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- ADIAMOS 89, « Plutôt l’insurrection que la guerre ! ». L’antimilitarisme dans l’Yonne avant 1914, Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre. - Marc ANGENOT, L’ennemi du peuple. Représentation du bourgeois dans le discours socialiste, 1830-1917, Discours social, vol. IV, 2001 - Marc ANGENOT, L'antimilitarisme : idéologie et utopie, Canada, PU de Laval, 2003. - Marc ANGENOT, La démocratie, c'est le mal, Québec, PU Laval, 2004. - Marc ANGENOT, Rhétorique de l’anti-socialisme. Essai d’histoire discursive, 1830-1917, Les Presses de l’Université Laval, Canada, 2005, 278 pages. - Marc ANGENOT, L’utopie collectiviste. Le grand récit socialiste sous la IIeme Internationale, Paris, PUF, 1993. - Marc ANGENOT, La propagande socialiste. Six essais d’analyse du discours, Montréal, L’Univers des Lettres, 1997. - Marc ANGENOT, Jules Guesde ou : Le marxisme orthodoxe, discours social, Montréal, vol. 18, 2003, 228 pages. - Jean-Jacques AYME, Jeunesses socialistes, 1944-1948. Socialisme contre social-démocratie , Nantes, Amalthée, 2008, 512 p., 23,50 € - Jean-Jacques BECKER, Gilles CANDAR (Dir.), Histoire des Gauches en France, Volume 1, L'héritage du XIXe siècle, Volume 2, XXe siècle : à l'épreuve de l'histoire, Paris, La Découverte, 2004, 584 p. et 776 p. - Alain BERGOUNIOUX, Les socialistes , Paris, Le cavalier Bleu, 2010, 128 p., 9,20 € - Serge BERSTEIN, Léon Blum , Paris, Fayard, 2006, 835 pages, 30 euros - Giuseppe CAPOBIANCO, Riformisti e rivoluzionari a Napoli. Errico Leone e la nascista del socialismo scientifico (1898-1904) , Santa Maria Capua Vetere, Edizioni Spartaco, 2005, 13€ - Vincent CHAMBARLHAC, Romain DUCOULOMBIER (dir.), Les Socialistes français et la Grande Guerre. Ministres, militants, combattants de la majorité (1914-1918), Dijon, Editions Universitaires de Dijon, 2008, 200 p., 20 € - Philippe CORCUFF, Alain MAILLARD, (dir.), Les socialismes français à l'épreuve du pouvoir (1830-1947) , Paris, Textuel « La Discorde », 2006, 208 pages, 20 euros - Dominique DANTHIEUX, Le département rouge. République, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940), Limoges, Pulim, 2005 - Des poings et des roses. Le siècle des socialistes, Paris, Editions de la Martinière, 2005, 256 pages. - Didier ERIBON, D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française , Clamecy, Léo Scheer, 2007, 156 pages, 15 euros - Thierry HOHL, A gauche ! La gauche socialiste, 1921-1947, Dijon, E.U.D., 2004, 327 pages, 20 euros - Jean JAURES, Karl KAUTSKY, Socialisme et révolution française , Edition et présentation de Jean-Numa Ducange, Paris, Demopolis, 2010 - Lionel JOSPIN, Le monde comme je le vois, Paris, Gallimard, 2005, 328 p. - Tudi KERNALEGENN, François PRIGENT, Gilles RICHARD, Jacqueline SAINCLIVIER, Le PSU vu d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d'idées (Années 1950-années 1980), Rennes, PUR, 2009, 370 p., 18 € - Paul LAFARGUE, Le socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Pantin, Les bons caractères, 2004. - François LAFON, Guy Mollet, Paris, Fayard, 2006, 960 pages, 30 euros - Françoys LARUE LANGLOIS, Paul Lafargue , Paris, Punctum, collection « Vies choisies », 2007, 184 pages, 13,50 euros - Lionel LEMASSON, Eymoutiers (1898-1939). Un exemple de l'implantation socialiste et communiste en Haute-Vienne, Presses Universitaires de Limoges, 2002 - Les origines du socialisme en Suisse romande, 1881-1920, Lausanne, Editions d’en Bas-AEHMO, 1988 - Maurice LUCAS, Christian BOUGEARD, Gilbert GRAMOULLE, Jean-Jacques URVOAS, Les Socialistes dans le Finistère (1905-2005), Rennes, Editions Apogée, 2005, 251p. - Philippe MARLIERE, La mémoire socialiste 1905-2007. Sociologie du souvenir politique en milieu partisan , Paris, L'Harmattan « Logiques sociales », 2007, 286 pages, 26 euros - Gilles MARTINET, L'observateur engagé, Paris, Jean-Claude Lattès, 2004. - Abdelkrim MEJRI. Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912), (Coll. CREAC Histoire. L’Harmattan. 2004). 276 pages. - Louis MEXANDEAU, Histoire du Parti socialiste, Paris, Tallandier, 2005, 443 p. - Vincent PEILLON, Pierre Leroux et le socialisme républicain. Une tradition philosophique, Bordeaux, Le Bord de l'eau, 2003. - Jean RABAUT, 1914, Jaurès assassiné, Bruxelles, Complexe, 2005. - David RAPPE, La bourse du travail de Lyon. Une structure ouvrière entre services sociaux et révolution sociale, Lyon, ACL, 2004. - Jean-Pierre RIOUX, Jean Jaurès, Paris, Perrin, 2005, 326 pages. - Philippe RIVIALE, Des socialistes révolutionnaires contre le parti. 1900 : écrits sous les cendres , Paris, L'Harmattan, coll. " A la recherche des sciences sociales ", 2004, 362 pages. - Eric ROUSSEL, Pierre Mendès France, Gallimard, Biographies, 2007, 608 p., 29 € - Pierre ROY, Pierre Brizon. Pacifiste. Député socialiste de l'Allier. Pèlerin de Kienthal, Créer, Nonette, 2004. - Socialistes à Paris (1905-2005), Paris, Créaphis, 2005, 192 pages, 25 euros. - Robert VERDIER, Mémoires , Paris, L'Harmattan, collection « Mémoires du XX e siècle », 2005 - Benoît VERRIER, Loyauté militante et fragmentation des partis. Du CERES au MDC , Thèse de science politique, Strasbourg III, sous la direction de B. Gaïti, 2003, 590 p - Julien WICKI, « On ne monte pas sur les barricades pour réclamer le frigidaire pour tous », Histoire sociale et politique du parti socialiste vaudois (1945-1971), Lausanne, Antipodes, 2007, 221 pages - Zéphirin Camélinat (1840-1932). Une vie pour la Sociale, Auxerre, Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 2004
ADIAMOS 89, « Plutôt l’insurrection que la guerre ! ». L’antimilitarisme dans l’Yonne avant 1914, Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre. Les actes du colloque organisé le 16 octobre 2004 par l’association Adiamos (Association pour la documentation, l’information et les archives des mouvements sociaux) constituent la substance de cet ouvrage. Il s’agit d’un ouvrage du plus grand intérêt et l’on peut regretter qu’il ne soit pas disponible en librairie afin de toucher le public qu’il mérite. L’Yonne, c’est le département de Gustave Hervé, fondateur de la Guerre sociale, le plus radical des journaux antimilitaristes d’avant la Première Guerre mondiale. Il revient à G. Heuré, auteur d’une thèse sur Hervé (édité par La Découverte), de décrire l’action d’Hervé dans ce département, autour de la publication du journal des jeunesses socialistes, Le pioupiou de l’Yonne, destiné aux conscrits. Dans un long article, très fouillé N. Delasselle, propose une analyse des lecteurs, souscripteurs et du mode de fonctionnement du Pioupiou. V Chambarlhac dans sa contribution, une des plus remarquables d’un ouvrage qui n’en manque pas, détaille la manière dont Hervé fait un usage du scandale et du procès pour construire la légitimité de son courant. Chambarlhac propose ainsi une explication tout à fait convaincante de la multiplication des procès que rencontre le Pioupiou, que plusieurs contributeurs signalent par ailleurs. L’Yonne apparaît en effet comme un département particulièrement marqué par l’antimilitarisme. Il revient à M. Cordillot, coordinateur du recueil, à partir d’une très fine étude, de fournir les preuves de l’ enracinement populaire de ce courant à partir de l’étude de l’Affiche rouge de 1906. Son analyse est un modèle du genre, confirmant la profondeur des sentiments populaires contre le militarisme. L’attitude de Gustave Hervé à l’égard de la social-démocratie allemande est l’objet d’une belle communication de M.-L. Georgen, tandis que Frédéric Cépède explique la position évolutive du PS à l’égard de l’antimilitarisme. Antimilitarisme qui s’épuise dans les années d’avant-guerre, ainsi que le démontre Alain Dalotel à partir de l’analyse de l’échec de la grève générale lancée par la CGT le 16 déc. 1912 contre la perspective de la guerre. De ce très riche aperçu (comprenant également le destin d’Aristide Jobert, un lieutenant d’Hervé (G. Ribeill), l’évolution du courant pacifiste dans le département après la guerre (T. Hohl) ou la très suggestive communication sur le Manuel d’histoire rédigé par Hervé et Clémendot, interdit par l’Education nationale (A. Bataille), on retiendra pour conclure le texte de Paul B. Miller, universitaire américain. Ce dernier est l’auteur d’une histoire de l’antimilitarisme en France dont on ne peut que souhaiter la traduction rapide. Il se livre à un compte rendu de l’affaire Aernoult-Rousset, des soldats condamnés pour avoir dénoncé les bagnes militaires. Véritable affaire Dreyfus en miniature qui a passionné, et fortement, le peuple de gauche de l’époque, elle aboutit à la défaite du bloc militariste. La démonstration de Miller est claire, rompant largement un certain unanimisme historien sur la superficialité des sentiments antimilitaristes : quand les différentes factions de gauche (syndicalistes, socialistes, anarchistes) s’unissent contre l’institution militaire, ils peuvent gagner. Certes l’affaire Aernoult-Rousset n’a pas empêché l’Union sacrée, la vague patriotique, nationaliste et guerrière quelques années plus tard. Mais, à sa manière, ce texte souligne les responsabilités des dirigeants de la gauche dans le ralliement des masses à la guerre. Il faut s’empresser de lire ce recueil de premier intérêt sur cette question controversée de la conversion de l’antimilitarisme à l’unanimisme national et chauvin. G.U
Marc ANGENOT, L’ennemi du peuple. Représentation du bourgeois dans le discours socialiste, 1830-1917, Discours social, vol. IV, 2001 Ainsi que le titre l’indique, cet ouvrage aborde la manière dont le mouvement socialiste a caractérisé son ennemi, le bourgeois, du courant du 19e à la Révolution russe. La démonstration nous vaut un excursus dans la rhétorique des différentes chapelles du socialisme naissant. On laissera aux lecteurs le délice de découvrir les multiples figures dont le bourgeois est affublé, caractérisé, critiqué, dénoncé. Il faudrait de longues pages pour montrer la richesse des termes en usage pour dénoncer cet ennemi absolu du genre humain, qu’il s’agit d’éradiquer définitivement, puisque les bourgeois sont des cannibales qui « s’engraissent de la chair du peuple » (p. 33). On comprend donc la nécessité d’affirmer le caractère impitoyable de la lutte : « Révolutionnaires, méfiez vous de la générosité comme d’une peste ! …) Soyez haineux, conservez farouche en votre cœur le fil que vous cracherez plus tard au visage de tout ce qui est aujourd’hui en haut » (p. 23). Non content de fournir de nombreuses illustrations sur la détestation du bourgeois, Angenot poursuit en désignant cinq autres figures de l’ennemi du peuple : les traîtres et renégats, le cléricalisme, le militarisme (un article de l’Anarchie dénonce ainsi « l’armée pédéraste » en 1907, les francs-maçon (partie assez décalée car il s’agit du contre discours catholique), et enfin, le juif. Dans cette dernière partie, l’auteur souligne l’importance d’un auteur aujourd’hui méconnu, Auguste Chirac, « économiste, éditorialiste à l’Egalité et prototype, dans le style agité-du-bocal, de l’ultra-gauchiste » (p. 98). Selon Angenot, contrairement à la thèse de Winock, le mouvement ouvrier n’inscrit pas son action dans l’antisémitisme, même si certaines figures en font un usage écoeurant. Au final, on découvre que « l’ennemi du peuple n’est pas seulement un adversaire puissant, il doit être dépeint comme un être dégradé, pratiquant le mal pour le mal, mis par ses crimes en dehors de la commune humanité. Sa perverse abjection est la prémisse dont le sort qu’il y a lieu de lui réserver sera la conclusion » (p. 106). Cette culture de la haine sociale n’est donc pas le propre des bolchéviques comme se plaisent à le dénoncer certains sycophantes, mais une dimension « maudite » du mouvement socialiste. G.U.
Marc ANGENOT, L'antimilitarisme : idéologie et utopie, Canada, PU de Laval, 2003. Saluons le nouvel opus de cet historien québécois, qui s'ajoute à l'imposante production déjà disponible. Spécialiste du mouvement ouvrier français du XIXe siècle (La parole pamphlétaire chez Payot en 1982 et L'utopie collectiviste aux PUF en 1993 sont ses ouvrages les plus marquants), Marc Angenot nous offre une nouvelle occasion de découvrir un pan singulier de cette histoire. Nul doute que le lecteur sortira ébloui de ce texte, court, mais pénétrant et érudit. En effet, l'auteur ne se contente pas de traiter l'antimilitarisme stricto-sensu, mais aborde également l'univers intellectuel et politique qu'il implique. De quoi est-il question ? D'une grande partie du halo qui entoure l'antimilitarisme dans le mouvement, à savoir le pacifisme (bourgeois) et la notion d'Humanité qui lui est consubstantiel. On a du mal à imaginer aujourd'hui les connexions qui existaient au tournant du siècle entre cette perspective et d'autres mouvements, comme le féminisme ou les mouvements oeuvrant pour le désarmement. Marc Angenot en dresse un large portrait, y compris dans des digressions, enrichissantes, sur des mouvements non-violents comme les naturiens ou sauvagistes. C'est d'ailleurs dans ces marges que l'ouvrage se révèle le plus intéressant, car sur l'antimilitarisme révolutionnaire, son apport est plus conventionnel. L'antimilitarisme (et son corrélat l'antipatriotisme) est une des caractéristiques fortes du mouvement ouvrier français, qui a donné naissance à des figures connues comme Gustave Hervé et sa Guerre sociale. On sait aussi comment la perspective de la grève générale insurrectionnelle face à la guerre, votée par la Deuxième Internationale, s'est finalement traduite par le ralliement du mouvement ouvrier, dans son écrasante majorité, à l'Union sacrée en août 1914. Georges Ubbiali.
Marc ANGENOT, La démocratie, c'est le mal, Québec, PU Laval, 2004 Cet ouvrage constitue une variation sur les débats doctrinaux engagés à partir de la moitié du XIXe siècle jusqu'à la guerre de 14, que l'auteur a abordés dans son livre majeur L'utopie collectiviste. Le Grand récit socialiste sous la Deuxième Internationale (PUF, 1993). Pour qui a lu ce dernier livre, La démocratie c'est le mal apparaîtra comme superflu. Mais pour tous les autres (d'autant plus nombreux que L'utopie
est désormais épuisé), ce court texte constituera une véritable révélation sur les polémiques engagées entre les diverses familles socialistes (utopistes, anarchistes, socialistes orthodoxes ou/et réformistes) sur la nature de la démocratie (bourgeoise, parlementaire, représentative), ainsi que sur la conception de la démocratie socialiste à instaurer. Ainsi que le titre le laisse deviner, les théoriciens du socialisme considèrent la démocratie sous un angle négatif. Tant que domine le capitalisme, la démocratie n'est qu'un leurre, car sous le principe d'une égalité formelle (juridique) se cache une inégalité sociale. Seule l'égalité de tous peut garantir une réelle démocratie, ce que le socialisme à venir permettra. La première ligne de critique (Saint-Simon, Comte, Colins) portée contre la démocratie et le suffrage universel se fonde sur le caractère scientifique de la " science sociale ". Le vote individuel apparaît alors comme le règne de la médiocrité s'opposant au gouvernement scientifique : " Nous, socialistes rationnels, nous prétendons qu'il y a incompatibilité absolue entre la démocratie et le socialisme. La démocratie c'est dit-on, le gouvernement du peuple. Le socialisme, au contraire, c'est disons-nous, le règne de la raison ", p. 43. Loin de rompre avec cette conception, le socialisme de la seconde internationale ne fera que prolonger cette perspective. Aucun des courants composant la famille socialiste n'est épargné dans cet essai. A l'élitisme méprisant des syndicalistes révolutionnaires à l'égard des masses aveugles et émasculées répond la conception d'une dictature républicaine des positivistes ou encore l'idée d'un Etat dirigeant pour les socialistes orthodoxes. Quelle que soient les perspectives ouvertes par les différentes écoles, au fond réside l'idée d'un socialisme mettant fin à la lutte de classes, à la nécessité d'une représentation politique démocratique, d'un syndicalisme actif. Le socialisme est l'expression de l'unanimité permise par l'extension à toute la société du statut de travailleur. Comme l'écrit en une formule ramassée l'auteur, L'amour pervers de l'Etat était au cur de l'idéologie collectiviste. Si l'on n'est pas obligé de partager la conclusion d'Angenot sur les vertus indépassables de la démocratie bourgeoise (chap. 24 et 25), il n'en reste pas moins que son ouvrage apporte d'intéressants éclairages sur les débats stratégiques dans le mouvement ouvrier socialiste avant la première guerre mondiale. Malgré les parti-pris jauréssiens, il faut reconnaître que la multiplication des citations tirées de la presse ou de brochures de l'époque donne un ton très riche à la démonstration. Georges Ubbiali.
