies ; ces pratiques militantes s'expriment par la confrontation des subjectivités dans un cadre de non mixité, elle est construite et portée par un réseau d'anonymes.
Enfin, nouvelles pages à ouvrir parmi d'autres, une lecture plurielle par les lieux pour appréhender l'espace des féminismes hors Occident ou encore parcourir, entre deux chapitres, le passage de ses heures sombres, à l'épreuve du nazisme. Sans doute un petit regret à avoir parmi cette somme de lecture, certains choix nécessairement arbitraires des auteures : rien sur l'Europe de l'est et rien sur l'antiféminisme participant pourtant clairement à la construction même du mouvement.

Saluons donc cette démarche de mise en perspective des féminismes qui comble alors le vide d'une histoire souvent mal connue (1), dite sans mémoire. Cette écriture a d'abord une fonction identitaire et mémorielle, notamment pour les nouvelles générations qui ignorent souvent les durs combats des femmes pour leur émancipation. Elle permet ensuite d'installer le féminisme - si ce n'était déjà fait - dans l'histoire généraliste du 20e siècle, acteur réel de son siècle, de son cheminement politique, social et culturel.

(1) Cf. les 5 tomes de L'histoire des femmes, dirigés par Georges Duby et Michelle Perrot, qui signe d'ailleurs la préface de ce livre.


Hervé Chalton.

 

 

Roger-Henri GUERRAND, Francis RONSIN, Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances, Paris, Spartacus, 2001

Excellente initiative que la réédition par Spartacus de cet ouvrage publié initialement à La découverte en 1990 sous le titre Le sexe apprivoisé. Ce livre est à la fois la biographie d’une femme d’exception et l’approche socio-historique d’un milieu en lien avec le courant libertaire, les néo-malthusiens. Née au tournant du siècle, Jeanne Humbert connaît le sort difficile des enfants séparés. Sa mère vit avec un militant anarchiste. Cette socialisation précoce sera déterminante pour son parcours. Elle-même devient une militante, en compagnie de celui qui fut son compagnon avant de devenir son époux, Etienne Humbert. Avec lui, elle participe à la publication de Génération consciente, le journal des néo-malthusiens. Ces derniers étaient convaincus que le malheur des prolétaires provenait de leur incapacité à contrôler leur fécondité. La situation de dépendance dans laquelle plongeaient les familles ouvrières en faisait des proies de choix pour les patrons. A cet argument social s’ajoute également un raisonnement antimilitariste : les enfants de prolétaires constituent la chair à canons pour toutes les guerres de la bourgeoisie. Cette propagande pour la contraception, pour la limitation des naissances lui vaudra de nombreux séjours en prison, de la répression. Hélas, ce combat fut largement perdu, le Front populaire parvenu au pouvoir dans l’entre-deux guerres mena au contraire une politique pro-familiale. Après la seconde guerre mondiale, lutteuse opiniâtre, J. Humbert participa à la création du Planning familial, la grande association d’éducation sexuelle. Le vote de la loi Veil, autorisant finalement en 1973, l’avortement, verra, symboliquement, Jeanne Humbert adhérer à l’association Choisir, dirigée par Gisèle Halimi, qui fut un des fers de lance de cette profonde réforme. En parallèle à cette activité pour le droit des femmes, J. Humbert prolongera ses convictions libertaires en participant dès sa fondation au journal Le réfractaire, animé par une autre figure de l’anarchisme, May Piqueray.