Marc ANGENOT, Rhétorique de l’anti-socialisme. Essai d’histoire discursive, 1830-1917, Les Presses de l’Université Laval, Canada, 2005, 278 pages. L’universitaire québécois Marc Angenot a déjà plusieurs fois été chroniqué sur notre site. Avec cet ouvrage, il tente de dresser une typologie de l’anti-socialisme, en reprenant et en étoffant celle de Albert Hirschman sur la rhétorique réactionnaire, articulée en trois axes : innocuité, perversité et mise en péril (de ce qui existe déjà de positif au profit d’un avenir incertain). Il en rajoute pour sa part un, celui de l’engrenage ou enchaînement négatif des changements souhaités. Il brosse ensuite un historique particulièrement intéressant du discours anti-socialiste, partant de l’apparition du terme qu’il date de 1832 pour aller jusqu’en octobre 1917. Ce faisant, il nous donne à découvrir aussi bien la littérature dystopique du XIXème siècle, ancêtre des Zamiatine et autre Orwell, qui a la particularité de mettre dos à dos les évolutions supposées du capitalisme et du socialisme, que les déchaînements littéralement hystériques qu’entraîne l’épisode de la Commune. Ce tableau chronologique se voit complété par une typologie des anti-socialistes, catholiques, économistes libéraux ou partisans du darwinisme social. A cet égard, on se rend vite compte que dès le XIXème siècle, les grands thèmes du discours anti-socialiste sont fixés : nivellement par le bas, naïveté dans l’approche de la nature humaine, risque de constitution d’une bureaucratie aux pouvoirs étendus, système économique ruineux et improductif etc. Marc Angenot va plus loin en montrant que pour certains de ses adversaires, en particulier les catholiques, le socialisme plonge ses racines dans la Révolution, les idées démocratiques et l’idéalisation de l’Etat. Un essai extrêmement stimulant, qu’il serait intéressant de poursuivre après 1917, d’autant plus que la Révolution bolchevique va faire progresser la thématique de ce type de discours, jusqu’à la construction d’une « logique totalitaire » englobant tous les événements émancipateurs de ce que l’historien Eric Hobsbawm nomme l’ "âge des révolutions". Jean-Guillaume Lanuque
Marc ANGENOT, L’utopie collectiviste. Le grand récit socialiste sous la IIeme Internationale, Paris, PUF, 1993. L’ouvrage est déjà ancien (1993), mais il éclaire en grande partie les problématiques ultérieures de Marc Angenot : ainsi des deux ouvrages déjà chroniqués par Dissidences : La démocratie, c’est le mal (2004) et L’antimilitarisme, idéologie ou utopie (2005). Dans l’Utopie collectiviste, Marc Angenot analyse un genre prolixe au sein de la IIeme Internationale – et notamment dans les sectes du socialisme français - la civilisation socialiste brossée sous forme de grands tableaux. Vincent Chambarlhac.
Marc ANGENOT, La propagande socialiste. Six essais d’analyse du discours, Montréal, L’Univers des Lettres, 1997. mars 2006* « L’objet « histoire du mouvement ouvrier socialiste » pose d’emblée le problème de sa cohésion. Si on se laisse porter par l’évidence première, on peut opérer sous la perspective courante où une grève des mineurs à Saint Etienne, un éditorial de Jules Guesde à Paris, un « pèlerinage » de militants sur la tombe de Blanqui et l’activité d’un groupuscule néo-malthusien appartiendraient a priori à un seul ensemble de faits corrélés, ayant dans l’histoire une identité et une dynamique propres. Une objection immédiate conduit à décomposer cette unité : il suffit de constater que c’est l’éditorial de Jules Guesde, c’est-à-dire l’un des objets sous examen, qui permet d’intégrer le conflit du travail de Saint Etienne à la matrice narratique de l’Emancipation du prolétariat, que le lien entre ce phénomène et ce récit n’a pas l’évidence que ledit éditorial justement lui confère, que les médiations entre eux sont complexes et partiellement illusoires » (p 16). Vincent Chambarlhac
Marc ANGENOT, Jules Guesde ou : Le marxisme orthodoxe, discours social, Montréal, vol. 18, 2003, 228 pages. La revue qu'anime l'historien québécois Marc Angenot constitue, en quelque sorte, une tribune lui permettant de faire un tour d'essai à ses textes, qui sont ensuite publiés sous forme de livres. Celui-ci ne fait pas exception. Depuis les travaux fondateurs de Zevaes (1)- d'ailleurs non cité par Angenot, sous réserve d'erreur - surtout de Dommanget (2) ou plus récemment de Willard (3) et Lindenberg (4), on connaît le rôle déterminant de Guesde dans l'histoire du socialisme français. Ce dernier a en effet véritablement introduit le marxisme dans l'hexagone, à l'aide de quelques autres membres (Deville, Compère-Morel, Rappoport, Bracke, Lafargue et quelques autres) de son parti, le Parti Ouvrier (P.O, 1880) puis PO Français (1893). Après avoir rappelé à grands traits, dans une première partie, les éléments clés de la biographie de Guesde, Angenot en vient au cur de son propos, l'analyse du discours guesdiste. Guesde ne fut pas un théoricien de haut vol malgré son rôle dans la diffusion du marxisme, mais d'abord et avant tout un tribun. C'est ainsi qu'entre 1882 et 1890, il prend la parole dans plus de 1200 meetings. Plus véritablement qu'introducteur du marxisme, il faudrait, dans son cas, parler d'invention - Ymonet (5) - du marxisme. Angenot s'en donne à cur joie pour dénoncer le caractère réducteur, fixiste, positiviste, économiste, dogmatique, etc. de la version développée par Guesde et ses épigones dans de multiples brochures, articles de presse etc. Angenot, s'appuyant sur les travaux de Bourdieu en vient même à accuser les guesdistes de s'approprier le peu des textes de Marx disponibles au lieu de travailler à leur traduction, pour garder le profit intellectuel d'une position d'intellectuel de parti en charge de la diffusion des idées de l'auteur du Manifeste. Si Angenot ne fait pas toujours la différence entre Guesde et ses comparses, toujours est il que l'orthodoxie qu'ils parviennent à imposer à la SFIO s'oppose à toutes les déviations d'une autre figure du socialisme : contre l'anticléricalisme, contre l'antisémitisme, contre le pacifisme, contre l'antimilitarisme, contre le féminisme. Au final, une pensée binaire, déterministe, millénariste, qui n'a pas empêché Guesde et les guesdistes d'entrer les premiers dans l'Union sacrée en 1914, Guesde occupant lui-même le Ministère de la guerre. Malgré des redites, une certaine tendance à l'emphase stylistique et quelques piques contre le bolchevisme (qui trouverait dans le guesdisme sa matrice perverse et cruelle, p. 190), cette monographie actualise (sans toutefois renouveler totalement) tout un pan de l'histoire du socialisme hexagonal, nourri par de très nombreux extraits (plus de 600 notes) de la presse, des brochures ou des allocutions de la période. Georges Ubbiali. (1) Zevaes Alexandre, De l'introduction du marxisme en France, Marcel Rivière 1947
Jean-Jacques AYME, Jeunesses socialistes, 1944-1948. Socialisme contre social-démocratie , Nantes, Amalthée, 2008, 512 p., 23,50 €. Septembre 2009* Mots clefs : socialisme, trotskysme. Cela fait maintenant près de trente ans que Jean-Jacques Ayme a réalisé son mémoire de maîtrise sous la direction de Pierre Bolle, historien du protestantisme et de la Résistance, et de Jean Godel, curé de la paroisse de Saint-Ismier (38), dont un article des Cahiers Léon Trotsky avait permis de découvrir un aperçu (1). L'auteur aura finalement réussi à publier son travail chez un éditeur régional, dans un contexte où l'abandon de l'idéologie socialiste d'antan par le Parti socialiste, dont certains des leaders souhaitent le changement de nom, est plus que jamais d'actualité. Seule surprise, l'origine précise de ce travail universitaire n'est nulle part mentionnée, laissant penser à un livre écrit il y a peu… Le fil rouge de l'étude est le désaccord croissant entre la SFIO reconstituée au sortir de la guerre et son organisation de jeunesse, que Ayme voit comme étant plus réceptive à l'évolution de la classe ouvrière et donc emportée vers la gauche, face à des bureaucrates réformistes et finalement conservateurs. Le récit est logiquement largement fourni en références, quand bien même les sources ne semblent avoir été que modérément actualisées, avec quelques traces d'influence « lambertiste » qui demeurent (le « gauchisme décomposé » des années 60, par exemple)… On suit en tout cas de manière relativement détaillée les étapes du gauchissement des JS, d'emblée rebelles à la tutelle des adultes : manifestations d'internationalisme marquées dès 1946 (soutien aux Républicains espagnols, rôle de cheville ouvrière dans la reconstitution d'une Internationale de la jeunesse), actions communes avec le PCI-SFQI trotskyste et en particulier les Jeunesses communistes internationalistes (JCI, dont une histoire complète reste d'ailleurs encore à faire) contre les organisations d'extrême droite, etc… Jean-Jacques Ayme ne cache pas ses critiques à l'égard des JCI qu'il juge « sectaires » et de formation pour lui plus « zinoviéviste » (entendez fermée, repliée sur elle même) que véritablement trotskyste ; son propos n'en demeure pas moins fortement influencé par la grille de lecture trotskyste. Jouant un rôle dans l'accession de la gauche menée par Guy Mollet à la tête de la SFIO, les JS se retrouvent finalement sacrifiées sur l'autel de la participation gouvernementale. C'est en effet cette même gauche qui mène en 1947 l'offensive contre la direction des JS accusée de collusion avec le PCI, ou plutôt avec la tendance du PCI dirigée par Yvan Craipeau qu'avec sa direction. L'auteur parle d'un travail de fraction mené par la tendance d'Yvan Craipeau et non d'un travail entriste proprement dit (pas de validation par la direction du PCI et un objectif qui ne se limite pas à arracher des pans des JS au réformisme socialiste). Après la dissolution du Bureau national des JS par le parti adulte, ce qui n'empêche pas la majorité des militants de rester fidèles à la direction ainsi condamnée, la volonté d'un rassemblement révolutionnaire laisse entrevoir la possible fusion avec le PCI, idée finalement abandonnée du fait des divergences internes à l'organisation trotskyste mais surtout de l'attraction concurrente, au début de l'année 1948, d'une Bataille socialiste tout juste sortie de la SFIO et du RDR naissant (Rassemblement démocratique révolutionnaire créé par Jean-Paul Sartre et David Rousset). Ce récit fort intéressant est complété par toute une série d'annexes, parmi lesquelles d'utiles organigrammes des JS. Manquent seulement une liste récapitulative des sources et une bibliographie. Jean-Guillaume Lanuque (1) « Ces jeunesses dont leur parti ne voulait pas – les jeunesses socialistes de France de 1944 à 1947 », in Cahiers Léon Trotsky n°16, 1983, pp. 78 à 100.
Jean-Jacques BECKER, Gilles CANDAR (Dir.), Histoire des Gauches en France, Volume 1, L'héritage du XIXe siècle, Volume 2, XXe siècle : à l'épreuve de l'histoire, Paris, La Découverte, 2004, 584 p. et 776 p. Face à cette somme, nous sommes impressionnés par le nombre et la qualité des collaborateurs réunis par Jean-Jacques Becker et Gilles Candar L'ouvrage est d'une richesse inouïe Non seulement sont étudiés les organisations et les militants, mais aussi les positions de la gauche sur la religion, l'instruction, les arts, les juifs etc , et ceci sur 2 siècles ! Se succèdent des monographies, dont certaines sont de " magnifiques synthèses " Nous pensons à celle de Serge Berstein sur les Radicaux, qui sollicite la thèse inédite de Gérard Baal, ou encore à celles de Sawicki sur les Socialistes et de Pudal sur les Communistes Saluons aussi l'idée qui consiste à faire suivre chaque contribution d'une bibliographie courte mais qui, en général, n'oublie rien d'essentiel Certes, certaines synthèses sont moins réussies que d'autres, celle consacrée à " La gauche, la littérature et les arts de la Révolution à 1914 " parle beaucoup plus de la littérature que des arts plastiques, omettant l'extraordinaire figure de Félix Fénéon, au carrefour des avant-gardes politique et artistique De même nous nous demandons si l'émiettement de certaines thématiques n'affaiblit pas le propos N'aurait-il pas été plus efficace de rassembler en une seule contribution la question de " La gauche et la colonisation/décolonisation ", au lieu d'y revenir à 3 reprises, ce qui n'empêche pas l'une des contributrices de nous donner quelques pages excellentes sur le Front populaire et les colonies (Emmanuelle Sibeud, Vol. 2, pp. 350-354). La succession des contributions finit par donner l'impression de patchwork Ainsi, dans le volume 2, nous passons des syndicalistes aux coopérateurs, des féministes aux écologistes et alternatifs, des mendésistes aux gaullistes de gauche Les anarchistes sont bien présents, dans chacun des deux volumes, sous la plume de Gaetano Manfredonia, mais là aussi n'aurait-il pas été préférable d'avoir une synthèse unique L'extrême gauche contemporaine n'est pas oubliée Daniel Lindenberg annonce son intention de bannir le terme " gauchiste ", recommandant au passage de suivre la terminologie conseillée par notre revue Dissidences (p. 121), c'est-à-dire " ne retenir que les dénominations politiques et idéologiques acceptées par les acteurs eux-mêmes ". Les deux contributions de Lindenberg, notamment la seconde (Vol.2, " A gauche de la gauche ", pp.119-134, et " Le marxisme au XXe siècle ", pp. 627-644), apportent beaucoup, mais l'auteur n'évite pas quelques simplifications Ne consacrer que 22 lignes (p.125) à l'attitude des Trotskystes pendant la Seconde Guerre mondiale ne permet pas à l'auteur de faire avancer la compréhension d'un moment historique crucial Parler de " comportement erratique des trotskystes pendant la Seconde Guerre mondiale " ne fait-il pas écho au monstrueux " hitléro-trotskystes " des Staliniens Cet esprit de simplification, que Lindenberg affirme vouloir éviter, ne l'est que très imparfaitement par Philippe Buton, en particulier dans son paragraphe " Une solution : la Révolution " (p.576 et sq.) consacré à la revalorisation de la " violence armée " tentée par la Ligue communiste et la Gauche prolétarienne après Mai 68 (in " La gauche et la prise du pouvoir ", pp. 563-583). Ecrire que " quelques nuances secondaires " seulement (p. 579) séparaient les deux organisations, n'est-ce pas redonner vie à la catégorie " gauchistes " que Lindenberg demande à juste titre à l'historien d'oublier Les communistes faisaient eux aussi l'amalgame entre les divers gauchistes, les traitant de " gauchistes-Marcellin ", du nom du Ministre de l'Intérieur de l'époque ! Conscients des risques d'émiettement inhérents à leurs choix, les concepteurs de l'ouvrage se sont efforcés, à la fin de chaque volume, de définir " l'homme de gauche " Alain Corbin insiste sur l'émergence, au XIXe siècle, d'une identité de gauche privilégiant la raison, le progrès, en référence à la Révolution française et aux Lumières (Vol.1, pp. 545-554). Persuadé qu'il doit répandre la Civilisation, l'homme de gauche n'aura pas de mal à faire l'apologie de la colonisation Reprenant un peu la démarche de René Rémond (Les Droites en France, Aubier, rééd 1982), Jean-Jacques Becker tente de dégager des " tempéraments " : le républicain radical, le socialiste, le syndicaliste révolutionnaire, et à la veille de la guerre de 1914, " l'homme de gauche nationaliste " (Vol.2, " L'homme de gauche au XXe siècle ", pp. 723-736). Idée intéressante qui mériterait d'être amplifiée, en insistant peut-être davantage sur " les générations d'Octobre ", sur la fascination/répulsion durable exercée par la révolution russe sur la gauche française Jean-Paul Salles
Alain BERGOUNIOUX, Les socialistes , Paris, Le cavalier Bleu, 2010, 128 p., 9,20 €. Août 2010* Mots clés : PS, social démocratie, histoire, Mitterrand, Blum, Jaurès, Epinay, SFIO, Mollet, Rocard, Front Populaire, Jospin Alain Bergounioux est historien, président de l'Office universitaire de recherche socialiste (OURS). Il est également l'auteur, parmi d'autres publications, d'un Socialisme pour les nuls (chroniqué sur ce site). Il est également un des dirigeants de l'actuel PS. Il était donc particulièrement qualifié pour proposer ce petit opuscule de la collection Idées reçues. Rappelons le principe de cette collection. Il s'agit, à travers, une série de questions que tout le monde se pose sur un thème, de fournir la réponse d'un spécialiste qui éclaire l'interrogation sous un jour nouveau. Mission parfaitement accomplie par Alain Bergounioux. Certes, on ne trouvera pas sous sa plume de dénigrement du PS, de son histoire, de ses idées, de ses dirigeants, même s'il ne cache pas certaines détestations. Néanmoins, il faut reconnaître à Bergounioux un sens de la pédagogie et du didactisme, pour remplir la tâche de présenter le PS dans ses différents aspects. Le propos est centré autour de trois dimensions, l'histoire du socialisme, le PS aujourd'hui et, enfin, sans doute la partie la plus discutable, les idées socialistes. Le lecteur apprendra sans doute beaucoup de choses en ce qui concerne l'histoire du courant socialiste dans l'Hexagone, tant cette histoire est compliquée. Si Bergounioux se fait le chantre de Jaurès, réformiste révolutionnaire, il est clairement très critique à l'égard de Guy Mollet et de la SFIO tout juste sortie de la Seconde Guerre mondiale, même s'il la replace dans le contexte de la Résistance. La seconde partie est concentrée autour de la figure de F. Mitterrand et du congrès d'Epinay, qui voit le dépassement de la vieille SFIO pour la création du PS actuel. Le propos se poursuit jusqu'à nos jours, puisqu'une partie est intitulée « Entre Olivier Besancenot et François Bayrou, les socialistes ne savent plus où donner de la tête ». Cette seconde partie se conclut par une question sur la sociologie des militants socialistes, belle synthèse actualisée du décrochage populaire du PS (Bergounioux fait d'ailleurs mention du travail très critique de Lefebvre et Sawicki, La société des socialistes , chroniqué sur ce site). C'est dans la dernière section que l'historien se fait le plus fortement défenseur des idées socialistes, à propos de la sécurité, de l'Europe ou de la mondialisation. A l'idée reçue selon laquelle « Les socialistes n'ont pas de projet », il répond que ces derniers sont les seuls à avoir permis « d'équilibrer le capital et le travail, le marché et l'Etat, la compétition et la solidarité », p. 124. Et que s'ils parviennent à maintenir cet héritage, tout en le renouvelant, les socialistes sont promis à être une force politique d'avenir. Cette analyse lui appartient. Elle conclut un livre fort réussi dans son genre et son format. Georges Ubbiali
Serge BERSTEIN, Léon Blum , Paris, Fayard, 2006, 835 pages, 30 euros. décembre 2006* Après Ilan Greilsammer (1996), Jean Lacouture (1977) notamment, Serge Berstein s'attelle également à une biographie de Léon Blum. La démarche diffère de celle tentée à partir de la figure d' Edouard Herriot identifiée à la République en personne (1985). Ici la biographie ne mesure pas une culture politique : Léon Blum n'est donc pas le socialisme en personne bien que l'hypothèse de départ le postulait plus ou moins (1). Cette impossibilité à incarner le socialisme, Serge Berstein ne l'appréhende jamais, préférant vouer son écriture au récit minutieux du magistère exercé par Léon Blum sur les socialistes, comme à l'évocation pleine d'empathie de sa vie privée (ici Blum est souvent seulement Léon pour le biographe contant les amours et les soucis du grand homme). Nourrie des classiques de l'histoire du socialisme que sont les ouvrages de Daniel Ligou, Gilbert Ziebura, Marc Sadoun et Alain Bergounioux, la plume borne un parcours politique courant de l'engagement dreyfusard à Buchenwald, du Front populaire à la IV e République. A la Belle époque, Léon Blum fut plus critique littéraire que militant socialiste. Son engagement s'entend dans l'ombre de Jaurès et Lucien Herr. Après 1905, la littérature mobilise l'essentiel de son activité ; de la Grande Guerre date véritablement son entrée en socialisme. Directeur de cabinet de Marcel Sembat, Léon Blum construit sa stature politique en 1917, à l'occasion du 3 e anniversaire de la mort de Jaurès. Cette captation d'héritage l'érige en gardien de la fidélité à la mémoire jaurésienne, il se positionne au centre de la SFIO. A Tours, Serge Berstein note que c'est encore dans la référence au passé jaurésien qu'il conforte sa stature politique. Avec la reconstruction de la SFIO, l'analyse s'inscrit dans la logique historiographique d'un contrôle dyarchique du parti : à Paul Faure le secrétariat national, à Léon Blum la direction du groupe parlementaire. Tout le socialisme de Léon Blum s'entend alors dans la logique des jeux parlementaires de la III e République. L'homme répugne à « propagander », les campagnes électorales –notamment celle de Narbonne en 1929- lui pèsent comme l'atteste une correspondance tirée du fonds dit Moscou abondamment citée. Léon Blum est plus à son fait dans les éditoriaux du Populaire où il fixe l'identité socialiste, au Parlement où il refuse la participation gouvernementale (Cartel), s'oppose aux néo-socialistes, bientôt exclus, quand naguère Marcel Déat paraissait son dauphin. Si Léon Blum incarne un type et une culture socialiste, ce ne peut être que celle du parlementaire, bientôt homme d'Etat. Tout son travail politique au sein de la SFIO accouche le parti du parlementarisme et de l'exercice du pouvoir, au titre paradoxal de la proclamation d'une identité marxiste. Les longues pages consacrées au Front populaire, et aux fruits amers de la réalité , empruntent, dans leur logique, au Long remords du pouvoir de Bergounioux et Grunberg (1992). Le social, et l'antifascisme, ont peu leur place dans une analyse essentiellement politique qui ne voit, dans l'unité réalisée dans la rue le 12 février 1934 que la désobéissance des militants communistes à leurs leaders (p 412). Quid alors de l'antifascisme unitaire chez les socialistes que conte Daniel Guérin dans Front populaire, révolution manquée (2)? La guerre et le procès de Riom ouvrent une nouvelle phase de cette biographie : Léon Blum paraît alors, notamment dans les pages évoquant le procès, le porteur –comme Daladier- d'une culture politique républicaine et humaniste qu'il excipe dans A l'échelle humaine . Serge Berstein souligne alors le paradoxe de cette mutation qui le voit perdre son magistère au sein du Parti socialiste après-guerre au profit de Guy Mollet, défenseur d'une identité marxiste ; structurellement la situation est identique à celle qui vit l'éviction des néo-socialistes, mais la position blumiste s'est inversée… La naissance de la IV e République et de la Troisième force, seront ses derniers combats. Puis Léon Blum meurt. Qu'apporte cette biographie, taillée pour le cadre classique de la collection Fayard, après l'ouvrage de référence d'Ilan Greilsammer sur le même sujet (3) ? Elle témoigne d'une certaine manière de pratiquer l'histoire politique, tournée vers l'histoire des idées, l'analyse des combinaisons parlementaires. Elle dit peu de la mémoire du blumisme dans le parti, puisque celle-ci n'est pas son objet. Elle dit peu aussi, finalement, de la culture politique des socialistes. Elle campe un homme d'Etat, une référence du panthéon politique pour son intelligence, pour les valeurs qu'il porta qui sont sans doute l'honneur du politique (p 764). L'empathie de l'auteur pour son sujet et ses qualités d'écriture façonnent ainsi une biographie fidèle en somme à l'adresse d'Ernest Labrousse aux amis de Léon Blum à propos du Front Populaire : « Il plaira aux amis de Léon Blum de tourner l'un des plus grands problèmes de l'Histoire vers la plus grande mémoire de la Troisième République (4) ». Ultime terme d'un programme heuristique initié il y a quarante ans par la Fondation Nationale de Sciences Politiques, cette biographie campe l'homme en référence républicaine. Léon Blum ne pouvait être le socialisme en personne . Vincent Chambarlhac (1) Léon Blum résume en sa personne les aspirations, les espoirs, l'effort de démocratisation politique et sociale du socialisme français, mais aussi les utopies dont il est porteur, les ambiguïtés, ses contradictions et ses apories (p 8) ». (2) Sur ce point, cf. Vincent Chambarlhac, Le Front populaire, remarques bibliographiques autour d'une commémoration , en ligne sur Dissidences.net. (3) Présenté comme tel par Serge Berstein. (4) Ernest Labrousse, « Conclusion du colloque », Léon Blum. Chef de gouvernement, 1936-1937 , Paris, Armand Colin, 1967.
Giuseppe CAPOBIANCO, Riformisti e rivoluzionari a Napoli. Errico Leone e la nascista del socialismo scientifico (1898-1904) , Santa Maria Capua Vetere, Edizioni Spartaco, 2005, 13€. Novembre 2010* Mots-clés : maximaliste, syndicalisme révolutionnaire, Parti Socialiste Italien, 1900. Les éditions Spartaco se sont données comme objectif de publier ou de diffuser de nouveau des textes d'inspirations libertaires, avec une attention particulière à la question méridionale italienne. L'ouvrage de Giuseppe Capobianco, ainsi que la préface de Luigi Musella, s'inscrivent pleinement dans ce cadre. En effet, l'auteur présente tout d'abord Errico Leone (1875-1940), un napolitain fondateur du journal La Propaganda . Errico Leone fut un militant socialiste révolutionnaire et une figure du syndicalisme révolutionnaire. Il participe à la réorganisation du mouvement socialiste napolitain, s'oppose aux réformistes, et lutte de façon intransigeante contre les gouvernements qualifiés de « bourgeois ». L'ouvrage se compose de deux parties : la première est une série de courts chapitres abordant les thèmes de prédilection et les positions politiques de Leone, la seconde partie étant un recueil d'articles de journaux (13 publiés sur l'Avanti !, entre 1901 et 1904, un sur l a Strada en 1903, un sur La Propaganda ) ainsi qu'un programme socialiste pour les élections municipales à Naples. Cet ouvrage aborde son parcours politique depuis l'anarchisme et les contacts avec Andrea Costa, jusqu'à son rapprochement avec les socialistes et notamment Arturo Labriola. L'auteur montre à la fois le travail de théoricien mais également son rôle d'activiste ou d'organisateur. Il est intéressant de noter comme l'opposition entre la voie réformiste et celle révolutionnaire semble avoir toujours existée au sein du mouvement ouvrier. Capobianco montre également la prégnance de la « question méridionale » dans la pensée et les actions de Leone, aussi bien dans ses activités au sein du Parti Socialiste Italien que syndicales. Leone défend, par exemple, l'industrialisation du Sud qui « créera » de fait un prolétariat napolitain, moteur du mouvement socialiste. Il sera le défenseur également d'une ligne « syndicaliste » au sein du PSI, (et donc pour cela minoritaire et expulsé de l' Avanti ! ). Même si ses positions sont parfois proches d'un Georges Sorel, il est par exemple partisan d'une entrée en guerre de l'Italie dans le premier conflit mondial, à la différence d'un Nicola Bombacci (cf. Serge Noiret, Massimalismo e crisi dello stato liberale. Nicola Bombacci (1879-1924) , Milan, Franco Angeli, 1992) il rejoindra les rangs des bolcheviks au sein du PSI mais jamais ne rejoindra le mouvement fasciste. Plusieurs syndicalistes-révolutionnaires, comme Edmondo Rossoni ou Angelo Oliviero Olivetti, seront en effet attirés par le fascisme-mouvement , les squadre des années vingt, et surtout le système corporatiste mussolinien, qui devait « révolutionner » le syndicalisme. Errico Leone, se tiendra à distance de la politique et du fascisme durant cette période, et terminera sa vie dans un hôpital psychiatrique. Yannick Beaulieu
Vincent CHAMBARLHAC, Romain DUCOULOMBIER (dir.), Les Socialistes français et la Grande Guerre. Ministres, militants, combattants de la majorité (1914-1918), Dijon, Editions Universitaires de Dijon, 2008, 200 p., 20 €. novembre 2008* Ce livre apporte de nombreuses lumières sur les « majoritaires socialistes » de la Grande Guerre jusqu'ici éclipsés par les « minoritaires » qui, en dénonçant parfois très tôt l'Union sacrée et la collaboration de classe, avaient assuré « la continuité des traditions internationalistes du mouvement ouvrier français » (V.C). Or cette expérience est à bien des égards, comme l'écrit Vincent Chambarlhac dans son introduction, « fondatrice dans le rapport des socialistes à l'Etat ». Les auteurs s'emploient donc, par de courts articles et la reproduction de nombreux documents fort bien introduits, à « restituer une épaisseur sociale à leur expérience politique » (V.C). Et la moisson est abondante, ce livre constituant un apport important à l'histoire politique et culturelle de la Grande Guerre. Certes, « le majoritaire de guerre » est souvent un parlementaire et un familier des cabinets ministériels ou encore un intellectuel, mais il peut être aussi ouvrier et parisien. Dans le premier article, « Logiques d'un portrait », en s'appuyant sur les recherches de Jean-louis Robert, Vincent Chambarlhac nous rappelle que la 20 e section de la Seine (Belleville/Père Lachaise), dominée par Edouard Vaillant, a été entièrement gagnée à l'argumentation de la « guerre juste » socialiste. Comme l'écrit Romain Ducoulombier dans la contribution suivante, l'Allemagne est considérée comme l'envahisseur, la guerre de 1914 étant qualifiée de guerre de libération. On réactualise l'héritage jacobin, et parallèlement on remet aux oubliettes l'argumentaire pacifiste et anti-militariste de l'avant-guerre. Et plutôt que de renouer les fils rompus de l'internationalisme prolétarien, comme le firent les zimmerwaldiens, les socialistes majoritaires pratiquèrent un curieux internationalisme, finançant la campagne interventionniste de Mussolini en Italie en 1915, tentant de convaincre la Russie de rester dans le camp de l'Entente après février 1917 ou participant à l'entreprise de rééducation des prisonniers allemands. L'article de Florent Lazarovici décrit de manière impeccable l'entourage d'Albert Thomas, puissant ministre de l'armement pendant 3 ans, parfait représentant du « socialisme normalien ». Ses congénères de la rue d'Ulm peuplent son cabinet, François Simiand l'économiste, Mario Roques ou encore Hubert Bourgin, figure archétypale du « socialiste national ». Ces intellectuels socialistes, admirateurs de fabiens anglais, proches du Musée social, sont d'authentiques réformistes et pour eux, l'entrée de leur parti au gouvernement est vue « comme une occasion longtemps attendue d'agir ». Les majoritaires de guerre ont à leur disposition des revues, comme le mensuel L'Avenir, revue du socialisme , étudié par Vincent Chambarlhac, ou des journaux, comme L'Humanité , dont Jehan-Philippe Contesse étudie les pages littéraires. Les collaborateurs de L'Avenir sont prestigieux, de Léon Blum à Marcel Mauss en passant par Marcel Sembat ou Emile Durkheim. Ils ne trouvent aucune excuse aux socialistes allemands, dont est rappelée la responsabilité dans le déclenchement et la poursuite de la guerre, mais ils précisent que « le ministérialisme (de leur parti) procède du moment (c'est « le socialisme de l'heure ») et ne saurait engager une quelconque révision de l'action socialiste ». La participation à l'Union sacrée est vécue comme une épreuve, les socialistes ayant à montrer leur sens des responsabilités, et aussi comme une expérience, « des solutions socialistes pouvant être tentées dans le cadre de la mobilisation, comme dans le cadre de l'Etat » (V.C). Dans les pages littéraires de L'Humanité on perçoit l'attachement à la République dont « la sauvegarde s'impose comme préalable nécessaire à tout projet socialiste » (J.-Ph.C.). L'auteur évoque justement « un socialisme acclimaté au national ». De même, si les souffrances doivent être supportées, c'est afin de « tuer » définitivement la guerre : à plusieurs reprises les rédacteurs s'élèvent contre le bourrage de crâne et le chauvinisme. Enfin, dans une dernière contribution, Thierry Hohl montre comment les majoritaires de guerre ont instrumentalisé Jaurès, notamment en créant la Société des Amis de Jean Jaurès, en juin 1916, accaparant ainsi la mémoire du leader assassiné, première victime du conflit qui, s'il avait vécu, affirment-ils, aurait pris la tête de la défense nationale. Or, comme le rappelle Romain Ducoulombier, dans un de ses derniers discours (à Vaise, le 25 juillet 1914), Jaurès évoquait « les responsabilités partagées des grandes puissances », y compris la France, dans le basculement vers la guerre. Dans quelques pages trop rapides Thierry Hohl montre l'utilisation de la photographie dans cette tentative d'instrumentalisation du grand leader. Au total, un livre précieux, érudit et bien écrit par de jeunes historiens dont on s'aperçoit, grâce aux références citées en bas de page, qu'ils ont déjà bien labouré ce champ de recherche. Salles Jean-Paul.
Philippe CORCUFF, Alain MAILLARD, (dir.), Les socialismes français à l'épreuve du pouvoir (1830-1947) , Paris, Textuel « La Discorde », 2006, 208 pages, 20 euros. novembre 2006* L'ouvrage, dans son propos liminaire comme dans sa facture, étonne, séduit, déçoit aussi. Ces sentiments mêlés naissent des promesses de l'introduction de Philippe Corcuff et Alain Maillard. Elle emprunte au Pari mélancolique de Daniel Bensaïd (par ailleurs contributeur) pour s'efforcer de trouver dans le passé des socialismes des traditions aptes à décentrer notre regard sur le présent libéral. Philosophie, sciences politiques et histoire sont ainsi conviées pour un usage averti de ces épisodes de 1830 à 1947 à l'aune du présent. On peut priser cette exhumation d'une tradition cachée -seulement occultée dans le cas de Jaurès et Blum- des socialismes français. On peut également y déceler, par la personnalité militante même de certains des auteurs, l'invention d'une tradition à l'usage d'une gauche radicale post industrielle, post communiste. Dans tous les cas, la lecture -même traversière- est agréable, malgré l'absence d'une véritable place accordée aux socialismes utopiques et à leurs filiations (1). Deux ensembles structurent l'ouvrage : aux jalons historiques d'une question déterminée par la problématique du propos introductif succède l'actualité (l'inactualité) de quelques figures militantes . L'introduction pointe le pari politique d'un usage réflexif de ces traditions en regard du présent. Dans l'historiographie des socialismes, les auteurs se désignent des adversaires en souhaitant une lecture plus complexe des rapports des socialistes français au pouvoir que celle du modèle génétique ( Le long remords du pouvoir de Bergounioux et Grunberg) ou de la pureté des origines ( Pierre Leroux et le socialisme républicain de Vincent Peillon). Dans ce dessein réside l'une des limites d'un ouvrage finalement davantage ancré sur un long XIX e siècle (Blanqui, le proudhonisme, Jaurès), et borné à 1947 (soit à l'orée d'un cycle décisif sur la question du rapport au pouvoir des socialistes français sous Guy Mollet et François Mitterrand). Thierry Hohl, en un titre éclairant emprunté aux pivertistes, rappelle que sous le Front populaire, le pouvoir posséda les socialistes. La formule ramasse tout le sel de cette expérience fondatrice… Il manque un développement analogue pour la IV e République et pour la séquence mitterrandienne. Auparavant, Alain Maillard esquisse un tableau chronologique des socialismes français (1789-1905) dans leur rapport au pouvoir, rappelant brièvement 1832, 1848, la Commune, puis le temps des sectes socialistes. Son intervention se complète de la reprise de l'article de Michelle Perrot (1966) sur « Les socialistes français et le pouvoir (1871-1914) ». Plus que cet article, devenu un classique de l'historiographie socialiste, importe l'avant-propos de l'auteure à cette réédition. Implicitement, une configuration intellectuelle des socialismes des années 1960-2000 s'esquisse, entre première et deuxième gauche, entre le PSU, la SFIO et les ex du PCF. L'évocation d'Ernest Labrousse, Jean Maitron, puis de la Société d'études jaurésiennes (1959) et du Mouvement social, rappelle que ces traditions socialistes furent déjà visitées, puis progressivement oubliées (2), délaissées comme objet d'histoire… Le rappel de quelques figures militantes forme la seconde partie du volume. Daniel Bensaïd et Michel Löwy s'attachent au communisme hérétique d'Auguste Blanqui, qu'ils posent finalement en figure exemplaire « d'un courant souterrain hérétique, marginalisé et refoulé » du socialisme français. Blanqui, dans sa personnalité paradoxale, est ainsi restitué dans une « constellation intellectuelle et politique » où se retrouvent également Georges Sorel, Bernard Lazare, Charles Péguy… Ces pages sont ainsi l'écho d'autres portraits, tracés dans La discordance des temps notamment (Bensaïd, 1995). Bruno Saciattelli questionne ensuite la marque du proudhonisme chez les militants parisiens de la I ère Internationale, scrutant l'abandon progressif de la voie coopérative au profit d'un socialisme de métiers plus révolutionnaire. Place ensuite au renouveau du questionnement des figures tutélaires du socialisme français : « Jean Jaurès et la propriété collective ou le pouvoir des sans-pouvoirs » (Philippe Chanial), « Léon Blum à Tours » par Philippe Corcuff. Ce dernier texte, qui constitue finalement l'envoi de l'ouvrage, s'inscrit moins dans l'historiographie actuelle de la question (pourtant citée en référence à travers la communication de Frédéric Cépède au colloque Les siècles des socialismes , Dijon 2003), qu'il ne mord dans les débats de la gauche radicale (à tout le moins ceux de la LCR). Avec et sans Blum à Tours d'ailleurs, le texte vaut pour ce qu'il suggère sur la professionnalisation du politique dans sa version léniniste ou sociale-démocrate. Un ouvrage court, suggestif souvent, mais parfois décevant par la brièveté de certaines analyses (ainsi du pouvoir des sans-pouvoirs ). Pour qui s'intéresse au renouveau de l'historiographie socialiste, son inachèvement tient à l'absence d'une définition contextualisée du mot réformisme et de ses usages, socialistes et / ou radicaux. « Gare aux mots sans définition, c'est l'instrument favori des intrigants », rappelait Blanqui en 1848 (p 140). Travaillée par le concept de réformisme, la thématique du pouvoir pouvait s'affiner par le jeu d'échelles (la municipalité, le parti, l'Etat…) et l'analyse en réseaux. Cette critique ne saurait masquer, cependant, l'intérêt de ce regard savant et militant sur un secteur de l'histoire du mouvement ouvrier trop souvent déshéritée au profit des flamboiements révolutionnaires et des « bilans » criminogènes du fait communiste. Vincent Chambarlhac (1) Le socialisme utopique est trop rapidement congédié. Il a pourtant naguère fait l'effet de lectures renouvelées par Jacques Rancière ( Courts voyages au pays du peuple), aujourd'hui par Michelle Riot-Sarcey ( Le réel de l'utopie ), Thomas Bouchet, Gaetan Picon ( Dictionnaire des utopies ). (2) Sur ce point, cf. Vincent Chambarlhac et alii, Histoire documentaire du parti socialiste , tome III « Les centres socialistes », Dijon, EUD, 2006 et la bibliographie jointe.