 

 

Josette TRAT, Diane LAMOUREUX, Roland PFEFFERKORN., (dir.,), L'autonomie des femmes en question. Antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe, Paris, L'Harmattan, Bibliothèque du féminisme, 2006, 240 p, 21,50 euros. juillet 2006*

Publication d'un colloque d'octobre 2004, "rapports sociaux de sexe: retours en arrière et résistances", ce livre prend la forme d'un état des lieux des acquis, issus des revendications des femmes au cours du siècle dernier, et notamment lors des années 1960-70. Voilà, au premier abord, un complément salutaire au siècle des féminismes (1) qui abordait l'histoire des combats, libérations et émancipations des femmes au cours du 20ème siècle. l'introduction en est d'ailleurs alléchante mais sans doute aurait-elle été suffisante pour expliquer cette remise en cause, aujourd'hui, de l'autonomie matérielle comme personnelle des femmes.
Depuis le début des années 1990, dans différents pays des deux continents étudiés, les positions antiféministes fleurissent sous couvert de "postféminisme" arguant de l'obsolescence d'un féminisme aujourd'hui illégitime. Parallèlement le renforcement des courants religieux poussent à la remise en cause des acquis comme la scolarisation, la salarisation des femmes ou leur autonomie personnelle à disposer de leur propre corps.
Il s'agit d'une lecture par les lieux, dix articles se découpant entre différents pays de l'Amérique du nord et du sud, de l'Europe de l'est et de l'ouest. Tristement, chaque prose développe la même argumentation étayant la thèse des dégâts du néo-libéralisme et d'un retour à l'ordre moral. Deux obstacles se conjuguent, la montée des conservatismes religieux mettant à mal l'autonomie personnelle des femmes, l'ouverture des pays de l'ancienne URSS à l'économie de marché ajouté à la montée des nationalismes précarisant la situation des femmes en terme d'emplois et de présence dans la sphère publique.
Sous les récentes démocraties en Amérique du sud, l'institutionnalisation des mouvements féministes sont ébranlés : les secteurs conservateurs, soutenus par les réseaux de pouvoir, propagent des valeurs rigides en terme de moeurs : la figure de la femme mère et le culte de la virilité restent des valeurs fondamentales. Comme les pays d'Europe de l'est, ces Etats sont soumis au développement économique, les femmes étant les grandes perdantes de cette logique néo-libérale et du désengagement de l'Etat.
Quelles sont les forces en présence ? Une analyse fouillée des mouvements féministes actuels aurait été stimulante, son contexte, ses forces ou ses faiblesses, ses pratiques. Un travail autour de l'antiféminisme mériterait une attention toute particulière dans sa capacité à construire ou déconstruire une situation ou un mouvement.
Les thèses développées dans cet ouvrage méritent bien-sûr notre intérêt. Néanmoins, visant à expliciter une tendance généralisée, leurs redondances au fil de la lecture auraient méritées d'approcher d'autres perspectives, en s'attachant peut-être davantage aux pratiques militantes et en envisageant un découpage thématique.

Hervé Chalton.

(1) Eliane GUBIN, Catherine JACQUES, Florence ROCHEFORT, Brigitte STUDER, Françoise THEBAUD, Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.), Le siècle des féminismes, Paris, Editions de l’Atelier, 2004, 463 p, 27 euros.

 

 

Sandrine TREINER (dir.), Le Livre noir de la condition des femmes, Paris, XO Editions, 2006, 777 pages.
Margaret MARUANI(dir.), Femmes, genre et sociétés, Paris, La Découverte, 2005, 480 pages.
juillet 2006*