Dominique DANTHIEUX, Le département rouge. République, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940), Limoges, Pulim, 2005 juin 2006* Avec le livre de cet historien, issu de sa thèse soutenue en 2002 à l’Université Paris IV-Sorbonne, on dispose d’un solide travail, dans la lignée des grandes thèses monographiques de l’histoire sociale française, sur le département de la Haute-Vienne. Cette approche s’inscrit (et enrichit) dans le prolongement de travaux plus circonscrits, autour de la ville de Limoges (1) ou limités temporellement (2). Dominique Danthieux reprend la recherche là où Alain Corbin l’avait laissée à l’issue de sa thèse de référence, à la fin du XIXe siècle (3). G.U. (1) Merriman John, Limoges, la ville rouge, Paris, Belin, 1990.
Des poings et des roses. Le siècle des socialistes, Paris, Editions de la Martinière, 2005, 256 pages. Ce livre-album répond à l'injonction commémorative du centenaire des socialistes. Dirigé par Alain Bergounioux, préfacé par François Hollande, construit par les mains diligentes de Frédéric Cépède, Denis Lefebvre (Office Universitaire Recherches sur le Socialisme, centre Guy Mollet), Emmanuelle Jouineau et Thierry Mérel (Fondation Jean Jaurès), Des poings et des roses ressort à la commande. Pourtant cette première impression fausse la perspective, tant la composition et la richesse de cet album appellent d'autres remarques. Toutes convergent, soulignant comment par ses suggestions, ses commentaires en marge et son iconographie, l'ouvrage cherche à dépasser ce que le cours chronologique du récit pouvait impliquer avant une première lecture : une histoire des socialistes pour le centenaire du parti socialiste, une histoire pour un parti qui l'ignore trop souvent
lui préférant la légende d'un triptyque (Jaurès, Blum, Mitterrand), une lecture restreinte au clivage réforme / révolution ou à la question du pouvoir, une mémoire souvent portée au remords. Vincent Chambarlhac. (1) Elle est étudiée par Tony Judt (La reconstruction du Parti Socialiste (1921-1926), Paris, Presses de la Fondation Nationale de Sciences Politiques, 1976.). Thierry Hohl choisit également une lecture englobante dans sa thèse portant sur la gauche de la SFIO (A Gauche ! La Gauche socialiste (1921-1947), Dijon, EUD, 2004.).
Didier ERIBON, D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française , Clamecy, Léo Scheer, 2007, 156 pages, 15 euros. juillet 2007* L'argument d'une révolution conservatrice construisait les interventions de Pierre Bourdieu. Il anime encore en grande partie l'actualité éditoriale et militante de la collection Raison d'agir . Didier Eribon s'inscrit dans cette filiation, souhaitant dans son avant-propos rendre ainsi hommage à Pierre Bourdieu, construire un argumentaire à usage de la gauche de la gauche contre la technocratie socialiste. En cent cinquante pages, la charge se précise. Elle se fonde sur le rappel du paysage idéologique et politique des années 70, quand le parti socialiste pouvait être compris comme le débouché politique des mouvements sociaux ( Changer la vie, 1972). Rapidement, on le vit, tout ne devint pas possible , et le Parti socialiste vira sur sa droite, succombant à la révolution conservatrice. L'une de ses dernières traductions serait la démocratie participative aujourd'hui excipée, dans laquelle il n'est plus de collectifs, mais une individuation poussée à l'extrême, nourrissant la production d'un consensus de façade informée par une expertise intellectuelle technocratique. Didier Eribon précise alors, se fondant sur la lecture de l'ouvrage de Frédéric Sawicki et Rémi Lefebvre ( La société des socialistes , Raison d'agir 2006), la prédisposition des dirigeants socialistes à ce tournant. Mais, retournant l'analyse sociologique, il voit dans cette appropriation des thématiques néo-conservatrices par le PS, non l'effet du recrutement et de la notabilisation socialiste, mais les résultats du travail des intellectuels de gouvernement dès 1981. La révolution conservatrice est l'effet d'un cercle d'hommes, autour d'Esprit ( qui évoquait naguère une voyoucratie bourdieusienne, p 102 ) , du Nouvel Observateur , du Débat , de la Fondation Saint-Simon. Elle est acclimatée au sein du PS par une partie de la deuxième gauche, par l'argument de la société civile en lieu et place de la réflexion collective et politique. Les flèches de Didier Eribon sont d'autant plus acérées qu'elles font souvent mouches. Il s'agit pour lui de défendre la pensée structurale et le marxisme contre la révolution des nouveaux philosophes et les procès qu'elle produit à intervalles réguliers depuis bientôt trente ans. Mais l'essentiel des piques vise la Fondation Saint Simon et quelques uns de ses animateurs. Marcel Gauchet se distingue par une écriture philosophique faite au fer à repasser (p 117). François Furet (éditorialiste plus qu'historien) est considéré comme l'un des symptômes les plus édifiants et l'un des acteurs les plus militants de cette installation d'un « nouveau paysage intellectuel » (p 88)… Au terme de la charge, une définition de l'idéologie de la révolution conservatrice, cette contre-révolution intellectuelle clôt la démonstration : « Au fond, l'idéologie de la restauration conservatrice se résume aujourd'hui à ceci : il y a des lois transcendantes qui s'imposent aux individus et auxquelles ils doivent se soumettre. Ce qui, bien sûr, leur interdit de se croire libres et d'imaginer qu'il leur est loisible de revendiquer tout ce qu'ils considèrent comme souhaitables pour eux… (p 127) ». Il s'agit en somme pour les populations de renoncer au social (argument de la modernisation économique), au changement (statu quo sur la famille, hostilité à la question gay, au PACS…) et de respecter la supériorité de l'Autorité politique surtout si celle-ci prend le risque de défaire la protection sociale. A cette révolution qui s'achève en restauration, dans le droit fil de la pensée des anti-lumières telle qu'analysée par Zeev Sternhell, Didier Eribon oppose les écrits de Michel Foucault, Félix Guattari, Pierre Bourdieu, en résonance avec les luttes d'alors –et d'aujourd'hui. Alors, avec le pessimisme de la lucidité, il peut conclure sur le temps présent de la gauche française : un parti socialiste droitisé, figé « dans le rôle et la définition de lui-même qu'il s'est forgés sous l'influence de l'idéologie néo-conservatrice (p 147) ». Il faut alors réaffirmer la tradition « libertaire » de la gauche , celle qui se développe selon Pierre Bourdieu hors de la forme parti, puisqu'aujourd'hui la République du centre (Furet) n'est que le masque de la restauration conservatrice. Vincent Chambarlhac
Thierry HOHL, A gauche ! La gauche socialiste, 1921-1947, Dijon, E.U.D., 2004, 327 pages, 20 euros. novembre 2006* Ce livre s'inspire de la thèse d'histoire contemporaine (sous la direction de Serge Wolikow) que Thierry Hohl a soutenu à l'Université de Bourgogne en décembre 2001, L'identité politique des tendances et courants de gauche de la SFIO du congrès de Tours aux débuts de la IVe République. Etude d'une pratique . Agréablement écrit, nourri par des archives inédites (issues en particulier de l'OURS, Office universitaire de recherche socialiste) et par un usage bien maîtrisé d'une abondante littérature grise, sous forme de thèses non publiées principalement, son ouvrage offre une synthèse précieuse et élargie des courants de la gauche de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO). Le propos se déploie en trois temps. Le premier correspond à la période qui va de la scission de Tours à l'avènement d'Hitler au pouvoir, soit 1921-1933. Cette partie est sans doute la plus originale du livre, car elle correspond à la période la moins connue. En effet, après la scission majoritaire qui donne naissance à la Section française de l'Internationale communiste (SFIC), la SFIO se reconstruit par ses courants les plus à gauche. Sans rentrer dans les détails des évolutions et nominations évolutives (histoire dont on retrouve naturellement la narration, qui voit trois tendances se succéder en deux années, autour de journaux, Etincelle socialiste , Correspondance socialiste , puis La Bataille socialiste ), on retiendra que cette gauche, largement inspirée par le guesdisme d'avant la première guerre mondiale, s'organise dans La Bataille socialiste (BS) . Cette gauche socialise s'incarne à la fin des années 20 dans le combat idéologique mené contre la droite du Parti (Déat, Renaudel entre autres) pour l'énonciation de la doctrine socialiste. L'arrivée d'Hitler au pouvoir va modifier totalement la donne, constituant la seconde période, 1933-1940. Cette période a déjà été largement balayée par des travaux historiques (rappelons notamment celui, fondateur, de J.-P Joubert, Révolutionnaires de la SFIO, Presses FNSP, 1977). La question du fascisme, de l'antifascisme et par conséquent de l'attitude face à la guerre et au pacifisme va conduire à l'éclatement de la BS en deux courants. Le premier, dont l'évolution « stalinoïde » s'accentuera d'années en années, la BS, dirigée par Zyromski, et la Gauche Révolutionnaire, dont le dirigeant le plus connu est Marceau Pivert. Alors que Zyromski s'inscrit dans une logique d'acceptation de la défense nationale, la GR va mettre l'accent sur un pacifisme de « réitération révolutionnaire », ainsi que de critiques hésitantes et contradictoires de la stratégie de Front populaire. Ce tableau d'une gauche socialiste divisée en deux est temporairement complexifiée par l'entrée des trotskystes dans la SFIO où ils constituent leur propre courant, les Bolchéviks-Léninistes (BL). Mais leur présence au sein du Parti Socialiste sera trop courte (1933-1935) pour modifier sérieusement le visage de la gauche socialiste. La GR se structure sur un double principe, interne, avec son bulletin et externe, avec ses activités (ainsi le soutien prononcé à l'Espagne révolutionnaire, par le biais du Caspe) ou par son journal Masses . L'agonie du Front populaire et les divergences politiques conduiront à l'expulsion de la GR, qui fonde alors le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), à l'issue du congrès de Royan de la SFIO en 1938. Thierry Hohl précise, hélas sans développer beaucoup, qu'une partie de la GR refuse la sortie de la SFIO et crée une tendance Redressement, dont plusieurs responsables finiront dans la collaboration. Avec la guerre s'ouvre la troisième période qui s'achève en 1947, avec la disparition de la gauche socialiste. Après un instructif chapitre d'aperçu du rôle des socialistes et de la gauche dans la résistance (en particulier L'insurgé à Lyon, journal dirigé par les pivertistes), la dernière partie est consacrée aux débats de la gauche socialiste jusqu'à l'aube de la guerre froide. Cette gauche présente le visage paradoxal d'un corps sans véritable consistance. En effet, certains de ses dirigeants occupent une place d'influence au sein de la presse issue de la Résistance (on pense en particulier à Franc-Tireur ), tandis qu'elle est marginalisée en deux petits courants (la BS et l'Action socialiste révolutionnaire ASR, autour de Dechezelles) dans un parti dirigé par un homme qui incarne la gauche, Guy Mollet. Après l'exclusion des Jeunesses socialistes de la Seine, influencés par les trotskystes, la gauche concentre son action autour de deux combats, l'anticolonialisme et la construction européenne. L'engagement de la SFIO dans l'expérience de la troisième force, à partir de 1947, marquée par un anticommunisme virulent, place ses courants les plus à gauche soit dans le ralliement à la troisième force (ainsi Jean Rous, la BS ou Marceau Pivert), soit dans la rupture avec leur parti. Le lecteur curieux sera toujours en droit de réclamer plus de précision sur tel ou tel aspect (ainsi des fiches biographiques auraient enrichi le propos) ou revendiquer une meilleure appréhension de l'inscription sociale de cette gauche socialiste (et non simplement sous l'angle idéologique). Il n'en reste pas moins que cet ouvrage constitue un solide apport sur une configuration mal connue jusqu'alors. Georges Ubbiali
Jean JAURES, Karl KAUTSKY, Socialisme et révolution française , Edition et présentation de Jean-Numa Ducange, Paris, Demopolis, 2010. Avril 2011* Mots clés : Marxisme, Révolution française. Comment le mouvement socialiste interpréta-t-il la révolution française entre 1889 et 1910 ? L'enjeu du questionnement ne se résume pas au seul renvoi à l'Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès : révolution socialiste, révolution bourgeoise ? Le débat oppose Jean Jaurès à Karl Kautsky, le second devançant d'une dizaine d'années le premier dans l'interprétation de l'événement, par la reprise sous forme de brochure en 1889 d'articles antérieurement publiés dans Die Neue Zeit : Les luttes de classe en France pendant la Révolution française. A l'interprétation marxiste orthodoxe de Karl Kautsky se confronte alors le travail d'un Jean Jaurès républicain et socialiste. Articulé par la confrontation de l'ouvrage de Kautsky dans son édition de 1908 et d'extraits de L'histoire socialiste de la Révolution française (1900), ce livre s'achève par la reprise d'articles de presse sur cette controverse. Jean Jaurès, Karl Kautsky mais aussi Jules Guesde et Paul Lafargue lui donnent chair. Il est deux manières de s'emparer de cette publication. Elle peut se saisir dans l'horizon des usages contemporains d'un Jaurès figure tutélaire d'un socialisme français tirée à hue et à dia par une grande partie du spectre politique. Passons l'emploi par la droite de la référence jaurésienne initiée lors des dernières présidentielles, la lecture de l'ouvrage suffit à congédier ce qui n'était que rhétorique politique. Appliquée à la gauche, l'interprétation jaurésienne acquiert aux feux de la controverse une épaisseur oubliée. La figure tutélaire s'efface là devant l'historicité du militant républicain et socialiste, suspect de révisionnisme aux yeux de l'orthodoxe Karl Kautsky. Un art français d'être à la social-démocratie s'éclaire : on aimerait qu'il soit plus présent, restitué dans toute sa complexité, dans des publications à l'évident horizon politique sur la gauche du parti socialiste. Car – et c'est là tout son sel - ce livre participe d'une tentative d'écriture d'une histoire éditoriale du mouvement socialiste. S'effaçant devant les écrits de Jaurès, Kautsky, Jean-Numa Ducange donne corps par la troisième partie du volume à la controverse. Plus qu'une mise en miroir d'interprétations divergentes mais au fonds commun d'une culture propre à la IIe Internationale, ces articles de presse en saisissent la dimension proprement nationale et politique. Le choix de la réédition de 1908 pour Karl Kautsky s'entend dans le débat plus ample sur le révisionnisme : prendre à partie l'interprétation jaurésienne alors, revient à prendre position sur le fond du ministérialisme – avatar français et républicain de cette querelle qui secoue la IIe Internationale ? Le choix de reproduire le chapitre sur Barnave et la théorie économique indique ainsi comment Jean Jaurès situe son interprétation à l'aune d'une République qui précède le mouvement socialiste – singularité française - comme dans l'horizon des conditions de possibilité de l'action des socialistes français. Relire cette controverse situe ainsi le part du contemporain dans l'écriture de l'histoire de la Révolution française, et discute son historiographie. La préface de Michel Vovelle, la présentation de Jean-Numa Ducange, insistent toutes deux sur l'enchevêtrement de ces lectures contre d'abusives simplifications. Une histoire éditoriale du mouvement ouvrier en devenir donc, plus qu'une simple réédition, et davantage qu'une anthologie. Vincent Chambarlhac
Lionel JOSPIN, Le monde comme je le vois, Paris, Gallimard, 2005, 328 p. avril 2006* Ce livre semble destiné avant tout à faire savoir « orbi et urbi » que son auteur ne fait plus partie de ceux, les trotskystes, qui rêvaient que se produirait en URSS « une révolution politique » qui réintroduirait une vie démocratique, tout en sauvegardant « ce qu’ils appelaient les conséquences sociales de la révolution d’octobre » (p. 296). Et de fustiger l’extrême gauche qui « continue à se réclamer du modèle léniniste, dont tout montre qu’il a été la matrice du stalinisme ». Ou encore de mettre dans le même sac les deux idéologies totalitaires : fascisme et communisme, les « utopies mortifères ». Jean-Paul Salles.
Tudi KERNALEGENN, François PRIGENT, Gilles RICHARD, Jacqueline SAINCLIVIER, Le PSU vu d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d'idées (Années 1950-années 1980), Rennes, PUR, 2009, 370 p., 18 €. Avril 2010* Mots clés : PSU, Bretagne. Recueillant les contributions d'une journée d'étude (8 février 2007) et d'un colloque (9-10 septembre 2008), ce livre, fort de 21 contributions, constituera un jalon important dans l'histoire du PSU. Ce parti, modeste par la taille – de 15.000 militants à sa création (1960) il retrouvera ce chiffre après 68, après avoir connu un étiage de 10.000 en 1964 – aura beaucoup compté comme laboratoire d'idées. Plusieurs contributions lui reconnaissent aussi un rôle d'école de formation. La fédération de la Drôme (Gilles Vergnon) constitua une bibliothèque où voisinaient les ouvrages de Pierre Broué, Annie Kriegel ou Ernest Mandel. Celle de Gironde (Pierre Simon), à l'initiative de Jean Cavignac, créa en novembre 1968 l'Institut aquitain d'études sociales (IAES), lieu d'archivage et d'histoire du mouvement ouvrier. Beaucoup de ces fédérations départementales du PSU ont des effectifs modestes, de 50 à 100 militants. Une bonne dizaine de fédérations sont étudiées ici. Mais du fait des origines de ce parti, lieu de convergence de militants laïques (anciens du PSA et de la SFIO) et de militants chrétiens (venus de l'UGS, de la CFTC/CFDT comme Gilbert Declercq en Loire-Atlantique), le PSU allait permettre aux militants de ces deux traditions de se rencontrer et de s'apprécier. Une fédération du PSU ne pouvait espérer concurrencer la SFIO et le PC sur le plan électoral que lorsqu'un notable important, souvent un ancien élu de la SFIO, la rejoignait. Ce fut le cas de Guy Desson, réélu député des Ardennes en 1967 ou encore de Pierre-Fernand Mazuez, maire de Montceau-les-Mines, médecin, ancien résistant (contributions de Thierry Hohl et Jean-François Poujeade). Si Mazuez quitte le PSU très vite, fin 1961, la plupart de ces notables démissionnent après 68, effrayés par le gauchisme des nouveaux adhérents. En Bretagne particulièrement, des élus très implantés rejoignirent le PSU, l'ancien ministre Tanguy Prigent dans le Finistère, Antoine Mazier et son successeur Yves Le Foll, maire et député de Saint-Brieuc dans les Côtes-du-Nord. Cette importance relative du PSU en Bretagne (1500 militants en 1962, soit environ 10% des effectifs du parti), outre la force électorale que cela lui donnait (en Côtes-du-Nord en 1960, 12 maires PSU et 19 sympathisants) allait l'amener à s'intéresser à la question régionale. Sera créée en février 1975 une unique fédération bretonne du PSU revendiquant autonomie et autogestion. Si la plupart des contributions notent bien le départ massif des militants vers le PS, avec Michel Rocard en 1974, peu éclairent les départs à gauche du PSU. Le ralliement du bordelais Cavignac à LO n'est qu'évoqué (1), le départ de Guy Rey, ouvrier à Vallourec, pour la LC est oublié. Secrétaire de la section de Sedan du PSU, il rejoint la Ligue en 1972 et obtient 5,5% des suffrages exprimés aux Législatives de 1973, le meilleur score pour un candidat de la Ligue. Les départs de militants du PSU parisien ou rouennais pour la LC (comme Jacques Kergoat par exemple) ne sont pas non plus bien étudiés. Seul l'itinéraire des militants de la Commission Nationale Agriculture est bien retracé, du PSU à la GOP (Gauche ouvrière et paysanne) – entre 1972 et 1975 -. Un certain nombre de militants aujourd'hui oubliés reprennent vie sous la plume de Yannick Drouet et Jean-Philippe Martin : Bernard Lambert – mais il ne suit pas ses camarades à la GOP –, René Bourrigaud, ancien élève de l'Ecole supérieure d'Agriculture d'Angers, le toulousain Allaire. Ils publieront longtemps brochures et revues, contribuant à renouveler les idées et les pratiques de la nouvelle gauche paysanne. Il n'empêche que nous sommes en présence d'une organisation où les enseignants pèsent lourd : 25% des militants, se partageant à égalité entre instituteurs et professeurs. Leur nombre est tel parfois, comme dans l'Hérault, que cela donne au parti un « style froid », loin de la faconde qu'on trouve chez les élus socialistes et communistes méridionaux (voir Olivier Dedieu, Fabien Nicolas). Un certain nombre de hautes figures féminines apparaissent dans ces pages, Jeanne Barnier, héroïne du sauvetage des Juifs à Dieulefit (Drôme, étudiée par Gilles Vergnon) ou Colette Audry, Huguette Bouchardeau dans la Loire. Mais on aura intérêt à compléter ces renseignements biographiques en recourant au Maitron. Ainsi par exemple pour Henri Fabre, médecin grenoblois, à l'initiative du premier centre du Planning familial en 1961 dans cette ville, présenté comme militant du PSU par Bibia Pavard. Pour les 3 auteurs de sa biographie dans le Maitron (T.V, p.103-5), qui n'évoquent pas son passage au PSU, il est au PC de 1941 à 1946, un parti dont il démissionne sans qu'ils nous expliquent pourquoi. Laurent Schwartz, dans ses Mémoires, parle du père du Docteur Fabre, candidat avec lui, sur une liste du PCI trotskyste en Isère. Henri lui-même aurait milité quelque temps avec les trotskystes (2). Au total ce livre, malgré quelques contributions vraiment succinctes, est un succès. Une chronologie du PSU et une bibliographie en font un véritable outil de travail. Salles Jean-Paul. (1) Voir notre biographie de Cavignac dans le Cédérom 3 du Maitron, 2007. (2) In Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Paris, Odile Jacob, 1997, p.269.
Paul LAFARGUE, Le socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Pantin, Les bons caractères, 2004. Dans l'avant-propos (anonyme) de ces éditions localisées à l'adresse officielle de Lutte ouvrière, il est précisé que la ré-édition de cette brochure de 1899 se justifie par la sévère critique que Lafargue dresse de l'entrée d'un socialiste (Millerand en l'occurrence) dans un ministère, pour la première fois dans l'histoire. Bien entendu, depuis, de très nombreux socialistes ont siégé dans une multitude de gouvernements (en les dirigeant même et occupant les fonctions de Président de la République). Néanmoins, selon le préfacier, toutes les trahisons possibles et inimaginables du socialisme étaient déjà contenu dans l'expérience Millerand et finalement les arguments développés il y a plus d'un siècle par le gendre de Marx sont toujours d'une actualité frappante. D'où cette formule : " Malgré certains aspects datés, la brochure de Lafargue a gardé toute son actualité " (p. 7). Certes Lafargue ne manque pas de formules péremptoires pour condamner le ministérialisme : " Le Parti Socialiste, en autorisant son groupe à la Chambre à fournir des ministres, lui inoculera la gangrène parlementaire " (p. 29). Pour autant, l'analyse que ce dernier développe devrait susciter un peu plus de circonspection de la part des éditeurs. D'une part parce que le propos de Lafargue est plus qu'ambigu. Certes il dénonce l'entrée de Millerand au gouvernement, mais en même temps, il fait l'éloge du parlementarisme en décrivant (p. 24) les " éclatantes victoires " obtenues par les leaders du groupe socialiste au Parlement ou en insistant sur la force de conviction des parlementaires socialistes : " Il en est toujours ainsi dans le régime parlementaire : quand l'opposition est habile et vigoureuse, le gouvernement ne peut se maintenir qu'en faisant des concessions " (p. 25). Ces ambiguïtés du propos de Lafargue sont d'ailleurs reconnues dès l'avant-propos. Mais il est une autre ambiguïté, majeure, qui ne figure nulle part dans cet opuscule. Lafargue appartient au courant guesdiste, courant dont on connaît le rôle décisif qu'il a joué pour l'introduction du marxisme en France, qui s'est opposé à toutes les déviations du socialisme, mais qui a rallié, Guesde en tête, l'Union sacrée en 1914. Lafargue pour sa part suicidé en 1911, n'a pu participer à ce ralliement au nationalisme le plus plat. Alors oui, il faut lire Lafargue, mais en gardant à l'esprit que l'esprit doctrinaire n'est pas la garantie absolue d'une politique progressiste. Les socialistes indépendants, étrillés par Lafargue dans son opuscule, n'étaient sans doute pas très orthodoxes du point de vue du programme, mais c'est bien Jaurès, leur tête de file qui fut assassiné parce que farouche adversaire de l'entrée en guerre. Georges Ubbiali François LAFON, Guy Mollet, Paris, Fayard, 2006, 960 pages, 30 euros. janvier 2007* Une biographie qui est bien plus qu'une biographie. Là s'arrêterait le compte rendu. Au seuil de ces neuf cent pages qu'il faut lire pour dépasser l'évidence historiographique qui voit dans Guy Mollet la causalité diabolique du socialisme, le nom tue pour dire le dogme de la trilogie Jaurès, Blum, Mitterrand. A chacune de ces figures revient une (re)fondation du parti dans le grand récit que celui-ci se donne de lui-même. Guy Mollet n'a pas sa part dans cette geste héroïque, plus exactement, il en constitue la part d'ombre , le bouc émissaire. Guy Mollet est pour dire ce que le parti socialiste n'aurait jamais dû être. On peut alors considérer que le parti socialiste n'exista pas sous la IV e République : il n'était pas socialiste, mais molletiste. On mesure ici la puissance d'une reconstruction mémorielle ; le mitterrandisme se construit ainsi à suivre François Lafon dans un chapitre justement intitulé Tombeau pour Guy Mollet . Sa biographie de Guy Mollet se confronte donc à l'historiographie du socialisme français, écrite notamment par ses opposants, dont Madeleine Rebérioux, et revient sur les nombreux procès qu'on lui fit : la Résistance, l'éviction de Léon Blum, l'Algérie enfin qui le constitue en figure repoussoir du socialisme français. Selon Claude Fuzier, Guy Mollet adhère à son parti comme la peau adhère à son muscle . Explorant cette formule, François Lafon montre d'abord comment Guy Mollet est construit par la SFIO de l'entre-deux-guerres. Il fut militant de l'enseignement, pacifiste intégral, membre de la Bataille socialiste. La comparaison avec d'autres trajectoires socialistes – celles de Ludovic Zoretti, André Philip notamment – mesure l'adéquation de Guy Mollet au socialisme français. Elle repère des écarts également. Guy Mollet choisit la Résistance quand le milieu ultra-pacifiste qui fut le sien avant-guerre optait pour la collaboration. Au terme de cette première période, Guy Mollet est un militant socialiste, un député maire d'Arras socialiste traditionnel, construit par l'expérience politique des années Trente. Son ascension dans le parti est fulgurante. S'il évince Léon Blum au Congrès de 1946 et s'impose secrétaire général du Parti jusqu'en 1969, cette victoire, pour François Lafon, tient sans doute à ce qu'il incarne la tradition socialiste, l'identité du parti contre la tentation travailliste que figure Léon Blum. Il n'est pour Léon Blum que le Parti lui-même écrit alors Ernest Labrousse. A ce point l'analyse du congrès de 1946 convainc davantage que celle tentée par Serge Berstein, dernier biographe en date de Léon Blum (Fayard, 2006, également chroniqué sur www.dissidences.net ). François Lafon, comme son sujet, se situe dans l'œil du parti socialiste quand Serge Berstein aborde celui-ci de l'extérieur. Fidèle à cette position analytique, la biographie s'attache alors à questionner la longévité du secrétariat de Guy Mollet qui pourtant, fut souvent minoritaire dans les Congrès. S'inspirant – librement – des travaux de Jacques Le Goff ( Saint Louis ) ou Ian Kershaw ( Hitler ou le charisme en politique ), François Lafon compare le poste tenu par Guy Mollet au monarque féodal. Il apparaît donc plus suzerain que souverain , jouant des équilibres complexes entre les fédérations et les sensibilités de ce parti archipel (1) qu'est la SFIO. Guy Mollet multiplie les contacts, les correspondances avec ces responsables fédéraux. Il semble là, dans ce souci de contact personnel, agir comme Paul Faure dans les années Trente, mais François Lafon n'aborde pas la comparaison. Guy Mollet doit sa position charismatique à l'identité socialiste qu'il maintient par ces temps de guerre froide. Son pouvoir, et le reproche de bureaucratisation qu'on lui impute, repose sur la routinisation de ces équilibres au fur et à mesure du progressif dépérissement d'un parti toujours plus coupé de la société française. En somme, Guy Mollet est le secrétaire général de la SFIO parce qu'il est l'homme moyen d'un socialisme français construit dans les années Trente : c'est là sa force, contre laquelle se brisent des minorités désunies, jamais en mesure finalement de l'évincer (ainsi de la fondation du PSA, signe de l'échec d'une opposition interne). Ce lien tissé entre un homme et l'identité socialiste est réversible, permettant ainsi le questionnement du rapport de Guy Mollet au pouvoir. La matrice socialiste des années Trente structure le regard et les analyses du secrétaire général dans ce rapport au pouvoir. Ainsi de la question algérienne : le 6 février 1956 (« Journées des tomates »), il analyse en terme de classes et non à partir de la question nationale la situation algérienne (p. 619). Il assume Robert Lacoste, obtient le vote des pouvoirs spéciaux. Face à la pratique de la torture dont il connaît l'existence – sinon l'amplitude – par un mémorandum confié par le rédacteur en chef du Monde Hubert Beuve-Méry, il ferme les yeux au nom de la raison d'Etat. Ainsi également de la crise de Suez : hanté par Munich et la comparaison Nasser / Hitler, il ordonne l'expédition. En somme, tout à son rapport à la vieille maison , l'homme peine à saisir les novations et les enjeux de la période. Il fait peser sur le groupe parlementaire et le parti le devoir de solidarité avec les membres socialistes du gouvernement, quand bien même le gouvernement paraît l'otage des militaires. Il en fit lui-même l'expérience comme Président du conseil. Le parti socialiste peut ainsi se déliter et l'opposition interne se structurer jusqu'à la scission de 1958, son secrétaire général est imperméable à cette logique. Pour lui, ménager de Gaulle après le 13 mai 1958, c'est assurer au parti une place centrale dans le nouveau système politique, pérenniser somme toute la centralité du lien de la SFIO à la République. Si ses yeux se dessillent après 1962, la réponse qu'il entend donner paraît toujours identitaire, et régressive en regard des novations initiées par la V e République : il confie à Claude Fuzier le soin d'engager un dialogue doctrinal avec le PCF pour effacer 1920 . Parallèlement, il sacrifie la modernisation engagée par Georges Brutelles et la dynamique des colloques socialistes qu'il ne soutient pas ; il se refuse également au processus de modernisation du parti engagé par Gaston Deferre autour de la présidentialisation. Guy Mollet est d'une autre République. L'essentiel de l'homme demeure sa fidélité à l'identité socialiste, au parti ensuite. Ainsi s'explique sa démission de 1969 et ses heurts avec l'habileté manœuvrière de François Mitterrand, étranger à la SFIO. Redevenu militant, minoritaire à Epinay, Guy Mollet participe à la fondation de l'OURS, qu'il anime jusqu'à sa mort. Il se projette alors dans l'ombre du militantisme d'Alexandre Bracke-Desrousseaux, forgeant sans doute à son corps défendant l'accusation de néo-guesdisme qui sert la dénonciation du molletisme, et permet l'identification du mitterrandisme au jauressisme. Jusque dans son rejet, Guy Mollet paraît consubstantiel aux arcanes du socialisme français. Sans doute cette biographie vaut-elle autant pour ses digressions sur le milieu socialiste que dans son abord de Guy Mollet. Le parti constitue ainsi autant le sujet de l'ouvrage, sinon plus. La biographie souligne, pointant sa focale sur un homme, le paradoxe d'une formation politique qui fêta ses trente ans et son centenaire, à quatre ans d'intervalles. Au cœur du hiatus, Guy Mollet. Aussi faut-il considérer qu'il paraît moins la part d'ombre du siècle du parti socialiste français, plutôt l'une de ses charnières principales. Vincent Chambarlhac (1) Pour une appréhension documentaire de cet archipel cf. Vincent Chambarlhac, Maxime Dury, Thierry Hohl, Jérôme Malois, Histoire documentaire du Parti socialiste , tome III « Les centres socialistes », Dijon, EUD, 2006.
Françoys LARUE LANGLOIS, Paul Lafargue , Paris, Punctum, collection « Vies choisies », 2007, 184 pages, 13,50 euros. février 2008* Cette collection de petites biographies synthétiques s'enrichit, après Rousseau ou Reich, de celle du gendre de Marx, auteur du célèbre Droit à la paresse , ainsi que le rappelle le bandeau de couverture. Françoys Larue Langlois, qui avait déjà livré dans la même série une Claire Lacombe, citoyenne révolutionnaire , reprend ici un travail entamé par feu Marcel Ribet. Le plan, très didactique, est strictement chronologique, divisant la vie de Paul Lafargue par petites tranches de quelques années, destinant cet ouvrage prioritairement à ceux qui ne sont pas familiers du personnage, métis et militant engagé des débuts du marxisme français, aussi bien par la plume que par l'action. A travers lui, c'est à un survol de l'histoire du mouvement socialiste français que l'on a droit. Elu député du POF de Jules Guesde en 1891, Lafargue fera plusieurs propositions de loi, toujours sans succès, parmi lesquelles on notera un projet de séparation des églises et de l'Etat ou de congé maternité… A la fin de sa vie, alors qu'avec sa compagne, Laura, il choisit courageusement sa façon de mourir, les convictions du « patriarche » sont intactes. Principalement descriptif, Larue Langlois sait se faire aussi plus critique, parfois avec justesse (la vie bourgeoise du couple à partir de la fin du XIXème siècle, ou les méthodes de construction de l'organisation ouvrière, piques derrière lesquelles on sent une certaine sensibilité anarchiste), parfois nettement moins (les sous entendus sur une certaine tendance à l'antisémitisme). On pourra regretter des analyses un peu succinctes, mais le format du livre suffit sans doute à l'expliquer ; une copieuse bibliographie permet heureusement de poursuivre la découverte… Jean-Guillaume Lanuque
Par quel processus, Eymoutiers, gros bourg (moins de 5000 habitants à la période étudiée) rural du Limousin a-t-il constitué un bastion du socialisme avant la première guerre mondiale, puis du communisme durant l'entre-deux guerres ? C'est à partir de cette question que l'auteur de ce DEA aborde cette intéressante monographie. Cette étude, qui mériterait de plus amples développements tant elle soulève de questions, se compose de deux parties bien distinctes, dont l'intérêt est d'ailleurs plus marqué dans la première partie que dans la seconde. Premier temps, l'implantation du socialisme entre 1898 et 1920, supplantant le radicalisme à travers les différentes élections. C'est essentiellement à partir de 1908 que la SFIO assure son hégémonie sur Eymoutiers. Reste à expliquer les raisons de cette conquête qui se parachève après la guerre. L'auteur met en exergue des éléments tenant au cadre régional, soit : une tendance régionale à l'opposition, fruit d'un vieil irrédentisme paysan, une déchristianisation plus prononcée ici qu'ailleurs (qui n'est d'ailleurs pas sans rejaillir sur la forme de socialisme, considéré comme une religion de substitution, aspect qui est plus énoncé que démontré), le rôle crucial de l'immigration temporaire qui met les exilés en contact avec le socialisme urbain, enfin, le socialisme oppositionnel durant la guerre (la Haute-Vienne fut une terre du socialisme anti-guerre). A cela se surajoute des circonstances liées à la localité : l'importance de la propagande socialiste du fait de la proximité de Limoges, la faiblesse de l'adversaire radicale et enfin, la présence d'une personnalité charismatique, le docteur Jules Fraisseix. Ce dernier, médecin, devient le notable socialiste de la commune, puis permet sa conquête après le congrès de Tours par le jeune SFIC. La seconde partie est consacrée aux rapports délicats entre SFIO et PCF. Dans les années 50, Jean Fraissex, médecin et neveu de Jules, tout aussi communiste que son oncle inaugurera une domination du PCF sur la localité jusqu'au milieu des années 80.Ce court ouvrage s'arrête hélas là. Le lecteur attend les prochains développements permettant de comprendre le rôle d'un homme et d'une famille dans la continuité d'une idéologie politique. Georges Ubbiali.