Après les livres noirs du communisme, du colonialisme, de la psychanalyse, voici le livre noir de la condition des femmes. Et il y a en effet beaucoup à dire sur cette question, d’autant que le champ couvert par ce livre est le monde ! Bien que certaines scientifiques, Maryse Jaspard ou Catherine Marry, Margaret Maruani ou Françoise Héritier, se soient laissées enrôler dans cette entreprise, il n’est en rien une « somme scientifique » comme il est dit dans l’introduction. Il n’est pas non plus « une fresque du temps présent », ou alors une fresque impressionniste, vue à travers les yeux de la coordinatrice de l’ouvrage, Sandrine Treiner, qui se présente comme historienne de formation, écrivaine et journaliste (elle anime sur FR3 « Un livre, un jour »). On a donc droit à beaucoup d’informations sur la situation des femmes en pays musulman (parfois on se contente de reprendre un article du Monde, p.74-79, pour évoquer la recrudescence des violences sexuelles dans les familles palestiniennes de Cisjordanie et de Gaza bouclées par l’occupant israélien) ou sur l’importance des crimes d’honneur dans les communautés musulmanes d’Europe, sans parler des mariages forcés. Dans sa contribution sur « Les viols dans le monde » (p.188-196) S. Treiner n’hésite pas à écrire que le problème du viol est fondamentalement de « nature ethnographique » (p.195) : « le viol n’est rien d’autre que la manifestation de la persistance d’une représentation archaïque et fondamentalement inégalitaire des hommes et des femmes »… remarque particulièrement malvenue, alors qu’elle vient d’évoquer aux lignes précédentes « les agressions quotidiennes subies par les femmes dans certains pays du monde musulman ou en Afrique sub-saharienne ». Surnagent de ce volumineux ouvrage peu de contributions utiles, celle d’Isabelle Attané sur « les femmes manquantes en Asie », les filles continuant à être éliminées à la naissance ou avant, ou celle de deux journalistes sur les meurtres de femmes à Ciudad Juarez, à la frontière mexicano-américaine. Odon Vallet, le célèbre historien des religions, s’est fourvoyé dans cette entreprise, de même que Françoise Gaspard.
Si on veut connaître l’état des savoirs sur la question des femmes, en France seulement il est vrai, il vaudra mieux se reporter au livre coordonné par Margaret Maruani, sociologue, directrice de la revue « Travail, genre et société ». Les contributrices (ou contributeurs) ne sont pas moins de 60, faisant le point sur les questions du corps, de la famille, du travail, du vote et de la parité en politique. Ainsi, pour nous en tenir à quelques exemples, Catherine Marry et Sylvie Schweitzer expliquent que, certes depuis les années 1960, les filles accèdent en grand nombre à l’université, mais dans des filières plus littéraires que scientifiques, et donc à l’arrivée sur le marché du travail, elles ont de moins bonnes carrières que les hommes bien qu’elles aient fait de meilleures études. De même, Sylvie Cromer remarque que malgré les revendications des années 1970 pour une éducation sans préjugés, « la différenciation sexuée est mise en œuvre dès le plus jeune âge et renforcée au cours de l’enfance » (p.192 sq.). Quant à la sociologue Isabelle Puech, elle est frappée par le fait que les tâches domestiques sont encore prises en charge à 80% par les femmes… malgré les 35 heures (« Le non partage du travail domestique », p. 176-183). Des contributions multiples et fines, accompagnées de bibliographies à jour, une réflexion aussi sur les concepts (le genre) font de ce livre un véritable instrument de travail. On a du mal à comprendre pourquoi certaines des savantes contributrices de ce livre se sont égarées dans le « Livre noir ».

Salles Jean-Paul.

 

 

Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Histoire des femmes en France, XIXe-XXe siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005, 254 p., 15 euros. juin 2006*