Les origines du socialisme en Suisse romande, 1881-1920, Lausanne, Editions d’en Bas-AEHMO, 1988 septembre 2006* Bien que ce livre soit déjà un peu ancien il nous paraît intéressant d’en rendre compte car, à notre connaissance, il n’existe pas d’ouvrages plus récents traitant du sujet. L’ouvrage, réalisé par l’Association pour l’étude et l’histoire du mouvement ouvrier, a été édité à l’occasion du centenaire du PS suisse. Un article synthétique de Marc Vuilleumier ouvre le volume sur les conditions de naissance du PSS en Romandie. En effet, dans ses premières années, le PSS est exclusivement alémanique pour une série de raisons. A la fois parce que l’industrie est concentrée dans cette partie de la confédération, parce que l’influence du SPD allemand est décisive, en raison de la concurrence en Suisse Romande du parti Radical qui demeure un parti plébéien, et, enfin, en raison de la force du cantonalisme dans la vie politique suisse. La structure de l’ouvrage constitue en elle-même une illustration de ce principe d’identité régionale forte. En effet, les contributions qui suivent sont toutes consacrées à des monographies du PS dans les différentes régions romandes. Pochon traite du cas bernois, Clavien du PS dans le Valais, Vuilleumier s’intéresse au socialisme genevois, Kohler développe le cas du PS jurassien, Perrenoud retrace les débuts du socialisme dans le neuchâtelois, Piguet analyse le mouvement ouvrier à Sainte-Croix. Il faut encore y ajouter deux entrées spécifiques, un article de Cantini sur Le Grütli, journal du socialisme modéré, hésitant entre le PS et le parti radical. Journal, mais aussi réseau politique animé par Aloïs Fauquez, auquel un passionnant article est également consacré. A ce riche ensemble, il faut encore ajouter deux articles thématiques. Le premier, de Cantini, très descriptif, présente l’ensemble de la presse ouvrière et socialiste en suisse romande de sa naissance à la grande guerre. Enfin, Brigitte Studer, dans un brillant article traite de la place des femmes et du rôle de la famille dans le mouvement ouvrier suisse de la période. Même si telle ou telle référence apparaît désormais datée, ce livre constitue un ouvrage de référence sur ce thème, pour autant qu’on puisse en juger, les études sur le mouvement ouvrier dans ce pays ne connaissant pas franchement une diffusion internationale.
Maurice LUCAS, Christian BOUGEARD, Gilbert GRAMOULLE, Jean-Jacques URVOAS, Les Socialistes dans le Finistère (1905-2005), Rennes, Editions Apogée, 2005, 251p. Le centenaire de la création de la SFIO a été l’occasion pour les éditeurs de publier un grand nombre d’ouvrages sur le Parti socialiste et ses différents aspects au cours du siècle. La plupart ont été des ouvrages généraux et peu d’entre eux sont revenus sur les déclinaisons locales de ce courant politique. C’est donc tout le mérite de cet ouvrage écrit à quatre mains par des spécialistes de l’histoire sociale locale, parfois investis politiquement et élus actuels du Parti Socialiste. Différents travaux universitaires menés au sein des universités bretonnes avaient focalisé leur attention sur des événements clefs de l’histoire sociale finistérienne. D’autres s’étaient centrés sur des personnalités incontournables du mouvement social, à l’image de la biographie de Tanguy Prigent que l’on doit à Yves le Thoer, mais rien n’existait jusqu’alors sur le développement spécifique de cette force politique dans le département. C’est donc à une véritable étude de cas auquel se livrent les auteurs, le Finistère constituant très tôt une terre d’élection pour les idées socialistes.
Philippe MARLIERE, La mémoire socialiste 1905-2007. Sociologie du souvenir politique en milieu partisan , Paris, L'Harmattan « Logiques sociales », 2007, 286 pages, 26 euros. juin 2008* Le parti socialiste n'a pas de mémoire. Celle-ci, comme son histoire, ne lui apparaissent ni un registre de l'action politique, ni même une catégorie déterminante dans l'ordre des discours socialistes. Frédéric Cépède et Fabrice d'Almeida ont montré, à partir de militants interrogés lors du congrès de Dijon (2003), la réalité d'une affirmation implicitement fondée sur la comparaison avec la mémoire communiste, devenue objet d'histoire (1). L'ouvrage de Philippe Marlière, issu d'une thèse de doctorat, questionne les logiques de la mémoire socialiste de 1905 à 2007. Articulé notamment sur les travaux de Maurice Halbwachs, son travail s'intéresse à la mémoire historique du socialisme comme à ses pratiques. L'enquête se nourrit d'entretiens réalisés auprès de militants de Carmaux et de Lille, lieux historiques du socialisme français. Avant d'aborder la mémoire orale et ses pratiques, Philippe Marlière dresse un premier état de la mémoire historique du parti. Le parti socialiste n'a pas de véritable mémoire historique. Son récit ne fut jamais totalement pris en charge par le parti : les heurts des tendances et des courants se conjuguent alors au peu d'intérêt porté par l'institution partidaire pour ce type de problématiques. Les tentatives d'une histoire écrite par le parti échouent régulièrement. L'histoire du parti s'écrit sur ses marges, par des socialistes (Roger Quilliot), des universitaires souvent proches (Daniel Ligou, Alain Bergounioux, Christophe Prochasson…), par d'anciens militants vaincus dans l'action politique (Georges Lefranc (2)). Dans cette écriture du socialisme, les institutions de recherche liées au parti jouent un rôle de plus en plus prégnant dans la visibilité de cette mémoire historique. Parmi elles, l'Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS) semble maintenant s'imposer. Collaborant avec une Fondation Jean Jaurès davantage immergée dans le domaine archivistique, l'OURS polarise par ses réseaux entre université et affinités militantes une tentative d'écriture d'une mémoire historique du socialisme français. Philippe Marlière pointe là la trajectoire singulière d'une institution (3) qui, au sein du parti socialiste refondé à Epiney, incarne davantage l'identité de la SFIO, sinon par sa proximité avec le Centre Guy Mollet, le molletisme. Structure rebelle , l'OURS s'impose peu à peu au parti comme l'interlocuteur du parti sur les questions historiques, passé l'âge « militant » des mollettistes (Jacques Pierre, Adrien Spinetta, Claude Fuzier…), sous la férule notamment de Pierre Guidoni, puis aujourd'hui d'Alain Bergounioux, également membre du CA de la Fondation Jean Jaurès. La suture de cette institution singulière qui agrège universitaires et militants à l'ensemble du parti, se lit par la figure de ce dernier, venu du CERES, puis rocardien, naguère jospiniste, à même de concilier les deux cultures naguère structurantes du débat au sein du parti socialiste (4). Notons également le renversement produit à la tête de l'institution : ce n'est plus un politique qui s'intéresse à l'histoire, mais un historien qui faisait de la politique… Pour autant, et malgré des colloques pointant les avancées historiographiques (Parti socialiste et résistance notamment), l'OURS peine à informer une mémoire et une histoire visible du socialisme français au sein du PS. Le parti socialiste ravaude tout au plus une tradition codifiée s'ordonnant autour de la trilogie Jaurès, Blum, Mitterrand : l'identité socialiste paraît floue. Scrutant alors les pratiques mémorielles, Philippe Marlière décrit une mémoire à la fois idiosyncrasique et lacunaire. On peut discuter le premier qualificatif au vu de l'échantillon choisi : Carmaux et Lille sont des lieux de mémoire socialiste dont la forte personnalité engage la vivacité du rapport militant au souvenir. Passons Jean Jaurès dont l'auteur cerne une part du mythe et de ses limites mobilisatrices ( Jean Jaurès, sociologie d'une mythologie militante ), pour pointer le cas lillois. Dans l'orthodoxie de la tradition socialiste, Lille signifie le guesdisme, qualificatif constant des luttes au sein du parti, ravivé d'ailleurs par Michel Rocard dès 1977. Ces luttes mobilisent à l'échelle nationale la présence mémorielle du socialisme du Nord : les cas carmausin et lillois ne permettent pas d'infirmer ou confirmer la possibilité de dépasser cette idiosyncrasie. Une section « anodine » du socialisme français manque à l'échantillon pour discerner plus nettement les contours mémoriels d'une France socialiste , figure d'ailleurs absente du lexique des entretiens, rémanente pourtant dans les textes jusqu'en 1981 au moins (5). Le discours carmausin de Ségolène Royal en 2007 pointe également la manière dont un lieu de mémoire informe une part de la visibilité d'une mémoire nationale du socialisme (6), par delà l'idiosyncrasie repérée par Philippe Marlière. Il y a sans doute là un redéploiement de la mémoire socialiste qu'esquisse en conclusion l'auteur : le local s'estompant peu à peu, le parti s'affranchissant de son sinistrisme pour devenir un parti d'opinion. Une mémoire nationale peut advenir, délestée de ce qui faisait le souvenir politique en milieu socialiste et son éclatement : les luttes, la rugosité des contacts avec le mouvement communiste notamment. La production de cette mémoire nationale passe alors davantage par l'image, la communication, la commémoration. Elle correspond à la nouvelle société des socialistes (7), aux liens plus lâches entretenus depuis 2006 entre les militants et la section. Elle procède du constat d'effacement du mouvement ouvrier, cadre mémoriel fort auparavant. Dans cette configuration, les entretiens permettent d'accéder au vif de la mémoire socialiste. Philippe Marlière distingue cinq générations militantes, déclinées par l'événement : le Front populaire, la guerre, l'Algérie, Mai 68, 1981. L'événement dans l'entrée en politique, n'apparaît pas le seul marqueur mémoriel : les liens tissés au sein des Jeunesses socialistes, la famille, jouent leur rôle. Il y a ainsi, sinon des dynasties socialistes, des lignées socialistes : le socialisme français serait ici atavique, là davantage corrélé à une trajectoire singulière. La génération du Front populaire, en regard de la fréquence des citations dans la démonstration, paraît la plus prolixe. Elle conserve, à Carmaux comme à Lille, la mémoire des luttes. Le souvenir lillois de l'enterrement de Roger Salengro permet à Philippe Marlière l'esquisse polyphonique de la cérémonie, entre l'émotion d'une militante, et le regard plus acéré d'un militant socialiste naguère membre des RG. L'identité socioprofessionnelle est peu prise en compte dans l'analyse des mécanismes de remémoration à Lille ; elle l'est davantage dans un carmausin dominé, au moment de l'enquête réalisée, par la fermeture du dernier puits de mines. Ici un monde s'éteint pour des générations militantes ; au nord, la transformation programmée de la Coopérative de l'Union à Lille en centre commercial fait sens pour la seule génération du Front populaire. Ces deux situations différencient ainsi en partie le travail des cadres mémoriels dans le parti : le lieu (mines, statue, coopérative…) compose l'une des variables parmi d'autres comme la socialisation syndicale, familiale, le rapport au PCF (structurant à Lille)… L'analyse des entretiens repère également des constantes. Ainsi du rôle de la chanson : portée par des représentations de générations politiques antérieures (Front populaire notamment), sa pratique procède de l'esprit SFIO. L'Internationale prime d'ailleurs sur d'autres titres, et aucun entretien ne laisse transparaître le souvenir de Mikis Théodorakis et Herbert Pagani ( Changer la vie, 1977). Le propos est moins anecdotique qu'il n'y paraît : dans la mémoire socialiste, Philippe Marlière repère une mémoire SFIO, et de manière beaucoup plus labile –moins prégnante sans doute- une mémoire PS. La première se structure en partie par la force des thématiques anticléricales, du rapport à la droite, au patronat, au PCF. Il y a là un esprit de famille SFIO que l'auteur corrèle à la pratique du parrainage pour chaque impétrant socialiste. La mémoire PS paraît plus difficile à cerner ; son éclatement procède d'une composition hétérogène entre des militants ex-gauchistes de 1968 et un courant cédétiste nourri d'autres valeurs, d'autres souvenirs (8). L'amalgame est aujourd'hui d'autant plus incertain que l'encadrement militant par la section se fait lâche, notamment par le phénomène des adhésions internet. On retrouve dans cette dualité de la mémoire socialiste toute l'ambiguïté d'un parti qui, à cinq années d'intervalle, fêtait son trentenaire (2001), son centenaire (2005). Il faut lire Philippe Marlière donc pour une première immersion dans la mémoire des socialistes, sinon la mémoire socialiste. Les frustrations de la lecture – quid du rôle des fêtes de la Rose par exemple ?- naissent de ce caractère pionnier, hors les investigations de Frédéric Cépède et Fabrice d'Almeida. Vincent Chambarlhac (1) Frédéric Cépède, « Les socialistes, l'histoire à contribution ou le long remords de l'histoire », disponible en version électronique chs.univ-paris1.fr/Collo/CEPEDE.pdf , consulté le 16/8/07. Et Frédéric Cépède, « 1905 ou 2005, le premier centenaire des socialistes. Commémorer, fêter, rechercher », Recherche socialiste, n° 33, décembre 2005. Pour le PCF, Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1994. (2) Sur ce point, Vincent Chambarlhac, « Georges Lefranc ou la construction d'une position historiographique », Recherche socialiste, n° 37, mars 2007. (3) Cf. également Philippe Marlière, « L'OURS : trajectoire d'un lieu de mémoire socialiste », In Claire Andrieu, Danielle Tartakowsky et alii, Associations et champs politiques , Paris, Publications de la Sorbonne, 2001. (4) La démonstration de Philippe Marlière s'enrichit de la prise en compte des premiers tomes de la collection Les poings et les roses ( chez L'Harmattan ) , où surgissent les mémoires de Pierre Verdier, Robert Chapuis ; l'ouvrage de ce dernier ( Si Rocard avait su, 2007), rocardien de la première heure, complète l'état d'une trajectoire identifiée dans l'ouvrage. (5) Pour un premier aperçu de cet environnement documentaire, cf. Vincent Chambarlhac et alii, Histoire documentaire du Parti socialiste , Dijon, EUD, 2005 (4 tomes). (6) Vincent Chambarlhac, « Jaurès dans la campagne », Recherche socialiste , n° 39/40, Septembre 2007. (7) Rémi Lefebvre, Frédéric Sawicki, La société des socialistes. Le PS aujourd'hui , Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, 2006. (8) L'apport du travail de Rémi Darfeuil nuance en partie ce constat, travaillant la mémoire mitterrandiste : Rémi Darfeuil, La mémoire du mitterrandisme au sein du parti socialiste , note 34 de la Fondation Jean Jaurès, Avril / mai 2003, 95 pages. Disponible en version électronique sur le site de la Fondation Jean Jaurès.
Gilles MARTINET, L'observateur engagé, Paris, Jean-Claude Lattès, 2004. Devenu communiste à l'automne 1933 au lycée Carnot, le jeune homme de 17 ans est d'un milieu bourgeois, son père est architecte. Sa participation aux contre-manifestations ayant suivi la journée du 6 février 1934 constitue son entrée dans la vie politique active, qu'il ne quittera plus désormais. Le récit de sa vie nous vaut donc une fresque passionnante de l'histoire de la France au XXe siècle. Jean-Paul Salles
Abdelkrim MEJRI. Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912), (Coll. CREAC Histoire. L’Harmattan. 2004). 276 pages. Travail original sur une question peu explorée, ce dont la biblio en annexe témoigne. Si on connaît un peu la guerre du Rif en 1925, dernière résistance à la colonisation et début de la lutte anticolonialiste « moderne », premier (et dernier) trempage du jeune PC (pas encore F?) dans l’internationalisme et l’action révolutionnaire, on ne disposait d’aucun travail sur la période antérieure de la conquête et les réactions à cette dernière dans le mouvement socialiste métropolitain. Avec cet ouvrage la lacune est comblée. L’auteur suit minutieusement les réactions de la presse socialiste, des différents courants du parti et celles du groupe parlementaire (16 textes en annexe), au fil des différentes phases de cette conquête qui n’ose pas dire son nom. Pressions financières (la dette déjà), jeux d’influence entre les prétendants au trône, expéditions militaires de protection des ressortissants français, droit de suite depuis l’Algérie, intimidation des populations civiles, etc. Les scénarios n’ont rien d’originaux. Mais on se trouve aussi à un double tournant de l’histoire : les rivalités inter-impérialistes s’exacerbent au fur et à mesure que le gâteau à partager se réduit, le Maroc sera le dernier pays arabe à tomber sous la domination occidentale et l’affaire d’Agadir, entre la France et l’Allemagne, est un prélude direct à 14-18, la SFIO met du temps à manifester une condamnation nette et claire de l’aventure coloniale et, encore, grâce à l’Internationale (y compris pour Jaurès, capable du pire et du meilleur), mais, au-delà, sur le fond, la confusion domine souvent, préparant l’adaptation au cadre impérialiste qu’on retrouve chez des responsables de tous les courants. A sa fondation, le PS les amalgame, bornes-témoins plutôt qu’expression de clivages encore opératoires et, sur la question coloniale, comme sur d’autres, des chassés-croisés opèrent. On y trouve aussi bien l’anticolonialisme bon teint qui soutient les combattants marocains contre les soldats français (jusqu’en 1912 du moins) que les pires partisans étapistes du colonialisme « civilisateur » aux relents racistes même pas maquillés, avec tous les degrés intermédiaires dont le pacifiste n’est pas le moindre qui n’hésite pas à considérer comme secondaire la cause du peuple marocain, et la guerre qu’on lui livre, par rapport à la primauté du maintien de la paix entre la France et ses concurrents impérialistes. Il y aura certes, des articles, des conférences, des meetings. Mais au-delà de la propagande, c’est à l’action parlementaire qu’on consacre l’essentiel des efforts. La SFIO est, pour le moins, peu préparée à l’entrée dans « l’ère des guerres et des révolutions ».
Louis MEXANDEAU, Histoire du Parti socialiste, Paris, Tallandier, 2005, 443 p. Député du PS, ministre de la République sous François Mitterrand, l'auteur, agrégé d'histoire, retrace l'histoire de son parti à l'occasion du centenaire de sa naissance. Il avoue clairement son intention de faire une histoire édifiante, destinée à montrer aux nouveaux adhérents la grandeur de la "vieille maison" qu'ils ont rejointe. D'entrée de jeu il nous fait part de sa condescendance, sinon de son mépris, pour les Verts, "qui n'ont jamais constitué un parti sérieux", et pour l'extrême gauche, "sans cesse renaissante et sans cesse impuissante" (p.10). Dans son souci d'édification des générations nouvelles, l'auteur fait se succéder une série de portraits d'anciens, puisant largement dans le Maitron auquel il rend un juste hommage (p.424). C'est sans doute la partie la plus intéressante du livre : des figures oubliées, comme celle d'Adrien Pressemane, ouvrier qualifié (peintre sur porcelaine), introducteur du socialisme en Limousin, reprennent vie sous sa plume. Mais l'auteur ne se contente pas de son rôle de mémorialiste; cédant à une vision téléologique de l'histoire, il voit dans Jaurès et Blum les figures annonciatrices de Mitterrand. L'histoire sainte remplace l'histoire scientifique, le lecteur étant tenu d'admirer avec l'auteur la trilogie sacrée, "les trois démiurges" (sic, p.145). A contrario, ceux qui n'ont pas choisi la voie socialiste sont démonisés... à la manière d'un François Furet ou d'un Stéphane Courtois : "Les excès de la révolution culturelle chinoise et du génocide cambodgien ne sont-ils pas déjà contenus dans cette conception léniniste de la révolution après 1917?" (p.180). Quant à Rosa Luxemburg, "l'impétueuse", elle est mise sur le même plan que Bebel et Kautsky... les uns et les autres étant récupérés, toujours dans le souci d'édifier la nouvelle génération. Jean-Paul Salles
Vincent PEILLON, Pierre Leroux et le socialisme républicain. Une tradition philosophique, Bordeaux, Le Bord de l'eau, 2003. Non content d'être un animateur d'un des courants de la gauche du PS (le Nouveau Parti Socialiste, NPS), Vincent Peillon est aussi philosophe de métier. S'il est plus connu pour ses activités politiques que pour ses uvres, il n'en demeure pas moins intéressant de se pencher aussi sur ces dernières. De ce point de vue, cet ouvrage sur Pierre Leroux est particulièrement significatif. Leroux, rappelons le, est un militant du socialisme utopique que Marx admira, avant de l'étriller sérieusement. Il fut aussi, mais Vincent Peillon n'en souffle mot, un de ces socialistes qui confondirent le socialisme avec l'antisémitisme. L'ouvrage est construit en quatre parties assez distinctes et d'un intérêt très variable. La première partie, introductive, développe l'idée, simple a priori, d'en revenir aux origines du socialisme, de ses pères fondateurs. Il ne faut pas moins de quatre (courts) chapitres pour en arriver, après bien des détours (ainsi, que vient faire l'adhésion de Pierre Mendes-France au PSA en 1959 ?) à une biographie (seconde partie) de Leroux. Les vertus du personnage, selon son biographe, sont précisément de fonder le socialisme sur la République, en rompant avec le marxisme, idéologie constitutive de l'unité de 1905. La troisième partie, la plus indigeste, tente de justifier philosophiquement l'apport romantique de Leroux, et plus particulièrement le rôle religieux qu'il entend faire jouer au socialisme. Vincent Peillon considère l'appréhension religieuse du fait social (on aurait aimé quelques développements sur la descendance de Saint-Simon et plus particulièrement Auguste Comte) comme l'apport le plus riche de Leroux à la pensée socialiste. Cette religion laïque explique finalement l'humanisme et la doctrine de solidarité qui imprègnent les écrits de Leroux. La dernière partie est consacrée à la présentation d'un choix de ses textes philosophiques (sur les notions de certitude, de conscience, de consentement ainsi qu'à propos de Condillac et de Bentham). Précisons qu'il existe d'autres livres, nettement plus convaincant pour aborder Pierre Leroux, même s'ils sont à consulter dans les bibliothèques. Georges Ubbiali.
Jean RABAUT, 1914, Jaurès assassiné, Bruxelles, Complexe, 2005. La réédition de cet ouvrage paru en 1984 est particulièrement bienvenue, même si une actualisation (en particulier du côté de la bibliographie) aurait été souhaitable. Contrairement à ce que le titre peut laisser supposer, le propos du livre ne se limite absolument pas à la période d’avant la première guerre mondiale. C’est là d’ailleurs tout son intérêt d’étendre le legs du tribun socialiste à la période de l’entre-deux-guerres. En effet, au-delà de la personne de Jaurès lui-même, cet ouvrage se propose d’analyser la place de la question de l’internationalisme prolétarien dans ces années-là. Après avoir rapporté les circonstances de l’assassinat de Jaurès (une autre chapitre, plus loin, narre par le détail le procès de son meurtrier, Villain), Jean Rabaut propose une analyse du thème de la guerre au sein du milieu socialiste. Contrairement à ce qu’un certain nombre de décisions prises par l’Internationale socialiste pourraient laisser penser, en fait, dans la pensée de Jaurès (et dans celle de la SFIO) subsiste une forte ambiguïté quand à la thématique de la défense nationale avant 1914. On se reportera aux fines analyses de Rabaut en la matière, qui donne d’ailleurs de très larges extraits des proclamations de l’Internationale, mais aussi des discours de Jaurès (on lira en complément le livre de J.-P. Hirou, Parti socialiste ou CGT ? (1905-1914) De la concurrence révolutionnaire à l’union sacrée, Acratie, 1995). Le pacifisme républicain et humaniste de Jaurès sera largement instrumentalisé durant la guerre, aussi bien par les forces réactionnaires que par la majorité de la SFIO qui va abondamment user de Jaurès pour justifier son ralliement à l’Union sacrée. Si la minorité révolutionnaire qui s’affirme au sortir de la guerre use également de la légitimé jaurésienne, le Parti communiste, vers la fin des années 20, rejettera violemment cet apport. Le tournant du Front Populaire permet à Jaurès de redevenir persona grata au sein du Parti. S’appuyant sur de nombreux extraits de documents (y compris, étonnant, des poésies), ce livre, qui se lit avec un grand intérêt, permet en particulier de mieux comprendre tout ce qui peut opposer le pacifisme des socialistes d’essence jaurésienne au défaitisme révolutionnaire prôné par Lénine et les bolchéviks. Georges Ubbiali
David RAPPE, La bourse du travail de Lyon. Une structure ouvrière entre services sociaux et révolution sociale, Lyon, ACL, 2004. Enseignant en histoire dans la banlieue lyonnaise, l'auteur a conduit durant sa formation plusieurs travaux sur les Bourses du travail en Rhône-Alpes. Dans cet ouvrage, il nous livre le fruit de plusieurs années d'investigations. Le résultat est tout à fait intéressant, même si l'on a ici l'illustration même du hiatus entre une riche approche monographique et une surinterprétation politique. Qu'apprend-t-on tout d'abord ? Que la Bourse de Lyon est en décalage avec l'évolution tendancielle nationale des Bourses, puisque quand celles-ci sont dominées par le courant libertaire, celle de Lyon demeure sous l'influence du guesdisme. Alors que la plupart des Bourses voient le courant révolutionnaire gagner du terrain, très tôt la structure lyonnaise est tentée par les courants les plus réformistes : ainsi, dès 1905, après sa dissolution par la mairie radicale, la Bourse de Lyon s'inscrit-elle clairement dans ce camp là. C'est cette orientation modérée qui lui permet, en permanence avec l'appui financier de la municipalité, de développer des services pour les syndiqués et les travailleurs. Si les cours professionnels sont au premier rang de ces services, on y trouve aussi, comme ailleurs du reste, une bibliothèque, ou, plus spécifique, un dispensaire médico-chirgurgical. Suivent également la description du fonctionnement concret de la Bourse, le nombre de syndicats adhérents, la publication d'un journal officiel (Le travailleur syndiqué, puis Le Semeur). Le livre offre également des développements sur l'articulation entre la Bourse et l'activité revendicative (l'implication pour le 1er mai, la propagande antimilitariste, le soutien aux mouvements grévistes, etc.). Ajoutons que les illustrations enrichissent les connaissances développées sur cette Bourse.
Jean-Pierre RIOUX, Jean Jaurès, Paris, Perrin, 2005, 326 pages. Biographe de Jean Jaurès, Jean-Pierre Rioux succède à Jean Rabaut pour les éditions Perrin. L'enthousiasme, comme l'empathie, de sa plume pour Jaurès permet une lecture au galop d'une biographie classique, sans doute moins fouillée que celle de son prédécesseur. Ils l'ont tué souligne l'introduction, ouvrant ensuite sur la description du cours affreusement abrégé du voyage de Jean Jaurès (p. 16). Onze chapitres structurent alors cette biographie, close par l'évocation - Entre deuil et espoir - de la fortune posthume de la figure jaurèsienne. Une chronologie - Le cours d'une vie - souligne jusqu'en l'an 2000 que le travail biographique sur Jaurès n'est sans doute pas clos
La bibliographie, commentée par l'Inspecteur Général qu'est Jean-Pierre Rioux (" pour travailler avec ses élèves
" p. 306), reprend les thématiques des chapitres ; elle illustre également les appréciations portées en conclusion sur le travail accompli par la Société d'Etudes Jaurésiennes, autour de Madeleine Rebérioux notamment. Vincent Chambarlhac. (1) Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli, Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1998.
Pierre ROY, Pierre Brizon. Pacifiste. Député socialiste de l'Allier. Pèlerin de Kienthal, Créer, Nonette, 2004. Pierre Roy, enseignant retraité, libre penseur (et accessoirement militant du Parti des Travailleurs), se penche dans cette biographie sur un personnage désormais relativement méconnu du mouvement socialiste, le député Pierre Brizon. Ce dernier a pourtant joué un rôle fondamental dans l'évolution du socialisme français au moment de la première guerre mondiale. En effet, avec quelques rares autres, il a participé à la seconde conférence du courant internationaliste en Suisse à Kienthal (Zimmerwald, plus connue, s'était déroulée quelques mois plus tôt). Député socialiste, il a mis en uvre ses promesses, à savoir le refus de vote du budget de guerre, avec une constance et un courage rare. De ce point de vue, sa biographie constitue un apport précieux. Du fait de l'absence d'archives privées, Pierre Roy appuie ses recherches à partir du journal dont Pierre Brizon fut l'éditeur, la Vague, mais également sur le mémoire de maîtrise de Sylvie Digonnat. Si l'ouvrage ne comporte pas de bibliographie finale et si les références bibliographiques sont parfois traitées de manière un peu cavalière, il offre néanmoins en annexes presque 50 pages d'écrits de Pierre Brizon. Si le rôle de ce " pèlerin de Kienthal ", ainsi que l'affublait la presse à son retour, fut d'affirmer publiquement la résistance d'une partie du socialisme français à la frénésie guerrière, pour autant le député de l'Allier est demeuré jusqu'au bout un parlementaire socialiste, réformiste et gradualiste. Pierre Roy se garde bien d'accabler le personnage qui ne s'engagea que très temporairement dans la SFIC avant d'adhérer à un éphémère regroupement Union socialiste-communiste. Brizon exprimera par exemple de très fortes réserves sur la grève lancée par la CGT en ma 1920, en particulier chez les cheminots, s'alignant en la matière sur la majorité (réformiste) de la CGT. Au final, malgré quelques longueurs (les longues citations des interventions parlementaires ne se justifient pas vraiment), ce livre offre d'intéressants développements sur les ruptures dans le mouvement socialiste français. Georges Ubbiali.
Philippe RIVIALE, Des socialistes révolutionnaires contre le parti. 1900 : écrits sous les cendres , Paris, L'Harmattan, coll. " A la recherche des sciences sociales ", 2004, 362 pages. Philippe Riviale poursuit, dans la collection qu'il dirige à L'Harmattan (A la recherche des sciences sociales), le projet commencé en 2003 avec Mythe et violence, autour de George Sorel. Ces écrits sous les cendres sont ceux des socialistes révolutionnaires ; les cendres résultent de la Grande Guerre, des tris opérés ensuite dans les sciences sociales pour reconnaître / oublier, les qualités de tel ou tel. Philippe Riviale les ressuscite, fort d'un constat formulé à l'échelle du siècle : " On a usé de Sorel révolté, comme des socialistes révolutionnaires, pour dénier toute pertinence à la pensée libre, pour rabattre vers l'immonde le refus du politique : chacun sait que la démocratie n'a d'ennemi que dans le totalitaire, c'est-à-dire la non-pensée, l'irrationnel " (p 9-10). L'ouvrage donne donc à lire ces écrits, les nouant par la réflexion philosophique de l'auteur au questionnement du temps présent. Introduction et conclusion établissent que le livre se construit sous les auspices de Simone Weil. Quatre parties structurent l'ouvrage. Il s'ouvre sur Les Réflexions sur la violence de Georges Sorel, dont il s'agit d'établir la présentation critique, reprenant ainsi des extraits du philosophe Alfred Fouillée, la pensée de Walter Benjamin sur le mythe de la violence. La cible devient rapidement le parlementarisme, le parti ouvrier au titre de la morale des producteurs. La seconde partie (Révolution ou accomplissement de soi ? Impensable représentation) alterne des textes de Jean Grave, Octave Mirbeau, Alfred Naquet (La critique de l'anarchie). Autour de Simone Weil et Léon Tolstoï, l'auteur discute alors la violence révolutionnaire et l'idée de bonheur commun. Socialisme et social démocratie sont ensuite scrutés (textes de Von Mises, F. Domela Nieuwenhuls, Roberto Michels ). Le rapport de Lucien Deslinières sur le Congrès de Reims (1903) qui suit celui de Stuttgart pour les socialistes clôt ce questionnement sur le socialisme révolutionnaire ; Ph. Riviale se montre fort dubitatif sur les moyens employés, les finalités. Finalement, l'ouvrage s'achève sur la reprise classique du débat de la Belle époque : Coopératives et Fédérations ; Organisation ou Révolution. Proudhon et Cornélissen sont largement sollicités ; des textes sur la Femme et l'Idée de bonheur prennent de travers ces réflexions. Ils esquissent un bilan, dont le titre paraphrasant Simone Weil, offre surtout l'occasion à l'auteur d'achever son propos sur un principe d'incertitude d'autant plus fort qu'il s'établit à l'aune du temps présent. Tel quel comment lire cet ouvrage ? Sa force tient sans doute aux lectures traversières qu'il autorise. On peut glaner des textes rares dans les anthologies et les dossiers documentaires relatifs au mouvement ouvrier ; on peut aussi, jouant de l'index et de l'incipit de la collection, questionner les sciences sociales et la politique contemporaine en regard de ces pages. L'art de Philippe Riviale tient alors à la férocité et à l'érudition de ses notes de bas de page. On peut enfin prendre l'ouvrage dans l'optique des débats contemporains dans le monde libertaire, la mouvance alter-mondialiste. Vincent Chambarlhac. Université de Bourgogne, IHC, UMR CNRS 5605
Eric ROUSSEL, Pierre Mendès France, Gallimard, Biographies, 2007, 608 p., 29 € . juillet 2007* Certes on peut ne pas partager l'opinion de Jean-Paul Sartre qui comparait Mendès France à Trotsky : « Tous deux de très grands hommes qui n'ont pas pu se réaliser comme ils l'auraient voulu et mérité », mais on ne peut nier l'importance du premier dans l'histoire de la gauche française au XXe siècle. D'où l'intérêt de cet ouvrage qui renouvelle la biographie déjà ancienne de Lacouture (1981). L'auteur a découvert de nouveaux documents, notamment des lettres ou notes inédites de Mendès, conservées à l'Institut Pierre Mendès France à Paris, aux Archives municipales de Louviers (Eure), ou dans d'autres nombreux lieux précisés en fin d'ouvrage. Ces documents sont étudiés avec rigueur par un auteur qui avoue ses liens avec son sujet : il est l'arrière-petit-fils de Raoul Thorel, qui a précédé PMF à la mairie de Louviers et au Conseil général de l'Eure. Ceci nous vaut des informations précises sur les premiers pas de PMF en politique, avant la Seconde Guerre mondiale dans cette région de Normandie. Ainsi, en décembre 1936, il organisa à Louviers l'élection au suffrage universel direct – hommes et femmes confondus – de 6 conseillères municipales adjointes. Bien que la liste de droite soit tout entière passée, et avec elle l'épouse d'un des plus grands industriels de la ville, PMF joua le jeu, les associant aux commissions et au conseil municipal, avec voix consultative. Mais surtout l'intérêt de l'ouvrage est de restituer le personnage dans son épaisseur, en montrant l'évolution de sa pensée sur la longue durée. Ainsi, en matière coloniale il épouse les idées de son temps. Dans un article de 1934, il voit dans l'Empire colonial une chance pour la France confrontée à la crise. Et encore en 1958, dans sa préface à l'ouvrage d'une de ses collaboratrices, il écrit « qu'on doit reconnaître que la colonisation a apporté autre chose que des inconvénients et des maux, autre chose qu'une exploitation sans contrepartie ». Ceci ne l'a pas empêché, lors de son passage au pouvoir, d'aborder les problèmes de l'Indochine et de la Tunisie avec pragmatisme, aboutissant aux Accords de Genève et de Carthage, tirant la France d'un mauvais pas. Mais il est vrai qu'il considéra longtemps l'Algérie, les départements d'Algérie disait-il, comme une partie de la République française. Sur les questions économiques et sociales, il se distingue des hommes de gauche de son époque, car il pense que les réformes ne peuvent en aucun cas faire fi des lois de l'économie, c'est-à-dire de l'économie capitaliste dominante. Longtemps fidèle à Caillaux, il met même du temps à se rallier à Keynes, plus interventionniste et redistributeur que le précédent. Mais au moins il s'intéresse précocement à ces questions alors que certains de ses amis radicaux, tel le Docteur Queuille, Président du Conseil de la Quatrième République bien oublié, pensait « qu'il n'y a pas de problème qu'une absence de solution ne finisse par résoudre » ! En plus, ses qualités de pédagogue, sa confiance dans les vertus du débat et sa défense intransigeante des droits d'un Parlement malmené par la Cinquième République contribuèrent à la naissance d'une sensibilité politique qu'on a appelé le mendésisme. Il rompit de manière éclatante avec Guy Mollet en avril 1956, lui reprochant sa politique de force en Algérie, et après avoir quitté le parti radical fut de l'aventure du PSU. C'est sous cette étiquette qu'il revint au Parlement en 1967 comme élu de Grenoble. Perturbé par Mai 68 – malgré sa présence muette à Charléty – il perdit son mandat de député à quelques dizaines de voix près en juin 68. Dans les années 1970, ayant quitté un PSU écartelé par les luttes de tendances, il assista un peu interloqué à la conquête du PS par Mitterrand, pour qui il avait fort peu de considération semble-t-il. Au total un personnage singulier ; attaqué violemment lors de son passage au pouvoir pour ses origines juives, il était intimement convaincu qu'en France jamais un Juif ne pourrait être élu Président. Cette judéité de Mendès l'amena à s'intéresser au Proche-Orient dans les années 1970, Lui qui n'était pas sioniste et qui comprenait les aspirations nationales des palestiniens réunit à plusieurs reprises, secrètement, des protagonistes importants des deux camps, fort peu aidé par un François Mitterrand qui entendait bien ne laisser personne d'autre que lui jouer les premiers rôles sur ce terrain. Salles Jean-Paul
Socialistes à Paris (1905-2005), Paris, Créaphis, 2005, 192 pages, 25 euros. octobre 2006* L’ouvrage s’inscrit dans le cycle commémoratif du centenaire du parti socialiste (1). Rassemblant vingt-huit auteurs, historiens et / ou témoins, pour soixante textes, Socialistes à Paris évoque au galop le centenaire des Fédérations de la Seine puis de Paris. L’introduction de Patrick Bloche, premier secrétaire fédéral, donne le fil conducteur de l’ouvrage : une fédération historique, faite d’hommes, de lieux et de dates emblématiques qui, au soir de son siècle, connaît la consécration par la victoire de Bertrand Delanoë aux municipales de 2001. Pour Patrick Bloche, on passe ainsi d’un socialisme de témoignages à un socialisme de responsabilité (p 5) dont il fournit en conclusion de l’ouvrage la clé. Au passage, de nombreux contributeurs soulignent la portée avant-gardiste du socialisme parisien face à la France socialiste, elle qui fournit au Nouveau Parti Socialiste son logo : le Poing et la Rose. On le devine, la commémoration de 1905 se comprend dans l’optique de 2005. Vincent Chambarlhac. (1) Sur ce point qui mêle historiographie militante et historiographie scientifique, cf. Frédéric Cépède, « 1905 ou 2005, le premier centenaire des socialistes : commémorer, fêter, rechercher », Recherche socialiste, n° 33, décembre 2005.