Cet ouvrage, paru dans une collection didactique, se présente comme un manuel sur une question profondément renouvelée par la recherche depuis une trentaine d'années. L'auteure connaît parfaitement son sujet et nous donne quelques excellentes synthèses sur la formation des filles, l'emploi des femmes ou encore la lutte pour le droit à la contraception et à l'avortement. De même elle revient avec finesse sur "Femmes et religion au XIXe siècle", question complètement oubliée par Michèle Riot-Sarcey dans son Histoire du féminisme (La Découverte, "Repères", 2002). Elle fait aussi un rappel utile de la lutte des femmes françaises pour obtenir le droit de vote, faisant revivre une pionnière oubliée, Hubertine Auclert, et n'omettant pas d'évoquer la tenace opposition du Sénat et du Parti radical, responsables de l'incroyable retard de la France en la matière. La galerie de portraits de femmes présentée en fin de volume est bien intéressante, mais la chronologie trop succinte.
De même, la place accordée aux "filles voilées", question expédiée en 2 pages (p.127-128) est faible, et le mutisme de l'auteure sur la prostitution quasi total. On retrouve cette carence dans la bibliographie, où ni le livre pionnier d'Alain Corbin (Les Filles de noce, Aubier, 1978), ni celui, plus récent, de Lilian Mathieu (Mobilisations de prostituées, Belin, 2001) ne sont cités. Et pourtant, le débat est vif sur cette question, opposant les abolitionnistes (voir Gisèle Halimi, "L'esclavage sexuel, pépère et labellisé", Le Monde, 31 juillet 2002), et ceux, ou celles, qui réclament la liberté de se prostituer (voir entre autres, la position de Catherine Millet dans le Nouvel Observateur, 20-26 février 2003). Nous nous permettrons aussi de regretter que l'auteure n'aborde pas la question des toilettes féminines, et de la mode, si importante dans le pays qui a inventé la haute couture. C'est à l'époque du Second Empire, grâce aux encouragements de l'Impératrice Eugénie, qu'apparaissent à Paris les premiers grands couturiers et que sont "inventées" les mannequins (voir Philippe Perrot, Les dessus et les dessous de la bourgeoisie, Fayard, 1981, ou du même, Le corps féminin aux XVIIIe-XIXe siècles, Seuil, Points-Histoire, 1984).
Il n'empêche que ce livre rendra de grands services et ne pourra qu'encourager les enseignant(e)s à traiter d'une question qui suscite l'enthousiasme dans les amphithéâtres.

Jean-Paul Salles.

 

Howard ZINN, En suivant Emma. Pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste et féministe américaine , Marseille, Agone, collection Marginales, 2007 (2002 pour l'édition originale), 176 pages, 15 euros. février 2008*

En parallèle à ses ouvrages strictement historiques (l'incontournable Une histoire populaire des Etats-Unis , dont quelques extraits ont d'ailleurs été joints en annexes pour mieux comprendre le contexte) ou de ses témoignages plus politiques ( L'impossible neutralité , chroniqué sur ce site), l'universitaire étatsunien Howard Zinn a également écrit des pièces de théâtre, sur Karl Marx ( Karl Marx, le retour ) et ici sur Emma Goldman, reflétant ainsi les deux influences majeures de sa pensée politique, marxisme et anarchisme. Initialement écrite au milieu des années 70, et montée dans la foulée, En suivant Emma a connu par la suite un certain nombre d'ajouts, pour aboutir à la version publiée par les éditions Agone. Extrêmement fluide et didactique, elle s'articule en deux actes, le premier courant des débuts d'Emma Goldman comme travailleuse à la tentative d'assassinat de l'agent patronal Frick par Alexander Berkman, le second de la condamnation de ce dernier au meeting contre l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, qui conduisit à l'expulsion de Goldman et Berkman. On regrettera donc que Zinn n'ait pas souhaité prolonger la pièce jusqu'à la mort de Goldman, délaissant en particulier l'expérience des deux camarades en Russie soviétique, d'autant que le texte n'est pas d'une longueur démesurée. Toutes les scènes, concises, ne lassent absolument pas le spectateur, et donnent un portrait d'Emma Goldman très fidèle, très humain, exposant les grands axes de son engagement politique et faisant le portrait des personnes qui ont marqué sa vie (outre Berkman, Brent Reitman, Johann Most, Almeda Sperry). Une ouverture ou un complément idéal à l'autobiographie de cette figure de l'anarchisme, rééditée en 2002 par les éditions Complexe, sous le titre « L'Epopée d'une anarchiste. New-York 1886- Moscou 1920 », avec une bibliographie et une postface de Cathy Bernheim et d'Annette Lévy-Willard (voir le compte rendu de Georges Ubbiali dans Dissidences n°14/15, première série, octobre 2003-janvier 2004, p. 115).

Jean-Guillaume Lanuque

 

 

Mouvement social

Femmes et féminisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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