Robert VERDIER, Mémoires , Paris, L'Harmattan, collection « Mémoires du XX e siècle », 2005. Avril 2007* Ces mémoires de Robert Verdier prennent en écharpe plus d'un demi-siècle d'histoire du socialisme français ; elles courent du Front populaire au 21 avril 2002. La plume du mémorialiste emprunte peu à l'anecdote, sinon dans les portraits des hommes côtoyés. Membre de l'Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS), Robert Verdier est aussi à l'initiative du colloque sur Les socialistes en résistance (Séli Arslan, 1999) ; il fut également l'auteur d'ouvrages sur la confrontation du PS et du PCF. Ces Mémoires fournissent ainsi en caméra subjective le contrepoint des analyses historiques. Au fil de la chronologie du parcours militant, ce sont deux histoires de la social-démocratie française qui se découvrent, étroitement imbriquées. L'une mesure la manière dont le Parti socialise appréhende l'événement. Membre du CAS (Comité d'Action Socialiste), Robert Verdier décrit en de courtes pages une résistance socialiste qui fut, d'abord (dès 1940), politique avant d'être armée. La quotidienneté de cette lutte surgit ainsi par de brèves anecdotes. A l'origine du regroupement des socialistes résistants, la confiance qu'il faut accorder, les liens qu'il faut renouer. Pour Robert Verdier, les positions antimunichoises d'hier constituent l'indice d'une possible résistance. Des trajectoires singulières s'esquissent sous sa plume : celle de Jean Zyromski, plutôt attentiste ; celle d'Amédée Dunois - infatigable militant du CAS aux côtés d'Ernest Labrousse - qui meurt en camp… Mais l'essentiel de cette première manière de lire Robert Verdier tient dans la description de la lutte anticolonialiste sous la IV e République qu'il donne. Si on croise l'écho de la lutte des universitaires (Pierre Vidal-Naquet, Charles-André Jullien), l'essentiel de cette évocation qui constitue le cœur de l'ouvrage réside sans doute dans la description implicite du piège dans lequel s'enferme Guy Mollet, d'abord par une lecture erronée de la situation (« Journée des tomates ») qui mène ensuite à la nomination de Robert Lacoste, à la crise de Suez… Face à cette politique, Robert Verdier (président du groupe parlementaire socialiste) est l'un des animateurs de la minorité socialiste hostile à Guy Mollet. A ce point, Robert Verdier conte une seconde histoire, celle des luttes internes à la SFIO, prémices de son éclatement puis de sa fin en 1969. Fondateur du PSA (Parti Socialiste Autonome), il suit ce dernier dans le processus de fusion avec l'UGS (Union de la Gauche Socialiste) qui mène au PSU (Parti Socialiste Unifié) : défiant envers ce nouveau parti, il le quitte en 1965. Son militantisme passe alors par les clubs dont il souligne la richesse dans le processus en cours de recomposition de la gauche non communiste. Il sera aux côtés d'Alain Savary, secrétaire du parti socialiste de 1969 à 1971. Les pages qu'il consacre au congrès d'Epinay (1971) qui voit l'entrée et la prise du parti socialiste par François Mitterrand valent pour ce qu'elles rappellent (p. 221-224) : un congrès de refondation qui ne fut pas à la hauteur de ce qu'il pouvait être. Un congrès dont l'essentiel se joua dans les coulisses. On mesure ainsi en creux la force du « mythe Epinay », construit en partie dans l'oubli de l'histoire socialiste antérieure au sein des générations venues au socialisme par Mitterrand. Seul Lionel Jospin, empreint d'une culture SFIO plus grande par l'héritage paternel, trouve grâce aux yeux de Robert Verdier. Quelques lignes suffisent alors pour évoquer 1981, puis le désastre de 2002 : l'acteur n'était plus alors que spectateur, engagé dans la rédaction d'ouvrages historiques et / ou de souvenirs, engagé dans la Ligue des droits de l'homme dont il fut, avant Madeleine Rebérioux, le président. En somme, un livre à lire, d'autant plus que son style alerte sert la lecture au risque, d'ailleurs, de l'oubli de sa qualité principale : celle d'un document qui est aussi une introduction aux coulisses de l'histoire de la social-démocratie française, plus complexe que la vulgate actuelle ne le laisse deviner. Vincent Chambarlhac.
Benoît VERRIER, Loyauté militante et fragmentation des partis. Du CERES au MDC , Thèse de science politique, Strasbourg III, sous la direction de B. Gaïti, 2003, 590 p. février 2007* Cette thèse présente l'histoire d'un courant du socialisme républicain (« jacobin » écrit Michel Vovelle (1)) qui plonge ses racines dans le guesdisme et qui s'illustre dans la personnalité de son dirigeant, Jean-Pierre Chevènement. Le sous-titre pourrait en être « Grandeur et décadence d'un courant politique ». Mais Benoît Verrier n'exprime pas l'outrecuidance d'aller jusque là. D'autant que son propos est tout autre, il s'agit d'essayer de repérer, précisément derrière le nom totémique du chef, ce qui fait le corps du courant, faisant l'hypothèse que derrière la personnalité de Chevènement, en fait se manifeste une transformation continue des groupes s'y agrégeant. L'histoire du CERES apparaît en effet suffisamment paradoxale au sein du mouvement socialiste. Au moment où la SFIO est particulièrement disqualifiée par sa participation à la guerre d'Algérie, un groupe de jeunes experts font le pari de sa rénovation, à partir du centre de ce parti (la direction, les élus, Guy Mollet lui-même) et non de sa périphérie que représentent l'éclosion et la multiplication des clubs. Le regroupement du courant autour de notions idéologiques fortes va lui permettre de s'affirmer et de se construire. Trois parties structurent le propos, basé à la fois sur un travail archivistique (SFIO notamment), mais aussi des entretiens, des témoignages et des articles de presse. La première partie porte sur la création du CERES et couvre les années 1958-1972. Une forte homogénéité sociologique caractérise le groupe initiateur : de hauts fonctionnaires, produits des grandes écoles (Sciences-po, ENA). Cette distance sociale suffit à particulariser ces jeunes impétrants, dans un parti dominé par ses parlementaires. En fait, ces ressources politiques technocratiques ne sont pas reconnues au sein de l'appareil d'Etat, d'où le choix fait de les mettre au service de la SFIO. Certes, mais pourquoi la SFIO ? Verrier rappelle tout d'abord que ni Chevènement ni Gomez ne sont franchement anticolonialistes et que Chevènement lui-même n'a rompu avec le colonialisme français qu'en … 1962. Au delà de cet aspect, Verrier considère deux pistes pour expliquer le ralliement : le fait qu'il n'y avait pas de place ailleurs et que la SFIO, par le jeu des courant, offrait un espace de déploiement. L'expertise dont ce groupe est porteur va être mise au service d'une redéfinition de l'idéologie socialiste (chapitre 2). C'est seulement après 68 (3 e chapitre), qui voit le CERES (comme la SFIO globalement) totalement marginalisé, que ce cénacle savant va se convertir en un véritable courant militant au sein d'un PS en reconstruction. Le CERES va alors valoriser la dimension militante et orienter son action vers la construction d'un parti de militants. Verrier n'est d'ailleurs pas très convaincant sur cette démonstration. On peut en effet tout à fait constater la mise en œuvre de pratiques tout à fait nouvelles pour le CERES, mais cela ne suffit pas à expliquer comment les militants s'approprient ce registre nouveau pour eux, qui se traduit notamment par les expressions de « discipline », « contrôle », « loyauté politique ». La seconde partie (1971-1983) renvoie aux années glorieuses du CERES. C'est aussi, à notre avis, celle sur laquelle les apports et analyses de Verrier sont les plus convaincantes, malgré leurs limites. En effet, bien que Verrier aborde l'action du CERES au niveau de la base du parti (par ex. le contrôle des sections d'entreprise, l'activité syndicale au sein de la CFDT ou de la FEN, les écoles de formation socialiste, la direction des jeunes socialistes), ces notations restent assez lacunaires. Verrier reste globalement prisonnier d'une approche traditionnelle de science politique en mettant l'accent sur la direction du parti au détriment d'une approche plus sociologique. Le lecteur n'ignore rien des manœuvres au sein de la direction du parti, beaucoup moins en revanche sur les rapports que le CERES développe en tant que courant avec d'autres organisations de gauche (le PSU à peine évoqué, l'extrême gauche absente ou le mouvement syndical). La victoire de la gauche le 10 mai 1981 et la nomination de Chevènement au gouvernement, de même que sa rupture en 1983 ne font pas l'objet d'un développement. La troisième partie redémarre en 1990, laissant totalement dans l'ombre les années Mitterrand, la cohabitation, etc. Ce trou de dix ans ne permet pas de comprendre réellement la logique qui voit le CERES sortir du PS en 1993. Surtout, cette dernière partie accentue ce qui faisait déjà la faiblesse de l'argumentation dans la partie précédente : l'absence de la base sociale du courant. A défaut de savoir ce que deviennent les 30 000 militants du courant, de son implantation syndicale et dans les mouvements sociaux, cette ultime partie se concentre sur Chevènement, théorisé par Verrier sous l'appellation de reproduction du collectif autour du nom. Les étapes de la rupture au moment de la première guerre du Golfe donnent lieu à des développements assez substantiels avec l'idée de regrouper et refonder la gauche, autour du Mouvement jeune gauche. La thèse s'achève sur le début des années 2000, avec la création du MDC, tentative de regroupement des « républicains », que Verrier caractérise comme un « regroupement de papier », qui voit Chevènement tenter de fédérer autour de lui les « républicains des deux rives », brouillant définitivement les frontières de ce qui identifiait le CERES à la gauche. C'est à ce moment-là que le petit groupe fédéré explose en plusieurs petites chapelles. Une solide bibliographie sur le socialisme complète cet imposant travail. G.U. (1) Vovelle Michel, Les jacobins, de Robespierre à J.-P. Chevènement , Paris, La Découverte, 1999.
Julien WICKI, « On ne monte pas sur les barricades pour réclamer le frigidaire pour tous », Histoire sociale et politique du parti socialiste vaudois (1945-1971), Lausanne, Antipodes, 2007, 221 pages. novembre 2007* Julien Wicki est licencié en Histoire contemporaine à Lausanne ; il s'intéresse ici, dans cet ouvrage issu d'une recherche équivalente au Master, au parti socialiste vaudois (PSV). Le dépaysement est de courte durée, puisque l'évolution dudit parti s'inscrit, de 1945 à 1971, dans les rythmes politiques et sociologiques du socialisme européen. Pour autant, le détour vaudois vaut qu'on s'y attarde, ne serait-ce que par le titre de l'ouvrage, emprunté à un slogan de 1963, ornant la couverture d'une nouvelle revue socialiste, Domaine Public . En fait, c'est l'histoire d'une intégration du PSV aux majorités bourgeoises que narre l'ouvrage, le PSV perdant peu à peu le cœur de son électorat populaire. Face à une concurrence de gauche (POP), le PSV puise peu à peu sa légitimité -et les raisons de sa survie- dans l'exercice des exécutifs, manne financière par le biais des mandats. On retrouve dans ce rapport au pouvoir, comme le note Julien Wicki, une topique commune au socialisme européen (SPD, SFIO, Labour Party notamment). L'évolution se marque aussi sociologiquement, le PSV se muant d'un parti ouvrier à un parti de cols blancs. Pour le lecteur étranger aux arcanes de la politique suisse, il y a là des repères, des éléments à méditer pour se saisir de la dynamique proprement interne d'un parti mené par la main de fer de Graber. Le réalisme pragmatique guide l'évolution d'un PSV finalement peu attentif à la modernité sociale dès lors que celle-ci ne mord pas sur le terrain électoral (ainsi du féminisme). L'auteur conclut sur une interrogation : « pourquoi la Suisse n'a-t-elle pas connu de gouvernement de gauche ? », à laquelle il répond par l'addition des erreurs du PSV et l'absence des conditions sociales propices à la prise du pouvoir. Je voudrai conclure autrement cette courte recension. D'abord en invitant à lire cette monographie, en regard notamment de la société des socialistes français étudiée par Frédéric Sawicki et Rémi Lefebvre. L'évolution du PSV souscrit à l'hypothèse formulée par ces derniers d'une notabilisation accrue du parti, peu à peu vidé de toute substance intellectuelle et militante. Julien Wicki, qui clôt son enquête en 1971, évoque ainsi l'oligarchie que représentent les cadres du parti. Pour autant, à suivre une analyse sociologique, on perd de vue ce qui construit également le militantisme, soit l'idéologie, les cercles intellectuels. Si la proximité affirmée du PSV avec la SFIO puis le PS français tient, comme Julien Wicki l'affirme, on voit peu dans sa monographie se découper sur le fond d'un horizon sociologique, des réseaux intellectuels, des cercles, des revues, sinon dans la courte évocation de la naissance de Domaine Public . Le PSV connut-il des phénomènes proches de la deuxième gauche ? Des courants de pensées semblables aux courants critiques du parti socialiste français (CERES, poperenistes…) dans les années 70 (1) ? Car, à conclure sur l'évolution du PSV face à la lame de fond de la sociale démocratie européenne illustrée par Tony Blair et Ségolène Royal (p 204), l'auteur invite à une lecture rétrospective de son analyse où le manque d'un développement plus fourni sur les débats intellectuels -ou leur absence- ne permet pas de diagnostiquer l'épuisement militant du point de vue des cultures politiques, de l'idéologie. Le pragmatisme réformiste s'accommode de la révolution conservatrice qui traverse les sociétés européennes (2). C'est là le seul tort d'une monographie de qualité que de vouloir lui faire dire plus qu'elle ne dit, une fois la dernière page refermée. Vincent Chambarlhac. (1) Pour la SFIO agonisante, on vit se multiplier les revues externes au parti, visant toutes, comme Domaine Public , à revivifier le parti, les militants. Cf. Vincent Chambarlhac et alii , Histoire documentaire du parti socialiste , tome III : Les centres socialistes , Dijon, EUD, 2006. (2) A l'image, par exemple des intuitions développées par Didier Eribon ( D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française , 2007. Egalement chroniqué sur Dissidences ).
Zéphirin Camélinat (1840-1932). Une vie pour la Sociale, Auxerre, Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 2004 Ce livre constitue les actes d'un colloque tenu en 2003 par l'association Adiamos-89 (Association pour la documentation, l'information et les archives des mouvements sociaux-Saône-et-Loire) à Auxerre. Soulignons d'entrée de jeu une qualité rare dans ce genre d'ouvrages, à savoir que le lecteur ressent immédiatement la chaleur et la convivialité qui ont présidé à cette réunion. Ainsi, la dernière partie du livre raconte en image la journée de visite des congressistes dans la bourgade natale de Camélinat - Mailly-la-Ville - et le repas républicain qui a les rassemblé en musique. Madeleine Rébérioux, dans sa vivante conclusion du colloque, souligne également la chaleur des confrontations. Zéphirin Camélinat, figure du mouvement ouvrier français, de la Commune au PCF-SFIC, illustre ainsi, à travers sa biographie la continuité du mouvement socialiste de la fondation de l'AIT à la Troisième Internationale. Il est le seul militant, parmi les 110 000 biographés, qui figure dans chacune des quatre parties définies chronologiquement du Maitron, le fameux dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Continuité d'un engagement qui méritait colloque, même si, ainsi que plusieurs intervenants le soulignent, Camélinat ne figure pas au panthéon du socialisme du fait de la place secondaire qu'il a occupé durant toute sa longue existence. Michel Cordillot rappelle dans son texte les premières années de son engagement, de la fondation de l'AIT au rôle qu'il joua durant la Commune avant de connaître l'exil londonien. Camélinat, avec d'autres Communards, connaîtra un premier succès (il devient député) au début des années 1880, avant rapidement de n'occuper que des positions secondaires, mais de confiance : il est l'homme de la trésorerie, celui qui gère les cotisations. Différentes contributions développent un portrait très détaillé de son action d'un point de vue chronologique (période de la fondation de la SFIO au congrès de Tours) ou thématique (son rapport à la franc-maçonnerie, son intermittence dans le socialisme icaunais). La postérité du personnage n'est pas oubliée, grâce à deux contributions sur les commémorations de Camélinat (une cuvée spéciale de vin de l'Yonne a ainsi été proposée à l'occasion du colloque) ou encore l'existence d'un maquis portant son nom durant la seconde guerre mondiale. Soulignons pour conclure le très soigné travail iconographique (photographies, affiches, dessins, extraits de la presse d'époque) illustrant ce livre qui devrait intéresser tous les lecteurs passionnés par l'histoire du socialisme français. Georges Ubbiali Livre à commander à : ADIAMOS-89, 7 rue des Mésanges 89000 AUXERRE.
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